Ressources · Les doctrines

Tradition apostolique

La Tradition apostolique désigne l'enseignement transmis par les apôtres à l'Église, non seulement par écrit (le Nouveau Testament) mais aussi oralement et dans la pratique (liturgie, sacrements, canon, ministères), et gardé par la succession des évêques.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La Tradition apostolique désigne l’enseignement transmis par les apôtres à l’Église, non seulement par écrit (le Nouveau Testament) mais aussi oralement et dans la pratique (liturgie, sacrements, canon, ministères), et gardé par la succession des évêques. Pour l’Église catholique et les Églises orthodoxes, l’Écriture et la Tradition forment ensemble l’unique dépôt de la foi, interprété par l’Église. Les protestants reconnaissent une tradition, mais la soumettent à l’Écriture seule (voir Sola scriptura).

À ne pas confondre avec la Tradition apostolique, traité liturgique du IIIe siècle attribué à Hippolyte de Rome (attribution aujourd’hui discutée).

Origine et généalogie

Première attestation documentée. Le mot grec paradosis (« ce qui est transmis ») est déjà dans le Nouveau Testament : Paul loue les Corinthiens de retenir « les traditions » (1 Co 11:2) et écrit aux Thessaloniciens de garder les instructions reçues « soit par notre parole, soit par notre lettre » (2 Th 2:15). La doctrine d’une tradition publique, garantie par la succession des évêques et opposée aux traditions secrètes des gnostiques, est exposée pour la première fois par Irénée de Lyon, Contre les hérésies (vers 180), livre III, 1-4 : la tradition des apôtres est « manifestée dans le monde entier » et peut être vérifiée dans les Églises fondées par eux, en particulier Rome (III, 3, 2).

Étapes.

  • Tertullien, De la prescription contre les hérétiques (vers 200), chap. 20-21 et 32 : les hérétiques n’ont pas le droit d’utiliser les Écritures, qui appartiennent aux Églises apostoliques.
  • Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit (vers 375), 27, 66 : distingue l’enseignement écrit et les usages reçus « dans le mystère » par la tradition (signe de croix, prière vers l’orient).
  • Vincent de Lérins, Commonitorium (434), II, 5 (numérotation selon les éditions) : tenir « ce qui a été cru partout, toujours et par tous ».
  • Nicée II (787) : anathème contre qui rejette « toute tradition ecclésiastique, écrite ou non écrite ».
  • Concile de Trente, session IV (8 avril 1546) : l’Évangile est contenu « dans les livres écrits et dans les traditions non écrites », reçues avec « un égal sentiment de piété et de respect ». Un projet de décret disait partim… partim (« en partie dans l’Écriture, en partie dans les traditions ») ; le texte final porte simplement « et » ; la portée de ce changement est débattue depuis Josef Rupert Geiselmann (1956-1962).
  • Robert Bellarmin, De verbo Dei non scripto (1586) : défense systématique contre les protestants.
  • Vatican II, Dei Verbum (18 novembre 1965), 9-10 : Tradition et Écriture « jaillissent d’une source divine identique » ; le Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu mais la sert.
  • Orthodoxie : Georges Florovsky (essais réunis dans Bible, Church, Tradition, 1972) présente la Tradition comme la vie de l’Esprit dans l’Église plutôt que comme une seconde source.

Chronologie

  • vers 50-51 : 2 Th 2:15.
  • vers 180 : Irénée, Contre les hérésies III.
  • vers 375 : Basile, Traité du Saint-Esprit 27.
  • 434 : Vincent de Lérins.
  • 787 : Nicée II.
  • 1546 : Trente, session IV.
  • 1965 : Dei Verbum.

Ce que dit la doctrine

  • Le Christ a confié l’Évangile aux apôtres, qui l’ont transmis par la prédication, l’exemple, les institutions et l’Écriture.
  • Cette transmission continue par les évêques, successeurs des apôtres (voir Succession apostolique).
  • L’Écriture se lit dans la Tradition ; le canon même des Écritures est reçu par la Tradition.
  • Dans la forme catholique, le Magistère (pape et évêques) interprète authentiquement l’une et l’autre ; dans la forme orthodoxe, c’est l’Église entière, notamment par les conciles œcuméniques et les Pères.

Arguments de ses partisans

  • Textes : 1 Co 11:2 ; 2 Th 2:15 ; 3:6 ; 2 Tm 2:2 (« ce que tu as entendu de moi… confie-le à des hommes fidèles ») ; Jn 21:25 et 20:30 (tout n’a pas été écrit).
  • Le canon : la liste des livres inspirés n’est donnée par aucun livre ; elle vient de l’Église (Athanase 367, conciles d’Hippone 393 et de Carthage 397).
  • L’antériorité : l’Église a prêché pendant des décennies avant que le Nouveau Testament soit écrit et rassemblé.
  • L’unité : sans interprète reconnu, l’Écriture donne lieu à des lectures contradictoires (argument de Bossuet).

Critiques de ses opposants

  • Protestants : Jésus condamne la « tradition des hommes » qui annule le commandement de Dieu (Mc 7:8-13 ; Col 2:8). Les « traditions » de 2 Th 2:15 sont la prédication apostolique elle-même, aujourd’hui accessible par écrit ; rien ne prouve qu’une doctrine orale distincte ait été transmise intacte.
  • Argument historique : des doctrines présentées comme apostoliques sont apparues tard (Purgatoire comme lieu, Indulgences, Infaillibilité pontificale, Assomption de Marie) ; on ne peut alors parler de « toujours et par tous ». Le cardinal Newman y répond par le « développement » de la doctrine (An Essay on the Development of Christian Doctrine, 1845).
  • Désaccords entre traditions : Rome et l’Orient revendiquent la même tradition et divergent (Filioque, primauté romaine).

Textes clés

Mc 7:1-13 ; Jn 20:30-31 ; 21:25 ; 1 Co 11:2, 23 ; 15:3 ; Col 2:8 ; 2 Th 2:15 ; 3:6 ; 1 Tm 3:15 ; 2 Tm 1:13-14 ; 2:2 ; Jude 3.

Bibles qui la portent : les notes de la Bible de Douai-Reims (1582-1610) défendent la tradition contre les protestants ; les éditions catholiques modernes (Bible de Jérusalem, Bible Crampon) commentent 2 Th 2:15 dans ce sens (formulation exacte des notes à vérifier).

Voir aussi

Sources

  • Irénée de Lyon, Contre les hérésies III, 1-4 (Sources chrétiennes 211).
  • Tertullien, De praescriptione haereticorum, 20-21, 32 (Sources chrétiennes 46).
  • Basile de Césarée, Sur le Saint-Esprit 27, 66 (Sources chrétiennes 17 bis).
  • Vincent de Lérins, Commonitorium, 434.
  • Concile de Nicée II (787), définition et anathèmes ; Concile de Trente, session IV (1546) ; Vatican II, Dei Verbum (1965), 7-10.
  • Josef Rupert Geiselmann, Die Heilige Schrift und die Tradition, 1962.
  • Yves Congar, La Tradition et les traditions, 1960-1963.
  • John Henry Newman, An Essay on the Development of Christian Doctrine, 1845.
  • Georges Florovsky, Bible, Church, Tradition: An Eastern Orthodox View, 1972.