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En bref
La théologie de l’alliance (ou « fédérale », du latin foedus, alliance) organise toute l’Écriture autour d’alliances successives de Dieu avec l’homme. Dans sa forme classique : une alliance des œuvres avec Adam, rompue par la chute ; une alliance de grâce, une seule en substance, administrée sous des formes diverses d’Abraham au Christ ; et, derrière elles, une alliance de rédemption entre le Père et le Fils. Elle voit un seul peuple de Dieu dans les deux Testaments, ce qui l’oppose au Dispensationalisme. C’est le cadre des Églises réformées et presbytériennes ; elle ne dicte pas à elle seule une position sur le millénaire.
Origine et généalogie
Première attestation documentée.
- Ulrich Zwingli, dans ses écrits contre les anabaptistes (1525-1527, notamment In catabaptistarum strophas elenchus, 1527), fonde le baptême des enfants sur l’unité de l’alliance faite avec Abraham et ses enfants.
- Heinrich Bullinger, De testamento seu foedere Dei unico et aeterno (Zurich, 1534) : premier traité entièrement consacré à l’alliance, une seule et éternelle.
- Jean Calvin (Institution II, 10-11, 1559) traite de la ressemblance et de la différence des deux Testaments, sans système fédéral complet.
- Zacharias Ursinus (Catechesis maior, vers 1562) parle d’une alliance « naturelle » ; Caspar Olevianus, De substantia foederis gratuiti (1585).
- Dudley Fenner, Sacra theologia (Genève, 1585 ou 1586 selon les catalogues), est cité comme l’un des premiers à nommer l’« alliance des œuvres » (foedus operum) ; la date et la priorité exactes restent à vérifier.
Systématisation. Robert Rollock (Quaestiones et responsiones de foedere Dei, 1596) ; la Confession de foi de Westminster (1646), chapitre 7 (« De l’alliance de Dieu avec l’homme »), qui en fait une confession d’Église ; Johannes Cocceius, Summa doctrinae de foedere et testamento Dei (Leyde, 1648), qui lit toute l’histoire du salut par étapes d’alliance ; Herman Witsius, De oeconomia foederum Dei cum hominibus (1677). L’alliance de rédemption (pactum salutis) est exposée par David Dickson devant l’Assemblée générale d’Écosse (1638) et par Cocceius.
Précurseurs revendiqués. Ses partisans citent Irénée (alliances successives, Contre les hérésies IV, 9 et III, 11, 8) et Augustin (Cité de Dieu XVI, 27, sur une alliance avec Adam). Les historiens admettent ces thèmes chez les Pères, mais le système en trois alliances est un produit de la Réforme.
Diffusion. Puritains anglais et Nouvelle-Angleterre ; théologie de Princeton (Charles Hodge) ; Geerhardus Vos, The Doctrine of the Covenant in Reformed Theology (1891) ; Louis Berkhof (1938) ; John Murray, The Covenant of Grace (1954) ; Meredith Kline ; O. Palmer Robertson, The Christ of the Covenants (1980). Variantes récentes : « théologie de la nouvelle alliance » (années 1980) et « progressive covenantalism » (Peter Gentry et Stephen Wellum, Kingdom through Covenant, 2012). Une version baptiste existe (Confession baptiste de Londres, 1689, ch. 7).
Chronologie.
- 1525-1527 : Zwingli contre les anabaptistes.
- 1534 : Bullinger, De testamento.
- 1559 : Calvin, Institution II, 10-11.
- 1585-1586 : Olevianus ; Fenner.
- 1646 : Confession de Westminster, ch. 7.
- 1648 : Cocceius, Summa doctrinae.
- 1677 : Witsius, De oeconomia foederum.
- 1980 : Robertson, The Christ of the Covenants.
Ce que dit la doctrine
- Alliance des œuvres : vie promise à Adam à condition d’obéissance parfaite (Gn 2:16-17).
- Alliance de grâce : promise dès Gn 3:15, administrée par Noé, Abraham, Moïse, David, accomplie dans la nouvelle alliance en Christ ; une même substance, des administrations différentes.
- Un seul peuple de Dieu, Israël et l’Église en continuité ; les signes de l’alliance (circoncision, baptême) s’appliquent aux croyants et à leurs enfants (pour les pédobaptistes).
- Les promesses à Israël trouvent leur accomplissement en Christ et dans son peuple.
Arguments de ses partisans
- Le Christ, « second Adam » (Rm 5:12-21 ; 1 Co 15:22, 45) suppose une relation représentative d’Adam, donc une alliance.
- Os 6:7 : « Ils ont, comme le vulgaire (ke-adam), transgressé l’alliance » (lecture « comme Adam » discutée).
- L’unité des Testaments : la promesse faite à Abraham est le cœur de l’Évangile (Ga 3:8, 16, 29) ; les croyants sont la postérité d’Abraham.
- Hé 8-10 : la nouvelle alliance accomplit et remplace les ombres de l’ancienne.
- La continuité du signe : « la promesse est pour vous, pour vos enfants » (Ac 2:39).
Critiques de ses opposants
- Dispensationalistes (Lewis Sperry Chafer, Charles Ryrie, Dispensationalism Today, 1965) : l’alliance des œuvres et l’alliance de rédemption ne sont nommées nulle part dans l’Écriture ; le système efface la distinction Israël/Église et conduit à la Théologie du remplacement.
- Baptistes : la continuité invoquée pour le baptême des enfants ne tient pas, car la nouvelle alliance est faite avec ceux qui connaissent le Seigneur (Jr 31:34).
- Barthiens et certains réformés (Karl Barth, James B. Torrance) : l’alliance des œuvres rendrait la relation à Dieu contractuelle et légaliste.
- Historiens : le système est une construction théologique postérieure au texte (ce que ses partisans reconnaissent, en le présentant comme une synthèse).
Textes clés
Gn 2:15-17 ; 3:15 ; 9 ; 12:1-3 ; 15 ; 17 ; Ex 19-24 ; 2 S 7 ; Jr 31:31-34 ; Os 6:7 ; Rm 4 ; 5:12-21 ; 9-11 ; Ga 3 ; Ep 2:11-22 ; Hé 8-10.
Bibles qui la portent : la Bible de Genève anglaise (1560) et ses notes calvinistes en sont une première diffusion populaire (voir Bible de Genève anglaise) ; aujourd’hui la Reformation Study Bible (dir. R. C. Sproul, 1995 sous le titre New Geneva Study Bible, puis sur l’English Standard Version).
Voir aussi
- Dispensationalisme · Théologie du remplacement · Amillénarisme · Postmillénarisme
- Jean Calvin · Théodore de Bèze · Bible de Genève anglaise
Sources
- Heinrich Bullinger, De testamento seu foedere Dei unico et aeterno, Zurich, 1534 (trad. dans C. S. McCoy et J. W. Baker, Fountainhead of Federalism, 1991).
- Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne II, 10-11.
- Confession de foi de Westminster (1646), ch. 7 ; Confession baptiste de Londres (1689), ch. 7.
- Johannes Cocceius, Summa doctrinae de foedere et testamento Dei, Leyde, 1648.
- Herman Witsius, De oeconomia foederum Dei cum hominibus, 1677.
- Geerhardus Vos, De verbondsleer in de gereformeerde theologie (1891).
- O. Palmer Robertson, The Christ of the Covenants, P&R, 1980.
- Peter J. Gentry et Stephen J. Wellum, Kingdom through Covenant, Crossway, 2012.
- Charles C. Ryrie, Dispensationalism Today, Moody, 1965 (critique).
- Richard A. Muller, « The Covenant of Works and the Stability of Divine Law », Calvin Theological Journal 29 (1994).