Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire exactitude de la copie, intégrité (le texte est-il complet ?), autorité dans la tradition qui l’a transmis, accord avec les autres témoins anciens. La note juge le manuscrit, non les éditions ou les traductions qui s’en servent.
En bref
Le Codex de Leningrad (cote Firkovich B 19 A, Bibliothèque nationale de Russie) est le plus ancien manuscrit complet de la Bible hébraïque avec voyelles, accents et notes massorétiques. Il appartient à la tradition de la famille Ben Asher, comme le Codex d’Alep, plus ancien d’environ 80 ans mais aujourd’hui mutilé. Depuis 1937, il sert de texte de base aux grandes éditions savantes : Biblia Hebraica de Kittel (3e éd.), Biblia Hebraica Stuttgartensia, Biblia Hebraica Quinta. Par elles, il est le texte de l’Ancien Testament de presque toutes les traductions modernes.
Histoire
Faits documentés.
- Le colophon indique qu’il a été copié, vocalisé et annoté au Caire (Fostat) par le scribe Samuel ben Jacob, d’après des manuscrits corrigés « selon Aaron ben Moïse ben Asher » ; les dates données correspondent à 1008-1009 de notre ère.
- Il passe ensuite par la communauté karaïte. Le collectionneur karaïte Abraham Firkovich l’acquiert au XIXe siècle ; il entre en 1863 à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg (Leningrad à l’époque soviétique, d’où son nom).
- 1937 : Paul Kahle fait adopter ce manuscrit pour la 3e édition de la Biblia Hebraica de Rudolf Kittel, à la place de la Bible rabbinique de Jacob ben Hayyim (Bible rabbinique de Bomberg) suivie jusque-là.
- 1998 : fac-similé photographique complet (The Leningrad Codex: A Facsimile Edition, Eerdmans et Brill), photographies de Bruce et Kenneth Zuckerman (West Semitic Research).
- Années 1980-2000 : la transcription électronique Michigan-Claremont, corrigée sur le manuscrit, devient le Westminster Leningrad Codex (WLC), tenu par le J. Alan Groves Center de Westminster Theological Seminary (version 4.20 en 2016). L’Open Scriptures Hebrew Bible y ajoute lemmes et morphologie sous licence CC BY 4.0.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Il est complet, alors que le Codex d’Alep a perdu le Pentateuque presque entier après 1947.
- Il suit la même tradition Ben Asher que le Codex d’Alep ; les différences entre les deux portent surtout sur des voyelles, des accents et la massora, rarement sur les consonnes.
- Comparé aux Manuscrits de la mer Morte, son texte consonantique s’accorde pour l’essentiel avec les rouleaux de type proto-massorétique, signe d’une transmission très soignée.
- Il est entièrement photographié et transcrit, donc vérifiable par tous.
Réserves.
- Le scribe a corrigé son propre travail en de nombreux endroits pour l’aligner sur le système Ben Asher (grattages visibles) ; la tradition juive tient le Codex d’Alep pour le modèle plus exact.
- Comme tout texte massorétique, il fixe une lecture vocalisée tardive ; en quelques passages, d’autres témoins anciens gardent une autre leçon (voir Texte massorétique).
- Le WLC reproduit le manuscrit, y compris ses particularités ; des corrections y sont faites au fil des versions, et les licences divergent : l’Open Scriptures Hebrew Bible écrit que le WLC « is in the public domain » et tanach.us permet de copier son texte hébreu « without restriction », mais la version 4.20 diffusée par le Groves Center (sur YouVersion, par exemple) porte « Copyright 1991-2016 » et la licence CC BY-NC-ND 4.0, qui interdit l’usage commercial et les œuvres dérivées sans permission. Avant un usage commercial, mieux vaut demander une confirmation écrite au Groves Center ou s’appuyer sur le manuscrit lui-même (domaine public).
Passages témoins (Ancien Testament)
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Dt 32:8 | « selon le nombre des fils d’Israël » (Qumrân 4QDeut j et la Septante : « fils de Dieu ») |
| Ps 22:17 (22:16 fr.) | ka’ari, « comme un lion » (la Septante : « ils ont percé ») |
| Es 7:14 | ‘almah, « jeune femme » (la Septante : parthenos, « vierge ») |
| Dn 9:26 | « un oint sera retranché », coupure massorétique (atnah) en 9:25 |
Financement
- Documenté : copie commandée par un particulier, Mevorakh ben Joseph ben Netanel, dit Ibn Yazdad ha-Kohen, nommé dans le colophon ; des lettres de la Genizah du Caire suggèrent qu’il était karaïte (Ben Outhwaite, Cambridge University Library, hypothèse) ; achat par l’État russe ; fac-similé financé par les éditeurs et West Semitic Research ; WLC tenu par un séminaire presbytérien américain.
- Allégué : aucune allégation sérieuse.
- Non démontré : une intervention doctrinale sur le texte.
Dans les traductions de Pierre
Pierre traduit Daniel à partir du Westminster Leningrad Codex, avec la morphologie de l’Open Scriptures Hebrew Bible. Ce choix donne un texte complet, vérifiable sur les photographies du manuscrit, et identique, à quelques détails de vocalisation près, à celui des éditions savantes. Ses limites sont celles de tout texte massorétique : un témoin médiéval d’une seule tradition, que l’on contrôle par les fragments de Qumrân (1QDan a-b, 4QDan a-e, 6QDan) et par les deux versions grecques (Septante et Théodotion), très différentes pour ce livre.
Pourquoi cette note
Cinq étoiles : le témoin complet le plus ancien et le plus soigné de la tradition massorétique, accessible à tous en photographie. La réserve (un texte un peu moins exact que le Codex d’Alep et la vocalisation tardive) ne touche pas la substance du texte.
Voir aussi
- Texte massorétique · Codex d’Alep · Les Massorètes de Tibériade · Manuscrits de la mer Morte
- Biblia Hebraica Stuttgartensia · Biblia Hebraica Quinta · Bible rabbinique de Bomberg · Septante
Sources
- David Noel Freedman (dir.), The Leningrad Codex: A Facsimile Edition, Grand Rapids et Leyde, Eerdmans et Brill, 1998.
- Rudolf Kittel et Paul Kahle (dir.), Biblia Hebraica, 3e éd., Stuttgart, Privilegierte Württembergische Bibelanstalt, 1937 (préface).
- K. Elliger et W. Rudolph (dir.), Biblia Hebraica Stuttgartensia, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1967-1977 (prolégomènes).
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., Minneapolis, Fortress, 2012.
- Ernst Würthwein, Der Text des Alten Testaments, trad. angl. The Text of the Old Testament, 3e éd. revue par A. A. Fischer, Eerdmans, 2014.
- Paul Kahle, The Cairo Geniza, 2e éd., Oxford, Blackwell, 1959.
- J. Alan Groves Center for Advanced Biblical Research, Westminster Leningrad Codex, version 4.20, 25 janvier 2016 (CC BY-NC-ND 4.0 selon la notice YouVersion) ; texte dérivé sur tanach.us (copie « without restriction »).
- Open Scriptures Hebrew Bible, morphologie et lemmes (github.com/openscriptures/morphhb), licence CC BY 4.0.
- Bibliothèque nationale de Russie, Saint-Pétersbourg, fonds Firkovich (notice du manuscrit).