En bref
L’enlèvement mi-tribulationnel (en anglais mid-tribulation rapture) place l’enlèvement de l’Église au milieu d’une tribulation future de sept ans (la 70e semaine de Daniel), juste avant les trois ans et demi de la « grande tribulation » et de la colère de Dieu. L’Église traverse donc la première moitié, mais est retirée avant la seconde. C’est une variante du Futurisme prémillénariste, née dans le milieu dispensationaliste, qui reste minoritaire.
Origine et généalogie
Première attestation documentée. Norman B. Harrison (pasteur et conférencier biblique américain), The End: Re-Thinking the Revelation (Minneapolis, Harrison Service, 1941 ; une édition de 1948 est aussi cataloguée). John F. Walvoord, principal adversaire de la position, le désigne comme son « principal expositeur » (Bibliotheca Sacra 113, 1956). Harrison appelle lui-même sa position une venue « avant la tribulation », car il réserve le mot « tribulation » à la seconde moitié de la semaine.
Précurseurs revendiqués. Ses partisans relèvent que des Pères (Hippolyte, Irénée) accordent une grande importance aux « trois ans et demi » de Daniel et de l’Apocalypse ; cela ne fait pas d’eux des mi-tribulationnistes, et aucun texte antérieur au XXe siècle n’expose clairement la position, et les présentations générales font naître la position avec le livre de Harrison en 1941.
Diffusion.
- J. Oliver Buswell (1895-1977), président du Wheaton College puis doyen du Covenant Theological Seminary, A Systematic Theology of the Christian Religion (2 vol., 1962-1963), lui donne une forme savante.
- Harold J. Ockenga est parfois rangé parmi ses partisans ; George E. Ladd (The Blessed Hope, 1956) dit seulement qu’il semble se compter parmi ceux pour qui l’Église subira la colère des hommes, mais non celle de Dieu. Son adhésion à la position n’est donc pas établie.
- Gleason L. Archer défend une variante (enlèvement « mi-septantième semaine », avant la colère) dans Three Views on the Rapture (Zondervan, 1984).
- Cette position a ensuite perdu des partisans au profit de l’Enlèvement pré-colère, apparu en 1990, qui place l’enlèvement plus tard dans la seconde moitié.
Chronologie.
- 1830-1833 : John Nelson Darby formule l’enlèvement avant la tribulation (cadre dont la position dérive).
- 1941 : Harrison, The End.
- 1956 : critique de Walvoord dans Bibliotheca Sacra, reprise dans The Rapture Question (éd. 1957, révisée 1979).
- 1962-1963 : Buswell, Systematic Theology.
- 1984 : Archer dans Three Views on the Rapture.
- 1990 : Rosenthal lance la position « pré-colère », qui en dérive en partie.
Ce que dit la doctrine
- La 70e semaine de Daniel (Dn 9:27) est future et dure sept ans ; elle se coupe en deux moitiés de 1 260 jours (Ap 11:3 ; 12:6), 42 mois (Ap 11:2 ; 13:5) ou « un temps, des temps et la moitié d’un temps » (Dn 7:25 ; 12:7).
- La première moitié contient des épreuves venues des hommes et de Satan ; la seconde, la colère de Dieu.
- L’Église est enlevée au milieu, au moment de la « dernière trompette ».
- Le retour en gloire avec les saints a lieu à la fin des sept ans.
Arguments de ses partisans
- La dernière trompette : Paul place la résurrection et la transformation des croyants « à la dernière trompette » (1 Co 15:52) ; la septième trompette de l’Apocalypse (Ap 11:15) est la dernière, et elle sonne vers le milieu du livre.
- Les deux témoins : leur résurrection et leur montée au ciel « dans la nuée » (Ap 11:11-12) figurent l’enlèvement, au milieu de la semaine.
- La promesse d’échapper à la colère (1 Th 1:10 ; 5:9) ne concerne que la seconde moitié, qui seule est la colère divine.
- Mt 24:15-21 : la « grande tribulation » commence avec l’abomination de la désolation, au milieu de la semaine ; c’est elle que les croyants évitent.
- 2 Th 2:1-4 : le rassemblement vers le Christ suit l’apparition de l’homme de péché, qui s’assied dans le temple au milieu de la semaine.
Critiques de ses opposants
- Prétribulationnistes (Walvoord) : l’identification de la trompette de Paul avec la septième trompette de l’Apocalypse est arbitraire, l’Apocalypse étant écrite après 1 Corinthiens ; la position détruit l’imminence, puisque des signes précis (traité de Dn 9:27, sceaux) doivent précéder l’enlèvement.
- Posttribulationnistes (Gundry, Ladd) : Mt 24:29-31 place le rassemblement des élus « aussitôt après » la détresse, et non au milieu.
- Partisans de l’enlèvement pré-colère : la colère ne commence pas au milieu de la semaine, mais après le sixième sceau (Ap 6:17).
- Prétéristes : la 70e semaine est accomplie au Ier siècle ; une semaine future de sept ans repose sur une « parenthèse » non indiquée dans le texte de Daniel (voir Daniel 9-25-27 - les soixante-dix semaines).
- Amillénaristes : les nombres 1 260 et 42 sont des symboles de la période de l’Église, pas des durées à découper.
Textes clés
Dn 7:25 ; 9:24-27 ; 12:7, 11 ; Mt 24:15-31 ; 1 Co 15:51-52 ; 1 Th 4:13-18 ; 5:9 ; 2 Th 2:1-4 ; Ap 6:12-17 ; 11:2-15 ; 12:6, 14 ; 13:5.
Voir aussi
- Enlèvement prétribulationnel · Enlèvement pré-colère · Postribulationnisme
- Dispensationalisme · Futurisme · Prétérisme
- Daniel 9-25-27 - les soixante-dix semaines · John Nelson Darby
Sources
- Norman B. Harrison, The End: Re-Thinking the Revelation, Minneapolis, Harrison Service, 1941.
- J. Oliver Buswell, A Systematic Theology of the Christian Religion, Zondervan, 1962-1963, vol. II.
- Gleason L. Archer, « The Case for the Mid-Seventieth-Week Rapture Position », dans Archer, Feinberg, Moo et Reiter, Three Views on the Rapture, Zondervan, 1984.
- John F. Walvoord, « Premillennialism and the Tribulation, Part VIII: Midtribulationism », Bibliotheca Sacra 113 (1956) ; The Rapture Question, 1957 (éd. révisée 1979).
- Robert H. Gundry, The Church and the Tribulation, 1973.
- George E. Ladd, The Blessed Hope, Eerdmans, 1956 (sur la position de Harold J. Ockenga).