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Septante

La Septante (LXX) est la traduction grecque des Écritures hébraïques, faite à Alexandrie entre le IIIe et le Ier siècle avant Jésus-Christ.

En bref

La Septante (LXX) est la traduction grecque des Écritures hébraïques, faite à Alexandrie entre le IIIe et le Ier siècle avant Jésus-Christ. C’est la Bible des Juifs de langue grecque, puis celle des apôtres et de l’Église ancienne : la plupart des citations de l’Ancien Testament dans le Nouveau suivent son texte. Elle reste aujourd’hui l’Ancien Testament officiel des Églises orthodoxes.

Histoire

Documenté : le Pentateuque est traduit au IIIe siècle av. J.-C. à Alexandrie ; les autres livres suivent par étapes jusqu’au Ier siècle av. J.-C. Des fragments grecs trouvés à Qumrân (Manuscrits de la mer Morte) confirment l’ancienneté de ce texte.

Récit traditionnel : la Lettre d’Aristée (IIe s. av. J.-C.) raconte que le roi Ptolémée II Philadelphe (285-246) aurait fait venir de Jérusalem 72 savants (six par tribu) qui auraient traduit la Loi en 72 jours pour la bibliothèque d’Alexandrie ; d’où le nom « des Septante ». Philon d’Alexandrie, puis certains Pères, ajoutent un miracle : des traductions identiques faites séparément. Les historiens tiennent ce récit pour une légende apologétique ; le besoin réel était celui d’une communauté juive qui ne lisait plus l’hébreu.

Quand les chrétiens s’en servirent dans la controverse avec les Juifs (Is 7:14, parthenos, « vierge »), des traducteurs juifs ou proches du judaïsme produisirent au IIe siècle des révisions plus proches de l’hébreu : Aquila de Sinope, Théodotion, Symmaque l’Ébionite. Origène les aligna dans les Hexaples ; Lucien d’Antioche fit une recension en Syrie. Le livre de Daniel de la Septante fut remplacé, dans l’usage chrétien, par celui de Théodotion.

Texte source et méthode

La Septante traduit un hébreu plus ancien que le texte massorétique fixé au Moyen Âge. Elle diffère parfois beaucoup : Jérémie y est plus court d’environ un huitième, Job d’environ un sixième, et l’ordre des chapitres varie. Plusieurs leçons de la Septante, jadis prises pour des erreurs, sont confirmées par des manuscrits hébreux de Qumrân. La méthode varie : le Pentateuque est soigné, certains livres sont très littéraux, d’autres (Proverbes, Job) plus libres.

Chronologie : en Genèse 5 et 11, les âges des patriarches à la naissance de leur fils sont plus élevés que dans l’hébreu massorétique, ce qui allonge de plus de mille ans la période de la Création à Abraham. Ce point compte pour toute chronologie biblique : selon qu’on suit l’hébreu ou le grec, la date de la Création varie de plus de mille ans.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34sans objet (Ancien Testament seulement)
Ap 1:1sans objet
1 Jn 5:7-8sans objet
Mc 16:9-20sans objet
1 Tm 3:16sans objet
Ap 22:19sans objet

Témoin propre à cette fiche : Is 7:14 rendu parthenos (« vierge »), cité en Mt 1:23.

Notes, livres et doctrine

Les manuscrits chrétiens de la Septante (Codex Vaticanus, Codex Sinaiticus, Codex Alexandrinus) contiennent des livres absents du canon hébreu : Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, 1-4 Maccabées, additions à Esther et Daniel. Ce sont les deutérocanoniques des catholiques et les apocryphes des protestants. On ne sait pas si les Juifs d’Alexandrie avaient un « canon » fermé ; ces livres viennent des codex chrétiens du IVe siècle.

Ce qu’on lui reproche

  • Avoir trahi la Torah en la mettant en grec (tradition rabbinique). Le traité Soferim (1:7) compare le jour de la traduction à celui du veau d’or ; le Talmud (Meguila 9a-b) énumère une quinzaine de passages que les « anciens » auraient changés pour le roi Ptolémée (par ex. Gn 1:1, Gn 2:2 « le sixième jour », Ex 4:20). Pourquoi ces choix : d’après ce même récit, pour éviter des malentendus chez un lecteur païen (deux dieux, Dieu travaillant le septième jour) ; la plupart de ces leçons ne figurent pas dans nos manuscrits de la Septante. Réponse : Philon d’Alexandrie tenait au contraire les traducteurs pour inspirés (Vie de Moïse II, 37-40). Le rejet juif s’est durci quand l’Église a adopté le texte.
  • Le procès croisé sur Is 7:14 : des Juifs du IIe siècle (Tryphon chez Justin ; Aquila, Théodotion, Symmaque) tiennent que l’hébreu almah veut dire « jeune femme » et non parthenos « vierge ». Justin (Dialogue avec Tryphon 71-73) accuse en retour les Juifs d’avoir retranché des passages, dont « depuis le bois » en Ps 96:10 ; ces mots ne sont en fait dans aucun manuscrit hébreu, et les critiques y voient une glose chrétienne. Voir Ésaïe 7-14 - vierge ou jeune femme.
  • S’écarter de l’hébreu (Jérôme de Stridon, préfaces de la Vulgate, vers 390-405) : Jérôme préfère la hebraica veritas et juge certains livres mal traduits ; le Daniel grec ancien était si libre que l’Église l’avait déjà remplacé par celui de Théodotion (Jérôme, préface à Daniel). Réponse : Augustin d’Hippone (Cité de Dieu XVIII, 42-43) défend la Septante comme également inspirée, parce que les apôtres la citent. Les découvertes de Qumrân (4QJér^b, 4QSam^a) ont montré qu’une partie de ces écarts vient d’un autre texte hébreu, non d’erreurs.
  • Mathusalem survit au Déluge : avec les chiffres de Gn 5 dans la plupart des manuscrits grecs, Mathusalem meurt quatorze ans après le Déluge. Augustin (Cité de Dieu XV, 11) et Jérôme (Questions hébraïques sur la Genèse) relèvent le problème. Pourquoi : on ne sait pas si les chiffres grecs sont une révision volontaire ou une autre tradition ; certains manuscrits (dont l’Alexandrinus) ont un chiffre qui corrige l’anomalie.
  • « La Septante d’avant Jésus n’existe pas » (courant King James seulement : Peter Ruckman ; Floyd Nolen Jones, The Septuagint: A Critical Analysis, 1989) : la Septante serait une œuvre chrétienne, d’Origène ou plus tardive, et le Nouveau Testament ne la citerait pas. Réponse des spécialistes : des fragments grecs antérieurs à l’ère chrétienne existent (papyrus Rylands 458, papyrus Fouad 266, fragments grecs de Qumrân 4QLXXLév^a, rouleau des Douze Prophètes de Nahal Hever), et Philon (mort vers 50) la cite déjà.
  • Additions et livres en plus : les protestants (et Jérôme avant eux) reprochent aux codex grecs de mêler au canon hébreu des livres et des chapitres absents de l’hébreu. Réponse des catholiques et des orthodoxes : ces livres étaient lus dans l’Église ancienne ; voir la section suivante.

Versets ajoutés ou retirés

  • Ajouts propres : Esther grec (six additions, dont les prières de Mardochée et d’Esther, qui nomment Dieu, absent de l’Esther hébreu) ; Daniel grec (Prière d’Azarias et cantique des trois jeunes gens en Dn 3, Suzanne, Bel et le dragon) ; Psaume 151 (« hors du nombre ») ; Prière de Manassé (dans les Odes de l’Alexandrinus) ; 1 Esdras, 3 et 4 Maccabées selon les codex.
  • En moins : Jérémie plus court d’un huitième (dont Jr 33:14-26 absent) ; Job plus court d’un sixième ; dans 1 Samuel 17-18, une partie du récit de David et Goliath manque dans le Vaticanus.
  • Genèse 4-8 - allons aux champs : présent (« Allons dans la plaine »).
  • Deutéronome 32-8 - fils d’Israël ou fils de Dieu : la plupart des manuscrits ont « les anges de Dieu », quelques-uns « les fils de Dieu », contre « les fils d’Israël » de l’hébreu massorétique.
  • Psaume 22-17 - ils ont percé : ôryxan, « ils ont creusé, percé » (Ps 21:17 grec).
  • Psaume 145-13 - le verset nun : présent (Ps 144:13 grec).
  • 1 Samuel 13-1 - l’âge de Saül : le verset manque dans le Vaticanus et d’autres manuscrits ; la recension de Lucien donne « trente ans ».
  • Ésaïe 7-14 - vierge ou jeune femme : parthenos.
  • Daniel 9-25-27 - les soixante-dix semaines : le Daniel grec ancien (conservé surtout par le papyrus 967 et le manuscrit 88) diffère beaucoup ; c’est celui de Théodotion qui a servi dans l’Église.

Pourquoi cette note

Interprétation : c’est le témoin le plus ancien et le plus important de l’Ancien Testament, la Bible que citent les apôtres. Elle n’a pas de notes doctrinales. Mais sa fidélité est inégale selon les livres, son texte a été remanié (Hexaples, recensions), et ses manuscrits complets sont chrétiens et tardifs (IVe siècle). D’où 4 et non 5.

Voir aussi

Texte massorétique · Manuscrits de la mer Morte · Origène · Lucien d’Antioche · Aquila de Sinope · Théodotion · Symmaque l’Ébionite · Vetus Latina · Bible slavonne · Bibles coptes

Sources

  • Karen H. Jobes et Moisés Silva, Invitation to the Septuagint, Baker, 2000 (2e éd. 2015).
  • Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, Fortress, 3e éd. 2012.
  • Marguerite Harl, Gilles Dorival, Olivier Munnich, La Bible grecque des Septante, Cerf, 1988.
  • Lettre d’Aristée à Philocrate, éd. A. Pelletier, Sources chrétiennes 89, 1962.
  • Talmud de Babylone, Meguila 9a-b ; traité Soferim 1:7-8.
  • Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, ch. 71-73 (vers 160).
  • Augustin, La Cité de Dieu, XV, 11 et XVIII, 42-43.
  • Jérôme, préfaces de la Vulgate (Pentateuque, Daniel) et Questions hébraïques sur la Genèse.
  • Philon d’Alexandrie, Vie de Moïse, II, 25-44.
  • Floyd Nolen Jones, The Septuagint: A Critical Analysis, 1989 (thèse « King James seulement ») ; réponse implicite chez Jobes et Silva, ch. 1-2.
  • Emanuel Tov, The Text-Critical Use of the Septuagint in Biblical Research, 3e éd., Eisenbrauns, 2015.