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Postmillénarisme

Le postmillénarisme enseigne que le Christ reviendra après (post) le millénaire.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Le postmillénarisme enseigne que le Christ reviendra après (post) le millénaire. Ce millénaire n’est pas un règne visible du Christ sur terre, mais une longue période de prospérité spirituelle, où l’Évangile gagnera la majorité des nations par la prédication et l’action de l’Esprit, avant le retour, la résurrection générale et le jugement. Il partage avec l’Amillénarisme l’idée d’un seul retour, mais il attend une victoire de l’Évangile dans l’histoire. Il a dominé le protestantisme anglo-américain des XVIIIe et XIXe siècles.

Origine et généalogie

Première attestation documentée. Les historiens hésitent entre deux points de départ :

  • Thomas Brightman (1562-1607), puritain anglais, Apocalypsis Apocalypseos (Francfort, 1609 ; trad. anglaise A Revelation of the Revelation, 1615), annonce une conversion des Juifs et une période glorieuse de l’Église avant la fin. Il mêle cette attente à une lecture historiciste (voir Historicisme).
  • Daniel Whitby (1638-1726), recteur à Salisbury, joint à son Paraphrase and Commentary on the New Testament (2 vol., Londres, 1703) un Treatise of the True Millennium qu’il présente lui-même comme une « nouvelle hypothèse » : conversion du monde, retour des Juifs, chute du pape et des Turcs, mille ans de paix, puis venue personnelle du Christ pour le jugement. Le volume des épîtres qui contient le traité porte l’adresse de 1700 (Londres, Churchill ; notice du Grub Street Project) ; l’ensemble en deux volumes est daté de 1703. L’ouvrage connaît au moins sept éditions jusqu’en 1760.

Précurseurs revendiqués. Les postmillénaristes modernes (Kenneth Gentry, Iain Murray) contestent que la doctrine « commence » avec Whitby, comme l’écrivent souvent ses adversaires dispensationalistes. Ils invoquent Eusèbe et l’optimisme de l’ère constantinienne, Augustin d’Hippone (lien de Satan déjà accompli), Calvin, et surtout les puritains John Owen, Thomas Goodwin et la Confession de Savoy (1658), ainsi que le Grand Catéchisme de Westminster (question 191 : appel des Juifs et entrée de la plénitude des nations). Ernest Sandeen juge aussi que faire partir le postmillénarisme de Whitby est exagéré. Les opposants répondent qu’avant le XVIIe siècle il s’agit d’éléments épars, non d’un système.

Diffusion.

  • Jonathan Edwards (1703-1758) : Some Thoughts Concerning the Present Revival (1742) envisage que l’âge glorieux commence en Amérique ; An Humble Attempt (1747) lance un « concert de prière » pour l’avènement du règne ; A History of the Work of Redemption (sermons de 1739, publiés en 1774).
  • Samuel Hopkins, A Treatise on the Millennium (1793). Le grand réveil et l’élan missionnaire (William Carey, 1792) se nourrissent de cette attente.
  • XIXe siècle : Charles Hodge, A. A. Hodge, puis B. B. Warfield à Princeton ; une forme sécularisée inspire le Social Gospel.
  • XXe siècle : déclin après 1914 ; reprise par Loraine Boettner (The Millennium, 1957), Iain Murray (The Puritan Hope, 1971), puis le reconstructionnisme chrétien (R. J. Rushdoony, Greg Bahnsen, Gary North) et Kenneth Gentry (He Shall Have Dominion, 1992). Une partie des prétéristes partiels contemporains sont postmillénaristes (voir Prétérisme).

Chronologie.

  • 1609 : Brightman, Apocalypsis Apocalypseos.
  • 1658 : Confession de Savoy, ch. 26.
  • 1703 : Whitby, Treatise of the True Millennium.
  • 1742-1747 : Edwards, écrits sur le réveil et le concert de prière.
  • 1793 : Hopkins, Treatise on the Millennium.
  • 1957 : Boettner, The Millennium.
  • 1971 : Murray, The Puritan Hope.
  • 1992 : Gentry, He Shall Have Dominion.

Ce que dit la doctrine

  • Le règne messianique du Christ a commencé à son ascension (Ps 110:1 ; Ac 2:34-36).
  • L’Évangile progressera jusqu’à ce que la grande majorité de l’humanité soit christianisée ; les nations seront transformées dans leur vie morale, sociale et politique.
  • Israël, selon beaucoup de postmillénaristes classiques, connaîtra une conversion de masse (Rm 11:25-26).
  • Ce « millénaire » est une longue période, pas forcément de mille ans exacts ; il est suivi d’une brève apostasie, puis du retour unique du Christ, de la résurrection générale et du jugement.

Arguments de ses partisans

  • Les paraboles de croissance : le grain de sénevé et le levain (Mt 13:31-33) décrivent un royaume qui envahit tout.
  • La grande mission : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre » (Mt 28:18) ; « faites de toutes les nations des disciples » (28:19) est un ordre qui sera accompli.
  • Les Psaumes et les prophètes : toutes les nations se prosterneront (Ps 22:28 ; 72:8-11) ; la connaissance de l’Éternel remplira la terre (Es 11:9 ; Ha 2:14) ; la pierre devient une montagne (Dn 2:35, 44).
  • Le Christ règne jusqu’à ce que tous ses ennemis soient mis sous ses pieds, la mort étant le dernier (1 Co 15:25-26) : le retour vient à la fin de ce règne.
  • Fruit historique : l’élan missionnaire des XVIIIe et XIXe siècles en est issu.

Critiques de ses opposants

  • Les textes de détresse finale : ivraie et bon grain croissent ensemble jusqu’à la moisson (Mt 13:30) ; « quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18:8) ; apostasie des derniers temps (2 Th 2:3 ; 2 Tm 3:1-5).
  • L’histoire du XXe siècle : les deux guerres mondiales ont paru démentir l’optimisme du XIXe ; les postmillénaristes répondent que la doctrine se mesure en siècles.
  • La confusion avec le progrès : la version libérale a assimilé le royaume au progrès social ; les postmillénaristes conservateurs rejettent cette forme.
  • L’imminence : si un long âge d’or doit précéder le retour, on ne peut plus attendre le Christ à tout moment (Mt 24:42-44).
  • Le reconstructionnisme : ses critiques, y compris réformés, lui reprochent une visée politique (application de la loi de Moïse aux États) ; les postmillénaristes non reconstructionnistes s’en distinguent.

Textes clés

Ps 2 ; 22:27-28 ; 72 ; 110:1 ; Es 2:2-4 ; 11:9 ; Dn 2:35, 44 ; Ha 2:14 ; Mt 13:31-33 ; 28:18-20 ; Rm 11:25-26 ; 1 Co 15:24-26 ; Ap 20:1-6.

Financement et réseaux

Documenté : aucun financement propre au postmillénarisme classique. Pour le reconstructionnisme : la Chalcedon Foundation de Rushdoony (fondée en 1965) a reçu des dons du philanthrope californien Howard F. Ahmanson Jr., qui a siégé à son conseil (rapporté par la presse américaine ; à vérifier pour les montants). Allégué : une influence politique directe sur la droite religieuse américaine (Frederick Clarkson et d’autres) ; elle est discutée par les historiens. Non démontré : un financement organisé de la doctrine elle-même.

Voir aussi

Sources

  • Thomas Brightman, Apocalypsis Apocalypseos, Francfort, 1609 ; A Revelation of the Revelation, 1615.
  • Daniel Whitby, A Paraphrase and Commentary on the New Testament, Londres, 1703, avec A Treatise of the True Millennium.
  • Jonathan Edwards, Some Thoughts Concerning the Present Revival (1742) ; An Humble Attempt (1747) ; A History of the Work of Redemption (1774).
  • Samuel Hopkins, A Treatise on the Millennium, Boston, 1793.
  • Loraine Boettner, The Millennium, 1957.
  • Iain H. Murray, The Puritan Hope, Banner of Truth, 1971.
  • Kenneth L. Gentry, He Shall Have Dominion, 1992.
  • Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism, 1970.
  • Robert G. Clouse, « The Apocalyptic Interpretation of Thomas Brightman and Joseph Mede », Bulletin of the Evangelical Theological Society 11/4, 1968, p. 181-193.
  • Peter Toon (dir.), Puritans, the Millennium and the Future of Israel, James Clarke, 1970.
  • Robert G. Clouse (dir.), The Meaning of the Millennium: Four Views, 1977 (Boettner y défend le postmillénarisme).