Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Pasteur de Neuchâtel pendant plus de cinquante ans, Jean-Frédéric Ostervald a donné aux protestants francophones la révision de la Bible de Genève qui porte son nom, la Bible d’Ostervald (1744). Elle reprend le travail de David Martin dans une langue plus fluide et reste fondée sur le Textus Receptus. Rééditée sans cesse, elle a été la Bible courante des protestants de langue française jusqu’à la Segond.
Provenance et confession
Jean-Frédéric Ostervald naît en 1663 à Neuchâtel, principauté alors liée aux Orléans-Longueville puis, à partir de 1707, au roi de Prusse, mais alliée des cantons suisses et de langue française. Il est fils du pasteur Jean-Rodolphe Ostervald : le milieu est celui des familles pastorales réformées de la ville. Il étudie à Zurich, à l’académie protestante de Saumur, puis à Paris, avant d’être consacré pasteur dans l’Église de Neuchâtel, qu’il sert toute sa vie. Il reste réformé sans rupture, dans une orthodoxie adoucie qui privilégie la piété pratique et la morale sur les controverses, ce qui lui vaut des critiques des réformés plus stricts. Seule appartenance documentée : il est membre correspondant de la Society for Promoting Christian Knowledge (SPCK) de Londres, société anglicane publique d’édition et d’éducation. Aucune loge ni cercle n’est rapporté.
Vie
- Né à Neuchâtel en 1663, fils de pasteur. Études à Zurich, Saumur et Paris.
- Pasteur à Neuchâtel à partir de 1699 (après des années comme diacre), il y passe toute sa vie.
- Avec Jean-Alphonse Turrettini (Genève) et Samuel Werenfels (Bâle), il forme ce qu’on a appelé le « triumvirat helvétique » : une orthodoxie réformée adoucie, pratique, soucieuse de morale plus que de controverses sur la prédestination.
- Œuvres : Traité des sources de la corruption qui règne aujourd’hui parmi les chrétiens (1700), Catéchisme ou instruction dans la religion chrétienne (1702, très diffusé), liturgie de Neuchâtel (1713), Arguments et réflexions sur les livres et sur les chapitres de la Sainte Bible (à partir de 1709).
- Meurt à Neuchâtel en 1747.
Influence sur la Bible et la doctrine
La Bible de 1744 (faits). Ostervald publie d’abord les Arguments et réflexions (résumés et applications morales pour chaque chapitre), joints à une édition de la Bible de Genève en 1724 (date à vérifier). Puis, à plus de quatre-vingts ans, il fait paraître La Sainte Bible, revue sur les originaux, et retouchée dans le langage (Neuchâtel, 1744). Il part du texte de Martin et corrige surtout la langue. Le texte grec reste le texte reçu, l’hébreu le texte massorétique.
Passages témoins. Comme chez Martin : « cette génération » en Mt 24:34, 1 Jn 5:7 présent, finale de Marc, femme adultère et Ac 8:37 présents, « Dieu a été manifesté en chair » en 1 Tm 3:16. Voir Bible d’Ostervald.
Une réserve (faits et interprétation). Au XIXe siècle, les Sociétés bibliques ont publié sous le nom d’Ostervald des textes plusieurs fois retouchés ; il faut distinguer l’édition de 1744 des « Ostervald révisées » de 1823, 1824 ou 1866-1868. D’autre part, la théologie d’Ostervald est moraliste : ses réflexions insistent sur la conduite plus que sur la doctrine, ce que les réformés stricts de son temps lui reprochaient déjà.
Financement et réseaux
- Documenté : Ostervald est membre correspondant de la Society for Promoting Christian Knowledge (SPCK) de Londres, avec laquelle il échange beaucoup ; son catéchisme et sa liturgie sont traduits en anglais. La Bible de 1744 est imprimée à Neuchâtel par des libraires locaux.
- Allégué : rien de notable.
- Non démontré : aucun commanditaire extérieur connu pour la Bible elle-même.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Son lien avec la SPCK est public et porte sur l’édition et l’éducation chrétienne ; Neuchâtel passe sous souveraineté prussienne en 1707, mais rien ne montre que sa Bible ou sa théologie aient servi ce pouvoir. Rien ne justifie une enquête plus poussée.
Pourquoi cette note
★★★★☆ : apport solide et durable. Il a gardé le texte de ses devanciers, rendu la Bible lisible et l’a fait entrer dans les foyers. Réserves : une langue parfois plus élégante que littérale par rapport à Martin, des Réflexions morales jointes au texte qui portent sa propre lecture, et des rééditions ultérieures sous son nom qu’il faut distinguer de son travail.
Voir aussi
- Bible d’Ostervald · Bible de Martin · Bible de Genève française · Textus Receptus
- David Martin · Louis Segond · Sociétés bibliques
Sources
- Jean-Frédéric Ostervald, La Sainte Bible, revue sur les originaux, et retouchée dans le langage, Neuchâtel, 1744.
- Robert Grétillat, Jean-Frédéric Ostervald, 1663-1747, Neuchâtel, 1904 (référence non retrouvée, à vérifier).
- Pierre-Maurice Bogaert (dir.), Les Bibles en français, Brepols, 1991.
- Eugène et Émile Haag, La France protestante.
- Dictionnaire historique de la Suisse, art. « Ostervald, Jean-Frédéric » (famille, études).