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Indulgences

Une indulgence est, selon la doctrine catholique, la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour des péchés dont la faute est déjà pardonnée (par la confession), accordée par l'Église qui puise dans le « trésor » des mérites du Christ et des saints.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Une indulgence est, selon la doctrine catholique, la remise devant Dieu de la peine temporelle due pour des péchés dont la faute est déjà pardonnée (par la confession), accordée par l’Église qui puise dans le « trésor » des mérites du Christ et des saints. Elle peut être partielle ou plénière, et appliquée aux vivants ou, par mode de suffrage, aux défunts du Purgatoire. Elle n’est pas un pardon des péchés ni une permission de pécher. Leur vente, au début du XVIe siècle, a été l’occasion immédiate de la Réforme.

Origine et généalogie

Contexte. Dans l’Église ancienne, la pénitence publique pouvait durer des années ; les évêques pouvaient l’abréger (concile d’Ancyre, 314, canon 5 ; Cyprien, intercession des martyrs). Les pénitentiels irlandais et anglo-saxons (VIIe-IXe siècles) introduisent des commutations : une peine longue remplacée par un jeûne, une aumône, un pèlerinage ou une somme.

Premières attestations. Le pape Alexandre II accorde vers 1063 une remise de pénitence aux combattants partant en Espagne (expédition de Barbastro) ; l’authenticité et la portée de cette lettre sont discutées. La première attestation claire d’une remise plénière est le canon 2 du concile de Clermont sous Urbain II (novembre 1095) : celui qui part pour Jérusalem libérer l’Église de Dieu « par seule dévotion, non pour l’honneur ou l’argent », verra ce voyage compter pour toute pénitence.

Théorie. Les théologiens du XIIIe siècle (Hugues de Saint-Cher, vers 1230 ; Alexandre de Halès ; Thomas d’Aquin, Supplément de la Somme, q. 25-27) élaborent la notion de trésor de l’Église. Le concile du Latran IV (1215), canon 62, limite déjà les abus (un an au plus pour la dédicace d’une église). Boniface VIII instaure le premier Jubilé (1300). Clément VI, bulle Unigenitus Dei Filius (27 janvier 1343), définit le trésor des mérites. Sixte IV, bulle Salvator noster (1476), étend les indulgences aux défunts du purgatoire.

La crise de 1517. Léon X proclame en 1515 une indulgence pour la reconstruction de la basilique Saint-Pierre. Albert de Brandebourg, devenu archevêque de Mayence en plus de Magdebourg (cumul exigeant une dispense), avait emprunté à la banque Fugger d’Augsbourg pour payer à Rome les taxes de sa nomination ; un accord lui permet de garder la moitié du produit de l’indulgence dans ses territoires pour rembourser les Fugger, dont un agent accompagnait les prédicateurs. Le dominicain Johann Tetzel (vers 1465-1519) en est le principal prédicateur. Le dicton « Sitôt que l’argent tinte dans la caisse, l’âme s’envole du purgatoire » lui est attribué ; Martin Luther le reprend dans la thèse 27 de ses 95 thèses (31 octobre 1517). Tetzel répond par des contre-thèses (1518).

Réponses catholiques. Léon X, Cum postquam (9 novembre 1518), précise la doctrine ; Exsurge Domine (1520) condamne 41 propositions de Luther. Le concile de Trente, session XXV, Décret sur les indulgences (4 décembre 1563), maintient leur légitimité mais ordonne d’abolir « tout gain malhonnête ». Pie V supprime en 1567 les indulgences liées à des aumônes en argent (référence exacte de la bulle à vérifier). Paul VI réforme l’ensemble par la constitution Indulgentiarum doctrina (1er janvier 1967) ; Enchiridion indulgentiarum (1968, 4e éd. 1999).

Chronologie

  • 314 : Ancyre, abrègement des pénitences.
  • vers 1063 : Alexandre II (discuté).
  • 1095 : Clermont, canon 2.
  • 1215 : Latran IV, canon 62.
  • 1300 : premier Jubilé.
  • 1343 : Unigenitus.
  • 1476 : Salvator noster (défunts).
  • 1515-1517 : indulgence de Saint-Pierre, Tetzel, 95 thèses.
  • 1563 : Trente, session XXV.
  • 1967 : Indulgentiarum doctrina.

Ce que dit la doctrine

  • Le péché entraîne une faute (pardonnée par l’absolution) et une peine temporelle.
  • L’Église, par le « pouvoir des clés » (Mt 16:19), dispense le trésor des satisfactions du Christ et des saints.
  • Conditions actuelles d’une indulgence plénière : confession, communion, prière aux intentions du pape, détachement de tout péché, et l’œuvre prescrite.
  • L’indulgence ne s’achète pas ; l’aumône peut être une œuvre prescrite, mais la vente est interdite depuis Trente.

Arguments de ses partisans

  • Le pouvoir de lier et délier (Mt 16:19 ; 18:18 ; Jn 20:23).
  • La communion des saints : les membres du corps s’aident (Col 1:24, « ce qui manque aux souffrances de Christ » ; 2 Co 2:10, Paul pardonne en présence du Christ).
  • La distinction biblique entre pardon et conséquences : David pardonné mais puni (2 S 12:13-14).
  • La pratique ancienne de l’abrègement des pénitences par l’évêque.

Critiques de ses opposants

  • Réformateurs : le pardon est donné gratuitement par la foi en Christ (voir Justification par la foi seule) ; aucun texte n’enseigne un trésor des mérites des saints ; le pape n’a pas de pouvoir sur le purgatoire (95 thèses, 5, 20-22). Calvin, Institution III, 5, 1-5.
  • Historiques : l’institution est apparue au XIe siècle, liée aux croisades ; la notion de trésor ne date que du XIIIe-XIVe siècle.
  • Morales : la vente de 1517 montre un lien direct entre doctrine et finances ; critique partagée par des catholiques contemporains (Érasme, Éloge de la folie, 1511) et reconnue par Trente.
  • Orthodoxes : l’Orient n’a pas développé de système comparable ; des « lettres d’absolution » ont existé chez les Grecs sous la domination ottomane, mais sans théorie du trésor des mérites.
  • Réponse catholique : l’abus ne supprime pas l’usage ; la doctrine a été réformée en 1567 et en 1967.

Textes clés

Mt 16:19 ; 18:18 ; Jn 20:22-23 ; 2 S 12:13-14 ; 2 Co 2:6-11 ; Col 1:24 ; contre : Es 55:1 ; Ac 8:20 (« Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent ! », Segond 1910) ; Rm 3:24 ; He 10:14 ; 1 Jn 1:7.

Financement et réseaux

Documenté : l’emprunt d’Albert de Brandebourg auprès des Fugger et le partage par moitié du produit de l’indulgence de Saint-Pierre (Schaff ; Heiko Oberman, Luther, 1982) ; la présence d’un agent des Fugger aux côtés des prédicateurs ; l’usage du produit pour la basilique Saint-Pierre. Allégué : des montants précis varient selon les auteurs (le chiffre de 21 000 ou de 30 000 ducats ou florins est cité ; à vérifier). Non démontré : que la doctrine elle-même ait été créée pour l’argent ; elle précède son exploitation financière.

Voir aussi

Sources

  • Concile de Clermont (1095), canon 2.
  • Concile du Latran IV (1215), canon 62.
  • Clément VI, Unigenitus Dei Filius (1343) ; Sixte IV, Salvator noster (1476) ; Léon X, Cum postquam (1518).
  • Martin Luther, Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum (95 thèses), 1517, thèses 5, 20-22, 27, 86.
  • Concile de Trente, session XXV, Decretum de indulgentiis (1563).
  • Paul VI, Indulgentiarum doctrina (1967).
  • Nikolaus Paulus, Geschichte des Ablasses im Mittelalter, 3 vol., 1922-1923.
  • Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. VII, § 30-31.
  • Heiko A. Oberman, Luther : Mensch zwischen Gott und Teufel, 1982.
  • R. N. Swanson, Indulgences in Late Medieval England, Cambridge, 2007.