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Luis de Alcázar

Jésuite de Séville, Luis de Alcázar a passé une quarantaine d'années sur l'Apocalypse.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Jésuite de Séville, Luis de Alcázar a passé une quarantaine d’années sur l’Apocalypse. Son grand commentaire, Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi, paru à Anvers en 1614, un an après sa mort, est la première lecture systématiquement prétériste du livre : l’Apocalypse parle d’événements que ses premiers lecteurs allaient voir, et non d’une fin du monde lointaine. Il faut le dire franchement : le prétérisme méthodique, comme le futurisme de Francisco Ribera, a une origine jésuite et contre-réformée.

Provenance et confession

Luis del Alcázar naît à Séville en 1554, fils aîné de Melchor del Alcázar, juriste et membre du conseil municipal (veinticuatro), et neveu du poète Baltasar del Alcázar. La famille appartient aux notables aisés de la ville ; son biographe jésuite Estanislao Olivares (1959) rapporte que des chercheurs lui attribuent une ascendance de convertis du judaïsme (conversos), point débattu. Sa langue est le castillan, sa langue savante le latin. Catholique de naissance, il étudie à Séville, Cordoue et Salamanque, puis entre dans la Compagnie de Jésus en 1568 ou 1569 (les sources varient), selon une ancienne notice contre la volonté de sa famille. Il est ordonné prêtre en 1578 et enseigne la philosophie et la théologie dans les collèges jésuites d’Andalousie. Aucune conversion, aucune rupture, aucune appartenance à un cercle ou à une société n’est rapportée en dehors de la Compagnie, ordre religieux public.

Vie

  • Né à Séville en 1554, dans une famille aisée ; entré dans la Compagnie de Jésus en 1569.
  • Enseigne la philosophie et la théologie à Cordoue et à Séville.
  • Consacre l’essentiel de sa vie à l’Apocalypse. Meurt en 1613 (à Séville le 16 juin selon le dictionnaire de Chalmers, à Rome selon d’autres notices : à vérifier).
  • Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi (Anvers, 1614), posthume. Un second ouvrage, In eas Veteris Testamenti partes quas respicit Apocalypsis, paraît à Lyon en 1631 (Chalmers).

Influence sur la Bible et la doctrine

Les faits. Alcázar part d’un principe juste : Jean écrit pour ses contemporains, et ce qu’il annonce doit arriver « bientôt ». Son plan, en gros :

  1. chapitres 1 à 11 (après les lettres) : la victoire de l’Église sur la Synagogue, c’est-à-dire le jugement de la Jérusalem incrédule, accompli en 70 ;
  2. chapitres 12 à 19 : la victoire sur la Rome païenne, jusqu’à la conversion de l’Empire ;
  3. chapitres 20 à 22 : le triomphe de l’Église, le règne de mille ans compris comme le temps de l’Église, la nouvelle Jérusalem comme l’Église catholique glorieuse.

Comme pour Ribera, le motif polémique est visible : si tout est accompli au premier siècle et dans la chute de Rome païenne, la papauté ne peut pas être la bête des chapitres 13 et 17, contrairement à ce qu’enseignent les Réformateurs (Historicisme).

La postérité. L’idée passe chez des protestants : Hugo Grotius (Annotationes, 1640-1650) l’adopte en partie, puis Henry Hammond en Angleterre ; au XIXe siècle, Moses Stuart aux États-Unis et, sous une forme propre, J. Stuart Russell (The Parousia, 1878), qui ne dépend pas d’Alcázar mais de la lecture des textes.

Sa place parmi les prétérismes (faits et interprétation). Le Prétérisme n’est pas un bloc. Alcázar représente une forme « partielle » : la chute de Jérusalem et celle de la Rome païenne sont accomplies, mais la parousie finale reste à venir, le millénium est le temps de l’Église et la nouvelle Jérusalem l’Église glorieuse. D’autres lectures prétéristes, plus tardives et indépendantes de lui (par exemple J. Stuart Russell, The Parousia, 1878), lisent la venue du Christ annoncée à « cette génération » (Mt 24:34) comme accomplie au premier siècle. Ses partisans lui reconnaissent d’avoir pris au sérieux les indications de temps (Ap 1:1, 22:10) ; ses critiques futuristes et historicistes lui reprochent d’enfermer la prophétie dans le passé et de servir l’apologétique romaine. L’origine jésuite d’une lecture ne la rend ni vraie ni fausse : elle se juge sur le texte.

Financement et réseaux

  • Documenté : membre de la Compagnie de Jésus, en Espagne, au temps de la Contre-Réforme ; livre posthume publié avec les approbations de l’ordre.
  • Allégué : des auteurs protestants historicistes (notamment dans la tradition adventiste et chez des polémistes anglais du XIXe siècle) présentent prétérisme et futurisme comme deux armes jésuites coordonnées contre la Réforme.
  • Non démontré : une coordination délibérée entre Ribera et Alcázar, ou un financement particulier de leurs travaux. Ce qui est établi, c’est le contexte commun et le motif antiprotestant.

Signaux d’alerte

  • 7. Pouvoir politique servi (allégué par H. Grattan Guinness, Romanism and the Reformation, 1887, et LeRoy E. Froom, The Prophetic Faith of Our Fathers, vol. 2, 1948) : sa lecture écarte l’identification de la papauté à la bête. Le motif apologétique est réel, mais c’est la défense ouverte de sa propre Église, non le service d’un État.
  • 8. Double allégeance (allégué par les mêmes auteurs, qui présentent prétérisme et futurisme comme deux armes jésuites coordonnées) : aucune source ne montre une autre fidélité que celle, publique, d’un jésuite catholique.

Aucun signal documenté : rien dans sa vie ne justifie une enquête plus poussée ; l’idée d’une coordination avec Francisco Ribera n’est pas démontrée.

Pourquoi cette note

★★★☆☆ selon les critères neutres du barème. Fidélité au texte : il commente sans toucher au texte. Honnêteté et transparence : un commentaire signé, fruit de longues années d’étude, qui présente sa lecture comme une interprétation. Indépendance : il écrit dans le cadre de la Compagnie et de la controverse antiprotestante, ce qui oriente certains choix (Babylone lue comme la Rome païenne, l’Église romaine comme la nouvelle Jérusalem). Apport réel, mêlé d’apologétique confessionnelle. La note ne dépend pas du jugement porté sur le prétérisme ; c’est la même note, et pour les mêmes raisons, que Francisco Ribera.

Voir aussi

Sources

  • Luis de Alcázar, Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi, Anvers, 1614.
  • LeRoy Edwin Froom, The Prophetic Faith of Our Fathers, vol. 2, 1948.
  • Arthur W. Wainwright, Mysterious Apocalypse, Abingdon, 1993.
  • Kenneth L. Gentry Jr., Before Jerusalem Fell, 1989 (pour l’histoire de la datation et du prétérisme).
  • J. Stuart Russell, The Parousia, 1878.
  • Estanislao Olivares, biographie de Luis del Alcázar, 1959 (famille, ascendance discutée).
  • Alexander Chalmers, General Biographical Dictionary, art. « Alcazar » (entrée dans la Compagnie contre la volonté de sa famille).
  • H. Grattan Guinness, Romanism and the Reformation, Londres, 1887.