Questions-réponses

Foire aux questions

370 réponses courtes, tirées de nos articles, de nos livres et de nos recherches. Chacune renvoie à ce qui la développe.

Nouveau : 161 questions ajoutées le 1er novembre 2026, tirées de nos recherches sur l'histoire des Bibles.

Vox Veritas et la thèse

Ce que nous défendons, et comment nous travaillons.

Qu'est-ce que Vox Veritas ?

Un ministère de vérité fondé par Pierre Savignac, au Québec. Il relit les Écritures pour ce qu'elles disent à ceux à qui elles étaient adressées, et rassemble les preuves historiques qui éclairent cette lecture. Vox Veritas publie des articles, une infolettre mensuelle, des vidéos, et des traductions de textes anciens aux éditions VoxVeritas.

Quelle est la thèse de Vox Veritas, en une phrase ?

Le règne du Christ n'est pas à venir : il a déjà eu lieu. La thèse se déploie en trois temps : le retour, au premier siècle, annoncé par Jésus pour « cette génération » ; le règne déployé dans l'histoire, dont les cartes anciennes gardent la trace sous le nom de « Grande Tartarie » ; et la petite saison d'Apocalypse 20, où Satan est délié pour un court temps afin d'égarer les nations.

Comment appelle-t-on cette lecture des prophéties ?

Le prétérisme, du latin praeteritus, « passé » : les prophéties du Nouveau Testament sur la venue du Christ se sont accomplies au premier siècle, autour de la chute de Jérusalem en l'an 70. Elle s'oppose à la lecture futuriste, la plus répandue aujourd'hui, qui place ces événements dans notre avenir.

Comment distinguez-vous les faits des interprétations ?

Chaque article sépare ce que disent les sources (le texte biblique, les historiens anciens, les cartes, l'archéologie) de ce que nous en concluons. Quand une théorie populaire ne tient pas, nous le disons, même si elle irait dans notre sens : c'est le cas de la « chronologie fantôme », des drapeaux de Tartarie ou des photos de squelettes géants.

Quelle traduction de la Bible utilisez-vous ?

Pour l'Apocalypse et le livre d'Hénoch, les traductions de Pierre Savignac, faites au plus près du grec et du guèze. Pour les autres livres de la Bible, la Louis Segond de 1910.

Le retour du Christ au premier siècle

Ce que Jésus a annoncé, et pour quand.

Que veut dire « cette génération ne passera point » (Matthieu 24:34) ?

Le mot grec genea revient treize fois dans l'Évangile de Matthieu. En dehors de la généalogie du chapitre 1, il désigne chaque fois les gens qui vivent à ce moment-là, les contemporains de Jésus. Rien dans le texte ne permet de lui donner un autre sens en 24:34 : ceux qui l'écoutaient verraient de leur vivant l'accomplissement de ce qu'il annonçait.

« Génération » ne pourrait-il pas vouloir dire « race » ou « peuple juif » ?

Trois raisons s'y opposent. Le grec a un autre mot pour « race » (genos), que Matthieu n'emploie pas ici. Le démonstratif « cette » désigne ce qui est présent. Et les autres emplois du mot chez Matthieu désignent tous les contemporains de Jésus, à commencer par Matthieu 23:36, quelques versets plus haut : « tout cela retombera sur cette génération ».

Combien de temps dure une génération dans la Bible ?

Environ quarante ans : Israël erra quarante ans au désert, « jusqu'à l'anéantissement de toute la génération » (Nombres 32:13). Jésus parle vers l'an 30 ; Jérusalem tombe en 70, quarante ans plus tard.

Jésus n'a-t-il pas dit que personne ne connaît le jour ni l'heure ?

Si (Matthieu 24:36), deux versets après « cette génération ne passera point ». Les deux paroles ne se contredisent pas : le délai est connu, le jour précis ne l'est pas. On peut dire « je rentre avant la fin de l'année » sans connaître le jour exact de son retour.

Pourtant, le soleil ne s'est pas obscurci et les étoiles ne sont pas tombées…

Matthieu 24:29 parle le langage des prophètes. Ésaïe employait les mêmes images pour la chute de Babylone (13:10), d'Édom (34:4), Ézéchiel pour celle de l'Égypte (32:7). Ces royaumes sont tombés, et le soleil a continué de se lever. Dans ce langage, l'univers qui s'éteint, c'est un ordre politique et religieux qui s'effondre.

Que promet Jésus en disant « quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point » ?

Que certains de ses auditeurs, pas tous, seraient encore vivants pour voir « le Fils de l'homme venir dans son règne », avec ses anges, pour « rendre à chacun selon ses œuvres » (Matthieu 16:27-28). Marc et Luc rapportent la même parole.

Cette promesse ne s'est-elle pas accomplie à la Transfiguration ?

Difficilement. On ne promet pas à quelqu'un qu'il « ne mourra point » avant un événement prévu six jours plus tard. À la Transfiguration, Jésus ne vient pas avec ses anges et ne juge personne. Et lui-même ne la présente pas comme sa venue : il demande aux trois disciples de n'en rien dire « jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité » (Matthieu 17:9).

Les apôtres attendaient-ils le retour du Christ pour bientôt ?

Oui, tous. Paul écrit « nous les vivants, restés pour l'avènement du Seigneur » (1 Thessaloniciens 4:15) ; Jacques, « le juge est à la porte » (5:9) ; Pierre, « la fin de toutes choses est proche » (1 Pierre 4:7) ; Jean, « c'est la dernière heure » (1 Jean 2:18).

Que s'est-il passé en l'an 70 ?

Après quatre ans de guerre contre Rome, les légions de Titus assiègent Jérusalem au printemps 70. Le Temple brûle en août, la ville est prise en septembre. Avec le Temple disparaissent les sacrifices, le sacerdoce et tout le culte de l'Ancienne Alliance. Nous en avons un témoin direct, l'historien juif Flavius Josèphe, qui assista au siège.

Pourquoi l'an 70 serait-il la clé des prophéties ?

Parce que c'est un événement daté, rapporté par des historiens qui n'étaient pas chrétiens (Josèphe, Tacite), et arrivé exactement dans le délai fixé par Jésus. Les disciples avaient demandé quand viendrait « l'achèvement de l'âge » (Matthieu 24:3) : l'âge du Temple s'est achevé sous leurs yeux.

Les chrétiens de Jérusalem ont-ils échappé au siège ?

Selon Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, III, 5), la communauté chrétienne de Jérusalem quitta la ville avant la guerre et s'établit à Pella, de l'autre côté du Jourdain. Jésus avait dit : « Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées […] que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes » (Luc 21:20-21).

Le mur des Lamentations ne contredit-il pas « pas pierre sur pierre » ?

Non. Le Mur occidental n'appartenait pas au Temple : c'est un mur de soutènement de l'esplanade sur laquelle il était bâti. Le sanctuaire lui-même, dont les disciples admiraient les pierres, a disparu, et n'a jamais été rebâti.

Des signes ont-ils vraiment été vus dans le ciel avant la chute de Jérusalem ?

Josèphe rapporte une étoile en forme d'épée, une comète visible pendant un an, des chars et des troupes armées aperçus dans les nuages, et une voix entendue dans le Temple : « Partons d'ici. » Tacite mentionne lui aussi des armées dans le ciel. On peut lire ces récits avec prudence, mais ils montrent que les contemporains ont vécu cette chute comme un événement céleste, pas seulement militaire.

La création de l'État d'Israël en 1948 est-elle annoncée dans la Bible ?

Non. Cette lecture vient du dispensationalisme, un système du XIXᵉ siècle (John Nelson Darby, puis la Bible de Scofield, 1909). Elle s'appuie sur la parabole du figuier, mais chez Luc, Jésus dit « le figuier, et tous les arbres » (21:29) : c'est une comparaison sur la façon de reconnaître une saison, pas un code pour Israël. Et les signes à observer sont ceux qui ont mené à la chute de Jérusalem.

Les prédictions fondées sur 1948 se sont-elles réalisées ?

Aucune. Hal Lindsey laissait entendre 1988 ; Edgar Whisenant publiait 88 raisons pour 1988 ; puis on a visé 2018, et 2028. Une lecture qui repousse sans cesse sa propre date devrait faire douter. Jésus, lui, n'a jamais repoussé la sienne.

Que sont les 70 semaines de Daniel ?

Une prophétie de Daniel 9:24-27 : soixante-dix « septaines », généralement comprises comme 490 ans, fixées sur Jérusalem. Elle annonce la reconstruction de la ville, la venue d'un Oint qui sera « retranché », puis la destruction de la ville et du sanctuaire. Le calcul le plus répandu, à partir de 457 av. J.-C., conduit aux années 26-27 de notre ère, au début du ministère de Jésus ; les dates exactes restent discutées.

Faut-il placer une parenthèse de deux mille ans avant la 70ᵉ semaine ?

C'est ce que fait la lecture futuriste : l'horloge se serait arrêtée après la 69ᵉ semaine. Mais le texte n'en dit pas un mot, et une prophétie qui fixe soixante-dix semaines ne se compte pas en s'arrêtant vingt siècles à la soixante-neuvième. Lue d'un seul tenant, elle s'accomplit au premier siècle : l'Oint met fin aux sacrifices, puis la ville et le Temple sont détruits en 70.

Qui est le « il » de Daniel 9:27 ?

Nous le lisons comme l'Oint dont le texte vient de parler. Il « fera une solide alliance avec plusieurs » : Jésus dit de la coupe, au dernier repas, « ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs » (Matthieu 26:28). Et « durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice » : après un ministère d'environ trois ans et demi, sa mort rend inutiles les sacrifices du Temple. L'Antéchrist, lui, n'apparaît nulle part dans le passage.

Qu'est-ce que « l'abomination de la désolation » ?

Jésus renvoie à Daniel : « lorsque vous verrez l'abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie en lieu saint… » (Matthieu 24:15). Luc, qui écrit pour des lecteurs non juifs, l'explique : « Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche » (Luc 21:20). Il s'agit de la ruine de la ville et du sanctuaire, annoncée pour la génération de Jésus.

« La fin du monde » de Matthieu 24:3, c'est la fin de la planète ?

Non. Le grec dit tēs sunteleias tou aiōnos, « l'achèvement de l'âge ». Le mot aiōn désigne une époque, pas la planète ni l'univers, qui se dirait kosmos. Assis face au Temple, les disciples demandent quand finira l'âge qu'ils connaissent, celui du Temple.

Jésus a-t-il annoncé sa venue avant la fin de la mission des disciples ?

Oui. En envoyant les Douze prêcher, il leur dit : « vous n'aurez pas achevé de parcourir les villes d'Israël que le Fils de l'homme sera venu » (Matthieu 10:23). Le cadre est Israël, et la mission est la leur.

Que veut dire Jésus quand il parle du disciple qui doit « demeurer » ?

À Pierre qui l'interroge sur le disciple bien-aimé, Jésus répond : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ? » (Jean 21:22). L'évangéliste précise que Jésus n'a pas dit que ce disciple ne mourrait pas. Mais l'épisode montre que les premiers chrétiens jugeaient parfaitement plausible que la venue ait lieu du vivant d'un apôtre.

Jésus et les apôtres se sont-ils trompés ?

C'est la conclusion de nombreux historiens sceptiques : l'Église primitive aurait attendu une fin qui n'est jamais venue. Une autre réponse dit que les mots « bientôt », « proche » ou « ici » ne veulent pas dire ce qu'ils disent. La troisième, que nous retenons, est la seule qui prenne à la fois les mots et Jésus au sérieux : ils avaient raison, et ce qu'ils attendaient est arrivé dans leur génération.

Reste-t-il des traces de la chute de Jérusalem ?

Oui. À Rome, l'arc de Titus, toujours visible au Forum, montre les soldats emportant le chandelier à sept branches du Temple. Et Vespasien fit frapper des monnaies portant l'inscription IVDAEA CAPTA, « la Judée conquise ».

L'épître aux Hébreux annonçait-elle la fin du Temple ?

Elle parle du culte du Temple au présent, et fut donc très probablement écrite avant sa destruction. Et elle dit de l'Ancienne Alliance : « ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître » (Hébreux 8:13). Avec le Temple, en 70, disparaissent les sacrifices et le sacerdoce.

Le figuier que Jésus maudit a-t-il un lien avec la parabole du figuier ?

Quelques jours avant le discours sur la fin, Jésus trouve un figuier couvert de feuilles mais sans fruit et lui dit : « Que jamais fruit ne naisse de toi ! » (Matthieu 21:19). Si l'on veut voir dans le figuier une image du système religieux de son temps, c'est un figuier qui sèche, pas un figuier qui refleurit en 1948.

Lire 1948 comme un signe prophétique a-t-il des conséquences ?

Oui. Chaque date manquée a ébranlé des croyants sincères et donné aux sceptiques une raison de dire que la Bible se trompe ; ce n'est pas la Bible qui s'est trompée, c'est la lecture qu'on en faisait. Chercher l'Apocalypse dans le journal fait aussi de chaque guerre au Proche-Orient un « signe ». Aucune lecture de la prophétie ne justifie de se réjouir d'une guerre, de quelque côté que ce soit.

L'Apocalypse

Un livre écrit pour ses premiers lecteurs.

L'Apocalypse parle-t-elle de notre avenir ?

Elle se présente elle-même comme la révélation de « ce qui doit arriver bientôt » (1:1), car « le temps est proche » (1:3). La même annonce revient à la dernière page (22:6, 22:10), et le dernier mot de Jésus dans la Bible est : « Oui, je viens bientôt » (22:20). Tout ce qui se trouve entre ces deux bornes est présenté comme proche de ses premiers lecteurs.

« Bientôt » ne pourrait-il pas vouloir dire « rapidement » ?

Le grec en tachei peut se lire ainsi, mais le verset 3 ferme cette porte : c'est le temps lui-même qui est proche (ho kairos engus). Jésus avait employé ces deux mots avant sa mort : « Mon temps est proche » (Matthieu 26:18). Personne ne comprend cette phrase-là comme une affaire de deux mille ans.

Pourquoi Daniel devait-il sceller son livre, et Jean non ?

Daniel reçoit l'ordre de sceller ses visions parce qu'elles se rapportent à « des temps éloignés » (Daniel 8:26, 12:4). Jean reçoit l'ordre inverse : « Ne scelle pas les paroles de la prophétie de ce rouleau, car le temps est proche » (Apocalypse 22:10). Daniel scelle parce que c'est loin ; Jean ne scelle pas parce que c'est proche.

À qui l'Apocalypse est-elle adressée ?

À sept assemblées bien réelles de la province d'Asie, au premier siècle : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée (1:4, 1:11). « Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent » (1:3) décrit la lecture à voix haute dans ces assemblées.

Que signifie le nombre 666 ?

Jean invite ses lecteurs à le « calculer », car c'est « un nombre d'homme » (13:18). Dans l'Antiquité, les lettres servaient aussi de chiffres (la gématrie). Écrit en lettres hébraïques, Nerōn Qesar, « Néron César », donne exactement 666. Néron fut le premier empereur à persécuter officiellement les chrétiens, de 64 jusqu'à sa mort en 68, environ quarante-deux mois.

Pourquoi certains manuscrits portent-ils 616 au lieu de 666 ?

Irénée de Lyon le signale vers 180, et on le retrouve dans un papyrus d'Oxyrhynque. Si l'on écrit le nom sous sa forme latine, Nero au lieu de Neron, on retire un n qui vaut 50 : 666 − 50 = 616. Des lecteurs anciens savaient donc déjà de qui il s'agissait.

Qui est Babylone la Grande ?

Trois réponses existent : Rome, une puissance encore à venir, ou Jérusalem. Vox Veritas défend la troisième. L'Apocalypse appelle Babylone « la grande cité », et elle identifie elle-même cette cité : « là où leur Seigneur aussi fut crucifié » (11:8). Le commentaire de Révélation de Jésus-Christ présente les trois lectures sans trancher.

Pourquoi Babylone est-elle appelée « prostituée » ?

Dans les Écritures, cette image désigne toujours le peuple lié à Dieu par une alliance et qui l'a trahi : « la cité fidèle est devenue une prostituée ! » (Ésaïe 1:21 ; voir aussi Ézéchiel 16). Une ville qui n'a jamais été épouse ne peut pas devenir adultère. Rome n'avait aucune alliance avec le Dieu d'Israël ; Jérusalem, si.

Et les sept collines (Apocalypse 17:9), ce n'est pas Rome ?

C'est l'argument le plus fort pour Rome, et il faut le reconnaître. Mais l'ange donne lui-même une seconde explication : « ce sont sept rois » (17:10). Surtout, la femme est assise sur la bête, l'Empire, qui finit par la haïr et la consumer au feu (17:16). Rome qui brûle Rome n'a pas de sens ; Rome qui brûle Jérusalem, c'est l'histoire de l'an 70.

Si le Christ est venu au premier siècle, où est son Royaume ?

Les textes le présentent comme déjà là : « le royaume de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17:21) ; Dieu « nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour » (Colossiens 1:13). Le Royaume n'est pas un territoire futur à attendre, mais le règne du Christ, inauguré par sa victoire et pleinement établi quand l'ancien ordre du Temple a disparu.

Et la résurrection des morts, a-t-elle déjà eu lieu ?

C'est la question la plus difficile, et nous la posons franchement. Paul rattache la résurrection à l'avènement du Christ (1 Corinthiens 15:23) et s'attend à la voir de son vivant : « nous ne mourrons pas tous » (15:51). Deux positions existent chez ceux qui lisent les prophéties comme accomplies : le prétérisme partiel, qui attend encore une résurrection des corps, et le prétérisme complet. Nous ne tranchons pas à la légère ; une étude texte par texte suivra.

Paul n'a-t-il pas condamné ceux qui disaient la résurrection déjà arrivée ?

Si, Hyménée et Philète (2 Timothée 2:17-18), et l'objection est sérieuse. Mais Paul écrit dans les années 60, avant l'an 70 : à ce moment-là, la résurrection n'était pas encore arrivée, puisque Paul l'attendait encore, et pour bientôt. La lettre ne dit pas qu'elle ne pourrait jamais arriver dans l'histoire.

« Pour le Seigneur, un jour est comme mille ans » : cela n'explique-t-il pas « bientôt » ?

C'est l'explication la plus répandue, souvent appuyée sur 2 Pierre 3:8. Mais alors le mot « bientôt » ne veut plus rien dire, et l'avertissement « le temps est proche » ne pouvait servir à rien pour les sept assemblées qui l'entendaient. Le livre leur promet le bonheur s'ils gardent ce qui y est écrit : on ne promet pas cela pour des événements qu'on ne verra jamais.

Comment Jean reprend-il le livre de Daniel ?

Daniel annonçait au roi « ce qui doit arriver » à la fin des jours (Daniel 2:28, dans la traduction grecque). Jean reprend exactement ces mots en Apocalypse 1:1, mais en change la fin : « ce qui doit arriver bientôt ». Pour un lecteur qui connaissait Daniel, le message était limpide : ce que le prophète voyait de loin arrive maintenant.

Qu'est-ce que la gématrie ?

Dans l'Antiquité, les lettres servaient aussi de chiffres, en grec comme en hébreu : chaque nom avait une valeur, la somme de ses lettres. C'était un jeu courant. À Pompéi, un graffito dit : « j'aime celle dont le nombre est 545 ». À Rome, après le meurtre de sa mère, un vers circulait dont la valeur était celle du nom de Néron (Suétone, Néron 39).

Qui sont les sept rois d'Apocalypse 17:10 ?

« Les cinq sont tombés, l'un est, l'autre n'est pas encore venu, et quand il viendra, il doit rester peu. » Si l'on compte les empereurs à partir de Jules César, comme Suétone, cinq sont tombés (Jules César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude), le sixième « est » : Néron. Le septième, Galba, ne régna que sept mois.

Que signifie la blessure mortelle guérie de la bête ?

Une des têtes de la bête est « comme égorgée à mort ; et la plaie de sa mort fut guérie » (13:3). Après le suicide de Néron en 68, l'Empire sombra dans la guerre civile de l'« année des quatre empereurs », puis fut rétabli par Vespasien. Une rumeur annonçait aussi le retour de Néron, et plusieurs imposteurs se firent passer pour lui (Tacite, Histoires 2.8).

666 n'a-t-il pas d'autres explications ?

Si. Irénée proposait des noms grecs, comme Lateinos, « le Latin ». D'autres y voient un nombre symbolique : six, à qui il manque un pour faire sept, répété trois fois. Et chaque époque a cherché le nom dans son propre temps. Mais une seule lecture remplit toutes les conditions du texte : un nom d'homme, calculable par les premiers lecteurs, celui du persécuteur de leur temps, et qui explique la variante 616.

Babylone porte le sang des prophètes : en quoi cela désigne-t-il Jérusalem ?

« En elle le sang des prophètes et des saints a été trouvé » (Apocalypse 18:24). Ce sont presque les mots de Jésus contre Jérusalem : « afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre […] Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes » (Matthieu 23:35-37). Rome a persécuté les chrétiens, mais elle n'a pas tué les prophètes d'Israël.

« Sortez du milieu d'elle » : à qui s'adresse cet appel ?

Au peuple de Dieu, pour qu'il ne reçoive pas les plaies de Babylone (Apocalypse 18:4). C'est la consigne que Jésus avait donnée pour Jérusalem : « que ceux qui seront au milieu de Jérusalem en sortent » (Luc 21:21). Les chrétiens de Jérusalem l'ont suivie en fuyant à Pella. Babylone brûle ; Jérusalem et son Temple ont brûlé en 70.

Pourquoi l'Apocalypse oppose-t-elle deux femmes ?

Le même ange montre d'abord à Jean la prostituée (17:1), puis « l'épouse, la femme de l'Agneau », la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel (21:9-10). Paul faisait déjà cette opposition entre « la Jérusalem actuelle », dans la servitude, et « la Jérusalem d'en haut », libre (Galates 4:25-26). Une Jérusalem tombe, l'autre descend : c'est le passage d'une alliance à l'autre.

L'Apocalypse, chapitres 1 à 7

Les lettres aux sept assemblées, le trône et les sept sceaux, d'après le commentaire de Révélation de Jésus-Christ.

Apocalypse 1:19 donne-t-il le plan du livre ?

Une lecture répandue, dite futuriste, y voit trois parties : le passé (chapitre 1), le présent (chapitres 2 et 3), puis, à partir du chapitre 4, des événements que ses partisans placent encore dans l'avenir. Ce plan suppose qu'on entende « ce qui doit arriver » là où Jean écrit « ce qui va arriver ». Le verbe mellō ne dit pas la nécessité mais l'imminence : « être sur le point de ». Selon le commentaire, le grec n'impose pas ce plan : il ordonne d'écrire la vision, son sens, et ce qui est sur le point de s'accomplir.

Qui sont les « anges » des sept assemblées ?

Le mot angelos signifie « envoyé », et l'on a parfois vu dans ces anges des messagers humains, responsables ou porteurs de la lettre. Le commentaire retient des êtres célestes : dans l'Écriture, les étoiles désignent volontiers de tels êtres (Job 38:7), et l'Écriture hébraïque connaît un conseil céleste autour de Dieu. Chaque assemblée a son ange, et le fils d'homme tient ces sept étoiles dans sa main droite : il a autorité sur eux. Chaque lettre est adressée « à l'ange de l'assemblée », mais son contenu vise la communauté elle-même.

Qui étaient les Nicolaïtes ?

Les auditeurs le savaient ; nous ne le savons plus avec certitude. Ils reparaissent à Pergame (2:15), juste après l'enseignement de Balaam : manger des viandes sacrifiées aux idoles et se prostituer (2:14). Il s'agissait sans doute, selon le commentaire, d'un groupe qui acceptait de pactiser avec les cultes païens de la cité, par exemple dans les banquets des corporations de métiers. Irénée de Lyon, à la fin du IIᵉ siècle, les rattachait à Nicolas, l'un des sept de Jérusalem (Actes 6:5), mais c'est un témoignage tardif et incertain.

Que veut dire « synagogue de Satan » ?

Jean, lui-même Juif, refuse le nom de Juifs à une partie de la communauté juive de Smyrne, puis de Philadelphie (2:9, 3:9). « Satan » est un mot hébreu qui signifie « l'adversaire, l'accusateur » : avant 70, les communautés juives jouissaient de privilèges reconnus par Rome, et si la synagogue désavouait ou dénonçait les chrétiens aux autorités, ceux-ci se retrouvaient exposés. Le commentaire y voit une polémique entre Juifs, comme celle de Paul (Romains 2:28-29), visant un groupe précis dans un conflit local. L'expression a été détournée plus tard pour justifier l'hostilité envers les Juifs en général ; ce contresens trahit le texte.

« Je te garderai de l'heure de l'épreuve » (3:10) : protection ou retrait ?

La préposition grecque ek se comprend de deux façons : « garder de », protéger au milieu de l'épreuve, ou « garder hors de », retirer avant l'épreuve. La traduction dit « de », qui laisse la question ouverte comme le grec. Certaines doctrines modernes s'appuient sur la seconde lecture pour annoncer un enlèvement des croyants ; le commentaire rappelle que l'Évangile de Jean emploie la même tournure : « je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mauvais » (Jean 17:15). Pour des auditeurs d'avant 70, une épreuve imminente sur « le monde habité tout entier », l'Empire, pouvait annoncer la persécution sous Néron, la guerre de Judée et la guerre civile de 68-69.

L'appel « Monte ici » (4:1) annonce-t-il l'enlèvement de l'Église ?

Les tenants de la lecture futuriste le lisent ainsi. Le commentaire note que le texte ne le dit pas : c'est Jean qui monte, en esprit, comme Ézéchiel, et le même appel sera adressé aux deux témoins (11:12). La ponctuation est d'ailleurs discutée : le texte grec suivi met le point avant « après ces choses ». Avec l'autre ponctuation, « ce qui doit arriver » renvoie encore au premier verset du livre : « ce qui doit arriver bientôt » (1:1).

Qui sont les vingt-quatre anciens ?

Le commentaire présente trois lectures. Pour les uns, ce sont des êtres célestes, membres du conseil de Dieu : un ancien sert d'interprète à Jean, comme ailleurs un ange (5:5, 7:13-14), et ils chantent les hommes achetés sans se compter parmi eux (5:9-10). Pour d'autres, ce sont les représentants du peuple de Dieu, douze pour les tribus et douze pour les apôtres (21:12-14). D'autres encore pensent aux vingt-quatre classes de prêtres et de chantres du Temple (1 Chroniques 24 et 25). Le commentaire note que le contexte, celui de Daniel 7 et de la cour qui entoure le trône, appuie la première lecture.

Que sont les quatre êtres vivants ?

Le grec zōon signifie « vivant » et rend l'hébreu chayyot, « les vivants », d'Ézéchiel 1:5 ; « animaux » ou « bêtes » prêteraient à confusion avec « la bête » du chapitre 13. Ézéchiel identifie ces vivants aux chérubins, les gardiens du trône de Dieu (Ézéchiel 10:15-20). Jean réunit deux visions : les visages d'Ézéchiel, un seul par être vivant (lion, jeune taureau, homme, aigle), et les six ailes des séraphins d'Isaïe 6:2. La tradition qui les associe aux quatre évangiles n'apparaît qu'avec Irénée de Lyon, vers 180.

Que représente le rouleau scellé de sept sceaux ?

Le commentaire rappelle trois arrière-plans connus des auditeurs. Daniel reçoit l'ordre de sceller le livre « jusqu'au temps de la fin » (Daniel 12:4), alors qu'ici le rouleau va être ouvert. Jérémie fait sceller devant témoins l'acte d'achat d'un champ (Jérémie 32:10-14), et le chant de 5:9 parlera d'« acheter ». En droit romain, un testament était scellé par sept témoins et ne s'ouvrait qu'à la mort de son auteur. Écrit « au-dedans et au dos », le rouleau est plein, comme celui d'Ézéchiel (2:9-10).

Qui est le cavalier du premier sceau, sur le cheval blanc ?

Le commentaire présente trois lectures. Pour les uns, c'est le Christ ou la victoire de l'Évangile, à cause du cheval blanc de 19:11 ; Irénée le lisait déjà ainsi vers 180. Pour d'autres, c'est la conquête militaire, la première des quatre plaies : il est appelé comme les trois autres et reçoit comme eux ce qui lui est « donné ». D'autres y voient une contrefaçon du Christ, en s'appuyant sur le discours du mont des Oliviers, qui annonçait dans le même ordre faux messies, guerres, famines, pestes et persécutions (Matthieu 24:4-29). Pour un habitant d'Asie, ajoute le commentaire, l'arc à cheval désignait les Parthes, le grand ennemi de Rome à l'est.

Que représentent les trois autres cavaliers ?

Au cavalier du cheval rouge feu, il est donné « d'ôter la paix de la terre » : le commentaire rappelle que la paix romaine se défit dans les années 60, avec la révolte de Judée en 66, les tueries entre Juifs et Grecs rapportées par Josèphe, puis les guerres civiles qui suivirent la mort de Néron en 68. Le cavalier du cheval noir tient une balance : c'est la disette, où « une mesure de blé pour un denier » veut dire qu'une journée de travail ne paie que le pain d'un seul homme. Le cavalier du cheval verdâtre se nomme la Mort, et l'Hadès le suit, avec autorité « pour tuer par l'épée et par la famine et par la mort et par les bêtes de la terre » : les quatre jugements qu'Ézéchiel annonçait contre Jérusalem (Ézéchiel 14:21).

Qui sont les âmes sous l'autel ?

Ce sont « les âmes de ceux qui avaient été égorgés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu'ils avaient » (6:9). Au Temple, le sang de la victime était versé au pied de l'autel, et l'hébreu nefesh dit à la fois « âme » et « vie » : leur mort est présentée comme une offrande. Les auditeurs pensaient à Étienne, à Jacques frère de Jean, à Jacques frère du Seigneur, lapidé en 62, aux chrétiens de Rome livrés aux supplices par Néron en 64, à Antipas de Pergame. Leur cri, « Jusqu'à quand », ne réclame pas une vendetta : il demande au juge de rendre justice à leur sang.

Le sixième sceau annonce-t-il la fin du monde ?

Les auditeurs reconnaissaient le langage des prophètes : Isaïe l'employait pour la chute de Babylone (13:10) et contre Édom (34:4), et Pierre, à la Pentecôte, déclara accomplie de son temps la parole de Joël sur le soleil et la lune (Actes 2:16-20). Dans les prophètes, ce langage dit l'effondrement d'une puissance sous le jugement de Dieu, et Jésus l'avait repris pour la ruine du Temple (Matthieu 24:29). Le commentaire présente trois lectures : ceux qui datent le livre avant 70 y lisent la chute de Jérusalem ; d'autres, celle de Rome ; d'autres encore, la fin du monde physique.

Qui sont les 144 000 ?

Le nombre est douze fois douze, fois mille, et le « millier » était aussi une unité de l'armée d'Israël. Pour les uns, les 144 000 et la grande foule du verset 9 sont un même peuple, entendu d'abord comme l'Israël des tribus puis vu dans son immensité, comme Jean entend parler d'un lion et voit un agneau (5:5-6). Pour d'autres, ce sont deux groupes : les croyants venus d'Israël, puis ceux des nations. Ceux qui datent le livre avant 70 y voient les croyants de Judée, marqués pour être préservés avant la guerre, comme les fidèles d'Ézéchiel 9 ; Eusèbe rapporte que l'assemblée de Jérusalem quitta la ville pour Pella avant le siège.

Pourquoi la tribu de Dan manque-t-elle dans la liste ?

Jean omet Dan, nomme Joseph au lieu d'Éphraïm et compte Lévi, qui n'avait pas de territoire. L'Écriture hébraïque contient une vingtaine de listes des tribus, qui ne concordent pas toutes. Dan avait mauvaise réputation : la tribu se fit un sanctuaire d'idoles (Juges 18), et Jéroboam y plaça l'un des veaux d'or (1 Rois 12:29) ; les généalogies des Chroniques l'omettent déjà. L'idée que l'Antichrist sortirait de Dan vient d'Irénée, vers 180 ; Jean ne la dit pas.

Qui est la foule que personne ne pouvait dénombrer ?

Une foule « de toute nation et de tribus et de peuples et de langues, se tenant debout devant le trône et devant l'Agneau » (7:9) : ceux que l'Agneau a achetés (5:9), et la réponse à la question de 6:17, « qui peut se tenir debout ? ». Leur nombre rappelle la promesse faite à Abraham (Genèse 15:5). Avec les palmes, puis la tente que Dieu dressera sur eux (7:15), toute la scène est une fête des Tentes. L'ancien les présente comme « ceux qui viennent de la grande détresse », qui « ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau » (7:14).

L'Apocalypse, chapitres 8 à 15

Les trompettes, les deux témoins, le dragon et les bêtes.

Que sont les sept trompettes ?

Elles sortent du septième sceau : « les sept anges qui se tiennent debout devant Dieu » les reçoivent (8:2). Le commentaire rappelle Jéricho, où sept prêtres sonnèrent de sept shofars pendant sept jours avant que la muraille tombe (Josué 6:4-20), et le shofar qui annonce le jour de YHWH (Joël 2:1). Les trompettes rejouent les plaies d'Égypte : la grêle et le feu, l'eau changée en sang, les ténèbres, puis les sauterelles. Les auditeurs juifs y entendaient un nouvel exode, et une question : qui tient cette fois le rôle de l'Égypte ?

Pourquoi les trompettes ne frappent-elles que « le tiers » ?

Le quart des sceaux (6:8) devient le tiers, mais la limite reste fixée : un tiers est frappé, deux tiers sont épargnés. Le commentaire tire ce tiers d'Ézéchiel, qui devait brûler un tiers de ses cheveux au milieu de la ville, en frapper un tiers de l'épée et disperser le dernier au vent, image de Jérusalem assiégée (Ézéchiel 5:2, 5:12). Zacharie annonçait aussi que deux tiers du pays seraient retranchés et que le dernier tiers passerait par le feu (Zacharie 13:8-9).

Qu'est-ce que l'étoile Absinthe ?

À la troisième trompette, une grande étoile tombe sur les fleuves, et « le nom de l'étoile se dit : l'Absinthe » (8:11). L'absinthe est une plante très amère, et le mot hébreu revient chez les prophètes contre le peuple infidèle : « je vais faire manger de l'absinthe à ce peuple » (Jérémie 9:14). Pour ceux qui datent le livre avant 70, ces textes désignaient Jérusalem. Le commentaire y voit aussi l'exode à rebours : à Mara, les eaux amères avaient été rendues douces (Exode 15:23-25) ; ici, les eaux douces deviennent amères.

Pourquoi un aigle annonce-t-il trois malheurs ?

Les manuscrits anciens ont « un aigle » ; les anciennes Bibles, qui suivent le Texte reçu, ont « un ange ». Pour un lecteur juif, l'aigle annonçait le jugement : Osée criait « comme un aigle sur la maison de YHWH, parce qu'ils ont transgressé mon alliance » (Osée 8:1). Pour tout habitant de l'Empire, l'aigle était l'enseigne des légions romaines, et Jésus avait dit, en parlant de la ruine du Temple : « là où sera le cadavre, là se rassembleront les aigles » (Matthieu 24:28). Les trois « malheur » correspondent aux trois dernières trompettes.

Qui est l'étoile tombée qui ouvre le puits de l'abîme ?

Jean voit « une étoile tombée du ciel sur la terre, et il lui fut donné la clé du puits de l'abîme » (9:1) ; dans ce livre, une étoile est un ange (1:20). Le commentaire présente deux lectures : un ange déchu, peut-être Satan lui-même (Isaïe 14:12-15, Luc 10:18), ou un ange envoyé par Dieu, comme celui qui descendra avec la clé de l'abîme pour y enfermer Satan (20:1-3). Dans les deux cas, l'étoile ne prend pas la clé : elle lui est donnée. Même ce qui sort de l'abîme reste sous l'autorité du trône.

Que sont les sauterelles de l'abîme, et pourquoi cinq mois ?

Ce sont celles de la huitième plaie d'Égypte, et surtout celles de Joël, où une invasion de sauterelles devient l'image d'une armée envoyée contre Juda. Elles ne touchent qu'aux hommes « qui n'ont pas le sceau de Dieu sur les fronts » (9:4), et ne peuvent pas tuer : seulement tourmenter cinq mois. Le commentaire note que cinq mois correspondent à peu près à la saison des sauterelles, et aux cent cinquante jours du déluge (Genèse 7:24). Ceux qui datent le livre avant 70 les rapprochent de la durée du siège de Jérusalem par Titus, du printemps à la fin de l'été 70.

Qui est Abaddôn, ou Apollyôn ?

C'est le roi des sauterelles, « l'ange de l'abîme » : son nom est, « en hébreu, Abaddôn, et en grec il a pour nom Apollyôn » (9:11). Abaddôn veut dire « la perdition », le lieu des morts nommé avec le Shéol (Job 26:6) ; Apollyôn est formé sur le verbe « détruire » : « le Destructeur ». Pour des oreilles grecques, il sonnait comme Apollon, et Néron aimait à se présenter en Apollon (Suétone, Néron 25 et 53). Certains lecteurs y voient une allusion à l'empereur ; le commentaire précise que c'est une hypothèse, que le texte ne formule pas.

Pourquoi Jean ne doit-il pas écrire ce qu'ont dit les sept tonnerres ?

Une voix du ciel lui dit : « Scelle ce qu'ont dit les sept tonnerres, et ne l'écris pas » (10:4). Le livre ne dit pas pourquoi. Une explication souvent proposée : une nouvelle série de sept jugements aurait pu venir, mais elle est retranchée, puisque « il n'y aura plus de délai » (10:6), comme Jésus avait dit que ces jours seraient abrégés (Marc 13:20). D'autres y voient seulement la limite de ce que Dieu révèle. Jean recevra à la fin l'ordre inverse pour tout son livre : ne pas sceller, « car le temps est proche » (22:10).

Pourquoi Jean mange-t-il le petit rouleau ?

L'ange lui dit : « Prends, et dévore-le, et il rendra amer ton ventre, mais dans ta bouche il sera doux comme le miel » (10:9). C'est le geste d'Ézéchiel, qui mangea un rouleau doux comme le miel, mais rempli de « lamentations, des gémissements et des cris de malheur » (Ézéchiel 2:10, 3:3). La parole de Dieu est douce à recevoir ; le message qu'elle contient est amer à porter, et Jean est aussitôt renvoyé prophétiser. Le commentaire laisse ouverte la question de savoir si ce rouleau est celui du chapitre 5, désormais ouvert, ou un second rouleau.

Que signifie mesurer le temple, au chapitre 11 ?

Jean reçoit l'ordre : « Lève-toi et mesure le temple de Dieu et l'autel et ceux qui s'y prosternent » (11:1), mais de laisser le parvis aux nations, qui fouleront la cité sainte. Dans l'Écriture, mesurer peut annoncer une protection ou une destruction ; ici, ce qui est mesuré est mis à part, et le sens de protection domine. Ceux qui datent le livre avant 70 y lisent le Temple de Jérusalem encore debout, et le siège annoncé par Jésus : « Jérusalem sera foulée par les nations » (Luc 21:24). D'autres y voient le peuple de Dieu, que Paul appelle « le temple de Dieu », et la lecture futuriste, un troisième temple à venir.

Qui sont les deux témoins ?

Ce sont « les deux oliviers et les deux porte-lampes » (11:4), image tirée de Zacharie 4, où les deux oints étaient Zorobabel et le grand prêtre Josué. Ils ont l'autorité d'Élie, qui ferma le ciel, et de Moïse, qui changea les eaux en sang. Le commentaire présente plusieurs lectures : deux prophètes à venir ; une tradition ancienne y voyait Hénoch et Élie ; beaucoup y voient l'assemblée qui témoigne, puisque les porte-lampes sont les assemblées (1:20). Ceux qui datent le livre avant 70 y voient le témoignage rendu à Jérusalem par les disciples de Jésus avant la guerre.

Que représentent les 1 260 jours, les 42 mois et « un temps, des temps et la moitié d'un temps » ?

Trois manières de compter une seule période : trois ans et demi, en mois de trente jours. La durée vient de Daniel (7:25, 12:7), pour la puissance qui s'attaque au peuple saint ; Antiochos IV avait profané le Temple un peu plus de trois ans (167-164). Ceux qui datent le livre avant 70 la rapprochent de la guerre de Judée (printemps 67 à août 70) ou de la persécution de Néron (fin 64 à juin 68) ; d'autres y voient tout le temps de l'Église, la lecture futuriste une période finale, et la lecture historiciste mille deux cent soixante ans. Le commentaire distingue ces durées chiffrées du « court temps » de 20:3, qui n'a pas de chiffre.

Où les deux témoins sont-ils tués ?

Leur cadavre gît sur la place de « la grande cité, qui est appelée spirituellement Sodome et Égypte, là où leur Seigneur aussi fut crucifié » (11:8). Les prophètes donnaient déjà à Jérusalem le nom de Sodome (Isaïe 1:10, Ézéchiel 16), et la précision sur la crucifixion désigne Jérusalem. Le commentaire relève que la question se pose alors pour les autres emplois de « la grande cité » : ceux qui datent le livre avant 70 en concluent que Babylone est Jérusalem ; d'autres, nombreux, y voient Rome, et certains lisent même Rome en 11:8, puisque Jésus fut crucifié par l'autorité romaine.

Que proclame la septième trompette ?

Elle ne déclenche aucune plaie : on entend « Le royaume du monde est devenu celui de notre Seigneur et de son Christ, et il régnera pour les siècles des siècles » (11:15). C'est la trompette des couronnements, comme on sonnait du shofar quand un roi était oint (1 Rois 1:34). Les anciens appellent Dieu « celui qui est et qui était » : la formule perd son troisième terme, « qui vient ». Celui qu'on attendait est venu : il a pris sa puissance et règne. Le Texte reçu a rétabli « et qui vient », d'où les anciennes Bibles.

Qui est la femme revêtue du soleil ?

« Une femme revêtue du soleil, et la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles » (12:1) : les auditeurs reconnaissaient le songe de Joseph, où les douze sont les pères des tribus, Israël tout entier. Les prophètes avaient montré Sion en travail (Michée 4:10, Isaïe 66:7-8). Le commentaire présente les lectures : Sion, le peuple d'où sort le Messie ; l'Église, pour les auteurs chrétiens des premiers siècles ; Marie, lecture plus tardive, courante dans la tradition catholique ; le reste fidèle d'Israël, dont l'assemblée de Jérusalem était le cœur, pour ceux qui datent le livre avant 70.

Qui est le grand dragon rouge ?

Le texte le nomme lui-même : « le grand dragon, le serpent antique, celui qui est appelé le Diable et Satan, celui qui égare le monde habité tout entier » (12:9). Il porte les traits du monstre des eaux de l'Écriture hébraïque : Léviathan, et Pharaon, qu'Ézéchiel appelle « le grand dragon couché au milieu de ses fleuves » (Ézéchiel 29:3). Ses sept têtes et ses dix cornes viennent de Daniel, où les cornes sont des rois. « Satan » veut dire l'adversaire, l'accusateur, et le chapitre l'appelle « l'accusateur de nos frères » (12:10).

Qui est Michel, et quelle est cette guerre dans le ciel ?

Le nom hébreu Mikha'el signifie « qui est comme Dieu ? ». Chez Daniel, il est « le grand prince » qui se tient pour le peuple d'Israël (Daniel 12:1), face aux princes célestes de la Perse et de la Grèce ; chaque nation a son prince céleste, selon le nombre des fils de Dieu (Deutéronome 32:8). Le dragon perd la guerre et sa place au ciel, et il est jeté sur la terre. Le commentaire souligne que les fidèles l'ont vaincu aussi, « à cause du sang de l'Agneau et à cause de la parole de leur témoignage » (12:11) : la guerre du ciel et celle de la terre sont une seule guerre.

Qui est la bête qui monte de la mer ?

Elle réunit en une seule les quatre bêtes de Daniel 7, nommées dans l'ordre inverse, comme si Jean regardait en arrière depuis son temps : les empires successifs aboutissent à celui-ci. « Et le dragon lui donna sa puissance et son trône et une grande autorité » (13:2). Pour un habitant d'Éphèse, Rome venait de la mer, et les « noms d'outrage » évoquent les titres des empereurs : Auguste, « fils du divin », « dieu », « sauveur ». Ceux qui datent le livre avant 70 voient dans la bête l'Empire romain et Néron ; la lecture futuriste attend un chef à venir.

Qui est la bête qui monte de la terre ?

Elle a des cornes semblables à celles d'un agneau, mais « elle parlait comme un dragon » (13:11) ; le livre l'appellera plus loin « le faux prophète ». Pour beaucoup de commentateurs, quelle que soit leur datation, elle représente le pouvoir local qui servait Rome en Asie : les notables et les prêtres du culte impérial. Certains de ceux qui datent le livre avant 70 lisent « le pays », la Judée, et y voient les autorités de Jérusalem alliées à Rome, qui avaient crié « nous n'avons pas d'autre roi que César » (Jean 19:15). La lecture futuriste attend un chef religieux à venir.

Qu'est-ce que la marque de la bête ?

Le grec charagma désigne une empreinte : le sceau sur un acte, la frappe d'une monnaie, la marque au fer. Placée « sur leur main droite ou sur leur front » (13:16), elle est l'inverse du sceau de Dieu sur le front de ses serviteurs, et une contrefaçon de la Loi liée sur la main et entre les yeux (Deutéronome 6:8). Sans elle, personne ne peut « acheter ou vendre » (13:17) : dans les cités d'Asie, les métiers avaient leurs dieux patrons, et refuser le culte, c'était perdre sa place au marché. Certains lisent une marque visible, d'autres une appartenance publique, comme le sceau de Dieu, qui n'était pas un tatouage ; la lecture futuriste attend une marque physique.

Qui sont les 144 000 « vierges » du chapitre 14 ?

Ce sont ceux du chapitre 7, qui portent sur le front le nom de l'Agneau et de son Père, en face de ceux qui portent la marque de la bête. Le commentaire présente trois lectures de « vierges » : à la lettre, des hommes qui ont renoncé au mariage ; la pureté des soldats de la guerre sainte, qui s'abstenaient de leurs femmes en campagne ; ou une image de la fidélité, comme Paul présentant l'assemblée au Christ « comme une vierge pure » (2 Corinthiens 11:2). Ils sont « prémices pour Dieu et pour l'Agneau » (14:4), les premiers fruits d'une moisson. Ceux qui datent le livre avant 70 y voient la première génération des croyants de Judée.

Que signifient la moisson et la vendange du chapitre 14 ?

Jean partage en deux scènes un verset de Joël : la faucille et la moisson, puis le pressoir (Joël 4:13). Celui qui moissonne, assis sur la nuée, est le Christ pour beaucoup de lecteurs, un ange pour d'autres ; la moisson elle-même est lue comme le rassemblement des fidèles ou comme un jugement. La vendange est jetée dans « le grand pressoir de la fureur de Dieu » (14:19). Dans l'Écriture, la vigne est Israël, et ceux qui datent le livre avant 70 lisent « la vigne du pays » ; d'autres y voient l'humanité hostile à Dieu. Les mille six cents stades, près de trois cents kilomètres, sont pour certains la longueur du pays d'Israël, pour d'autres un nombre construit.

Qu'est-ce que la mer de verre et le chant de Moïse ?

Jean voit « comme une mer de verre mêlée de feu » (15:2), et sur elle les vainqueurs de la bête, qui chantent « le chant de Moïse, le serviteur de Dieu, et le chant de l'Agneau » (15:3). La scène rappelle Israël au bord de la mer, voyant l'Égypte défaite (Exode 14:30-15:1). Le commentaire note que Moïse a deux chants : celui de la victoire sur Pharaon, et celui du Deutéronome, qui annonce le jugement d'Israël infidèle et la vengeance du sang des serviteurs de Dieu ; Jean réunit les deux.

L'Apocalypse, chapitres 16 à 22

Les coupes, les noces de l'Agneau et la nouvelle Jérusalem.

Que sont les sept coupes de la fureur de Dieu ?

Ce sont les sept dernières plaies : « Allez et versez les sept coupes de la fureur de Dieu sur la terre » (16:1). Elles reprennent les plaies d'Égypte et les trompettes, presque dans le même ordre, mais sans limite : il n'est plus question d'un tiers. Le verbe « verser » revient neuf fois dans le chapitre, dont une pour le sang des saints que les hommes « ont versé » (16:6) : ce que les hommes ont versé, Dieu le verse à son tour. Ceux qui datent le livre avant 70 rappellent la menace de la Loi contre Israël infidèle : « j'ajouterai sur vous la plaie, sept fois, selon vos péchés » (Lévitique 26:21).

Pourquoi les coupes rappellent-elles les plaies d'Égypte ?

L'ulcère de la première coupe est la sixième plaie d'Égypte ; la mer changée en sang, la première ; le royaume de la bête obscurci, la neuvième ; les esprits « comme des grenouilles », la deuxième ; la grosse grêle, la septième. Comme en Égypte, où le pays de Goshen fut épargné, la plaie choisit ses victimes : elle frappe « les hommes qui ont la marque de la bête » (16:2). Et comme Pharaon endurcissait son cœur, les hommes « ne changèrent pas de pensée pour lui donner gloire » (16:9).

Que veut dire « Harmaguédon » ?

Jean précise que le nom est « en hébreu » (16:16) : har Meguiddo, « la montagne de Meguiddo ». Meguiddo, ville forte au bord de la plaine de Yizréel, était le champ de bataille d'Israël ; le roi Josias y fut tué par Pharaon Néko (2 Rois 23:29). Comme l'Écriture ne connaît pas de « montagne de Meguiddo », on a proposé d'autres explications, comme har mo'ed, « la montagne de l'assemblée » (Isaïe 14:13). La forme « Armageddon » vient de manuscrits qui écrivent le mot sans l'aspiration initiale. Ceux qui datent le livre avant 70 rapprochent ce rassemblement de la guerre de Judée, que Vespasien commença en 67 par la Galilée.

Pourquoi Jésus dit-il « je viens comme un voleur » au milieu des coupes ?

Entre l'annonce du rassemblement des rois (16:14) et le rassemblement lui-même (16:16), Jésus prend la parole sans être annoncé : « Voici, je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille et qui garde ses vêtements » (16:15). C'est une parole que les assemblées connaissaient (Matthieu 24:43-44 ; 1 Thessaloniciens 5:2), et le présent « je viens » dit une venue en cours, toute proche. Le commentaire cite la Mishna : le chef de la garde du mont du Temple, s'il trouvait un garde endormi pendant sa ronde, avait le droit de brûler ses vêtements (Middot 1:2).

Que signifie « C'est fait » ?

À la septième coupe, une grande voix sortie du temple, du trône, dit « C'est fait » (16:17) : un seul mot grec, gegonen, au parfait, qui dit que la chose est arrivée et que le résultat demeure. Aussitôt viennent éclairs, tonnerres et un tremblement de terre sans pareil. En 21:6, celui qui est assis sur le trône dira encore « C'est fait ». Le commentaire rappelle aussi le dernier mot de Jésus en croix, « c'est achevé » (Jean 19:30), dit avec un autre verbe.

Que sont les grêlons « du poids d'un talent » ?

« Et une grosse grêle, comme du poids d'un talent, descend du ciel sur les hommes » (16:21) : c'est la septième plaie d'Égypte, et le talent était la plus grande unité de poids, environ vingt-six kilos. Ceux qui datent le livre avant 70 rapprochent ce verset d'une page de Flavius Josèphe sur le siège de Jérusalem : les machines de la dixième légion lançaient des pierres « du poids d'un talent », blanches, et les guetteurs juifs, les voyant venir, criaient « le fils vient » (Guerre des Juifs 5.270-272). On a proposé d'y voir un jeu de mots de l'hébreu, où « la pierre » (ha-even) et « le fils » (ha-ben) se ressemblent.

Qui est le faux prophète ?

Le nom paraît pour la première fois en 16:13 ; il désigne la seconde bête du chapitre 13, celle qui fait des signes devant la première et fait se prosterner devant son image. Pour ceux qui lisent Rome, elle figure le culte impérial en Asie. Pour ceux qui lisent Jérusalem, ce peut être aussi l'autorité religieuse rangée derrière César, et les faux prophètes du siège : selon Josèphe, le jour où le Temple brûla, l'un d'eux avait appelé le peuple à y monter pour recevoir « les signes de la délivrance » (Guerre des Juifs 6.285-286). Jésus avait annoncé de faux prophètes qui « donneront de grands signes » (Matthieu 24:24).

Que vendaient les marchands de Babylone ?

La liste compte une trentaine de marchandises : métaux et pierres, étoffes comme la soie et la pourpre, bois de thuya, aromates, vivres, bêtes, et pour finir « de corps, et âmes d'hommes » (18:13). « Corps » était le mot du commerce grec pour les esclaves, et « âmes d'hommes » reprend la lamentation d'Ézéchiel sur Tyr (27:13) : la liste s'achève sur ce qui est le plus grave. Pour ceux qui lisent Rome, ce sont les importations de la capitale. Ceux qui lisent Jérusalem la rapprochent des biens du Temple : l'or, le fin lin, la pourpre et l'écarlate du voile et des vêtements des prêtres, l'encens, la fleur de farine et les brebis des offrandes.

Que signifie la meule jetée dans la mer ?

« Ainsi, avec élan, sera jetée Babylone, la grande cité, et elle ne sera plus jamais trouvée » (18:21). C'est le geste de Jérémie : Seraya lit le rouleau des malheurs de Babylone, y attache une pierre et le jette dans l'Euphrate (Jérémie 51:63-64) ; chez Jean, la pierre devient une meule, et le fleuve, la mer. Ceux qui lisent Jérusalem rapprochent la parole de Jésus, dite en revenant vers la ville : « si vous dites à cette montagne : Soulève-toi et jette-toi dans la mer, cela arrivera » (Matthieu 21:21). Suit un chant funèbre où « plus jamais » revient six fois.

Que sont les noces de l'Agneau ?

« Réjouissons-nous et exultons, et nous lui donnerons la gloire, car elles sont venues, les noces de l'Agneau, et sa femme s'est préparée » (19:7). L'image vient de l'Écriture hébraïque, où Israël est l'épouse de Dieu (Isaïe 54:5) ; Jésus s'était présenté comme l'époux, et Paul écrivait : « je vous ai fiancés à un seul époux » (2 Corinthiens 11:2). L'épouse est vêtue de fin lin, « car le fin lin, ce sont les actes justes des saints » (19:8). Elle sera montrée en 21:9-10 comme la cité sainte, Jérusalem.

Pourquoi l'ange refuse-t-il que Jean se prosterne devant lui ?

Jean tombe deux fois aux pieds de l'ange (19:10 et 22:8), et deux fois l'ange l'arrête : « Garde-toi de le faire ; je suis ton compagnon de service […] ; devant Dieu, prosterne-toi » (22:9). Même les plus hauts des êtres célestes sont des serviteurs du même Dieu ; dans le livre de Tobie, l'ange Raphaël refuse de même qu'on l'honore. La répétition est voulue : elle avertit les lecteurs, à qui Paul écrivait, tout près de Laodicée, de se garder du « culte des anges » (Colossiens 2:18).

Qui est le cavalier « Fidèle et Véritable » ?

« Et je vis le ciel ouvert, et voici, un cheval blanc, et celui qui est assis dessus, appelé Fidèle et Véritable, et avec justice il juge et fait la guerre » (19:11). Ses yeux sont « une flamme de feu », comme ceux du fils d'homme (1:14), et « son nom a été appelé la Parole de Dieu » (19:13). Il porte « beaucoup de diadèmes », plus que le dragon et la bête, et sur son vêtement le nom « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (19:16). Ses premiers mots sont ceux du premier cavalier de 6:2, mais celui-là avait un arc et une couronne ; celui-ci a des diadèmes et une épée qui sort de sa bouche.

De quel sang le vêtement du cavalier est-il trempé ?

Le cavalier est « revêtu d'un vêtement trempé de sang » (19:13), et le commentaire présente deux lectures. Pour les uns, c'est son propre sang, celui de l'Agneau égorgé : le vêtement est taché avant tout combat, et le livre a dit que les robes sont blanchies « dans le sang de l'Agneau » (7:14). Pour d'autres, c'est le sang de ses ennemis, comme chez Isaïe, où celui qui vient d'Édom a foulé seul le pressoir (Isaïe 63:1-3).

Pourquoi n'y a-t-il pas de bataille à la fin du chapitre 19 ?

La bête et les rois sont rassemblés « pour faire la guerre contre celui qui est assis sur le cheval » (19:19), mais le livre ne décrit aucun combat : la bête et le faux prophète sont capturés, et « les autres furent tués par l'épée de celui qui est assis sur le cheval, celle qui sortit de sa bouche » (19:21). L'arme est sa parole : « du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant » (Isaïe 11:4), et Paul écrivait que le Seigneur Jésus ferait disparaître l'impie « par le souffle de sa bouche » (2 Thessaloniciens 2:8). Les armées du ciel qui le suivent n'ont pas d'armes et ne combattent pas.

Qu'est-ce que la première résurrection ?

« Les autres morts ne vécurent pas jusqu'à ce que les mille ans soient achevés. Celle-ci est la première résurrection » (20:5). Elle renvoie aux âmes du verset 4 : « ils vécurent et régnèrent avec le Christ mille ans ». Le commentaire présente deux lectures : pour Justin, vers 150, et Irénée, vers 180, une résurrection corporelle des fidèles avant les mille ans ; pour d'autres, à la suite d'Augustin, une vie nouvelle dès maintenant, les âmes des fidèles régnant avec le Christ pendant le temps de l'Église. La traduction dit « vécurent » plutôt que « revinrent à la vie », pour laisser les deux lectures ouvertes.

Qu'est-ce que la seconde mort ?

Le livre l'identifie lui-même : « Celle-ci est la seconde mort, l'étang de feu » (20:14). C'est la mort qui suit le jugement ; le Christ avait promis à Smyrne que celui qui vainc « ne sera nullement lésé par la seconde mort » (2:11), et sur ceux qui ont part à la première résurrection, elle n'a « pas d'autorité » (20:6). Le livre ne nomme pas de « seconde résurrection » ; il nomme une seconde mort.

Qu'est-ce que le livre de la vie ?

C'est le registre de ceux qui appartiennent à Dieu : Moïse demandait à en être effacé à la place du peuple (Exode 32:32), et Daniel annonçait le salut de « quiconque sera trouvé inscrit dans le livre » (Daniel 12:1). Jean l'appelle tantôt « le livre de la vie », tantôt « le rouleau de la vie » : deux mots grecs pour le même registre. Le Christ promet au vainqueur : « je n'effacerai nullement son nom du livre de la vie » (3:5). Les cités grecques tenaient le registre de leurs citoyens : seuls ceux qui sont écrits « dans le rouleau de la vie de l'Agneau » entrent dans la nouvelle Jérusalem (21:27).

La nouvelle Jérusalem est-elle déjà là, ou encore à venir ?

« Et la cité sainte, la nouvelle Jérusalem, je la vis descendant du ciel d'auprès de Dieu, préparée comme une épouse parée pour son mari » (21:2). Les premiers chrétiens parlaient déjà de « la Jérusalem d'en haut » (Galates 4:26), dont les croyants « se sont approchés » (Hébreux 12:22), tout en cherchant « celle qui est à venir » (Hébreux 13:14) : le commentaire présente donc les deux lectures, une réalité déjà donnée que la vision dévoile, ou une cité qui descendra après le jugement. Parmi ceux qui datent le livre avant 70, certains voient dans le ciel nouveau et la terre nouvelle l'ordre nouveau de l'alliance, l'ancien étant « près de disparaître » (Hébreux 8:13).

Que signifient les mesures de la nouvelle Jérusalem ?

L'ange mesure la cité : « douze mille stades ; la longueur et la largeur et la hauteur en sont égales » (21:16). Douze mille stades font environ 2 200 kilomètres, sans que le texte dise s'il s'agit de chaque côté ou du tour ; c'est le nombre des tribus multiplié par mille. Un cube aux côtés égaux, c'est la forme du lieu très saint du temple de Salomon (1 Rois 6:20) : toute la cité est devenue le lieu très saint. La muraille ne mesure que cent quarante-quatre coudées, environ soixante-dix mètres : elle ne défend rien, elle marque la limite.

Pourquoi la nouvelle Jérusalem n'a-t-elle pas de temple ?

« Et de temple, je n'en vis pas en elle, car le Seigneur Dieu, le Maître de tout, est son temple, ainsi que l'Agneau » (21:22). Pour un lecteur juif, c'était le plus inattendu : Ézéchiel consacrait neuf chapitres à la ville et au temple à venir, et la Description de la Nouvelle Jérusalem retrouvée à Qumrân garde elle aussi un temple. Jésus avait parlé du « temple de son corps » (Jean 2:19-21), et Paul écrivait : « vous êtes le temple de Dieu » (1 Corinthiens 3:16). Ceux qui datent le livre avant 70 lisent ici la réponse à la ruine prochaine du Temple ; d'autres y voient l'état final.

Que veut dire l'avertissement de ne rien ajouter ni retrancher ?

« Si quelqu'un y ajoute, Dieu lui ajoutera les plaies écrites dans ce rouleau » (22:18), et si quelqu'un retranche, « Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la cité sainte » (22:19). C'est la formule que Moïse plaçait sur la Loi (Deutéronome 4:2) ; Jean la place sur sa prophétie. On protégeait ainsi un texte : la Lettre d'Aristée rapporte une malédiction semblable contre quiconque changerait la traduction grecque de la Loi.

Que signifie « Viens, Seigneur Jésus » ?

C'est la réponse de Jean et des auditeurs à la dernière parole de Jésus, « Oui, je viens bientôt » (22:20) : Jésus dit « Oui », l'assemblée répond « Amen ». C'est la forme grecque d'une prière araméenne que Paul cite telle quelle dans une lettre écrite en grec, marana tha, « notre Seigneur, viens » (1 Corinthiens 16:22). La Didachè, un écrit chrétien ancien, la place à la fin de la prière du repas du Seigneur. Le livre s'achève ensuite comme une lettre : « La grâce du Seigneur Jésus avec tous » (22:21).

Hénoch, les Veilleurs et le monde invisible

Les anges déchus, les géants et les puissances qui égarent les nations.

Qu'est-ce que le livre d'Hénoch ?

Un livre juif ancien, lu dans les derniers siècles avant notre ère : des fragments en araméen ont été retrouvés à Qumrân, parmi les manuscrits de la mer Morte. Il n'a été conservé en entier que par l'Église éthiopienne, dans sa langue ancienne, le guèze, et il fait toujours partie de sa Bible.

Le Nouveau Testament cite-t-il vraiment Hénoch ?

Oui. L'épître de Jude écrit qu'« Énoch, le septième depuis Adam, a prophétisé » (Jude 14-15), et cite presque mot pour mot 1 Hénoch 1:9. Pierre et Jude parlent aussi des anges qui ont péché et « abandonné leur propre demeure », enchaînés dans les ténèbres jusqu'au jugement (2 Pierre 2:4 ; Jude 6) : c'est le récit d'Hénoch.

Qui sont les Veilleurs ?

Les « fils de Dieu » de Genèse 6. Selon Hénoch, ce sont deux cents anges, menés par Semyaza, qui jurent ensemble de prendre des femmes parmi les humains et descendent sur le sommet du mont Hermon (1 Hénoch 6). Ils devaient veiller, et ils ont trahi leur garde. De leurs unions naissent des géants.

Qu'ont enseigné les Veilleurs aux hommes ?

Selon Hénoch, Azazel enseigna la fabrication des armes, les parures et le fard ; d'autres, les sortilèges, l'observation des étoiles et les signes (1 Hénoch 8). La guerre, la séduction et la divination seraient des savoirs venus d'en haut, transmis par des êtres qui avaient rompu avec Dieu. Le résultat : les hommes « s'égarèrent ».

Les « fils de Dieu » de Genèse 6 ne sont-ils pas les descendants de Seth ?

Cette explication s'est répandue à partir du IIIᵉ siècle (Jules l'Africain, puis Augustin). Mais ailleurs dans la Bible, « fils de Dieu » désigne des êtres célestes (Job 38:7), les plus anciens lecteurs juifs y voyaient des anges, et Pierre et Jude parlent bien d'anges qui ont péché.

Qui sont les Néphilim ?

Les géants nés des unions de Genèse 6:4. L'hébreu précise qu'ils étaient sur la terre « en ces jours-là, et aussi après ». Les espions envoyés par Moïse disent en effet avoir vu en Canaan « les Néphilim, enfants d'Anak » (Nombres 13:33).

La Bible parle-t-elle de géants après le déluge ?

Souvent. Le Deutéronome nomme plusieurs peuples géants, rassemblés sous le nom de Rephaïm : les Anakim d'Hébron, les Émim de Moab, les Zamzummim d'Ammon, et Og, roi de Basan, « resté seul de la race des Rephaïm » (Deutéronome 3:11). Plus tard viennent Goliath de Gath et les guerriers « issus de Rapha » (2 Samuel 21).

Quelle taille avaient Og et Goliath ?

Le lit de fer d'Og mesurait neuf coudées, environ quatre mètres (Deutéronome 3:11) ; certains y voient un lit d'apparat plus grand que son occupant. Goliath mesurait « six coudées et un empan », près de trois mètres (1 Samuel 17:4), mais les plus anciens manuscrits (la traduction grecque et un fragment de Qumrân) disent quatre coudées et un empan, environ deux mètres.

Les photos de squelettes géants sont-elles vraies ?

Non. Ce sont des montages, souvent issus de concours de retouche d'image. Les faire circuler discrédite la vérité. Ce que la Bible affirme est déjà assez remarquable : des peuples d'une taille hors du commun, rattachés par le texte lui-même aux Néphilim.

Pourquoi le mont Hermon est-il si important ?

C'est la plus haute montagne de la région, un lieu de culte païen (« Baal-Hermon », Juges 3:3), et selon Hénoch, la montagne où les Veilleurs descendirent et se lièrent par serment. Son nom rappelle l'hébreu herem, « anathème ». À ses pieds s'étendait le Basan, le royaume d'Og, « le pays des Rephaïm ».

Pourquoi Jésus parle-t-il des « portes du séjour des morts » à Césarée de Philippe ?

Césarée de Philippe se trouvait au pied de l'Hermon, près d'une grotte consacrée au dieu Pan, qu'on considérait comme une entrée du monde souterrain. Plusieurs chercheurs, comme Michael Heiser, y voient un choix délibéré : c'est à l'endroit le plus chargé de puissances païennes du pays que Jésus annonce que ces portes « ne prévaudront point » (Matthieu 16:18).

Qu'est-ce que le « conseil divin » ?

L'assemblée céleste que décrit le Psaume 82 : « Dieu se tient dans l'assemblée de Dieu ; il juge au milieu des dieux. » Ces « fils du Très-Haut » ont reçu une responsabilité sur les nations et l'ont trahie. On retrouve ce conseil en 1 Rois 22:19 et en Job 38:7, et Jésus cite le Psaume 82 en Jean 10:34.

Les nations ont-elles été confiées à des anges ?

C'est ce que lit Deutéronome 32:8 dans ses plus anciens témoins : un fragment de Qumrân porte « d'après le nombre des fils de Dieu », et la Septante « des anges de Dieu ». À Babel, le Très-Haut aurait réparti les nations entre les membres de son conseil, gardant pour lui Israël. Daniel 10 parle aussi des « chefs » de la Perse et de la Grèce, des puissances liées à chaque royaume.

Qu'arrive-t-il aux Veilleurs selon Hénoch ?

Au chapitre 10, ils sont liés sous la terre jusqu'au jugement. Le Nouveau Testament dit la même chose : Dieu « n'a pas épargné les anges qui ont péché » et les a précipités « dans les abîmes de ténèbres » (2 Pierre 2:4) ; ils sont « enchaînés éternellement par les ténèbres » jusqu'au grand jour (Jude 6).

Pourquoi Josué devait-il détruire les Anakim ?

Le livre de Josué insiste : « il ne resta point d'Anakim dans le pays », sauf à Gaza, à Gath et à Asdod (Josué 11:21-22). Pour beaucoup de lecteurs anciens, et pour des chercheurs modernes comme Michael Heiser, ce n'était pas une simple conquête territoriale, mais un combat contre les descendants d'une lignée issue de la rébellion des fils de Dieu.

Goliath descendait-il des géants de Canaan ?

Le texte le suggère. Les derniers Anakim étaient restés à Gaza, à Gath et à Asdod (Josué 11:22) ; plusieurs siècles plus tard, Goliath vient justement de Gath (1 Samuel 17:4). Le deuxième livre de Samuel parle encore de guerriers de Gath « issus de Rapha », dont l'un avait six doigts à chaque main et à chaque pied (2 Samuel 21:20-22).

Que sont les « taureaux de Basan » du Psaume 22 ?

Dans le psaume que Jésus cite sur la croix, le juste dit : « des taureaux de Basan m'environnent » (Psaume 22:13). Le Basan était, pour les Israélites, le pays des géants, des Rephaïm et des dieux étrangers, et le taureau était l'animal de Baal. Au moment de sa mort, le Messie se décrit encerclé par les puissances de Basan.

La Transfiguration a-t-elle eu lieu sur le mont Hermon ?

La tradition l'a longtemps placée sur le mont Thabor, en Galilée. Mais le récit suit immédiatement la scène de Césarée de Philippe, au pied de l'Hermon, et parle d'« une haute montagne » (Matthieu 17:1). Beaucoup de commentateurs pensent donc à l'Hermon : la gloire du Christ se serait manifestée sur la montagne même où, selon Hénoch, les Veilleurs avaient scellé leur rébellion.

Que disent les apôtres des puissances invisibles ?

Paul écrit que les sacrifices des nations s'adressent en réalité à des démons (1 Corinthiens 10:20), et que le combat des croyants est « contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres » (Éphésiens 6:12). Ces dominations sont les héritières des « dieux » du Psaume 82 et des « chefs » de Daniel 10.

Comment le Christ a-t-il repris les nations ?

À la croix, il « a dépouillé les dominations et les autorités » (Colossiens 2:15). Ressuscité, il déclare : « Tout pouvoir m'a été donné […] faites de toutes les nations des disciples » (Matthieu 28:18-19). À la Pentecôte, des Juifs venus de toutes les nations entendent les apôtres chacun dans sa langue (Actes 2:5-6) : Babel est renversée. C'est la réponse au Psaume 82 : « toutes les nations t'appartiennent ».

Dans le livre d'Hénoch

Ce que racontent les chapitres du livre d'Hénoch, d'après son commentaire.

Pourquoi Hénoch invite-t-il à observer les arbres et la chaleur de l'été ?

Les chapitres 2 à 5 forment un appel : après le ciel, la terre et les saisons, Hénoch fait regarder les arbres de l'hiver (chapitre 3), puis la chaleur de l'été (chapitre 4), où les hommes cherchent « l'abri et l'ombre à cause de l'ardeur du soleil » (4:1). Le commentaire y voit l'annonce du reproche de 5:4 : la création garde son ordre, « mais vous… ».

Que sont les quatorze arbres toujours verts du chapitre 3 ?

Hénoch montre les arbres qui paraissent secs en hiver, « sauf quatorze arbres qui ne se dépouillent pas » (3:1). Selon le commentaire, Martin rapproche ce nombre des Géoponiques, un traité grec d'agriculture qui compte aussi quatorze espèces d'arbres gardant leurs feuilles, et des Jubilés, qui énumèrent quatorze espèces de bois permises pour le feu de l'autel (Jubilés 21:12). Le commentaire y lit aussi l'image du juste, dont « son feuillage ne se flétrit pas » (Psaume 1:3).

Le récit des Veilleurs se termine-t-il seulement sur le jugement ?

Non : au chapitre 11, Dieu dit : « j'ouvrirai les trésors de bénédiction qui sont dans le ciel, pour les faire descendre sur la terre » (11:1). Le commentaire relève que « faire descendre » vient du verbe qui décrit les Veilleurs « descendus » sur l'Hermon : ils étaient descendus avec la malédiction, Dieu fera descendre la bénédiction. Le labeur des hommes, que les géants dévoraient, sera béni, et « la paix et la droiture seront associées » (11:2), comme dans le Psaume 85.

Qui est l'archange Ragouël ?

L'un des saints anges ; selon 20:4, celui « qui tire vengeance du monde et des luminaires » : il veille sur l'ordre des astres. Au chapitre 23, Hénoch voit à l'occident un feu qui court sans repos, jour et nuit, et Ragouël lui explique : c'est « le feu qui flambe, celui de tous les luminaires du ciel » (23:4). Le grec dit autrement, « le feu qui poursuit tous les luminaires ».

Pourquoi Hénoch voit-il tant d'arbres à parfum en allant vers l'orient ?

Les chapitres 28 à 31 nomment l'encens, la myrrhe, le lentisque, le cinnamome, le baume, le galbanum et l'aloès, puis le nard et le poivre. Le commentaire rappelle que ce sont les parfums du sanctuaire (Exode 30:23-34), du Cantique et de la cargaison de Babylone dans l'Apocalypse (18:13). Hénoch les voit près du jardin de justice vers lequel il marche, à l'orient, là où Dieu avait planté le jardin d'Éden (Genèse 2:8).

Que voit Hénoch aux extrémités de la terre ?

Les chapitres 33 à 36 font le tour des quatre extrémités de la terre. À l'orient, Hénoch voit « les extrémités de la terre, là où le ciel repose, et les portes du ciel ouvertes » (33:2). Au nord, trois portes d'où viennent « le froid, et la grêle, et la glace, et le givre, et la rosée, et la pluie » (34:2), et à l'occident, trois portes semblables. Le commentaire explique que, dans l'image du monde de l'Orient ancien, le ciel est une voûte qui repose sur les extrémités de la terre, et que ces chapitres esquissent les portes décrites dans le Livre astronomique (72 et 76).

Qui est l'ange Ouriel ?

C'est l'ange qui accompagne Hénoch aux extrémités orientales de la terre et lui montre les portes d'où sortent les étoiles. Hénoch les compte et écrit toutes leurs sorties, « selon ce que m'a montré l'ange Ouriel, qui était avec moi » (33:3). Ouriel guidera Hénoch dans tout le Livre astronomique (72:1), où Ouriel montre et Hénoch écrit. Le livre des Jubilés dit qu'Hénoch fut le premier à écrire « dans un livre les signes du ciel » (Jubilés 4:17).

Que dit le chapitre 42 de la sagesse ?

C'est un petit poème : « La sagesse vint pour demeurer parmi les fils des hommes, et elle ne trouva pas de demeure. La sagesse retourna à son lieu, et elle prit place au milieu des anges » (42:2). L'injustice, elle, sort de ses trésors et demeure parmi les hommes « comme la pluie dans le désert » (42:3). Le commentaire rapproche Job 28, le Siracide, où la sagesse trouve sa demeure en Jacob, et Jean 1:11. Les Paraboles annoncent ensuite son retour : « la sagesse s'est répandue comme l'eau » (49:1).

Que dit Hénoch des éclairs et du tonnerre ?

Au chapitre 44, Hénoch voit des éclairs qui « se lèvent des étoiles, et deviennent éclair », où Charles reconnaît les étoiles filantes. Au chapitre 59, éclairs, luminaires et tonnerre servent « pour la bénédiction et pour la malédiction, selon que le veut le Seigneur des esprits » (59:1). Le commentaire ajoute que l'éclair annonce la pluie qui rassasie la terre (59:3, Psaume 135:7).

Que sont les anges qui retiennent les eaux au chapitre 66 ?

Noé raconte qu'Hénoch lui montra « les anges du fléau, qui sont prêts à venir et à lâcher toute la puissance de l'eau qui est sous la terre » (66:1) : les sources du grand abîme du déluge (Genèse 7:11). Le Seigneur des esprits leur commande « de ne pas lever les mains, et de veiller » (66:2). Charles pense que l'hébreu disait « les eaux » et qu'on a lu « les mains » ; sans le grec, la traduction garde « les mains ». Le commentaire rapproche les quatre anges qui retiennent les vents en Apocalypse 7:1-3.

Hénoch est-il mort, selon le livre ?

Non. Le chapitre 70 raconte que « son nom fut élevé de son vivant » auprès du Seigneur des esprits, et qu'« il fut élevé sur les chars de l'esprit » (70:1-2). Le commentaire rappelle la Genèse (« il ne fut plus, car Dieu le prit », 5:24), l'épître aux Hébreux (« Hénoch fut enlevé pour ne pas voir la mort », 11:5) et l'enlèvement d'Élie (2 Rois 2:11). Hénoch est placé entre le nord et l'occident, où il voit « les premiers pères et les justes » qui demeurent en ce lieu (70:4).

Pourquoi des étoiles, des éléphants et des hommes blancs dans la vision des animaux ?

Dans l'Apocalypse des animaux, les êtres sont figurés par des images : les hommes sont des bêtes, les Veilleurs sont des étoiles tombées du ciel, et les géants sont des éléphants, des chameaux et des ânes. Les anges fidèles y apparaissent comme des hommes : « comme la figure d'un homme blanc » (87:2). Au chapitre 88, ils exécutent le jugement, comme au chapitre 10 : la « première étoile » est liée « mains et pieds » et jetée dans un abîme (88:1).

Pourquoi le petit-fils de Mathusalem s'appelle-t-il Noé ?

Mathusalem « appela le nom de ce fils Noé, car il réjouira la terre de toute la perdition » (107:3). Selon Dillmann (1853), l'auteur suit ici l'explication de la Genèse : « Celui-ci nous consolera de notre œuvre » (Genèse 5:29). Charles pense que le texte disait plutôt « il fera reposer », comme la Septante et le latin de 106:18 (« Noé, ce qui veut dire repos »). La traduction suit la lettre de Dillmann.

La Tartarie

Ce que montrent les cartes anciennes, et ce qu'elles ne montrent pas.

La Tartarie a-t-elle vraiment existé ?

Le nom, oui : du XIIIᵉ au XIXᵉ siècle, les cartographes européens appellent « Tartarie » une immense région de l'Asie, de la mer Caspienne au Pacifique. On distinguait la Grande Tartarie (la Sibérie), la Petite Tartarie (la Crimée), la Tartarie chinoise (la Mandchourie) et la Tartarie indépendante (l'Asie centrale).

D'où vient le nom « Tartarie » ?

Des Tatars, un peuple des steppes. Après les invasions mongoles du XIIIᵉ siècle, les Européens étendent ce nom à tous les peuples de l'empire mongol, et un « r » s'y ajoute, qui rapproche le mot du Tartare, l'enfer de la mythologie grecque.

Était-ce un empire unique, avec sa capitale et son armée ?

Aucune source d'époque ne le décrit ainsi. Les cartographes nommaient une région et des peuples, comme on dit aujourd'hui « le Moyen-Orient ». La première Encyclopædia Britannica (1771) décrit un ensemble de peuples et de souverainetés. Les khanats, eux (Crimée, Kazan, Sibir, Boukhara, Khiva…), ont bien existé et laissé des chroniques et des monnaies.

Et les drapeaux de la Tartarie ?

Les pavillons au dragon et au hibou noir viennent d'un livre de drapeaux publié à Amsterdam par Carel Allard (1695), puis recopiés pendant plus d'un siècle. Les spécialistes n'en trouvent aucune autre attestation, et ces livres contiennent bien d'autres pavillons imaginaires.

Pourquoi le nom a-t-il disparu des cartes ?

Entre la fin du XVIIIᵉ siècle et les années 1820-1830, à mesure que les expéditions (jésuites en Chine, Grande expédition du Nord russe) et les conquêtes russes et chinoises font connaître la région, on le remplace par des noms plus précis : Sibérie, Mandchourie, Asie centrale. Ce qui nous intéresse, c'est la facilité avec laquelle un nom porté cinq siècles s'efface de la mémoire commune.

Y avait-il des chrétiens en Tartarie ?

Oui, et c'est documenté. L'Église d'Orient arrive en Chine dès le VIIᵉ siècle (stèle de Xi'an, 781). Des peuples entiers des steppes deviennent chrétiens, comme les Kéraïtes vers 1007. La princesse chrétienne Sorghaghtani Beki est la mère de trois souverains mongols, dont Kubilaï. Des centaines de pierres tombales chrétiennes gravées en syriaque ont été retrouvées au Kirghizstan.

Un Grand Khan a-t-il vraiment honoré les Évangiles ?

Selon Marco Polo, à Pâques, Kubilaï se faisait apporter les Évangiles, les faisait encenser et les baisait avec respect. Interrogé, il nommait Jésus-Christ en premier parmi les grands prophètes qu'il honorait. En 1254, Guillaume de Rubrouck participa à Karakorum à un débat public entre chrétiens, musulmans et bouddhistes, organisé par le Grand Khan Möngke.

Qui était le Prêtre Jean ?

Un roi-prêtre chrétien légendaire, régnant quelque part en Orient, qui a fasciné l'Europe à partir du XIIᵉ siècle. Marco Polo situe sa lignée au nord de la Chine, où régnait de son temps un prince chrétien öngüt. Les cartes placent son royaume en Tartarie jusqu'au XVIᵉ siècle, avant de le déplacer vers l'Éthiopie.

Jésus était-il un empereur byzantin né en Crimée, comme on le lit parfois ?

Non. Cette idée vient de la « Nouvelle Chronologie » d'Anatoli Fomenko. Andronic Comnène est né vers 1118 et a été lynché par la foule en 1185, pas crucifié ; Jésus est attesté au premier siècle par Paul, Flavius Josèphe et Tacite. Un ministère de vérité ne bâtit pas sur ce genre de récit.

Que viennent faire Gog et Magog sur les cartes de la Tartarie ?

Ce sont les nations qu'Apocalypse 20:8 rassemble après les mille ans. Josèphe identifiait déjà Magog aux Scythes, les nomades des steppes du nord. Une légende disait qu'Alexandre les avait enfermés derrière des portes d'airain. Quand les Mongols ont surgi en 1241, beaucoup y ont vu ces nations libérées, et des cartes comme l'Atlas catalan (1375) ou celle d'Ortelius (1570) placent Gog et Magog en Tartarie.

Qu'est-ce que le mur d'Alexandre ?

Une légende greffée sur la prophétie : Alexandre le Grand aurait enfermé des peuples redoutables derrière des portes d'airain, dans les montagnes du nord, d'où ils sortiraient à la fin des temps. On la trouve dans les versions syriaques du Roman d'Alexandre, dans le Coran (sourate 18, Yâjûj et Mâjûj) et dans l'Apocalypse du Pseudo-Méthode. On plaçait ce mur à Derbent, sur la mer Caspienne, puis il a « reculé » vers l'est sur les cartes.

Les Européens ont-ils pris les Mongols pour Gog et Magog ?

Beaucoup, oui. Après les invasions de 1241 en Pologne et en Hongrie, le moine Matthieu Paris se demande si ces envahisseurs ne sont pas les peuples de Gog et Magog ; Roger Bacon recommande d'étudier la géographie pour savoir d'où ils viendront ; Marco Polo situe au nord de la Chine le pays « que nous appelons Gog et Magog ».

Que prouvent les cartes de Gog et Magog ?

Pas que Gog et Magog vivaient en Sibérie. Elles prouvent que, pendant des siècles, l'Europe chrétienne a lu sa propre histoire à travers Apocalypse 20, en cherchant sur la terre les nations que Satan rassemblerait à la fin des mille ans. Ces mentions disparaissent au XVIIIᵉ siècle, en même temps que le nom de « Tartarie ».

Ces légendes ont-elles servi contre les Juifs ?

Oui. En terre germanique, on racontait que les peuples enfermés par Alexandre étaient des Juifs, qui sortiraient à la fin des temps. Une prophétie mal lue peut servir à désigner des boucs émissaires : c'est une raison de plus pour s'en tenir au texte.

Les cartes de la Tartarie sont-elles des sources indépendantes ?

Pas vraiment : elles se copient entre elles. Ortelius s'appuie sur Marco Polo et sur le voyageur Anthony Jenkinson ; Mercator, Blaeu et John Speed reprennent ensuite Ortelius. Une même image de l'Asie circule ainsi d'atlas en atlas pendant plus d'un siècle.

Des chrétiens d'Asie sont-ils venus en Europe ?

Oui. Le moine Rabban Bar Sauma, né près de Pékin, est envoyé en Europe en 1287-1288 par le souverain mongol de Perse. Il rencontre Philippe le Bel, Édouard Iᵉʳ d'Angleterre et le pape Nicolas IV, de qui il reçoit la communion. En sens inverse, le franciscain Jean de Montecorvino devient en 1307 le premier archevêque catholique de Pékin.

Pourquoi le christianisme de Tartarie a-t-il disparu ?

Au XIVᵉ siècle, la Horde d'or et le royaume mongol de Perse se convertissent à l'islam, et en Chine la dynastie mongole des Yuan est chassée en 1368. Les communautés s'éteignent, les églises tombent en ruine, et la mémoire de ces chrétiens s'efface presque entièrement en Occident. Ce que l'histoire a pu oublier une fois, elle a pu l'oublier ailleurs.

La petite saison et la chronologie

Satan délié pour un court temps, et l'histoire telle qu'on nous l'a racontée.

Qu'est-ce que la « petite saison de Satan » ?

Le « court temps » d'Apocalypse 20:3 : après avoir été lié mille ans, Satan est délié « pour égarer les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog » (20:8). Le verbe clé est égarer : tromper, détourner du vrai chemin. La petite saison est d'abord une saison de tromperie.

Les mille ans sont-ils derrière nous ?

Les lectures futuriste et amillénariste placent la petite saison dans l'avenir. Mais si la venue du Christ et la victoire sur Satan se situent au premier siècle (« Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair », Luc 10:18 ; « maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors », Jean 12:31), alors les mille ans appartiennent à l'histoire, et la petite saison qui les suit est déjà passée, ou en cours.

À quoi ressemblerait une tromperie à l'échelle des nations ?

Pas forcément à des persécutions spectaculaires. Elle porterait sur ce que les nations croient savoir : sur les Écritures, en repoussant dans l'avenir ce que Jésus annonçait pour sa génération ; sur l'histoire, en effaçant le souvenir du règne qui avait précédé ; sur la chronologie. Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses, et nous ne les inventerons pas.

Quel lien entre les Veilleurs, le conseil divin et la petite saison ?

Un même fil : des puissances qui égarent les nations. Les Veilleurs égarent les hommes avant le déluge ; les « dieux » du Psaume 82 reçoivent les nations à Babel et les trahissent ; le Christ les reconquiert (Matthieu 28:18-19) ; puis Satan est délié pour « égarer les nations » (Apocalypse 20:8).

Qu'est-ce que la « chronologie fantôme » ?

Une hypothèse lancée en 1991 par l'Allemand Heribert Illig : environ trois siècles du haut Moyen Âge, de 614 à 911, auraient été inventés, et Charlemagne n'aurait jamais existé.

La chronologie fantôme tient-elle ?

Non. Les éclipses et les comètes observées pendant la période tombent aux dates que l'astronomie retrouve ; la datation par les cernes des arbres ne montre aucun trou ; et ces siècles sont richement documentés ailleurs (dynastie Tang, Byzance, naissance de l'islam, dont le calendrier part de 622). Quant aux dix jours retirés en 1582, ils ramenaient le calendrier au concile de Nicée (325), pas à Jules César.

Qui a construit notre chronologie ?

Des hommes, à des époques précises : Denys le Petit, vers 525, compte les années depuis la naissance du Christ ; Bède le Vénérable popularise ce comptage ; Joseph Scaliger (1583) accorde les chronologies anciennes en un seul système ; Denis Petau (1627) généralise les années « avant Jésus-Christ ». Notre ligne du temps repose sur des bases solides, mais il est légitime de se demander comment les récits qui entourent ces dates ont été choisis et transmis.

Combien de temps dure le « court temps » ?

Le texte ne le dit pas. Le grec mikron chronon signifie « un court temps », court par rapport aux mille ans, mais Jean ne donne aucune durée.

Comment finit la petite saison ?

Les nations encerclent « le camp des saints et la cité bien-aimée », mais un feu descend du ciel, le diable est jeté dans l'étang de feu, et tous sont jugés « selon leurs œuvres » (Apocalypse 20:9-13). Quelle que soit la façon dont on place ces événements, la petite saison est courte, et elle a une fin.

Notre façon de compter les années est-elle exacte ?

Pas tout à fait. Le moine Denys le Petit a calculé vers 525 l'année de la naissance du Christ pour compter les années à partir d'elle ; on sait aujourd'hui que son calcul est décalé de quelques années. Notre chronologie, dans l'ensemble, repose sur des bases solides, confirmées par l'astronomie et les sciences de la datation.

Le « court temps » d'Apocalypse 20 apparaît-il ailleurs dans le livre ?

Oui. Aux âmes sous l'autel, il est dit « de se reposer encore un court temps » (6:11) : c'est la même expression grecque, chronon mikron, et la traduction rend les deux passages de la même façon pour que le lecteur voie le lien. En revanche, quand le diable descend « sachant qu'il a peu de temps » (12:12), le grec dit oligon kairon, et ce temps est mesuré, trois temps et demi (12:14). La traduction distingue les deux ; certains commentateurs identifient pourtant ces périodes, mais c'est une interprétation que le vocabulaire ne commande pas. Dans les Bibles anglaises de 1611, a little season voulait simplement dire « un certain temps ».

Les témoins et les sources

Les documents anciens sur lesquels reposent nos articles.

Qui était Flavius Josèphe ?

Un général juif passé du côté romain, qui assista au siège de Jérusalem et en écrivit l'histoire quelques années plus tard dans La Guerre des Juifs. Il n'était pas chrétien et ne cherchait à confirmer aucune prophétie de Jésus, ce qui rend son récit de la chute de la ville d'autant plus frappant. Il a aussi écrit les Antiquités juives.

Des historiens romains parlent-ils de ces événements ?

Oui. Tacite raconte la persécution des chrétiens par Néron après l'incendie de Rome en 64 (Annales 15.44) et rapporte les présages vus avant la chute de Jérusalem (Histoires V, 13). Suétone, dans ses Vies des douze Césars, permet de compter les empereurs d'Apocalypse 17. Tacite atteste aussi l'existence de Jésus au premier siècle.

Que sont les manuscrits de la mer Morte ?

Des manuscrits juifs retrouvés à Qumrân, près de la mer Morte, copiés dans les derniers siècles avant notre ère. On y a trouvé des fragments araméens du livre d'Hénoch, et des textes bibliques plus anciens que le texte hébreu traditionnel : par exemple Deutéronome 32:8, qui y parle des « fils de Dieu », ou le passage sur Goliath, qui lui donne quatre coudées.

Qu'est-ce que la Septante ?

L'ancienne traduction grecque de l'Ancien Testament, celle que lisaient les Juifs et les chrétiens de langue grecque. Elle garde parfois une leçon plus ancienne que le texte hébreu actuel : en Deutéronome 32:8, elle lit « d'après le nombre des anges de Dieu ». C'est aussi en grec que Daniel 2:28 contient les mots « ce qui doit arriver », repris par Jean en Apocalypse 1:1.

Qu'est-ce que l'Atlas catalan ?

Une carte du monde de 1375, offerte au roi de France Charles V et conservée à la Bibliothèque nationale de France. À l'extrême nord-est de l'Asie, elle montre l'enclos de Gog et Magog avec l'inscription : « Le grand seigneur, prince de Gog et Magog. Il sortira au temps de l'Antéchrist avec beaucoup de gens. »

Marco Polo est-il une source fiable sur les chrétiens d'Asie ?

Il faut le lire avec prudence, comme tout récit de voyage, mais il n'est pas seul. Guillaume de Rubrouck, envoyé de Louis IX, décrit les prêtres chrétiens à la cour du Grand Khan en 1253-1254 ; le chroniqueur Bar Hebraeus raconte la conversion des Kéraïtes ; et l'archéologie confirme, avec la stèle de Xi'an (781) et des centaines de pierres tombales chrétiennes au Kirghizstan.

Qui était Michael Heiser ?

Un bibliste américain, auteur de The Unseen Realm (2015), qui a popularisé la lecture du « conseil divin » : les nations confiées à des fils de Dieu, la géographie spirituelle de l'Hermon et du Basan, la guerre contre les Anakim. Nos articles sur le monde invisible lui doivent beaucoup, et le citent.

Que reste-t-il du texte grec d'Hénoch ?

Le manuscrit grec d'Akhmim conserve une bonne part du Livre des Veilleurs, dont les chapitres 11, 23 et 28 à 31, mais le grec manque à partir du chapitre 33. Même avant, il a des lacunes : au chapitre 3, son copiste a sauté d'un passage sur les arbres à un autre passage semblable, jusqu'en 5:1. Pour la fin du livre, le papyrus grec Chester Beatty-Michigan s'arrête en 107:3. Beaucoup de chapitres, dont toutes les Paraboles, ne sont conservés qu'en guèze.

Qui sont Dillmann, Charles et Martin, cités dans le commentaire d'Hénoch ?

Trois savants dont le commentaire rapporte les lectures. Dillmann a établi le texte guèze que suit la traduction ; le commentaire cite aussi sa traduction allemande (1853) et son dictionnaire. Charles a édité le texte et l'a commenté, et Martin l'a traduit. Le commentaire donne leurs propositions, en particulier les corrections de Charles, mais la traduction ne les suit que si les manuscrits les appuient.

Les mots de la traduction

Pourquoi tel mot plutôt que tel autre, et sur quels textes reposent les traductions.

Pourquoi traduire « Révélation » plutôt qu'« Apocalypse » ?

Le grec apokalupsis était un mot ordinaire : l'action d'ôter un voile, de faire voir ce qui était caché. Ce n'était ni le nom d'un genre littéraire ni l'annonce d'une catastrophe ; le sens moderne de « fin du monde » est né bien plus tard, à partir de ce verset même. « Révélation », du latin revelare, « retirer le voile », garde l'image exacte du grec. Le premier mot du livre annonce donc le contraire d'un mystère : quelque chose est montré.

Pourquoi « assemblée » plutôt qu'« Église » ?

Dans une cité grecque, l'ekklēsia était l'assemblée des citoyens réunie pour délibérer ; à Éphèse, elle se tenait au théâtre (Actes 19:39-41). Les chrétiens avaient adopté ce mot pour leurs réunions. « Assemblée » rend ce qu'entendait un habitant de ces villes, alors que « Église » évoque aujourd'hui une institution ou un bâtiment.

Pourquoi « le Maître de tout » et non « le Tout-Puissant » ?

Le grec pantokratōr est formé sur kratos, « la domination » : celui qui tient tout sous sa domination. Les Juifs de langue grecque l'employaient pour rendre le titre hébreu « YHWH des armées ». « Tout-Puissant » est écarté parce que la traduction réserve « puissance » à un autre mot grec, dunamis, pour que le lecteur voie toujours lequel Jean emploie. Le titre revient neuf fois dans le livre.

Pourquoi « détresse » et non « tribulation » ?

Le grec thlipsis vient d'un verbe qui signifie « presser, écraser ». « Tribulation » est écarté parce qu'il est devenu, dans certaines doctrines, le nom d'une période future, sens étranger aux premiers lecteurs. Jean se dit déjà « votre frère et compagnon dans la détresse » (1:9) : pour lui, elle a commencé. Le commentaire rattache « la grande détresse » de 7:14 à Daniel 12:1 et à celle que Jésus annonçait pour la Judée (Matthieu 24:15-21).

Pourquoi « changer de pensée » au lieu de « se repentir » ?

Le verbe metanoeō est formé de meta, qui marque le changement, et de nous, la pensée. Pour un auditeur grec, il signifiait changer sa manière de penser, et donc sa conduite ; pour un auditeur juif, il rejoignait l'appel des prophètes à « revenir » vers Dieu. « Se repentir », venu du latin, met l'accent sur le regret, nuance que le grec n'a pas ; la traduction latine « fais pénitence » a pesé sur toute la tradition occidentale.

« Il n'y aura plus de temps » : le temps va-t-il cesser ?

C'est ainsi que la King James et les anciennes Bibles françaises ont rendu le serment de l'ange, et beaucoup ont compris que le temps allait faire place à l'éternité. Le grec chronos désigne ici le délai, comme en 2:21 : « je lui ai donné un délai pour changer de pensée ». La traduction dit donc : « Il n'y aura plus de délai » (10:6). C'est la réponse au « jusqu'à quand ? » des âmes sous l'autel (6:10).

Sur quel texte grec repose la traduction ?

Sur le SBL Greek New Testament (2010), sans appui sur aucune traduction française existante. C'est le grec commun, la koinè, que parlait tout l'Orient romain au Iᵉʳ siècle. Là où les manuscrits divergent, la traduction suit ce texte ; le commentaire présente les autres leçons quand elles changent le sens et signale les additions du Texte reçu, sur lequel reposent les anciennes Bibles françaises. Ainsi le « Viens et vois » des anciennes Bibles (6:1) vient du Texte reçu : les manuscrits anciens disent seulement « Viens ».

Pourquoi certaines Bibles disent-elles « le livre de vie » en Apocalypse 22:19 ?

Elles suivent le Texte reçu, issu du Nouveau Testament grec imprimé par Érasme en 1516. Pour l'Apocalypse, Érasme n'avait qu'un seul manuscrit grec, dont la dernière feuille, avec les six derniers versets, manquait ; il les retraduisit en grec à partir du latin. Or son latin lisait de libro vitae, « du livre de la vie », là où d'autres copies ont de ligno vitae, « de l'arbre de la vie » : deux mots qui ne diffèrent que de deux lettres. Aucun manuscrit grec ancien n'a « livre » ; ils lisent « l'arbre », qui reprend 2:7, 22:2 et 22:14.

Pourquoi certains mots sont-ils en italique dans la traduction ?

Tout mot ajouté sans équivalent dans le grec est imprimé en italique : « car le temps est proche » (1:3), dont la phrase grecque n'a pas de verbe. Les articles et prépositions qu'impose le français ne sont pas marqués. C'est l'une des règles de la traduction, avec celles-ci : garder la structure grecque partout où le français la tolère, n'ajouter que ce que la grammaire exige, et traduire le sens quand le mot à mot tromperait, en donnant le littéral dans le commentaire. Ainsi « épée à double tranchant » (1:16), là où le grec dit « à deux bouches ».

Pourquoi la traduction avance-t-elle par phrases plutôt que par versets ?

Les manuscrits anciens n'ont ni chapitres, ni versets, ni ponctuation régulière : les chapitres datent du XIIIᵉ siècle, et la numérotation des versets du Nouveau Testament vient de l'imprimeur Robert Estienne, en 1551. Une phrase peut courir sur plusieurs versets, et la lire verset par verset peut en fausser le sens. Le livre compte 563 fins de phrase pour 405 versets, et 74 versets se terminent au milieu d'une phrase ; la traduction les regroupe en 331 passages.

Pourquoi la traduction d'Hénoch parle-t-elle d'« arbres du jugement » au chapitre 29 ?

Le guèze dit « des arbres du jugement », et le grec dit aussi « de jugement » (29:2). Beer, à la suite de Praetorius, et Charles y voient une faute de lecture de l'araméen : dina, « le jugement », lu à la place de riha, « le parfum ». Selon le commentaire, le texte disait sans doute « des arbres odoriférants ». La traduction garde pourtant « du jugement », que les deux versions ont.

Le texte guèze d'Hénoch garde-t-il la trace de langues plus anciennes ?

Oui. Au chapitre 28, mädbära n'est pas un mot guèze : c'est l'araméen madbera, « le désert » (en hébreu midbar), simplement transcrit ; Dillmann l'a reconnu, et le grec le transcrit lui aussi. En 49:4, Charles remarque qu'une particule guèze rend l'article grec : le traducteur guèze avait un texte grec sous les yeux. Le guèze reproduit parfois une faute du grec, comme « il apparaissait » en 28:2, que Charles explique par une confusion entre deux mots grecs.

Que fait la traduction d'Hénoch quand les témoins ne disent pas la même chose ?

Le texte de base est celui de l'édition de Dillmann. Quand les plus anciens manuscrits guèzes ont une autre leçon et que le grec la soutient, la traduction la suit : ainsi « Observez et voyez » en 3:1, au lieu de « j'ai observé et j'ai vu ». Les plus anciens manuscrits révèlent parfois des ajouts tardifs, comme « et de l'eau sortait » en 31:1, absent aussi du grec. Sans le grec, la traduction garde Dillmann (4:1). Quand un savant corrige le guèze sans appui dans les manuscrits, comme Charles en 23:4, la traduction garde le guèze.

Les livres et les traductions

Les éditions VoxVeritas.

Quels livres Vox Veritas a-t-il publiés ?

Deux traductions, aux éditions VoxVeritas : Révélation de Jésus-Christ, l'Apocalypse traduite du grec (octobre 2026), et Le livre d'Hénoch, traduit du guèze (octobre 2026). Le livre de Daniel, traduit de l'hébreu et de l'araméen, est en préparation.

Que veut dire « traduit au plus près » du texte ?

Traduire directement de la langue d'origine, mot par mot, sans s'appuyer sur une traduction française existante, avec une seule exigence : ne rien faire dire au texte qu'il ne dise lui-même. C'est le sens de notre devise : laisser le texte parler.

Pourquoi Pierre Savignac a-t-il entrepris ces traductions ?

Ne sachant à quels textes se fier, ni si les traductions avaient été modifiées pour pencher vers une doctrine, il a voulu, d'abord pour lui-même, traduire les textes anciens au plus près de leur langue d'origine. Puis il a voulu partager ce travail.

L'intelligence artificielle a-t-elle servi aux traductions ?

Oui, comme outil : les traductions ont été faites avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle, chaque choix ayant été vérifié sur les sources et validé par l'auteur.

Quelle différence entre l'édition commentée et le texte seul ?

L'édition commentée accompagne la traduction d'un commentaire passage par passage (pour l'Apocalypse, avec le grec et les différentes lectures possibles). Le texte seul donne la traduction d'un trait, sans notes, pour la lecture continue.

Pourquoi Hénoch est-il en trois volumes ?

L'édition commentée des 108 chapitres est longue. Les volumes brochés suivent les grandes parties du livre : volume 1, Le Livre des Veilleurs (chapitres 1 à 36) ; volume 2, Les Paraboles et le Livre astronomique (37 à 82) ; volume 3, Les Songes et l'Épître d'Hénoch (83 à 108). En format Kindle, l'édition commentée complète tient en un seul livre.

Où acheter les livres ?

Sur Amazon, en format broché ou Kindle. Chaque page de livre donne les liens et les prix de toutes les éditions.

Peut-on lire un extrait avant d'acheter ?

Oui : chaque livre a un extrait gratuit en PDF (le début de la traduction et du commentaire), accessible depuis sa page avec le bouton « Feuilleter un extrait ».

Comment savoir quand un nouveau livre paraît ?

En vous abonnant à l'infolettre : chaque parution y est annoncée, à commencer par Le livre de Daniel.

Les Bibles et leurs traductions

Ce qui distingue les Bibles que l'on trouve aujourd'hui, et d'où elles viennent.

Nouveau : Qu'est-ce que la Bible Segond 1910, et pourquoi est-elle si répandue ?

La Segond est la Bible protestante francophone du XXe siècle. Louis Segond, pasteur et professeur genevois, traduit l'Ancien Testament à la demande de la Compagnie des pasteurs de Genève (publié en 1874), puis un Nouveau Testament à titre privé (1880). Une révision paraît en 1910 sous l'égide de la Société biblique britannique et étrangère. Elle est dans le domaine public, ce qui explique sa présence dans les éditions bon marché, les logiciels et les sites. C'est aussi la « mère » de plusieurs révisions : Colombe, Nouvelle Édition de Genève, Nouvelle Bible Segond, Segond 21.

Nouveau : Quelle est la différence entre la Segond, la Martin et l'Ostervald ?

Martin (1707) et Ostervald (1744) sont deux révisions de la Bible de Genève française. Elles suivent, pour le Nouveau Testament, le Textus Receptus, le grec imprimé de leur époque. La Segond, elle, s'appuie sur le texte critique du XIXe siècle pour le Nouveau Testament. Cela donne des écarts visibles : la Comma johannique (1 Jn 5:7) est présente chez Martin et Ostervald, absente chez Segond ; en Ap 22:19, on lit « livre de vie » chez les deux premières, « arbre de la vie » chez Segond. Ostervald rajeunit davantage la langue que Martin ; ses critiques y voient parfois des glissements de sens, mais les passages comparés montrent peu d'écarts.

Nouveau : Pourquoi la Bible Darby est-elle si littérale ?

John Nelson Darby, fondateur des Frères de Plymouth, publie son Nouveau Testament français en 1859 et la Bible complète en 1885, achevée par ses collaborateurs après sa mort. Il conserve l'ordre des mots grec, met entre crochets les mots ajoutés et distingue rigoureusement les temps verbaux. Le résultat est exact, mais le français en devient parfois raide. Ses doctrines figurent dans ses écrits plutôt que dans le texte, mais certains adversaires du dispensationalisme y ont vu un choix doctrinal, l'exemple cité étant 2 Th 2:2 : « comme si le jour du Seigneur était là », là où Martin et Ostervald disent « proche ». Mais le parfait grec signifie « être présent », et la Segond (« était déjà là »), la Bible de Lausanne et la plupart des versions modernes font le même choix.

Nouveau : Sur quel texte grec reposent la Martin, la Segond et la Darby ?

Martin et Ostervald suivent le Textus Receptus. La Segond s'appuie sur le texte critique de son temps (l'édition exacte n'est pas établie dans les sources consultées). Darby établit son propre texte en comparant les éditions critiques de son époque (Griesbach, Lachmann, Tischendorf, Tregelles). En 1 Tm 3:16, par exemple, Martin, Ostervald et Darby lisent « Dieu a été manifesté en chair », la Segond « celui qui a été manifesté en chair ». Chaque camp a ses défenseurs : les partisans du texte reçu y voient un texte préservé, les partisans du texte critique s'en tiennent aux manuscrits les plus anciens.

Nouveau : Qu'est-ce que la Bible de Jérusalem ?

C'est la Bible savante du catholicisme francophone, réalisée sous la direction de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem (dominicains), avec Roland de Vaux. Elle paraît en fascicules (1948-1954), puis en un volume (1955-1956), avec des révisions en 1973 et 1998. Elle traduit l'hébreu massorétique en le corrigeant parfois d'après la Septante ou les manuscrits de Qumrân, et le grec critique pour le Nouveau Testament. Ses introductions et notes appliquent la critique historique, ce que certains lecteurs évangéliques lui reprochent. Elle emploie « Yahvé » pour le nom divin.

Nouveau : Qu'est-ce que la TOB (Traduction œcuménique de la Bible) ?

La TOB est la première Bible française traduite en commun par des catholiques et des protestants, puis des orthodoxes. Le Nouveau Testament paraît en 1972, la Bible entière en 1975, avec des révisions en 1988, 2004 et 2010. Elle est coéditée par le Cerf et la Société biblique française. Ses notes et introductions, abondantes, en font une Bible d'étude très utilisée. Ses critiques viennent de deux côtés : des protestants conservateurs et des catholiques traditionalistes voient dans l'œcuménisme un risque, et des lecteurs évangéliques jugent que ses notes tiennent la critique historique pour acquise.

Nouveau : La Bible du Semeur est-elle une paraphrase ?

Non : c'est une traduction à équivalence dynamique modérée, c'est-à-dire que la phrase est reformulée pour la clarté, mais le sens des mots clés est en général conservé. Dirigée par Alfred Kuen, elle paraît en 1992 sous l'égide de la Société biblique internationale (aujourd'hui Biblica). Un de ses traducteurs, Sylvain Romerowski, reconnaît en 2024 que la première édition « prêtait le flanc » au reproche de trop de libertés. Les révisions suivantes ont rendu le texte plus rigoureux et ajouté des notes signalant les autres traductions possibles.

Nouveau : Qu'est-ce qui distingue la Bible Chouraqui ?

André Chouraqui (1917-2007), juif né en Algérie, publie sa traduction en vingt-six volumes de 1974 à 1977. Il suit l'hébreu mot à mot, en respectant l'ordre des mots et les racines : la Genèse s'intitule « Entête », Dieu devient « Elohîms », le Nom « IHVH », Jésus « Iéshoua ». Pour le Nouveau Testament, il traduit le grec en cherchant l'hébreu ou l'araméen qui serait derrière, une démarche de rétroversion partielle que des biblistes jugent conjecturale. Le poète Henri Meschonnic l'a jugée illisible ; d'autres estiment que cette polémique a faussé sa réception.

Nouveau : Que sont la Nouvelle Bible Segond et la Segond 21 ?

Ce sont deux révisions de la Segond. La Nouvelle Bible Segond (2002), décidée en 1987 par l'Alliance biblique universelle, est une Bible d'étude à notes nombreuses, fondée sur le texte critique moderne (Nestle-Aland 27). Elle est plus littérale que la Colombe. La Segond 21, de la Société biblique de Genève (Nouveau Testament 2004, Bible complète 2007), modernise la langue et met entre crochets des passages absents des manuscrits anciens (finale de Marc, femme adultère, Ac 8:37). Elle est très lue dans les Églises évangéliques francophones.

Nouveau : Que contiennent les Bibles catholiques Crampon et Osty ?

La Crampon, du chanoine Augustin Crampon (1894-1904), est la première grande Bible catholique française traduite des langues originales plutôt que de la Vulgate. Elle met par exemple la Comma johannique entre crochets. La Bible Osty (Seuil, 1973), du chanoine Émile Osty avec les notes de Joseph Trinquet, est réputée l'une des plus littérales des Bibles catholiques modernes et appréciée pour l'étude, au prix d'un français peu coulant (réputation que nous n'avons pas encore vérifiée passage par passage).

Nouveau : Qu'est-ce que la King James et pourquoi est-elle si défendue ?

La King James (1611) est la traduction anglaise commandée par Jacques Ier, faite par une cinquantaine de savants répartis en six compagnies, et héritière pour l'essentiel du texte de Tyndale. Elle repose sur le texte massorétique et sur le Textus Receptus. Elle a été la Bible du monde anglophone pendant trois siècles. Ses défenseurs actuels (courant « King James seulement ») la tiennent pour providentiellement préservée ; ses critiques relèvent un texte grec fondé sur des manuscrits tardifs. La préface de 1611 elle-même ne prétend pas à l'inspiration de la traduction.

Nouveau : La King James d'aujourd'hui est-elle celle de 1611 ?

Pas tout à fait. L'édition de 1611 contenait les apocryphes, entre les deux Testaments. Le texte courant actuel remonte aux révisions de Cambridge (1762) et surtout d'Oxford (Benjamin Blayney, 1769), qui ont modernisé l'orthographe et corrigé des centaines de passages. Les défenseurs de la King James répondent que ces changements touchent l'orthographe et la typographie, non le texte traduit. En 1826, la Société biblique britannique et étrangère décide de ne plus financer d'éditions contenant les apocryphes.

Nouveau : Qu'est-ce que la Revised Version de 1881 et le « texte critique » ?

La Revised Version est la première révision officielle de la King James, commandée par l'Église d'Angleterre. Elle garde le style ancien, mais change le texte grec sous-jacent : c'est l'entrée du texte de Westcott et Hort dans une Bible anglaise. Les grandes versions modernes (ASV, RSV, NASB, NIV, ESV) en descendent. Le « texte critique » privilégie les manuscrits grecs les plus anciens ; ses adversaires, avec Burgon, ont critiqué cette révision.

Nouveau : La New King James est-elle la même chose que la King James ?

Non. La NKJV modernise la langue de la King James mais garde son texte source, le Textus Receptus : c'est la seule grande version anglaise moderne à le faire. Elle signale en note les leçons du texte critique et du texte majoritaire. Elle est donc attaquée des deux côtés : les partisans de la King James seule lui reprochent de s'écarter de la KJV et de semer le doute par ses notes, les partisans du texte critique lui reprochent de garder le texte reçu.

Nouveau : Qu'est-ce que la Septante ?

La Septante (LXX) est la traduction grecque des Écritures hébraïques, faite à Alexandrie entre le IIIe et le Ier siècle avant Jésus-Christ. Le nom vient d'un récit selon lequel 72 savants l'auraient traduite en 72 jours ; les historiens tiennent ce récit pour une légende apologétique. La plupart des citations de l'Ancien Testament dans le Nouveau suivent son texte. Elle reste l'Ancien Testament des Églises orthodoxes. Elle diffère parfois de l'hébreu massorétique (Jérémie y est nettement plus court), et des manuscrits de Qumrân confirment que certaines de ces différences viennent d'un autre texte hébreu.

Nouveau : Existait-elle avant Jésus ? La Septante a-t-elle été falsifiée ?

Le courant « King James seulement » (Ruckman, Floyd Nolen Jones) soutient qu'il s'agit d'une œuvre chrétienne tardive. Les spécialistes répondent que des fragments grecs antérieurs à l'ère chrétienne existent (papyrus Rylands 458, papyrus Fouad 266, fragments de Qumrân, rouleau des Douze Prophètes de Nahal Hever) et que Philon la cite. Du côté rabbinique, la tradition lui reproche d'avoir trahi la Torah : le Talmud énumère une quinzaine de passages que les anciens auraient changés. Jérôme préférait l'hébreu, Augustin défendait la Septante.

Nouveau : Qu'est-ce que la Vulgate ?

La Vulgate (« répandue, commune ») est la traduction latine de la Bible due pour l'essentiel à Jérôme, à la fin du IVe siècle. Le pape Damase lui demande en 382 de réviser les Évangiles latins. À Bethléem, Jérôme traduit l'Ancien Testament directement de l'hébreu (vers 390-405), ce qu'Augustin lui reproche, car il préférait la Septante. Pendant plus de mille ans, elle est la Bible de l'Occident. Le concile de Trente la déclare « authentique » en 1546 ; la Néo-Vulgate devient l'édition officielle de l'Église catholique en 1979.

Nouveau : La Vulgate a-t-elle introduit des erreurs doctrinales ?

Des critiques (Érasme, Luther, puis les protestants) ont relevé des mots chargés de doctrine : paenitentiam agite (Mt 4:17), lu au Moyen Âge comme « faites pénitence » alors que le grec dit « changez d'esprit » ; gratia plena en Lc 1:28 ; sacramentum en Ep 5:32 ; ipsa conteret en Gn 3:15. Les catholiques répondent que ces mots ne créent pas la doctrine, qui s'appuie sur la tradition, et que le terme « authentique » de Trente signifie juridiquement sûr, non supérieur aux originaux (précision de Pie XII en 1943).

Nouveau : Pourquoi les Bibles catholiques et orthodoxes ont-elles plus de livres que les Bibles protestantes ?

Les manuscrits chrétiens de la Septante (Vaticanus, Sinaiticus, Alexandrinus) contiennent des livres absents du canon hébreu : Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, Maccabées, additions à Esther et Daniel. Les catholiques les appellent « deutérocanoniques » (concile de Trente, 1546), les protestants « apocryphes ». Jérôme les distinguait des livres hébreux, mais l'Église ne l'a pas suivi. On ne sait pas si les Juifs d'Alexandrie avaient un canon fermé : ces livres nous sont parvenus surtout dans les codex chrétiens du IVe siècle.

Nouveau : Les orthodoxes ont-ils le même canon que les catholiques ?

Pas exactement. Les Églises orthodoxes n'ont jamais fixé la liste de l'Ancien Testament par un concile œcuménique. Leurs Bibles suivent la Septante. L'Église grecque tient, depuis le concile de Jérusalem de 1672, les livres en plus pour des livres de l'Écriture ; l'Église russe, depuis le catéchisme de Philarète de Moscou (1823), les appelle « non canoniques », bons à lire mais distincts. Le Nouveau Testament a partout les mêmes 27 livres.

Nouveau : Pourquoi le canon éthiopien compte-t-il 81 livres ?

L'Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo dit recevoir 81 livres, mais le chiffre est plus stable que la liste. Les deux sources anciennes principales, le Sinodos et le Fetha Nagast, ne coïncident pas, et le Fetha Nagast annonce 81 livres sans en énumérer plus d'environ 73. Les chercheurs distinguent un canon étroit et un canon large, qui ajoute dans le Nouveau Testament huit ou neuf livres d'ordre ecclésiastique (Sinodos, Livre de l'Alliance, Clément éthiopien, Didascalie éthiopienne, parfois le Josippon). Un autre compte donne 46 livres pour l'Ancien Testament et 35 pour le Nouveau.

Nouveau : Quels livres propres à l'Éthiopie trouve-t-on dans cette Bible ?

Le canon éthiopien comprend Hénoch, les Jubilés, les trois livres des Meqabyan, 4 Baruch (Paralipomènes de Jérémie) et Ezra Sutuel (4 Esdras, connu aussi en latin, en appendice de la Vulgate). Hénoch, cité en Jude 14-15, et les Jubilés ne sont conservés complets qu'en guèze, et des fragments en ont été retrouvés à Qumrân. Les Meqabyan ne racontent pas la révolte des Maccabées ; selon la notice de référence, ils dateraient du Moyen Âge, mais leur datation précise est débattue. Pour un lecteur occidental, la différence décisive est la présence d'Hénoch, des Jubilés et des Meqabyan au rang d'Écriture.

Nouveau : Existe-t-il une Bible éthiopienne en langue parlée ?

Oui, en amharique. La première Bible complète dans cette langue est l'œuvre d'Abu Rumi, lettré éthiopien, qui travaille au Caire pendant une dizaine d'années, aux frais du consul de France Asselin de Cherville, surtout d'après une Bible arabe (le recours au guèze n'est pas démontré). Son manuscrit est vendu en 1820 à William Jowett, de la Church Missionary Society, puis imprimé par la Société biblique britannique et étrangère (Évangiles en 1824, Nouveau Testament en 1829, Bible en 1840). Elle est restée la référence jusqu'à la Bible amharique commandée par Haïlé Sélassié (1960-1962 selon les sources), qui compte 66 livres. En 1986, l'Église orthodoxe publie une Bible amharique de 81 livres, dont le contenu exact reste à vérifier.

Nouveau : Qu'est-ce que la Bible slavonne, et pourquoi la liturgie russe l'utilise-t-elle encore ?

Elle commence avec la mission de Cyrille et Méthode, envoyés en Moravie en 863 à la demande du prince Rastislav auprès de l'empereur byzantin. Constantin crée l'alphabet glagolitique et traduit d'abord l'évangéliaire, l'apôtre et le psautier. La première Bible slavonne complète est réunie en 1499 par l'archevêque Gennade de Novgorod, et la première imprimée à Ostrog en 1581, aux frais du prince Constantin d'Ostrog. Révisée en 1751 sous l'impératrice Élisabeth, elle reste la Bible liturgique de l'Église russe.

Nouveau : Y a-t-il une Bible en russe moderne ?

Oui. La Bible synodale, publiée en 1876 avec l'autorisation du Saint-Synode après soixante ans de luttes autour d'une Bible en russe, traduit l'Ancien Testament de l'hébreu et garde entre crochets des passages de la Septante. Elle est lue par les orthodoxes hors liturgie et par la plupart des protestants russes. En 2011, la Société biblique russe publie une Traduction russe moderne en langue courante ; elle n'a pas été adoptée officiellement par l'Église orthodoxe russe, qui garde la synodale pour la lecture.

Nouveau : Qui étaient les Vieux-Croyants ?

Entre 1653 et 1667, le patriarche Nikon et le tsar Alexis font corriger les livres liturgiques russes, psautier et lectures comprises, d'après les livres grecs de leur temps. Une partie du clergé et du peuple refuse : ce sont les Vieux-Croyants, que l'Église officielle appelle longtemps « schismatiques ». Le concile de 1666-1667 les anathématise et l'État les persécute. Chaque camp accusait l'autre d'avoir altéré les textes, ce qui fait de ce conflit un cas net de querelle sur qui a changé le texte.

Nouveau : Qu'est-ce que la Bible Scofield, et est-ce une autre traduction ?

Ce n'est pas une traduction nouvelle : le texte est celui de la King James, accompagné de notes, de titres et de renvois rédigés par Cyrus Scofield (Oxford University Press, 1909, révisée en 1917 et 1967). L'édition française, publiée par la Société biblique de Genève, utilise une Segond révisée. Ce qui la distingue, ce sont ses notes d'orientation dispensationaliste (sept dispensations, enlèvement avant la tribulation, restauration d'Israël), imprimées sur la même page que le texte. Ses critiques, réformés notamment, reprochent d'imprimer un système à côté du texte comme son sens ; ses défenseurs répondent que les notes sont typographiquement distinctes.

Nouveau : Que dit la Scofield de Matthieu 24:34 (« cette génération ») ?

Le texte biblique ne change pas, mais la note de la Scofield fait de genea la « race » d'Israël (ou, dans l'édition française, la génération qui verra les signes futurs) plutôt que la génération contemporaine de Jésus. La note s'explique ainsi : elle lit le discours du mont des Oliviers comme une prophétie de la fin des temps. Les prétéristes et des exégètes de plusieurs écoles critiquent cette note ; les défenseurs invoquent le sens « lignée » que donnent certains lexiques, que les lexiques récents classent comme secondaire. Il faut juger la note séparément du texte.

Nouveau : Que reproche-t-on à la Traduction du monde nouveau ?

C'est la Bible des Témoins de Jéhovah, publiée par la Watch Tower Bible and Tract Society, dont le comité est resté officiellement anonyme. Elle est souvent littérale, mais ses critiques lui reprochent des choix qui servent la doctrine du mouvement : « un dieu » en Jn 1:1 (Bruce Metzger, F. F. Bruce), « autres » ajouté en Col 1:16-17 (Robert Countess), le nom « Jéhovah » inséré 237 fois dans le Nouveau Testament sans manuscrit grec. L'éditeur justifie ces choix par la grammaire, la ponctuation, un sens implicite (« autres ») ou, pour « Jéhovah », l'hypothèse que des copistes auraient supprimé le nom . Le linguiste Jason BeDuhn tient « un dieu » pour une option défendable, juge la restauration de « Jéhovah » conjecturale et place cette traduction parmi les plus littérales, tout en reprochant aux autres versions leurs propres partis pris ; ses conclusions sont elles-mêmes contestées.

Nouveau : Qu'est-ce qu'une Bible « paraphrasée » ou en « langue courante » ?

Les Bibles en langue courante cherchent à rendre le sens plutôt que les mots : la Bible en français courant applique l'équivalence dynamique d'Eugene Nida, et Parole de Vie une équivalence fonctionnelle poussée, proche de la paraphrase. Le Nouveau Testament de la Bible en français courant paraît en 1971, la Bible entière en 1982 ; Parole de Vie (2000) se limite à environ 3 500 mots pour les débutants et les lecteurs dont le français n'est pas la langue maternelle. Les paraphrases d'un seul auteur vont plus loin : The Message d'Eugene Peterson se présente comme une version de lecture et non d'étude, et ses critiques regrettent qu'on en cite des phrases comme « la Bible dit » ; la Living Bible de Kenneth Taylor, faite à partir de l'American Standard Version pour des lecteurs ordinaires, est critiquée pour la théologie de son auteur qui passe dans le texte.

Nouveau : Qui a financé les Bibles anglaises ou françaises ? Y a-t-il un lien avec des banques ?

On distingue trois niveaux. Documenté : la Segond a été commandée par la Compagnie des pasteurs de Genève et diffusée par la Société biblique britannique et étrangère, financée par souscriptions ; Martin par les Églises wallonnes réfugiées ; Olivétan, en grande partie par les Vaudois ; la King James a été imprimée aux frais du libraire royal Robert Barker. Allégué : la piste de l'avocat Samuel Untermyer, née d'un simple soupçon de Joseph Canfield (1988), qui note qu'Untermyer siégeait au comité du Lotos Club où Scofield fut admis, puis reprise en ligne comme un fait ; aucune pièce n'a été produite. Non démontré : aucun lien prouvé avec des banquiers ou des fondations pour la Segond, la Darby ou la Martin.

Nouveau : Quelle Bible choisir pour étudier ?

Aucune Bible n'est désignée comme la meilleure : le choix dépend de ce que l'on cherche. Pour une littéralité maximale, on signale la Darby, la Nouvelle Bible Segond, la Bible Osty et, pour l'hébreu, la Chouraqui. Pour le texte reçu, Martin et Ostervald. Pour un français plus fluide, la Segond 21 ou la Bible du Semeur. Pour des notes savantes sur les variantes, la Bible de Jérusalem et la TOB. Le plus sûr est de comparer deux ou trois versions de familles différentes, en sachant quel texte source chacune suit et si les notes sont de l'éditeur ou du traducteur.

Nouveau : Quelle a été la première Bible protestante en français ?

La Bible d'Olivétan, achevée le 4 juin 1535 à Serrières, près de Neuchâtel, est la première Bible protestante en français et la première traduite de l'hébreu pour l'Ancien Testament. Elle a été payée en grande partie par les Vaudois des vallées alpines. Révisée à Genève par Calvin et ses successeurs, elle donne la Bible de Genève française (édition de référence de 1588), base des Bibles de Martin et d'Ostervald.

Nouveau : Qui a traduit la Bible en anglais avant la King James ?

Plusieurs traductions la précèdent. La Bible de Wycliffe, faite à Oxford à partir de la Vulgate, circule en manuscrit chez les lollards malgré son interdiction en 1409. William Tyndale publie le premier Nouveau Testament anglais traduit du grec et imprimé ; il est étranglé et brûlé en 1536. La Bible de Genève (1560), faite par des réfugiés protestants, est la Bible de Shakespeare et des puritains ; ses notes, jugées séditieuses par Jacques Ier, comptent parmi les causes de la King James. Environ 80 à 90 % du texte de Tyndale passent dans la King James.

Les manuscrits et le texte

Les manuscrits, les éditions imprimées et la façon dont le texte nous est parvenu.

Nouveau : Qu'est-ce que le Codex Sinaiticus, et comment a-t-il été découvert ?

Le Codex Sinaiticus est un grand manuscrit grec du IVe siècle (datation reçue). Il contient le seul Nouveau Testament grec complet de l'Antiquité. Constantin von Tischendorf en a emporté 43 feuillets de l'Ancien Testament à Leipzig en 1844, puis a vu le reste au monastère Sainte-Catherine du Sinaï en 1859, sous le patronage du tsar Alexandre II. Il est vendu en 1933 par le gouvernement soviétique au British Museum (100 000 livres sterling), et toute l'œuvre est consultable en ligne depuis 2009. Le monastère considère toujours que le manuscrit n'a pas été restitué comme promis.

Nouveau : Le Codex Sinaiticus est-il un faux du XIXe siècle ?

C'est ce qu'a affirmé en 1862 Constantin Simonides, un paléographe grec connu par ailleurs comme faussaire : il disait l'avoir copié lui-même vers 1840 au mont Athos. Cette thèse est alléguée et reprise sur Internet, mais elle n'est pas démontrée. Les spécialistes lui opposent le volume du manuscrit (plus de 400 feuillets conservés), ses milliers de corrections de mains et d'époques différentes, et le fait que 43 feuillets étaient déjà à Leipzig en 1844. Les spécialistes rejettent cette thèse : elle reste une allégation non démontrée.

Nouveau : Qu'est-ce que le Codex Vaticanus, et pourquoi est-il si important ?

Le Codex Vaticanus, conservé à la Bibliothèque vaticane, est probablement le plus ancien manuscrit presque complet de la Bible grecque (IVe siècle, datation reçue). Il figure dans les inventaires du Vatican dès 1475. Pour les partisans du texte critique, c'est le meilleur témoin du Nouveau Testament, d'autant que le papyrus P75 (daté vers 200 par la paléographie, datation discutée) s'accorde remarquablement avec lui. Ses critiques notent qu'il est incomplet (il lui manque notamment les épîtres pastorales et l'Apocalypse d'origine) et qu'il diverge souvent du Sinaiticus. La propriété papale du manuscrit est un fait ; une stratégie du Vatican pour le promouvoir n'est pas démontrée.

Nouveau : Que reproche-t-on au Sinaiticus et au Vaticanus, et que répondent leurs défenseurs ?

John William Burgon (1883) les jugeait parmi les manuscrits les plus altérés, et Herman Hoskier a relevé plus de 3 000 désaccords entre eux dans les seuls Évangiles. Edward F. Hills ajoute que leur ancienneté peut tenir au fait qu'on les a peu lus, parce que l'Église ne les suivait pas. Leurs défenseurs répondent que leur texte s'accorde avec des papyrus plus anciens (P75 pour le Vaticanus) et avec des citations de Pères alexandrins. Ils notent aussi que les corrections du Sinaiticus montrent un manuscrit contrôlé, non rejeté. Les deux camps lisent donc les mêmes faits de façon différente.

Nouveau : Qu'est-ce que le Textus Receptus ?

Le Textus Receptus (« texte reçu ») est le texte grec imprimé du Nouveau Testament qui a servi de base aux grandes traductions protestantes de la Réforme, dont la King James. Il descend de l'édition d'Érasme (1516), revue par Robert Estienne et Théodore de Bèze. Le nom vient de la préface de l'édition Elzevir de 1633. Ses défenseurs y voient la forme du texte lue par l'Église grecque pendant des siècles ; ses critiques notent qu'il repose sur peu de manuscrits tardifs et garde quelques leçons à faible appui grec. Il n'y a pas un seul Textus Receptus, mais une famille d'éditions très proches.

Nouveau : Qu'est-ce que le texte majoritaire, et en quoi diffère-t-il du Textus Receptus ?

Le texte majoritaire (ou byzantin) est la forme que portent la plupart des quelque 5 800 manuscrits grecs connus, lue dans l'Église de langue grecque depuis le IVe siècle environ. Il est très proche du Textus Receptus, mais s'en écarte en environ 1 800 endroits selon une estimation courante, presque tous mineurs. Il n'a pas la Comma de 1 Jean 5:7 ni Actes 8:37. Ses défenseurs (Burgon, Pickering, Robinson) invoquent le poids du nombre ; ses critiques répondent que la plupart des manuscrits sont tardifs (IXe-XVIe siècle) et que beaucoup copient un même modèle.

Nouveau : Qu'est-ce que le Nestle-Aland, et qui en décide le texte ?

Le Novum Testamentum Graece, dit Nestle-Aland, est l'édition du Nouveau Testament grec utilisée dans presque toutes les facultés de théologie. Eberhard Nestle publie la première version en 1898 ; Kurt Aland la reprend ensuite. Depuis 1979, elle imprime le même texte que le Greek New Testament des Sociétés bibliques unies, et un comité décide les leçons par vote. Ses partisans soulignent son apparat complet, qui montre les leçons écartées ; ses critiques, qu'il reste très proche du texte de Westcott et Hort et qu'il change d'une édition à l'autre.

Nouveau : Le Vatican contrôle-t-il le texte grec des Bibles modernes ?

Ce qui est documenté : le jésuite Carlo Maria Martini, futur cardinal, a siégé au comité du Greek New Testament des Sociétés bibliques à partir de 1968, et ces sociétés ont signé en 1968 un accord de coopération avec Rome. Ce qui est allégué : certains sites parlent d'une direction du texte par le Vatican. Ce qui n'est pas démontré : une intervention romaine sur des leçons précises, ou un financement par de grandes fortunes. Le comité est œcuménique et ses choix sont publiés dans le Textual Commentary de Bruce Metzger.

Nouveau : Que contient le texte de Westcott et Hort (1881) ?

En 1881, deux professeurs de Cambridge, Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort, publient un texte grec fruit de vingt-huit ans de travail. Ils suivent presque partout le Vaticanus et le Sinaiticus, qu'ils appellent le texte « neutre ». Pour Hort, le texte byzantin serait une recension tardive faite à Antioche au IVe siècle, peut-être par Lucien. Les critiques répondent qu'aucune trace historique de cette recension n'existe et que des leçons byzantines se trouvent déjà dans des papyrus anciens. Même des critiques favorables à leur texte ont abandonné l'idée d'un texte « neutre ».

Nouveau : Que dit le Codex Alexandrinus, et pourquoi les défenseurs du texte majoritaire l'invoquent-ils ?

Le Codex Alexandrinus est un manuscrit du Ve siècle, offert par le patriarche Cyrille Loucaris au roi Jacques Ier d'Angleterre, et reçu par son successeur Charles Ier en 1627. Dans les Évangiles, il porte le texte byzantin, ce qui montre que cette forme existait déjà au Ve siècle. Il garde la finale de Marc. Mais son texte est mixte : byzantin dans les Évangiles, alexandrin dans les Actes et les épîtres, et il a de grandes lacunes (la plus grande partie de Matthieu notamment). Les traducteurs de la King James (1611) n'ont donc pas pu s'en servir.

Nouveau : Que sont les papyrus de Chester Beatty et de Bodmer ?

Ce sont deux ensembles de papyrus grecs trouvés en Égypte, parmi les plus anciens témoins du Nouveau Testament. Les papyrus Chester Beatty (annoncés en 1931) comprennent P45 (Évangiles et Actes), P46 (épîtres de Paul) et P47 (une partie de l'Apocalypse). Les papyrus Bodmer (années 1950) comprennent P66 (presque tout Jean) et P75 (grande partie de Luc et de Jean), daté vers 200 par la paléographie, même si une datation plus tardive a été proposée. P75 est si proche du Vaticanus qu'il a changé le débat. Les défenseurs du texte traditionnel notent de leur côté que ces papyrus contiennent aussi des leçons byzantines.

Nouveau : Qu'est-ce que le texte massorétique, et peut-on lui faire confiance ?

C'est la forme de la Bible hébraïque transmise par les scribes juifs et fixée par les Massorètes de Tibériade entre le VIIe et le Xe siècle (consonnes, voyelles, accents et notes marginales). C'est le texte de l'Ancien Testament de la Segond 1910 et de la King James. Le grand rouleau d'Isaïe de Qumrân (daté vers 150-100 av. J.-C. par la paléographie) a montré une transmission d'une exactitude remarquable sur plus de mille ans. Les réserves portent sur quelques passages où d'autres témoins anciens semblent garder une autre leçon (par exemple Deutéronome 32:8), et sur la vocalisation, plus tardive.

Nouveau : Qu'est-ce que le Codex d'Alep ?

Le Codex d'Alep, ou « Couronne d'Alep », copié vers 930, est le plus ancien manuscrit connu de la Bible hébraïque dans la tradition massorétique ; Aaron ben Asher en a fait la vocalisation et les notes. Maïmonide s'en est servi comme référence pour les rouleaux de la Torah. Mutilé lors des émeutes de décembre 1947 à Alep, il a perdu presque tout le Pentateuque (le texte conservé commence en Deutéronome 28:17). Il est aujourd'hui à Jérusalem, au Sanctuaire du Livre. Le journaliste Matti Friedman allègue que des feuillets ont disparu après son arrivée en Israël ; aucune preuve décisive n'a été produite.

Nouveau : Qu'est-ce que le Codex de Leningrad ?

Le Codex de Leningrad, copié au Caire en 1008-1009 par Samuel ben Jacob, est le plus ancien manuscrit complet de la Bible hébraïque avec voyelles et notes massorétiques. Il suit la même tradition Ben Asher que le Codex d'Alep. Depuis 1937, il sert de texte de base aux grandes éditions savantes, comme la Biblia Hebraica Stuttgartensia. Il est entièrement photographié et transcrit, donc vérifiable. La tradition juive tient toutefois le Codex d'Alep pour plus exact.

Nouveau : Que nous apprennent les manuscrits de la mer Morte sur le texte de l'Ancien Testament ?

Découverts entre 1947 et 1956 près de Qumrân, ils ont reculé de mille ans la connaissance du texte hébreu. Le grand rouleau d'Isaïe s'accorde pour l'essentiel avec le texte massorétique médiéval : c'est la meilleure preuve matérielle de la fidélité de la transmission juive. Mais ils montrent aussi plusieurs formes de texte avant l'ère chrétienne (proto-massorétique, proche de la Septante, pré-samaritaine). Quant à l'accusation du Vatican d'avoir retardé la publication pour cacher des textes (Baigent et Leigh), elle n'est pas confirmée par les fragments publiés.

Nouveau : Le texte hébreu de l'Ancien Testament a-t-il été modifié contre le Christ ?

Les pièces ne le montrent pas. L'accusation remonte à Justin Martyr (vers 155-160), mais les exemples qu'il donne ne tiennent pas : certains ne sont dans aucun manuscrit (discours d'Esdras, parole attribuée à Jérémie), Jérémie 11:19 se lit bel et bien dans l'hébreu et la Septante, et « depuis le bois » (Psaume 96:10) ne figure dans aucun manuscrit hébreu. Ce qui est documenté : après le christianisme, le judaïsme rabbinique a délaissé la Septante, et quelques leçons massorétiques secondaires existent (Dt 32:8, Ps 145). Ce qui est allégué : une modification volontaire pour cacher le Messie (Justin, Eusèbe, Pezron, Henry B. Smith Jr.). Ce qui n'est pas démontré : une manipulation d'ensemble. Il faudrait, par exemple, un manuscrit hébreu antérieur à l'an 70 portant les leçons « chrétiennes », ou un texte rabbinique qui ordonne le changement.

Nouveau : Des « sionistes » ont-ils créé une nouvelle version de l'Ancien Testament ?

Non : c'est un anachronisme. Le sionisme naît vers 1890-1897, alors que le texte hébreu en cause est fixé pour ses consonnes aux Ier-IIe siècles, et que ses voyelles datent du VIIe-Xe siècle. La forme proto-massorétique existait déjà avant Jésus, à Qumrân, avant de devenir la seule copiée après l'an 70. En revanche, il est documenté que de nouvelles traductions grecques plus proches de l'hébreu (Aquila, Théodotion, Symmaque) ont remplacé la Septante dans des synagogues au IIe siècle. Rejeter une traduction n'est pas modifier l'original.

Nouveau : Pourquoi les âges des patriarches ne sont-ils pas les mêmes dans l'hébreu et dans la Septante ?

Les trois grands témoins diffèrent : de la Création au Déluge, le texte massorétique compte 1 656 ans, la Septante 2 242 et le Pentateuque samaritain 1 307. Cette différence est ancienne : Démétrius le Chronographe, un Juif d'Alexandrie de la fin du IIIe siècle av. J.-C., a déjà une chronologie longue. Que l'hébreu ait été raccourci au IIe siècle pour éloigner le Messie est allégué (Henry B. Smith Jr.) et débattu entre spécialistes. D'autres, comme Ronald Hendel, y voient des révisions savantes d'un même problème, antérieures au christianisme. L'intention de cacher le Christ n'est pas démontrée.

Nouveau : Le Seder Olam a-t-il raccourci la chronologie pour cacher la venue du Messie ?

Le Seder Olam Rabbah est une chronologie rabbinique attribuée à rabbi Yossé ben Halafta (IIe siècle). Il compte environ 52 ans pour toute la période perse, au lieu d'environ 207 : un écart d'environ 165 ans sur la destruction du premier Temple. Cet écart est documenté. Des auteurs chrétiens allèguent qu'il visait à faire aboutir les 70 semaines de Daniel à la ruine de l'an 70 plutôt qu'à Jésus, mais aucune source rabbinique ne le dit, et des auteurs juifs proposent d'autres explications (il n'aurait compté que les rois perses nommés dans la Bible, par exemple). Point important : c'est un commentaire, qui ne change aucun verset.

Nouveau : D'où viennent les manuscrits du livre d'Hénoch ?

Seule la version en guèze (ancien éthiopien) est complète. James Bruce en a rapporté trois manuscrits d'Éthiopie en 1773 ; August Dillmann a publié le texte en 1851. Des fragments araméens de Qumrân (onze manuscrits, publiés par Milik en 1976) et des témoins grecs (dont le Codex Panopolitanus d'Akhmim, qui contient Hénoch 1-32) confirment l'ancienneté du livre. Plus d'une centaine de manuscrits guèzes sont connus, les plus anciens du XVe siècle. L'idée que le livre aurait été retiré de la Bible pour cacher des vérités est une interprétation de son absence des canons, non un fait établi par les manuscrits.

Nouveau : Qu'est-ce que la Vulgate clémentine ?

C'est l'édition officielle de la Vulgate de Jérôme, publiée à Rome en 1592 sous Clément VIII. Le concile de Trente avait déclaré la Vulgate « authentique » en 1546 ; l'édition de Sixte V (1590) contenait trop de fautes et fut retirée. La clémentine est restée le texte officiel jusqu'à la Nova Vulgata de 1979. Les éditions critiques modernes montrent qu'elle n'est pas exactement le texte de Jérôme. Elle garde la Comma de 1 Jean 5:7-8, absente des plus anciens manuscrits latins ; que la commission de 1592 ait introduit des leçons nouvelles pour une doctrine n'est pas démontré, car les leçons discutées existaient déjà dans des manuscrits médiévaux.

Ceux qui ont fait nos Bibles

Les traducteurs, les éditeurs et ceux qui ont financé leur travail.

Nouveau : Qui était Érasme, et pourquoi son édition de 1516 compte-t-elle ?

Érasme (Rotterdam, vers 1466-1469 - Bâle, 1536), prêtre catholique resté fidèle à Rome, publie à Bâle en mars 1516 le premier Nouveau Testament grec mis en vente, chez l'imprimeur Johann Froben, dédié au pape Léon X. Il travaille vite, avec quelques manuscrits surtout du XIIe siècle, et aurait dit l'édition « précipitée plutôt qu'éditée » (formule rapportée, lettre non retrouvée). Pour la fin de l'Apocalypse, il n'avait pas de manuscrit complet et a retraduit du latin en grec (Ap 22:16-21). Ses éditions sont la souche du Textus Receptus, utilisé par Luther et Tyndale. L'idée qu'il aurait été un agent jésuite est impossible, l'ordre ayant été fondé après sa mort.

Nouveau : Qui était William Tyndale ?

Tyndale a traduit le premier Nouveau Testament anglais à partir du grec (Worms, 1526), puis une partie de l'Ancien Testament à partir de l'hébreu. Il travaillait en exil ; ses livres étaient brûlés à Londres. Trahi à Anvers, il est étranglé puis brûlé à Vilvorde en 1536. Son anglais forme la plus grande partie du Nouveau Testament de la King James. Côté argent : le drapier londonien Humphrey Monmouth l'a hébergé et aidé, ce qu'il a reconnu lui-même en 1528. Un financement par des marchands de la Hanse est allégué (plausible pour la distribution) ; aucun commanditaire princier n'est démontré.

Nouveau : Luther a-t-il modifié le texte de la Bible en la traduisant ?

Luther a traduit le Nouveau Testament à la Wartburg en quelques semaines, d'après le grec d'Érasme (Testament de septembre 1522), puis la Bible complète (1534). En Romains 3:28, il a ajouté « seulement » (allein), absent du grec, et s'en est expliqué en 1530 au nom de l'usage de la langue allemande. Il a aussi placé Hébreux, Jacques, Jude et l'Apocalypse à la fin et qualifié Jacques d'« épître de paille » en 1522 (expression retirée ensuite). Côté soutien, l'électeur Frédéric le Sage l'a protégé ; l'idée d'un financement par des banquiers (Fugger) est alléguée et contredite par les faits, puisque les Fugger finançaient les indulgences.

Nouveau : Jérôme a-t-il traduit la Vulgate sur l'hébreu ?

Oui, pour la plus grande partie de l'Ancien Testament. Commandé par le pape Damase en 382 pour réviser les Évangiles latins, Jérôme a appris l'hébreu et a retraduit l'Ancien Testament directement de l'hébreu (Hebraica veritas), de 390 à 405 environ, contre l'avis de plusieurs, dont Augustin. Il a placé parmi les « apocryphes » les livres absents de l'hébreu. La préface qui se plaint de l'omission de la Comma de 1 Jean 5:7, mise sous son nom, est presque unanimement tenue pour non authentique. Il a travaillé grâce à la fortune de Paula, qui entretenait les monastères de Bethléem.

Nouveau : Comment la première Bible protestante française, celle d'Olivétan, a-t-elle été payée ?

Par les Vaudois des Alpes. Au synode de Chanforan (1532), en présence de Guillaume Farel, ils décident de financer une Bible en français ; la somme la plus citée est 800 écus d'or, mais les sources varient de 500 à 1 500. Pierre Robert Olivétan, cousin de Calvin, traduit l'Ancien Testament de l'hébreu et révise le Nouveau Testament sur le grec d'Érasme. La Bible est achevée d'imprimer à Serrières, près de Neuchâtel, le 4 juin 1535, par Pierre de Vingle. C'est l'un des cas d'indépendance les mieux documentés : une Bible payée par une Église pauvre et persécutée, pour ses propres lecteurs.

Nouveau : Tischendorf a-t-il volé le Codex Sinaiticus ?

Les faits documentés : en 1859, sous le patronage du tsar Alexandre II, le manuscrit est prêté, copié au Caire puis emporté à Saint-Pétersbourg ; un acte de donation au tsar est signé en 1869 par l'archevêque du Sinaï, en échange d'argent et de faveurs politiques. Le monastère conteste encore la validité de cette transaction, et son récit de 1844 (des feuillets destinés au feu) est lui aussi contesté. Qualifier cela de vol relève donc d'un jugement sur une acquisition contestée, non d'un fait établi. Quant à l'idée qu'il aurait agi pour un réseau caché, elle n'est pas démontrée.

Nouveau : Westcott et Hort étaient-ils occultistes ?

Ce qui est documenté : en 1851, à Cambridge, ils ont fondé avec d'autres la « Ghostly Guild », société qui enquêtait sur les apparitions (les biographies écrites par leurs fils en parlent), et Hort a écrit en 1851 que le Textus Receptus était « vil » (villainous), avant ses recherches. Ce qui est allégué : qu'ils étaient occultistes et agents d'un plan contre la Bible (Gail Riplinger, D. A. Waite). Ce qui n'est pas démontré : une pratique spirite, un plan concerté, un financement occulte. Leur texte repose sur des manuscrits réels ; c'est sa théorie de la recension « syrienne » qui manque de base historique.

Nouveau : Qui était John Nelson Darby, et a-t-il traduit la Bible ?

Né à Londres en 1800 dans une famille anglo-irlandaise aisée, Darby est diplômé de Trinity College Dublin, puis prêtre de l'Église d'Irlande (1826). Il quitte l'Église établie vers 1831 et devient la figure centrale des Frères de Plymouth. On lui doit un Nouveau Testament français (1859), une Bible complète (1885, achevée par ses collaborateurs), ainsi que des versions allemande et anglaise. Sa traduction est très littérale et s'appuie sur les meilleures éditions critiques de son temps ; on ne lui connaît pas d'insertion doctrinale dans le texte (point à vérifier édition par édition). Son enseignement (dispensationalisme, enlèvement avant la tribulation) est une autre question, traitée à part.

Nouveau : Darby était-il un agent des jésuites ou des banquiers ?

Aucune pièce ne le montre. Ce qui est documenté : il vivait de ses biens et de ceux de sa famille, sans salaire d'Église, avec l'appui de Frères aisés (Lady Powerscourt, Wigram), le détail de ses revenus restant à vérifier ; il a quitté sa carrière ecclésiastique plutôt que de la chercher ; son caractère dominant a divisé les Frères en 1845 et 1848. Ce qui est allégué (Dave MacPherson) : qu'il ait repris l'enlèvement à une vision de Margaret MacDonald (1830) sans le dire ; ses défenseurs contestent. Ce qui est non démontré : un paiement jésuite ou bancaire, affirmé seulement par des sites sans auteur identifiable.

Nouveau : Qui était Cyrus Scofield, et que sait-on de son passé ?

Scofield a publié en 1909 chez Oxford University Press la Scofield Reference Bible : le texte de la King James accompagné de notes qui enseignent le système de Darby. Ses notes sont des interprétations signées, mais leur place sur la page a fait que beaucoup de lecteurs les ont reçues comme la Bible. Ce qui est documenté : désertion de l'armée confédérée et faux récit militaire, abandon de sa famille (divorce de 1883), usage du titre de « D.D. » sans institution connue, ordination en 1883. Son arrestation pour faux vers 1878 est rapportée par la presse ; les poursuites ont été abandonnées faute de preuve en novembre 1879, mais aucune condamnation n'est démontrée. Une conduite douteuse prouvée ne prouve pas une mission cachée.

Nouveau : La Bible Scofield a-t-elle été financée par Samuel Untermyer ou par les Rothschild ?

Ce n'est pas démontré. Ce qui est documenté : des hommes d'affaires évangéliques l'ont soutenue (John T. Pirie, Alwyn Ball Jr., selon Gaebelein et Sandeen) et Oxford University Press l'a publiée sur contrat. Ce qui est allégué : Joseph M. Canfield (1988) soupçonne une influence derrière l'entrée de Scofield au Lotos Club et relève que l'avocat sioniste Samuel Untermyer siégeait au comité du club à ce moment-là, sans dire qu'il l'ait parrainé ; des textes en ligne en ont tiré un financement par Untermyer, puis par les Rothschild. Aucune lettre, aucun contrat, aucun compte connu ne l'établit, et la variante Rothschild a été réfutée par un contrôle des faits en mars 2025. Être membre du même club n'est pas une preuve de financement.

Nouveau : Qu'étaient les conférences bibliques de Niagara ?

C'était une rencontre d'été annuelle de pasteurs et de laïcs évangéliques, de 1875 à 1900, tenue à Niagara-on-the-Lake (Ontario) de 1883 à 1897. Présidée par le pasteur presbytérien James H. Brookes jusqu'à sa mort (1897), elle adopte en 1878 un credo de quatorze articles dont le dernier affirme le retour prémillénaire du Christ. Scofield, Blackstone et Gaebelein y ont participé. Pour ses partisans, elle retrouve l'attente prémillénaire des premiers siècles ; pour ses critiques, elle implante un système récent. Elle était financée par ses participants : aucun grand mécène n'est connu pour Niagara lui-même.

Nouveau : Qu'est-ce que le Dallas Theological Seminary ?

Fondé en 1924 par Lewis Sperry Chafer, disciple de Scofield, c'est le séminaire évangélique qui a fait du dispensationalisme une théologie universitaire. Il a formé des milliers de pasteurs ; ses professeurs ont écrit des ouvrages de référence (Chafer, Walvoord, Ryrie, Pentecost). Il a aussi compté des défenseurs du texte majoritaire : Zane Hodges et Arthur Farstad y ont publié leur édition de 1982. Il est financé par les frais de scolarité et les dons ; des sites évoquent un financement sioniste, mais aucun document ne l'établit, et le lien avec le sionisme chrétien est doctrinal plutôt que financier.

Nouveau : Les sociétés bibliques sont-elles contrôlées par le Vatican ou par les Rothschild ?

Les sociétés bibliques sont nées en 1804 (British and Foreign Bible Society) et 1816 (American Bible Society) ; l'Alliance biblique universelle date de 1946. Elles vivent de souscriptions, de dons, de legs et de ventes, avec des rapports annuels publiés depuis 1805. Ce qui est documenté : un accord officiel de coopération avec Rome en 1968, et la présence d'un cardinal au comité du texte grec. Ce qui est allégué : un contrôle par le Vatican, la franc-maçonnerie ou les Rothschild (Gail Riplinger et d'autres). Ce qui n'est pas démontré : un contrôle financier Rothschild ou maçonnique.

Nouveau : Rockefeller a-t-il financé la Revised Standard Version ?

Ce n'est pas démontré, et les sources disent le contraire. Ce qui est documenté : John D. Rockefeller Jr. a donné environ 72 millions de dollars à des causes religieuses (Interchurch World Movement, Riverside Church, Union Theological Seminary) et a donné le terrain du siège du Conseil national des Églises (1958). La RSV, elle, est financée par un accord de 1936 avec l'éditeur Thomas Nelson & Sons, qui reçoit dix ans d'exclusivité et avance les droits aux traducteurs. Le NCC détient les droits de la RSV. Ce qui est allégué : que Rockefeller ait payé ou dirigé la RSV ; aucune pièce connue ne l'appuie.

Nouveau : Les Rothschild ont-ils financé des Bibles ou des doctrines chrétiennes ?

Aucune pièce ne le montre. Ce qui est documenté : Edmond de Rothschild finance dès 1882 des colonies juives en Palestine, et la déclaration Balfour (2 novembre 1917) est une lettre adressée à Lord Walter Rothschild. Ce qui est allégué : qu'ils aient financé Darby, Scofield, les sociétés bibliques ou des traductions modernes (de nombreux sites et vidéos, sans source). Ce qui est non démontré : tout versement à une Bible ou à une doctrine chrétienne. Ces affirmations s'inscrivent souvent dans une tradition de théories du complot visant les banquiers juifs, et qu'il faut les juger sur preuves.

Nouveau : Qui a payé la Bible du roi Jacques (King James, 1611) ?

Le roi Jacques autorise la traduction à la conférence de Hampton Court (1604) et fixe des règles, par exemple garder les mots ecclésiastiques anciens et ne pas mettre de notes doctrinales en marge. La Couronne ne paie pas l'impression : l'imprimeur Robert Barker investit, en échange du privilège. Les traducteurs ne sont pas salariés ; l'archevêque Bancroft demande aux évêques de leur procurer des bénéfices ecclésiastiques. Que Francis Bacon ou Shakespeare aient rédigé le texte, ou qu'une société secrète l'ait dirigé, n'est pas démontré : aucune pièce.

Nouveau : Les Bibles d'aujourd'hui sont-elles dictées par ceux qui les impriment ?

Les maisons d'édition possèdent les droits, mais les sources n'établissent pas qu'elles dictent le texte. Pour la Nouvelle Version Internationale (NIV), la New York Bible Society a parrainé la traduction à partir de 1967-1968 ; Zondervan a financé la fin du travail, et Zondervan fait aujourd'hui partie du groupe HarperCollins. Le texte relève du Committee on Bible Translation, dont les droits appartiennent à Biblica. Que Rupert Murdoch ou HarperCollins influencent le texte est allégué et non démontré. La Fondation Lockman, qui a financé la NASB, est un exemple documenté de financement privé évangélique sans lien avec une grande banque.

Les versets disputés

Les passages dont le texte ou la traduction se discute, avec les arguments de chaque côté.

Nouveau : Pourquoi certaines Bibles ont-elles des versets en moins ?

Avant l'imprimerie, chaque Bible était copiée à la main, et aucun original n'est conservé : on a des copies de copies. Les différences viennent surtout de quatre causes : des erreurs de copistes (l'œil saute d'un mot à un mot semblable), l'harmonisation (un copiste complète un évangile d'après un autre), la liturgie et les notes de marge qui passent dans le texte, et les choix des éditeurs de l'époque imprimée. Les Bibles qui suivent le Textus Receptus ont les passages les plus longs ; celles qui suivent le texte critique les placent entre crochets, en note, ou les omettent. Dans les deux cas, ces passages représentent une petite part du texte.

Nouveau : Des versets ont-ils été retirés pour affaiblir la divinité du Christ ?

Certains défenseurs du texte reçu le soutiennent : ils citent 1 Timothée 3:16 (« Dieu » ou « celui qui ») ; pour la doctrine du sang, un autre enjeu, ils citent aussi Colossiens 1:14 (« par son sang »). C'est une hypothèse sur les motifs des copistes, qu'aucun document ne prouve. En 1 Timothée 3:16, le texte critique n'a pas « Dieu » ; mais en Jean 1:18, il l'a (« Dieu unique ») et le texte reçu non. La divinité du Christ reste affirmée ailleurs dans tous les manuscrits (par exemple Jean 1:1 et 20:28). Les deux camps reconnaissent que des copistes ont pu corriger le texte dans les deux sens, en ajoutant comme en retranchant, et que les doctrines essentielles ne reposent sur aucun de ces versets seul.

Nouveau : Le Textus Receptus et le texte majoritaire, est-ce la même chose ?

Non. Le Textus Receptus est un texte d'éditeurs (Érasme, Estienne, Bèze, les Elzevir), parfois fait à partir de peu de manuscrits ou du latin. Le texte majoritaire suit la masse des manuscrits grecs byzantins. Les deux s'écartent dans onze des passages recensés : par exemple, le texte majoritaire n'a ni la Comma johannique ni Actes 8:37, que le Textus Receptus imprime. Ceux qui défendent la préservation providentielle du texte reçu et ceux qui défendent le texte majoritaire ne sont donc pas toujours d'accord entre eux.

Nouveau : Qu'est-ce que la Comma johannique (1 Jean 5:7-8) ?

C'est l'ajout « trois dans le ciel : le Père, la Parole et le Saint-Esprit ». Elle est absente de tous les manuscrits grecs connus avant le XIVe siècle, de la masse byzantine et de toutes les versions anciennes sauf la latine ; on la trouve dans une dizaine de manuscrits grecs tardifs. Les critiques y voient une glose latine passée dans le texte (la Segond 1910 ne l'a pas). Les défenseurs jugent qu'elle est originale et qu'elle a été perdue, par accident ou par prudence, et invoquent le témoignage latin ancien (Cyprien, Priscillien), débattu. Érasme l'a omise en 1516 et 1519, puis insérée en 1522 d'après le minuscule 61. La doctrine de la Trinité a été formulée aux IVe et Ve siècles sans ce verset.

Nouveau : La finale de Marc (16:9-20) est-elle authentique ?

Les manuscrits connaissent quatre formes : arrêt en 16:8, finale longue, finale courte, ou les deux finales. Le Sinaiticus et le Vaticanus s'arrêtent en 16:8 ; Eusèbe et Jérôme disent que les copies « exactes » ou presque tous les manuscrits grecs n'ont pas la finale. La finale longue est citée par Irénée vers 180 et se trouve dans la quasi-totalité des autres manuscrits grecs et dans la plupart des versions. Les critiques invoquent le style et la composition d'après les autres évangiles ; les défenseurs, l'ancienneté et l'universalité. Aucune grande traduction moderne ne supprime le passage : toutes l'impriment, en le signalant ou non.

Nouveau : Le récit de la femme adultère (Jean 7:53-8:11) est-il dans la Bible depuis toujours ?

Il est absent des papyrus P66 et P75 (vers 200), du Sinaiticus et du Vaticanus, et aucun Père grec ne le commente avant le XIIe siècle, même si Didyme l'Aveugle (IVe siècle) le dit présent « dans certains évangiles ». Il se trouve dans le Codex Bezae, dans la masse des manuscrits byzantins et dans la Vulgate, et il apparaît ailleurs dans certains manuscrits (après Jean 7:36, à la fin de Jean, ou dans Luc). Pour les critiques, c'est un récit ancien et probablement historique, mais inséré dans Jean vers le IIIe siècle. Pour les défenseurs, il est original et a été retiré, par crainte de paraître indulgent envers l'adultère (Augustin le dit) ou par habitude de lecture liturgique. Les deux camps admettent l'absence ancienne d'une part et l'ancienneté du récit de l'autre.

Nouveau : Le nombre de la bête est-il 666 ou 616 ?

La quasi-totalité des manuscrits ont 666, dont le papyrus P47, le Sinaiticus et l'Alexandrinus. Le nombre 616 est attesté par le papyrus P115 et le Codex Ephraemi, et Irénée (vers 180) le connaît déjà, en l'attribuant à une faute de copiste. Les deux camps textuels s'accordent sur 666. Pour expliquer 616, on propose une confusion d'une lettre (en chiffres grecs, ξ ou ι) ou un ajustement au calcul « Néron César » (hypothèse sans source ancienne qui l'atteste). Aucune traduction courante n'adopte 616 dans le texte.

Nouveau : Ésaïe 7:14 dit-il « vierge » ou « jeune femme » ?

Le mot hébreu est almah, qui désigne une jeune femme en âge d'être mariée ; l'hébreu a un autre mot, betulah, souvent traduit « vierge ». La Septante traduit par parthenos (« vierge »), et Matthieu 1:23 cite le verset ainsi. Aquila, Symmaque et Théodotion ont « jeune femme ». La King James et la Martin disent « vierge » ; la Segond 1910 dit « la jeune fille ». Les uns insistent sur la Septante et sur Matthieu, les autres sur le sens courant du mot hébreu et sur le contexte d'Achaz. La naissance virginale est enseignée directement en Matthieu 1:18-25 et Luc 1:26-38.

Nouveau : Deutéronome 32:8 : « fils d'Israël » ou « fils de Dieu » ?

Le texte massorétique, le Pentateuque samaritain, la Vulgate et la Peshitta lisent « fils d'Israël » (Segond 1910 : « D'après le nombre des enfants d'Israël »). Un manuscrit de Qumrân (4QDeut j) lit « fils de Dieu », et la Septante, dans la plupart de ses manuscrits, « anges de Dieu ». Pour beaucoup de critiques, « fils de Dieu » est la leçon primitive, corrigée ensuite par des scribes. D'autres tiennent le texte massorétique pour primitif, en rapprochant les soixante-dix nations de Genèse 10 des soixante-dix âmes de la famille de Jacob, et ils voient dans les autres lectures des relectures tardives. Le verset ne touche aucun dogme central.

Nouveau : Psaume 22:17 : « ils ont percé » ou « comme un lion » ?

Le texte massorétique lit « comme un lion, mes mains et mes pieds », sans verbe. Une lettre différente (un waw au lieu d'un yod) donne un verbe, que la Septante comprend « ils ont creusé (percé) », comme la Peshitta ; le rouleau de Nahal Hever a la lettre waw, mais son sens est discuté. La Segond 1910 traduit « Ils ont percé mes mains et mes pieds ». Les uns y voient une prophétie de la crucifixion ; d'autres jugent « comme un lion » cohérent avec les bêtes du psaume, et le verbe incertain. La Passion ne dépend pas de ce seul mot : le verset n'est cité dans aucun évangile.

Nouveau : 1 Timothée 3:16 : « Dieu a été manifesté » ou « celui qui a été manifesté » ?

La différence tient à deux traits de plume dans l'abréviation grecque (ΘΣ, « Dieu », ou ΟΣ, « qui »). Le Textus Receptus et le texte majoritaire ont « Dieu » (Martin : « Dieu a été manifesté en chair ») ; le texte critique a « celui qui » (Segond 1910 : « celui qui a été manifesté en chair »). Les onciaux anciens de première main ont « qui » ; « Dieu » apparaît chez des correcteurs et dans la masse byzantine. Les critiques estiment que « Dieu » est une correction pour donner un sujet clair ; les défenseurs, que la barre de l'abréviation s'est effacée ; pour l'Alexandrinus, la lecture de la première main est contestée. La divinité du Christ est affirmée ailleurs.

Nouveau : Jean 1:18 : « le Fils unique » ou « Dieu unique » ?

Les plus anciens papyrus (P66, P75), le Sinaiticus et le Vaticanus lisent monogenes theos, « Dieu unique ». « Le Fils unique » est dans l'Alexandrinus, la masse byzantine, la Vulgate et le syriaque curetonien ; la Segond 1910 le traduit ainsi. Les deux lectures sont anciennes, et le camp critique n'est pas uni : la majorité du comité UBS retient « Dieu », mais Wikgren et Ehrman préfèrent « Fils ». Les défenseurs du texte reçu, qui tiennent à la divinité du Christ, défendent ici la leçon sans le mot « Dieu ». Les deux lectures disent que le Fils révèle le Père.

Nouveau : La doxologie du Notre Père (Matthieu 6:13) est-elle originale ?

« Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! » (Segond 1910) est absente du Sinaiticus, du Vaticanus, de la Vulgate et des commentaires d'Origène, de Tertullien et de Cyprien, et de Luc 11:2-4. Elle est présente dans la masse byzantine et la Peshitta, et la Didachè (fin du Ier ou début du IIe siècle) donne une forme courte. Les critiques y voient une louange liturgique entrée dans le texte, sur le modèle de 1 Chroniques 29:11. Les défenseurs la tiennent pour ancienne et expliquent son absence en Occident par l'usage latin. Aucune doctrine n'en dépend.

Nouveau : Actes 8:37, la confession de l'eunuque, est-il authentique ?

Le verset (« Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu », Segond 1910) est dans le Textus Receptus, le Codex Laudianus, quelques minuscules, des manuscrits latins et la Vulgate clémentine ; Irénée et Cyprien le citent. Il est absent du Sinaiticus, du Vaticanus, de l'Alexandrinus, de la Peshitta et de la masse byzantine, donc aussi du texte majoritaire. Érasme l'a inséré en 1516 d'après une note de marge. Les critiques y voient une formule baptismale entrée dans le texte ; les défenseurs, un verset ancien retiré quand on retardait le baptême. Il ne contient aucune doctrine absente d'ailleurs (Actes 2:38 ; 16:31).

Nouveau : Luc 22:43-44 : l'ange et la sueur comme des gouttes de sang sont-ils de Luc ?

Les versets sont absents du papyrus P75, du Vaticanus, de l'Alexandrinus et d'autres témoins ; ils sont présents dans le Sinaiticus (première main), le Bezae, la Vulgate, la Peshitta et la masse byzantine. Justin (vers 155-160) évoque la sueur « comme des gouttes » et Irénée la mentionne : le passage, au moins le verset 44, est donc très ancien. Les critiques proposent un ajout, peut-être contre ceux qui niaient le vrai corps du Christ ; les défenseurs rappellent qu'Épiphane affirme que des orthodoxes les ont retirés par crainte, et d'autres critiques les tiennent pour de Luc. Le comité UBS les garde entre doubles crochets. Le camp critique est divisé sur ce cas.

Nouveau : Luc 23:34, « Père, pardonne-leur », est-il original ?

La parole est absente du papyrus P75, du Vaticanus et d'autres témoins anciens, mais présente dans l'Alexandrinus, la masse byzantine, la Vulgate et la Peshitta ; Irénée la cite vers 180. Une hypothèse d'ajout y voit soit une tradition orale authentique, soit une parole formée sur le modèle d'Étienne (Actes 7:60) puis insérée dans Luc ; les partisans de l'authenticité font remarquer au contraire que la prière d'Étienne supposerait celle de Jésus. Une autre suppose qu'elle a été retirée au IIe siècle par des copistes hostiles aux Juifs, après 70 et 132-135, ce que d'autres discutent. Metzger la garde pour ses marques d'origine dominicale, bien que le comité UBS la place entre doubles crochets. Les critiques sont partagés.

Nouveau : Daniel 9:25-27 : que change la coupure après « sept semaines » ?

Le texte massorétique place un accent (atnah) après « sept semaines ». La Segond 1910 suit cette coupure (« il y a sept semaines ; dans soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis ») ; la King James, la Martin et la Darby additionnent sept et soixante-deux semaines jusqu'au Messie. Les accents sont tardifs, mais ils notent une lecture orale plus ancienne ; l'idée d'une coupure placée en réaction à la lecture chrétienne reste une hypothèse, qu'aucune source massorétique ne documente. Le passage est lu de bien d'autres façons : messianique, prétériste, maccabéenne, juive traditionnelle, dispensationaliste ou symbolique.

Nouveau : Apocalypse 22:19 : « livre de vie » ou « arbre de vie » ?

Tous les manuscrits grecs anciens et byzantins connus ont « arbre » (Segond 1910 : « de l'arbre de la vie »). « Livre de vie » (Martin) vient de la Vulgate : le seul manuscrit d'Érasme en 1516 avait perdu ses derniers versets, et il a retraduit Ap 22:16-21 du latin en grec. La leçon est restée dans le Textus Receptus. Ce fait est admis par les historiens de toutes tendances ; les défenseurs du texte reçu y voient une leçon latine que la providence aurait gardée, et les critiques, un cas type de rétroversion. Le texte majoritaire et le texte critique s'accordent sur « arbre ».

Nouveau : Apocalypse 5:9-10 : « nous » ou « eux » ?

Le Textus Receptus (Martin) dit « tu nous as rachetés… et tu nous as faits Rois et Sacrificateurs… et nous régnerons ». Le texte critique (Segond 1910) a « tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes… tu as fait d'eux un royaume et des sacrificateurs… et ils régneront ». En 5:10, « eux » est dans la quasi-totalité des manuscrits grecs ; en 5:9, « nous » est dans le Sinaiticus et la masse byzantine, mais absent de l'Alexandrinus. Le temps du verbe varie aussi (« ils régneront » ou « ils règnent »). Nous ne tranchons pas : ces points touchent la lecture de qui chante le cantique et du règne des saints.

Nouveau : Apocalypse 16:5 : pourquoi « qui seras » dans certaines Bibles ?

Tous les manuscrits grecs connus ont « le Saint » (Segond 1910 : « tu es saint »). La leçon « qui seras » (Martin : « QUI ES, QUI ÉTAIS, et QUI SERAS ») apparaît dans les éditions de Théodore de Bèze, sans aucun manuscrit grec connu. Bèze l'expliquait par la formule triple de 1:4 et 1:8. Des défenseurs du texte reçu y voient une restauration, par ressemblance graphique, hypothèse que leurs critiques jugent peu probable ; les éditeurs du texte majoritaire ne le suivent pas. Plusieurs commentateurs notent que la formule perd son troisième membre en 11:17 et 16:5, et y voient une intention : une lecture qui reste une interprétation.

Nouveau : Apocalypse 1:11 : « Je suis l'Alpha et l'Oméga » est-il dans le texte ?

Le Textus Receptus (Martin) a « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier : Écris dans un livre ce que tu vois ». La Segond 1910 commence directement par « Ce que tu vois, écris-le dans un livre ». L'ajout manque au Sinaiticus, à l'Alexandrinus, à la masse byzantine et à la Vulgate, et n'est présent, d'après les apparats anciens, que dans le Codex Porphyrianus, quelques minuscules et l'arménien. Critiques et éditeurs du texte majoritaire y voient une harmonisation avec 1:8 et 1:17 ; les défenseurs du texte reçu le gardent comme texte des Églises de la Réforme. Ces titres se lisent ailleurs dans tous les manuscrits : en 1:8 (le Seigneur Dieu parle), en 1:17 (« le premier et le dernier », dit par celui qui apparaît à Jean), en 21:6 (celui qui siège sur le trône) et en 22:13 (le locuteur n'est pas nommé).

Nouveau : 1 Jean 4:3 : « Jésus-Christ venu en chair » ou « Jésus » seulement ?

Le Textus Receptus et le texte majoritaire disent « tout esprit qui ne confesse point que Jésus-Christ est venu en chair » (Martin) ; la Segond 1910 dit « tout esprit qui ne confesse pas Jésus ». La forme courte est dans l'Alexandrinus, le Vaticanus et le 1739. La Vulgate lit « qui dissout Jésus », leçon que Socrate le Scolastique dit ancienne. Les critiques voient dans la forme longue une assimilation au verset 2 ; certains défenseurs voient dans la forme courte un affaiblissement de l'incarnation, ce qui est une interprétation des motifs, non un fait établi, ce qui est une interprétation des motifs, non un fait établi. Le verset 2 contient la confession complète dans tous les manuscrits.

Nouveau : Marc 1:2 cite-t-il Ésaïe ou « les prophètes » ?

La Segond 1910 dit « Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète » ; Martin, « dans les Prophètes ». La citation combine Malachie 3:1 et Ésaïe 40:3. « Ésaïe » est dans le Sinaiticus, le Vaticanus et la Vulgate ; « les prophètes » est dans l'Alexandrinus et la masse byzantine. Les critiques jugent « Ésaïe » plus difficile donc plus ancien, et y voient une convention de citation au prophète principal ; Porphyre au IIIe siècle y voyait déjà une erreur. Les défenseurs jugent « les prophètes » exact et original. Le contenu de la citation est le même.

Nouveau : Pourquoi Marc 7:16, 9:44, 9:46 et 11:26 manquent-ils dans certaines Bibles ?

Ces versets courts sont absents du Sinaiticus et du Vaticanus, mais présents dans la masse des manuscrits grecs et les versions anciennes. Les critiques y voient des harmonisations : 7:16 reprend 4:9, 9:44 et 9:46 répètent le refrain de 9:48, 11:26 reprend Matthieu 6:15. Les défenseurs jugent que l'accord des manuscrits et des versions l'emporte, et proposent un saut de copiste pour 11:26. La Segond 1910 a 7:16 et 11:26, mais pas le refrain de 9:44 et 9:46. Le sens ne change pas.

Nouveau : Marc 15:28, « compté parmi les malfaiteurs », a-t-il été retiré ?

Le verset (« Il a été mis au nombre des malfaiteurs », Segond 1910, citant Ésaïe 53:12) est absent des quatre grands onciaux (Sinaiticus, Alexandrinus, Vaticanus, Ephraemi) et du Bezae, et présent dans la masse byzantine, la Vulgate et la Peshitta. Les critiques y voient une assimilation à Luc 22:37 ; les défenseurs, un verset ancien absent par un saut de copiste. La même prophétie est appliquée à Jésus en Luc 22:37 dans tous les manuscrits.

Nouveau : Luc 9:55-56 : « vous ne savez de quel esprit vous êtes » est-il dans l'original ?

Les papyrus P45 et P75, le Sinaiticus et le Vaticanus n'ont pas ces paroles ; elles sont dans l'Ancienne syriaque curetonienne, la Vulgate (selon les éditions), la Peshitta et de nombreux manuscrits. La Segond 1910 garde 9:55b-56a, mais pas « comme fit Élie » (9:54). Les critiques y voient des développements explicatifs ; les défenseurs rappellent que Marcion connaissait une forme de la parole, et supposent un retrait lié à lui, hypothèse non démontrée. Les deux camps la reconnaissent ancienne.

Nouveau : Luc 17:36 est-il dans la Bible ?

Le verset (« De deux hommes qui seront dans un champ, l'un sera pris et l'autre laissé », Segond 1910) est dans le Textus Receptus et la King James, mais pas dans la masse des manuscrits grecs, le P75, le Sinaiticus, l'Alexandrinus ni le Vaticanus. Il est présent dans le Bezae, le latin et le syriaque. Les critiques y voient une assimilation à Matthieu 24:40 ; les défenseurs du Textus Receptus le gardent, alors que ceux du texte majoritaire l'omettent. Les traducteurs de 1611 l'ont gardé en signalant en marge son absence de la plupart des copies grecques.

Nouveau : Luc 2:33 : Joseph ou « son père » ?

La Segond 1910 dit « Son père et sa mère » ; Martin dit « Joseph et sa mère ». « Son père » est dans le Sinaiticus, le Vaticanus, le Bezae et la Vulgate ; « Joseph » est dans l'Alexandrinus et la masse byzantine. Les critiques y voient la leçon difficile, et « Joseph » comme une correction pour éviter de laisser entendre une paternité naturelle ; Luc lui-même écrit « ton père et moi » en 2:48. Certains défenseurs y voient au contraire une altération de la conception virginale. Le récit de Luc 1:26-38 est identique dans toutes les éditions.

Nouveau : Actes 9:5-6, « il te serait dur de regimber contre les aiguillons », est-il dans le grec ?

Aucun manuscrit grec connu n'a ces mots à cet endroit. Ils viennent de manuscrits latins : Érasme les a traduits du latin en grec, d'où le Textus Receptus. Ils se retrouvent en Actes 26:14 et 22:10. Les critiques y voient une harmonisation latine ; Hills y voit une leçon latine conservée par la providence. Le texte majoritaire n'a pas ces mots non plus. Aucune doctrine n'est en jeu.

Nouveau : Qu'y a-t-il de disputé en Actes 15:34, 24:6-8 et 28:29 ?

Ce sont trois courts ajouts : Silas qui reste à Antioche (15:34), le rôle du tribun Lysias (24:6b-8a), la dispute des Juifs à Rome (28:29). Le livre des Actes existe sous une forme « alexandrine » et une forme « occidentale », plus longue d'environ 8 %. Le texte majoritaire omet 15:34 et (dans son texte principal) 24:6b-8a, mais garde 28:29 ; le Textus Receptus les a tous. Les critiques y voient des précisions de copistes. Les défenseurs invoquent la masse byzantine pour 28:29 et le texte reçu pour les autres. Aucun ne touche la doctrine.

Nouveau : Romains 16:24 est-il authentique ?

Cette bénédiction (« Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous ! Amen ! », Segond 1910) est liée à la place de la doxologie de 16:25-27, qui varie : après 16:23, après 14:23, après 15:33 (P46), ou absente. Le verset manque à P46, P61, au Sinaiticus, à l'Alexandrinus et au Vaticanus ; il est dans la masse byzantine. Les critiques y voient une conclusion ajoutée par des copistes quand la doxologie avait été déplacée ; les défenseurs, une seconde bénédiction naturelle après les salutations de Tertius. Une bénédiction presque identique existe déjà en 16:20.

Nouveau : Colossiens 1:14 : « par son sang » a-t-il été retiré des Bibles modernes ?

Les mots « par son sang » sont absents de la quasi-totalité des manuscrits grecs, y compris byzantins, et présents dans quelques minuscules tardifs et la Vulgate clémentine. Les critiques et les éditeurs du texte majoritaire y voient une harmonisation avec Éphésiens 1:7. Certains auteurs « King James seulement » y voient une suppression doctrinale ; c'est une allégation, que même des défenseurs du texte reçu ont contestée. La rédemption par le sang est affirmée en Éphésiens 1:7 et Colossiens 1:20 dans tous les manuscrits.

Nouveau : Matthieu 17:21, « cette sorte ne sort que par la prière et par le jeûne », a-t-il été supprimé ?

Le verset (Segond 1910) est absent du Sinaiticus (première main), du Vaticanus, de l'Ancienne syriaque et de manuscrits latins anciens ; il est dans le Bezae, la Vulgate, la Peshitta et la masse byzantine. Les critiques y voient une harmonisation avec Marc 9:29, d'autant qu'aucune raison ne pousse à le supprimer. Les défenseurs invoquent la quasi-unanimité des manuscrits, et un saut de copiste ou une gêne devant le jeûne. L'accusation d'attaque contre le jeûne n'est pas étayée par une preuve d'intention. La parole reste en Marc 9:29.

Nouveau : Matthieu 18:11 manque-t-il dans certaines Bibles ?

Le verset (« Car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu », Segond 1910) est absent du Sinaiticus, du Vaticanus et du palimpseste syriaque du Sinaï, mais présent dans le Bezae, la Vulgate, la Peshitta et la masse byzantine. Les critiques y voient une reprise de Luc 19:10. Les défenseurs soulignent l'accord du grec, du latin et du syriaque, et un accident de copie ou une coupure liturgique pour l'omission (sans preuve directe). La même parole se lit en Luc 19:10 dans tous les manuscrits.

Nouveau : Matthieu 23:14, « vous dévorez les maisons des veuves », est-il dans l'original ?

Le verset est absent du Sinaiticus, du Vaticanus, du Bezae et de la Vulgate de Jérôme selon les éditions critiques ; il est dans le Washingtonianus et la masse byzantine, mais sa place varie : avant ou après le v. 13. Les critiques y voient une insertion venue de Marc 12:40 et Luc 20:47, la place flottante en étant l'indice. Les défenseurs expliquent l'omission par le saut d'œil entre les « Malheur à vous » successifs. La parole est assurée en Marc 12:40 et Luc 20:47.

Nouveau : Jean 5:3-4, l'ange qui agite l'eau de la piscine, est-il authentique ?

Le passage est absent des papyrus P66 et P75, du Sinaiticus et du Vaticanus ; il est dans l'Alexandrinus, la Vulgate clémentine, la Peshitta et la masse byzantine. Tertullien évoque l'ange vers 200. Une vingtaine de manuscrits qui l'ont le marquent d'un signe de doute. Les critiques y voient une glose expliquant le v. 7 ; les défenseurs, que sans lui la plainte du malade est obscure, et que l'idée d'un ange guérisseur a pu gêner des copistes. Aucune doctrine n'en dépend.

D'où viennent les doctrines

Quand et comment des doctrines et des mots familiers sont apparus, et ce qu'on en débat.

Nouveau : Qu'est-ce que le prétérisme, et d'où vient-il ?

Le prétérisme (du latin praeteritus, « passé ») lit le discours du mont des Oliviers (Mt 24, Mc 13, Lc 21) et une grande partie de l'Apocalypse comme accomplis au premier siècle, surtout dans la chute de Jérusalem en 70. Chez les Pères, Eusèbe de Césarée voit dans cette chute l'accomplissement des paroles de Jésus sur le Temple. Le premier commentaire systématique de l'Apocalypse dans ce sens est celui du jésuite Luis de Alcázar, en 1614, né dans la controverse catholique contre la lecture protestante qui identifiait le pape à l'Antichrist. Ses partisans s'appuient sur Mt 24:34 (« cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive ») et sur « bientôt » en Ap 1:1. Ses critiques opposent la date de l'Apocalypse donnée par Irénée (vers 95) et le fait que la venue visible et la résurrection ne se voient pas en 70 ; ils notent aussi que « génération » peut avoir d'autres sens. On distingue un prétérisme partiel (retour du Christ encore futur) et un prétérisme complet, que la plupart des Églises rejettent.

Nouveau : Qu'est-ce que le futurisme, et depuis quand ?

Le futurisme lit la plus grande partie de l'Apocalypse, en général à partir du chapitre 4, comme des événements encore à venir : un Antichrist personnel, une grande tribulation, puis le retour visible du Christ. Les Pères Justin, Irénée et Hippolyte attendaient déjà un Antichrist futur, mais sans le système moderne. Sous sa forme systématique, il apparaît vers 1590 avec le jésuite Francisco Ribera, en réponse aux Réformateurs, puis passe au protestantisme au XIXe siècle et nourrit le dispensationalisme. Ses partisans invoquent les signes cosmiques de Mt 24:29, la venue visible de Ap 1:7 et la date tardive de l'Apocalypse. Ses critiques lui opposent « cette génération » (Mt 24:34) et « bientôt » (Ap 1:1), ainsi que, dans sa forme populaire, des prédictions datées qui ne se sont pas réalisées (ses défenseurs savants répondent que fixer des dates est contraire à Mt 24:36).

Nouveau : Qu'est-ce que l'historicisme, et pourquoi était-il la lecture des Réformateurs ?

L'historicisme lit l'Apocalypse et Daniel comme une histoire continue de l'Église, du premier siècle à la fin du monde, les sceaux et les trompettes correspondant à des périodes successives. Il s'appuie sur le principe « un jour pour une année » (Nb 14:34 ; Ez 4:6), qui fait des 1260 jours d'Ap 11:3 une durée de 1260 ans. Sa thèse la plus connue identifie la papauté à l'Antichrist ; Wycliffe, Luther, la Confession de Westminster (1646) et Isaac Newton ont lu ainsi. Il a été supplanté chez les évangéliques à partir des années 1830-1840 par le futurisme. Ses critiques relèvent la subjectivité des identifications, les dates démenties (1844, 1914) et le fait que le principe jour-année n'est pas posé comme règle générale dans l'Écriture.

Nouveau : Qu'est-ce que la lecture idéaliste (symbolique) de l'Apocalypse ?

Cette lecture ne voit pas dans l'Apocalypse des événements datables, passés ou futurs, mais une représentation en images du combat permanent entre Dieu et le mal, avec la victoire finale du Christ. Les bêtes, Babylone ou les fléaux désignent des réalités qui reviennent à chaque époque. On rattache ses racines à Origène, puis au donatiste Tyconius vers 380, qui lit le livre comme une image de l'Église présente. Sa formulation moderne de référence est celle de William Milligan (1886). Ses partisans invoquent le genre symbolique (Ap 1:1 emploie le verbe grec esēmanen, « signifier », « faire connaître par des signes ») ; ses critiques lui reprochent de neutraliser les indications de temps et de laisser chaque interprète faire dire aux symboles ce qu'il veut.

Nouveau : D'où vient le dispensationalisme ?

Le dispensationalisme découpe l'histoire en « dispensations » et distingue Israël et l'Église comme deux peuples, avec deux programmes. John Nelson Darby le systématise entre 1830 et 1833 dans le milieu des Frères de Plymouth ; il a voyagé ensuite en Suisse romande, en France et en Amérique du Nord. La Scofield Reference Bible (1909) l'a rendu dominant dans l'évangélisme américain, puis le Dallas Theological Seminary (1924), Hal Lindsey (1970) et la série Left Behind l'ont diffusé. Ses partisans s'appuient sur Rm 11:25-29, Ép 3:5-6 et l'« intervalle » de Dn 9:26. Ses critiques, venus de la théologie de l'alliance, invoquent Ga 3:28-29 et Rm 11:17-24 (un seul olivier), et notent que la distinction systématique n'est pas clairement attestée avant le XIXe siècle ; le dispensationalisme progressif a depuis atténué la séparation.

Nouveau : D'où vient l'enlèvement de l'Église avant la tribulation ?

Cette doctrine enseigne que le Christ viendra chercher son Église avant une tribulation future de sept ans, puis reviendra avec elle : deux phases de retour. Elle descend de manière vérifiable de John Nelson Darby, qui la formule entre 1830 et 1833. Certains auteurs voient son origine dans une vision de Margaret MacDonald (Écosse, 1830) ; c'est une allégation contestée, car le texte de la vision parle d'une épreuve que les croyants traversent. La Scofield Reference Bible, Hal Lindsey et Left Behind l'ont popularisée. Ses partisans citent Ap 3:10, 1 Th 1:10 et l'imminence du retour ; ses critiques répondent par Mt 24:29-31 et 2 Th 2:1-3, par l'absence de tout verset sur deux venues séparées et par l'absence de témoin clair avant le XIXe siècle (ses partisans invoquent Pseudo-Éphrem et Morgan Edwards, dont la lecture est contestée).

Nouveau : Qu'est-ce que le postribulationnisme ?

Cette position enseigne que l'Église traversera la grande tribulation et que l'« enlèvement » de 1 Th 4:17 n'est pas un événement séparé : c'est la rencontre avec le Christ lors de son retour unique et visible. L'idée d'une Église confrontée à l'Antichrist est ancienne (Didachè 16, Irénée, Hippolyte). La position nommée naît chez les Frères de Plymouth comme réponse à Darby, avec Benjamin Wills Newton et Samuel Prideaux Tregelles (1864), puis chez George Eldon Ladd (1956) et Robert Gundry (1973). Elle s'appuie sur Mt 24:29-31 et 2 Th 2:1-3. Les prétribulationnistes lui opposent Ap 3:10 et l'imminence du retour ; les prétéristes jugent que la grande tribulation est celle de 66-70.

Nouveau : Existe-t-il d'autres positions sur le moment de l'enlèvement (mi-tribulationnel, pré-colère) ?

Oui, deux variantes futuristes plus récentes. L'enlèvement mi-tribulationnel place l'enlèvement au milieu des sept ans de la 70e semaine de Daniel, avant la « grande tribulation » ; il s'appuie sur la « dernière trompette » (1 Co 15:52) et reste minoritaire. L'enlèvement pré-colère le place dans la seconde moitié de la semaine, après la persécution de l'Antichrist mais avant la colère de Dieu, qui commencerait au sixième sceau (Ap 6:12-17). Marvin Rosenthal l'expose en 1990 ; certaines sources, dont des adversaires, attribuent l'idée à l'homme d'affaires Robert Van Kampen. Les prétribulationnistes lui reprochent de supprimer l'imminence et de n'avoir aucun témoin historique avant 1990.

Nouveau : Qu'est-ce que l'amillénarisme, et d'où vient-il ?

L'amillénarisme enseigne que les « mille ans » d'Apocalypse 20 ne sont pas un règne terrestre futur, mais une figure de tout le temps de l'Église, entre la première et la seconde venue du Christ. Le donatiste Tyconius (vers 382) en jette les bases, et Augustin le systématise dans La Cité de Dieu XX (vers 426), disant avoir d'abord tenu le chiliasme. Les confessions de la Réforme (Augsbourg 1530, art. 17) condamnent le règne terrestre des saints. Ses partisans invoquent une seule résurrection générale (Jn 5:28-29), le lien de l'« homme fort » (Mt 12:29) et le langage symbolique du livre. Ses critiques prémillénaristes notent que Ap 20:4-5 emploie le même verbe pour les deux résurrections ; le mot lui-même n'est pas clairement attesté avant le XXe siècle.

Nouveau : Qu'est-ce que le postmillénarisme ?

Le postmillénarisme enseigne que le Christ reviendra après un « millénaire » qui n'est pas un règne visible sur terre, mais une longue période où l'Évangile gagnera la majorité des nations. Les historiens hésitent entre Thomas Brightman (1609) et Daniel Whitby (1703) comme point de départ ; les postmillénaristes modernes contestent que la doctrine commence là. Jonathan Edwards au XVIIIe siècle et l'élan missionnaire des XVIIIe-XIXe siècles s'en nourrissent. Ses partisans citent les paraboles du sénevé et du levain (Mt 13:31-33), Mt 28:18-19 et 1 Co 15:25-26. Ses critiques opposent l'ivraie et le bon grain qui croissent ensemble (Mt 13:30), Lc 18:8 et le démenti apparent des guerres du XXe siècle.

Nouveau : Le chiliasme des premiers siècles et le prémillénarisme historique : quel lien ?

Le chiliasme est l'attente d'un règne terrestre du Christ de mille ans, avec Jérusalem restaurée. Le plus ancien témoin est Papias (début du IIe siècle, fragment conservé par Irénée), puis Justin, Irénée, Tertullien et Lactance. Justin reconnaît lui-même que beaucoup de chrétiens de pure doctrine ne partageaient pas cette opinion. Origène et l'école d'Alexandrie le combattent, et Augustin, qui avait tenu une forme spirituelle de cette opinion, le rejette. Le prémillénarisme historique moderne (Mede 1627, puis Alford, Ladd, Gundry) s'en réclame, mais sans la distinction dispensationaliste entre Israël et l'Église. Les historiens notent une rupture entre les deux : le chiliasme des Pères, plus matériel, n'est pas identique à la forme modérée moderne.

Nouveau : D'où vient l'idée d'un Temple rebâti à Jérusalem ?

Cette doctrine attend la reconstruction d'un troisième Temple, que l'Antichrist profanerait au milieu d'une tribulation de sept ans. Elle est ancienne chez les chrétiens : Irénée (vers 180) lit 2 Th 2:4 et Dn 9:27 d'un Antichrist siégeant dans le temple de Jérusalem, Hippolyte (vers 200) dit qu'il relèvera le Temple, Cyrille de Jérusalem l'enseigne vers 350. En 363, l'empereur Julien tente de reconstruire le Temple et les travaux sont arrêtés. Les dispensationalistes, dont la Scofield Reference Bible, l'ont popularisée au XXe siècle. Ses critiques prétéristes disent que 2 Th 2:4, Mt 24:15 et Ap 11:1-2 visent le Temple d'Hérode encore debout ; d'autres lisent le Christ (Jn 2:19-21) et l'Église (1 Co 3:16) comme le vrai Temple.

Nouveau : Qui a-t-on identifié à l'Antéchrist au fil de l'histoire ?

Le mot antichristos n'apparaît que dans les lettres de Jean (1 Jn 2:18, 22 ; 4:3 ; 2 Jn 7), où Jean parle d'antéchrists déjà présents. La tradition l'a rapproché de l'« homme de péché » de 2 Th 2, de la petite corne de Daniel 7 et de la bête d'Apocalypse 13. On l'a identifié à Néron (et à la légende de son retour), à la papauté (de Wycliffe aux Réformateurs), à Mahomet ou à l'islam, ou encore à un individu futur, comme l'attendaient Irénée et Hippolyte et comme le reprennent Ribera et Bellarmin. Le premier traité entièrement consacré au sujet est celui d'Hippolyte, vers 200. Chaque identification a ses critiques : la liste des identifications ratées pèse contre la lecture d'un individu futur, la polémique de la Réforme contre l'identification au pape.

Nouveau : Qu'est-ce que le sionisme chrétien, et d'où vient-il ?

C'est la conviction que le retour des Juifs en terre d'Israël et l'État d'Israël (depuis 1948) ont une signification prophétique, et que les chrétiens ont le devoir de les soutenir. Les puritains anglais du XVIIe siècle espéraient la conversion et le retour des Juifs, sans programme politique. Lord Shaftesbury plaide au XIXe siècle pour une protection britannique en Palestine ; Darby fournit le cadre de « deux peuples, deux programmes » ; William Blackstone adresse en 1891 un mémorial au président Harrison. Ses partisans citent Gn 17:8, Rm 11:26-29 et Lc 21:24. Ses critiques lisent les promesses en Christ (Ga 3:16, 29), et des chrétiens palestiniens (Kairos Palestine, 2009) reprochent à la doctrine de justifier une politique au détriment d'autres populations.

Nouveau : Qu'est-ce que la théologie du remplacement ?

Cette expression désigne l'idée que l'Église a succédé à Israël comme peuple de Dieu. Le nom est surtout employé par ses adversaires ; ceux qu'on range sous ce nom préfèrent parler de théologie de l'accomplissement. Ses premiers témoins documentés sont l'Épître de Barnabé (vers 130) et Justin (vers 155-160), pour qui les chrétiens sont « la vraie race israélite ». Ses partisans citent Mt 21:43, Ga 6:16 et Rm 11:17-24 (un seul olivier). Ses critiques répondent par Rm 11:1, 29 (« Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel »), et rappellent que l'« enseignement du mépris » envers les Juifs lui a été relié ; la déclaration Nostra Aetate (1965) marque un tournant.

Nouveau : Qu'est-ce que la théologie de l'alliance ?

La théologie de l'alliance organise l'Écriture autour d'alliances successives : une alliance des œuvres avec Adam, une alliance de grâce unique en substance d'Abraham au Christ, et une alliance de rédemption entre le Père et le Fils. Elle voit un seul peuple de Dieu. Ses racines sont dans la Réforme, avec Zwingli (1525-1527), Bullinger (1534), puis Rollock (1596), la Confession de Westminster (1646) et Cocceius (1648). Ses partisans s'appuient sur le Christ « second Adam » (Rm 5) et sur Ga 3:8, 16, 29. Les dispensationalistes objectent que les alliances des œuvres et de rédemption ne sont nommées nulle part dans l'Écriture, et les baptistes que la nouvelle alliance est faite avec ceux qui connaissent le Seigneur (Jr 31:34).

Nouveau : Qu'est-ce que l'Israël britannique ?

Ce mouvement soutient que les peuples britanniques, et plus largement anglo-saxons, descendent des « dix tribus perdues » déportées par l'Assyrie. Sa première exposition systématique est celle de John Wilson, Our Israelitish Origin (1840) ; Edward Hine le popularise dans les années 1870, et la British-Israel-World Federation est constituée à Londres en 1919. Ses partisans invoquent des promesses jugées inaccomplies (Gn 48:19, 2 S 7:16) et la distinction entre la maison d'Israël et celle de Juda (Jr 3:18). Ses critiques notent que les rapprochements linguistiques sont sans fondement, que la génétique ne le soutient pas, et que le Nouveau Testament montre des membres des dix tribus présents (Lc 2:36). Une branche racialiste américaine, Christian Identity, est désavouée par le mouvement britannique d'origine.

Nouveau : D'où vient la doctrine de la Trinité ?

Elle affirme un seul Dieu en trois personnes, égales et de même substance. Le Nouveau Testament contient des formules à trois termes (Mt 28:19 ; 2 Co 13:13). Théophile d'Antioche parle d'une trias vers 180, et Tertullien emploie trinitas vers 213 contre Praxéas. Le concile de Nicée (325) déclare le Fils « consubstantiel » au Père ; Athanase le défend, puis les Cappadociens précisent ousia et hypostasis ; le concile de Constantinople (381) confesse l'Esprit adoré avec le Père et le Fils. Ses partisans citent Jn 1:1, Jn 20:28, Ac 5:3-4. Ses critiques unitariens notent que le mot n'est pas dans la Bible, citent Jn 14:28 et 1 Co 8:6, et parlent d'« hellénisation » ; la Comma johannique (1 Jn 5:7) est absente des manuscrits grecs anciens.

Nouveau : Qu'était l'arianisme, et pourquoi a-t-il failli l'emporter ?

Arius, prêtre d'Alexandrie, enseigne vers 318-320 que le Fils est la première et la plus haute des créatures : « il fut un temps où il n'était pas ». Il est condamné à Nicée (325). Pourtant, sous Constance II, une forme modérée, l'homéisme (le Fils « semblable au Père selon les Écritures »), devient la confession officielle de l'Empire (359-360). Ulfila, évêque des Goths, la professe et traduit la Bible en gothique ; Goths, Vandales et Lombards l'adoptent. Nicée est rétablie dans l'Empire en 381. Ses partisans citent Pr 8:22 (Septante), Col 1:15, Jn 14:28 et Jn 17:3 ; ses critiques répondent par Jn 1:1-3 et soutiennent que « engendré » ne signifie pas « créé ». Les deux camps ont eu l'appui d'un empereur.

Nouveau : Qu'est-ce que le modalisme ?

Le modalisme affirme qu'il n'y a en Dieu qu'une seule personne, qui se manifeste comme Père, Fils et Saint-Esprit, trois « modes » ou noms du même Dieu. Noët de Smyrne l'enseigne vers 180-200 ; Praxéas à Rome, attaqué par Tertullien vers 213, puis Sabellius vers 215-220, condamné par Calliste d'après Hippolyte. Ses partisans anciens invoquaient Es 44:6, Jn 10:30 et Jn 14:9 et la foi simple en un seul Dieu. Ses critiques répondent que le Fils prie le Père (Jn 17), que Jn 1:1 dit le Verbe « auprès de » Dieu, et que hen en Jn 10:30 est neutre (« une seule chose »). Le concile de Constantinople (381) anathématise les sabelliens.

Nouveau : Qu'est-ce que l'adoptianisme ?

Le mot recouvre deux réalités. Dans l'Antiquité, Théodote de Byzance vient à Rome vers 190 et enseigne que Jésus était un homme sur qui le Christ ou l'Esprit est descendu au baptême ; l'évêque Victor l'excommunie. Paul de Samosate, évêque d'Antioche, est déposé en 268. Au VIIIe siècle, Élipand de Tolède et Félix d'Urgell appellent le Christ « fils adoptif » selon son humanité seulement ; le concile de Francfort (794) les condamne. Les partisans invoquent le baptême (Mc 1:11), Ac 2:36 et Rm 1:4. Leurs critiques opposent la préexistence (Jn 1:1-14, Ph 2:6-7) et notent que l'adoption désigne dans le Nouveau Testament le statut des croyants. Un auteur ancien, cité par Eusèbe, accuse les théodotiens d'avoir corrigé les manuscrits.

Nouveau : D'où vient l'unitarisme ?

L'unitarisme affirme que Dieu est une seule personne, le Père, et rejette la Trinité. Il naît dans la Réforme : Michel Servet publie en 1531 De Trinitatis erroribus et est brûlé à Genève en 1553. En Pologne, Fausto Sozzini donne sa théologie à l'« Église mineure », et le catéchisme de Racovie paraît en 1605 ; en Transylvanie, la diète de Torda proclame la liberté de prédication en 1568. En Angleterre, Joseph Priestley publie en 1782 son histoire des « corruptions » du christianisme. Ses partisans citent Jn 17:3, 1 Co 8:6 et 1 Tm 2:5 ; ses critiques répondent par Jn 1:1, Jn 20:28 et Tt 2:13. Les unitariens ont eux-mêmes divergé sur l'adoration du Christ.

Nouveau : Qu'est-ce que l'unicité pentecôtiste ?

C'est un courant né dans le pentecôtisme américain entre 1913 et 1916 : Dieu est une seule personne, Jésus est le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et le baptême se donne « au nom de Jésus-Christ » (Ac 2:38). Son origine documentée est le camp d'Arroyo Seco (1913), où R. E. McAlister remarque que les apôtres baptisaient au nom de Jésus ; Frank Ewart la développe en 1914. En 1916, les Assemblées de Dieu adoptent une déclaration trinitaire et une partie des ministres s'en va ; l'United Pentecostal Church est formée en 1945. Les partisans citent Ac 2:38 et Col 2:9. Les critiques reprennent contre eux les arguments opposés au modalisme et notent que la Didachè 7 atteste tôt la formule trinitaire.

Nouveau : D'où vient la doctrine de l'enfer éternel conscient ?

Elle enseigne que les impies subiront après le jugement une peine sans fin et consciente. Dn 12:2 parle d'une « honte éternelle » ; hors du Nouveau Testament, elle apparaît dans la Deuxième épître de Clément, le Martyre de Polycarpe et chez Justin (vers 155). Tertullien, puis Augustin (La Cité de Dieu XXI) en donnent la forme classique ; elle est reprise par les conciles, Thomas d'Aquin et les confessions protestantes. Ses partisans citent Mt 25:46, Mc 9:43-48, Ap 14:11 et 20:10. Ses critiques invoquent 1 Tm 6:16 (Dieu « seul possède l'immortalité »), Jude 7 (Sodome subit « la peine d'un feu éternel » et ne brûle plus) et le langage symbolique de l'Apocalypse.

Nouveau : Qu'est-ce que l'immortalité conditionnelle ?

Elle enseigne que l'âme n'est pas immortelle par nature : l'immortalité est un don accordé en Christ, et les impies sont définitivement détruits après le jugement. Ses partisans citent Justin, Théophile d'Antioche, Irénée et Arnobe (vers 300), souvent contestés. Sous forme moderne, Edward White la publie en 1846 ; George Storrs la diffuse chez les millérites, et les adventistes l'adoptent. Edward Fudge (1982) et John Stott (1988) en ont fait une position évangélique discutée. Ses partisans invoquent Mt 10:28, Rm 6:23, 2 Th 1:9 et Ap 20:14. Ses critiques opposent Mt 25:46, Ap 14:11 et Lc 16:19-31, et la position majoritaire des Pères, des conciles et des confessions.

Nouveau : Qu'est-ce que l'universalisme chrétien (apocatastase) ?

Il enseigne qu'à la fin, tous les êtres humains seront réconciliés avec Dieu ; le mot apokatastasis vient d'Ac 3:21. Clément d'Alexandrie voit dans les châtiments divins une pédagogie, et Origène le développe vers 220-230 dans Des principes ; Grégoire de Nysse (mort vers 395), jamais condamné, le suit. Des anathèmes visent l'origénisme en 543 et 553, dont la portée est débattue. Au XIXe siècle, Hosea Ballou donne à l'universalisme américain une forme unitarienne. Ses partisans citent 1 Co 15:22, 28, Col 1:20, 1 Tm 2:4 et le sens d'aiônios ; ses critiques répondent par le parallèle de Mt 25:46 (Augustin), Mt 12:32 et Ap 20:10, et soulignent les condamnations anciennes.

Nouveau : Hadès, géhenne, tartaros : comment les Bibles traduisent-elles ces mots ?

L'Écriture emploie l'hébreu sheol, les grecs hadès et geenna, le verbe tartaroô (2 P 2:4, une seule fois) et l'« étang de feu » (Ap 19-21). Selon qu'une traduction translittère ces mots, les distingue ou les fond tous dans « enfer », le lecteur reçoit une image différente. La Septante rend sheol par hadès ; la Vulgate emploie infernus, d'où « enfer » ; la Segond 1910 met souvent « séjour des morts » pour sheol et hadès, et « géhenne » pour geenna. Ceux qui distinguent les mots notent qu'Ap 20:14 jette le hadès dans l'étang de feu ; ceux qui préfèrent un mot unique invoquent la lisibilité. Le sens d'aiônios (« éternel » ou « de l'âge ») est un autre point de débat.

Nouveau : D'où vient le purgatoire ?

Dans la doctrine catholique, c'est l'état de purification de ceux qui meurent dans la grâce mais ne sont pas encore pleinement purifiés. Le texte le plus ancien invoqué est 2 Maccabées 12:42-46 ; Augustin juge « non incroyable » un feu purificateur (1 Co 3:11-15), et Grégoire le Grand parle d'un purgatorius ignis vers 593. Selon Jacques Le Goff, le substantif purgatorium désignant un lieu apparaît vers 1170-1180. La doctrine est définie à Lyon II (1274), à Florence (1439) et à Trente (1563). Les critiques notent que 2 Maccabées n'est pas dans le canon hébreu ni protestant, que 1 Co 3 parle de l'œuvre éprouvée, et que les orthodoxes rejettent le lieu de peine tout en priant pour les défunts.

Nouveau : Qu'est-ce que la justification par la foi seule, et d'où vient-elle ?

Elle enseigne que le pécheur est déclaré juste devant Dieu par la foi en Christ seul, sa justice lui étant imputée. La formule sola fide se trouve déjà chez l'Ambrosiaster (IVe siècle). Luther la tire de Rm 1:17 ; dans son Nouveau Testament allemand de 1522, il traduit Rm 3:28 « allein durch den Glauben », le mot « seule » n'étant pas dans le grec. Elle est formulée à Augsbourg (1530) et chez Calvin. Le concile de Trente (1547) la rejette si elle signifie que rien d'autre n'est requis ; la Déclaration commune luthérienne-catholique de 1999 constate un consensus sur des vérités fondamentales, sans lever toutes les différences. Ses partisans citent Rm 3:28 et Ép 2:8-9 ; ses critiques citent Jc 2:24 et Ga 5:6.

Nouveau : D'où vient la prédestination telle que l'enseigne le calvinisme ?

Elle enseigne que Dieu a choisi de toute éternité, sans condition prévue en l'homme, ceux qu'il sauverait. Augustin la développe contre Pélage (À Simplicien, 396-397, puis 426-429) en s'appuyant sur Rm 9. Gottschalk, qui enseignait une double prédestination, est condamné en 849 ; Luther écrit Du serf arbitre (1525) ; Calvin la développe en 1559 ; le synode de Dordrecht (1618-1619) en définit cinq points. L'acrostiche TULIP n'est pas de Dordrecht. Ses partisans citent Rm 8:29-30, Rm 9, Ép 1:4-11 et Jn 6:44. Ses critiques arminiens opposent 1 Tm 2:4 et 1 Jn 2:2 ; la théologie catholique (Trente rejette une prédestination au mal ; Molina propose la science moyenne) et les orthodoxes (Dosithée, 1672) la rejettent sous cette forme.

Nouveau : Qu'est-ce que l'arminianisme ?

Cette théologie, du nom de Jacobus Arminius (1560-1609), affirme que Dieu veut le salut de tous, que le Christ est mort pour tous, et que la grâce peut être reçue ou refusée. L'élection y repose sur la prescience de la foi. Arminius expose sa position en 1608 ; en 1610, les Remontrants présentent cinq articles ; le synode de Dordrecht (1618-1619) les condamne et environ 200 pasteurs sont destitués. Wesley en fait la théologie du méthodisme. Ses partisans citent 1 Tm 2:4, 2 P 3:9 et Mt 23:37 ; ses critiques calvinistes citent Rm 9:16 et disent que l'élection par la foi prévue ôte à Dieu la gloire du salut. Les arminiens rejettent l'accusation de pélagianisme.

Nouveau : Que signifie « une fois sauvé, toujours sauvé » ?

La sécurité éternelle enseigne que celui qui a été véritablement sauvé ne peut perdre son salut. Il y a deux formes : la persévérance des saints (tradition réformée, définie à Dordrecht en 1619), selon laquelle les vrais croyants persévèrent ; et la formule baptiste populaire. Augustin enseigne la persévérance comme un don aux élus ; les luthériens tiennent que le croyant peut perdre la foi ; Trente (1547) nie la certitude de persévérer. Ses partisans citent Jn 10:28, Rm 8:29-39 et 1 Jn 2:19. Ses critiques citent He 6:4-6, Ga 5:4 et Col 1:22-23 ; des calvinistes eux-mêmes distinguent la persévérance de la formule populaire.

Nouveau : Depuis quand baptise-t-on les enfants ?

Le Nouveau Testament ne mentionne pas explicitement de nourrisson baptisé, mais rapporte des baptêmes de « maisons » entières (Ac 16:15, 33 ; 1 Co 1:16). Le premier texte sans ambiguïté est de Tertullien (vers 200-206), qui conseille de différer le baptême « surtout pour les petits enfants » : la pratique existait donc, et elle était discutée. Origène (vers 240) la dit reçue des apôtres, et un concile de Carthage (vers 253) sous Cyprien demande de baptiser dès la naissance. Augustin la lie au péché originel, et Carthage (418) condamne ceux qui la nient. Ses partisans citent Ac 2:39 et Col 2:11-12 ; ses critiques notent l'ordre « croire, puis être baptisé » (Mc 16:16). Jeremias et Aland ont débattu de son ancienneté.

Nouveau : D'où vient le baptême des croyants ?

Il réserve le baptême à ceux qui confessent personnellement leur foi et refuse celui des nourrissons. Ses partisans disent que tous les baptêmes nommés dans le Nouveau Testament suivent une écoute ou une confession de foi (Ac 2:41 ; 8:12, 36-38). Comme doctrine et pratique distinctes, il apparaît à Zurich le 21 janvier 1525, avec Conrad Grebel et Georges Blaurock, après la rupture avec Zwingli ; la Confession de Schleitheim (1527) le définit. Les baptistes anglais l'adoptent avec John Smyth (1609) et Thomas Helwys (1612). Ses critiques invoquent les baptêmes de maisons (Ac 16:15, 33), l'unité des alliances (Ac 2:39) et l'enseignement d'Origène et de Cyprien. Une chaîne ininterrompue d'Églises baptistes depuis les apôtres est jugée non démontrée par la plupart des historiens.

Nouveau : Qu'est-ce que la sola scriptura, et d'où vient-elle ?

C'est le principe selon lequel l'Écriture est la seule règle infaillible de la foi, à laquelle toute tradition est soumise. Luther l'affirme à Leipzig contre Eck (1519), puis à Worms (1521) : il ne croit « ni au pape ni aux conciles seuls ». La Formule de concorde (1577) et la Confession de Westminster (1646) la fixent. Les protestants invoquent 2 Tm 3:16-17, Mc 7:8-13 et Ac 17:11, ainsi que des Pères comme Athanase et Cyrille de Jérusalem, ce qui est contesté. Les catholiques répondent par 2 Th 2:15 et 1 Tm 3:15 et notent que le canon vient de l'Église ; les orthodoxes y voient l'Écriture isolée de la Tradition ; la multiplication des confessions protestantes a aussi servi d'argument.

Nouveau : Qu'appelle-t-on la Tradition apostolique ?

C'est l'enseignement transmis par les apôtres non seulement par écrit mais aussi oralement et dans la pratique, gardé par la succession des évêques. Paul parle déjà de « traditions » à garder (1 Co 11:2 ; 2 Th 2:15). Irénée (vers 180) oppose aux gnostiques une tradition publique, vérifiable dans les Églises fondées par les apôtres ; Tertullien (vers 200) soutient que les Écritures appartiennent aux Églises apostoliques ; Vincent de Lérins (434) parle de ce qui est cru « partout, toujours et par tous ». Trente (1546) reçoit l'Évangile « dans les livres écrits et dans les traditions non écrites » ; Vatican II (1965) lie Tradition et Écriture à une source commune. Les protestants citent Mc 7:8-13 et Col 2:8, et notent que des doctrines dites apostoliques sont apparues tard ; Newman a répondu par le « développement ».

Nouveau : Qu'est-ce que la succession apostolique ?

C'est la doctrine selon laquelle les évêques sont les successeurs des apôtres par une chaîne ininterrompue d'ordinations. Le plus ancien témoin est la lettre de Clément de Rome aux Corinthiens (vers 96), qui parle d'épiscopes et de presbytres au pluriel. Irénée (vers 180) donne la liste des évêques de Rome pour montrer la publicité de la doctrine apostolique contre les gnostiques. Selon la plupart des historiens, y compris catholiques, le passage à un évêque unique à Rome se situe vers le milieu du IIe siècle. Ses partisans citent Ac 1:20-26 et 2 Tm 2:2. Ses critiques notent que episkopos et presbuteros désignent la même fonction dans le Nouveau Testament (Ac 20:17, 28), et que des évêques en succession régulière ont enseigné l'erreur.

Nouveau : D'où vient la transsubstantiation ?

Cette doctrine catholique enseigne qu'à la consécration, la substance du pain et du vin devient celle du corps et du sang du Christ, les apparences demeurant. L'exposé systématique d'une présence du corps même du Christ vient de Paschase Radbert (vers 831-833), auquel Ratramne répond que le corps est présent « en figure ». Bérenger de Tours, condamné en 1050 et contraint à des serments en 1059 et 1079, soutenait une présence spirituelle. Le mot apparaît au XIIe siècle et le Latran IV (1215) le consacre ; Trente (1551) le reprend. Ses partisans citent « Ceci est mon corps » et Jn 6:55 ; ses critiques citent Jn 6:63, notent que la distinction substance/accidents vient d'Aristote et invoquent He 9:25-28.

Nouveau : D'où viennent l'Immaculée Conception et l'Assomption de Marie ?

Ce sont deux dogmes catholiques. L'Immaculée Conception (préservation du péché originel dès la conception) est définie par Pie IX le 8 décembre 1854. Bernard de Clairvaux et Thomas d'Aquin s'y étaient opposés ; Jean Duns Scot (vers 1300) l'a défendue par la « rédemption préservatrice ». L'Assomption est définie par Pie XII le 1er novembre 1950 ; le Nouveau Testament ne dit rien de la fin de Marie, Épiphane (vers 375) avoue ignorer sa fin, et les premiers récits sont des apocryphes (transitus) que le Décret gélasien rejette. Les partisans citent Gn 3:15, Lc 1:28 et Ap 12:1. Les critiques invoquent Rm 3:23, Lc 1:47, le silence de l'Écriture et des premiers siècles ; les orthodoxes fêtent la Dormition sans en faire un dogme.

Nouveau : D'où viennent les indulgences ?

Une indulgence est, selon la doctrine catholique, la remise de la peine temporelle due pour des péchés déjà pardonnés, puisée dans le « trésor » des mérites du Christ et des saints. Ses racines sont dans l'abrègement des pénitences anciennes ; la première remise plénière claire est le concile de Clermont (1095), pour les croisés. Les théologiens du XIIIe siècle élaborent le trésor de l'Église, et Clément VI le définit en 1343. En 1515, Léon X proclame une indulgence pour Saint-Pierre ; la vente liée à des dettes de l'archevêque Albert de Brandebourg déclenche la crise de 1517. Trente (1563) ordonne d'abolir « tout gain malhonnête ». Les partisans citent Mt 16:19 ; les Réformateurs répondent que le pardon est gratuit par la foi.

Nouveau : Que signifie l'infaillibilité pontificale ?

C'est le dogme selon lequel le pape, quand il définit solennellement ex cathedra une doctrine de foi ou de mœurs pour toute l'Église, jouit de l'infaillibilité promise à l'Église. Il ne signifie ni que le pape est sans péché, ni que tout ce qu'il dit est infaillible. Il est défini par Vatican I, Pastor aeternus, le 18 juillet 1870. Selon l'historien Brian Tierney, sa première formulation date du XIIIe siècle, chez Pierre de Jean Olivi (lecture contestée par d'autres historiens, qui voient une continuité plus ancienne). Ses partisans citent Mt 16:18 et Lc 22:32. Ses critiques invoquent le cas d'Honorius Ier, condamné en 681, notent la nouveauté de la doctrine et citent Ga 2:11-14 ; les orthodoxes la rejettent, l'autorité suprême appartenant au concile reçu par toute l'Église.

Nouveau : D'où vient le pentecôtisme et le parler en langues comme « preuve » du baptême de l'Esprit ?

Le pentecôtisme enseigne qu'après la conversion, le croyant peut recevoir un baptême du Saint-Esprit dont le signe premier est le parler en langues. Des épisodes de langues existent avant (Écosse 1830, mouvement de sainteté), mais c'est l'articulation « baptême de l'Esprit = langues » qui est nouvelle en 1901. Elle naît à Topeka (Kansas) autour de Charles Fox Parham, le 1er janvier 1901 avec Agnes Ozman ; le réveil d'Azusa Street (Los Angeles, 1906) avec William Seymour la répand. Les Assemblées de Dieu sont fondées en 1914. Les partisans citent Ac 2:4, 10:46 et 19:6. Les critiques citent 1 Co 12:30, notent que les Actes sont un récit et que Mc 16:17 est dans la finale longue de Marc.

Nouveau : Qu'est-ce que le cessationnisme ?

Il enseigne que les dons miraculeux et de révélation (apostolat, prophétie, langues, signes) ont cessé avec l'âge apostolique. Chrysostome (vers 390-397) et Augustin (vers 390) constatent que ces dons n'arrivent plus ; Augustin corrige plus tard sa position. Calvin y voit la preuve que les miracles ont servi à sceller l'Évangile ; B. B. Warfield en donne la forme systématique dans Counterfeit Miracles (1918). Ses partisans citent Ép 2:20, 2 Co 12:12 et He 2:3-4. Ses critiques notent qu'aucun texte ne dit que les dons cesseront avec les apôtres, que 1 Co 13:10 vise plus naturellement le retour du Christ, et que Justin et Irénée attestent des dons au IIe siècle.

Nouveau : D'où vient la théologie de la prospérité ?

Elle enseigne que Dieu veut que ses enfants soient en bonne santé et prospères, et qu'on y accède par la foi, la parole confessée et le don. Les historiens (Kate Bowler) relèvent trois racines américaines du XIXe siècle : la Pensée nouvelle, l'idéal de réussite et le pentecôtisme de guérison. Oral Roberts propose dans les années 1950 un « pacte de bénédiction » ; Kenneth Copeland et Kenneth Hagin la diffusent dans les années 1970, avec la télévision chrétienne. Ses partisans citent 3 Jn 2, Dt 8:18 et 2 Co 9:6-11. Ses critiques (Gordon Fee) notent que 3 Jn 2 est une salutation épistolaire, citent 1 Tm 6:5-10 et la théologie de la souffrance ; Hagin lui-même a dénoncé des excès financiers.

Nouveau : Qu'est-ce que le mouvement Parole de foi ?

Il enseigne que la foi est une force qui s'exerce par la parole : en confessant ce que dit l'Écriture, le croyant fait advenir guérison et prospérité acquises par le Christ. Il vient de E. W. Kenyon (1867-1948) puis de Kenneth Hagin (Rhema, 1974), et se diffuse par Kenneth Copeland et la télévision chrétienne. D. R. McConnell (1988) soutient que Kenyon a puisé dans la Pensée nouvelle ; cette thèse est contestée. Ses partisans citent Mc 11:23-24, Pr 18:21 et Rm 10:8-10. Ses critiques répondent que Mc 11:22 vise la foi en Dieu et citent Jc 4:13-15 (« Si Dieu le veut ») ; Hanegraaff et MacArthur jugent hérétiques certaines thèses christologiques propres à quelques auteurs.

Nouveau : Qu'est-ce que la Nouvelle réforme apostolique ?

C'est le nom donné par C. Peter Wagner à un ensemble de réseaux charismatiques indépendants qui affirment que Dieu restaure aujourd'hui les offices d'apôtre et de prophète (Ép 4:11). Wagner, professeur à Fuller, adopte l'expression en 1996. Ses précurseurs revendiqués sont le mouvement Latter Rain (1948), condamné par les Assemblées de Dieu en 1949, et la « troisième vague » de John Wimber. Ce n'est pas une dénomination mais un courant. Ses partisans citent Ép 4:11-13 et 1 Co 12:28. Ses critiques citent Ép 2:20 (le fondement est posé), notent que les apôtres devaient avoir vu le Christ ressuscité (Ac 1:21-22) et dénoncent le risque d'abus ; les cessationnistes rejettent le principe même.

Nouveau : Qu'est-ce que le mouvement « King James seulement » ?

Il tient la King James (1611) pour la seule Bible anglaise fiable, avec des positions allant de la simple préférence pour le Textus Receptus à l'idée que la traduction est inspirée. Il s'enracine dans la critique de John William Burgon contre la Revised Version (1881). Benjamin Wilkinson, adventiste, en donne la première thèse documentée en 1930 ; David Otis Fuller la diffuse en 1970, Edward Hills la défend en 1956, Peter Ruckman en donne la forme extrême. Ses partisans citent Ps 12:8 et Mt 24:35 ; ses critiques notent que la King James de 1611 contenait les apocryphes et a été révisée, que le Textus Receptus d'Érasme repose sur quelques manuscrits tardifs, et que la préface de ses traducteurs recommande la variété des traductions.

Nouveau : Qu'est-ce que le mouvement du Nom sacré ?

Il enseigne qu'il faut employer les noms hébreux de Dieu et de son Fils, le plus souvent « Yahweh » et « Yahshua », plutôt que « Seigneur », « Dieu » ou « Jésus ». Clarence Orvil Dodd lance la revue The Faith en 1937 ; des Bibles et des assemblées suivent. Le tétragramme figure environ 6 800 fois dans le texte massorétique, et le judaïsme a cessé de le prononcer ; Olivétan crée « l'Éternel » en 1535. Ses partisans citent Ex 3:15, Jr 23:27 et Ac 4:12. Ses critiques notent que le Nouveau Testament est écrit en grec avec Kyrios et Iêsous, que « Yahweh » est une reconstruction savante, que « Yahshua » n'est attesté nulle part dans l'Antiquité et que les étymologies païennes de « Jésus » sont rejetées par les linguistes.

Nouveau : Que s'est-il passé en 1844 et d'où vient l'adventisme ?

William Miller (1782-1849) conclut vers 1818, à partir des « 2 300 soirs et matins » de Dn 8:14 et du principe jour-année, que le Christ reviendra vers 1843. Après un nouveau calcul de Samuel Snow (août 1844), la date du 22 octobre 1844 passe : c'est la « Grande Déception ». Hiram Edson réinterprète l'événement : le Christ serait entré ce jour-là dans le sanctuaire céleste pour un « jugement investigatif ». De ce groupe, avec Joseph Bates, James et Ellen White, naît l'Église adventiste du septième jour (1863). Les adventistes relèvent que l'ange relie cette vision au « temps de la fin » (Dn 8:17) et que Dn 9 vient l'expliquer (Dn 9:23) ; ils citent le sanctuaire céleste (Hé 8:1-5 ; 9:23-24), le Jour des expiations (Lv 16) et le principe jour-année (Nb 14:34 ; Ez 4:6). La plupart des exégètes rapportent Dn 8:14 à la profanation du Temple par Antiochus IV (167-164 av. J.-C.). Desmond Ford a lui-même contesté le jugement investigatif en 1980.

Nouveau : Pourquoi certains observent-ils le sabbat du samedi ?

Cette doctrine enseigne que le quatrième commandement (Ex 20:8-11) oblige toujours les chrétiens et que le jour du repos est le samedi. Justin décrit dès 155 le culte au « jour du soleil » ; Constantin fait du dimanche un jour chômé en 321 ; le concile de Laodicée (canon 29) interdit de « judaïser ». Comme doctrine chrétienne distincte, elle apparaît chez des anabaptistes de Moravie vers 1527-1528, puis chez des baptistes du septième jour en Angleterre et en Amérique ; Joseph Bates l'adopte chez les adventistes en 1845-1846. Ses partisans citent Gn 2:3, Mc 2:27-28 et He 4:9. Ses critiques citent Col 2:16-17, Rm 14:5-6 et Ac 20:7 ; les baptistes du septième jour ne partagent pas la dimension eschatologique adventiste.

Nouveau : Qu'est-ce que la haute critique et l'hypothèse documentaire ?

La haute critique étudie l'origine des livres bibliques (auteurs, dates, sources), à la différence de la critique textuelle. Son résultat le plus connu est l'hypothèse documentaire : le Pentateuque serait la combinaison de quatre documents (J, E, D, P). Hobbes (1651), Spinoza (1670) et Richard Simon (1678) doutent de l'attribution à Moïse ; Jean Astruc (1753) remarque l'alternance des noms divins ; Julius Wellhausen (1878, 1883) fixe l'ordre J, E, D, P. Ses partisans invoquent les doublets et le récit de la mort de Moïse (Dt 34). Ses critiques citent Mc 12:26 et Jn 5:46-47 et relèvent des présupposés ; des savants comme Cassuto, Whybray et Rendtorff contestent le modèle, qui n'est plus un consensus.

Nouveau : Qu'est-ce que l'inerrance biblique ?

Elle enseigne que l'Écriture, inspirée de Dieu, est sans erreur dans tout ce qu'elle affirme, y compris en histoire et en science, la garantie portant sur les manuscrits originaux (autographes). Augustin écrit vers 405 qu'aucun auteur canonique n'a erré. Sous sa forme moderne, la doctrine est formulée en 1881 par A. A. Hodge et B. B. Warfield, à Princeton, face à la critique allemande ; la Déclaration de Chicago (1978) la codifie. Ses partisans citent Jn 10:35, Mt 5:18 et 2 Tm 3:16. Ses critiques (Rogers et McKim, Sandeen) y voient une construction princetonienne du XIXe siècle, ce que Woodbridge conteste ; d'autres disent que les autographes perdus sont invérifiables, et les défenseurs de la King James reprochent à Chicago de ne garantir qu'un texte perdu. ---

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