En bref
L’enlèvement prétribulationnel (en anglais pre-tribulation rapture) enseigne que le Christ viendra chercher son Église, qui sera enlevée auprès de lui avant une grande tribulation future de sept ans ; à la fin de cette tribulation, il reviendra visiblement avec elle. Il y a donc deux phases du retour. C’est l’élément le plus connu du Dispensationalisme. D’autres futuristes placent l’enlèvement au milieu de la tribulation, avant la « colère » finale, ou à la fin (position posttribulationnelle) ; les prétéristes, les historicistes et les amillénaristes rejettent le schéma lui-même.
Origine et généalogie
Faits documentés.
- Précurseurs revendiqués : les défenseurs de la doctrine citent (1) un sermon latin attribué à Éphrem (Pseudo-Éphrem, Sur la fin du monde, daté selon les auteurs entre le IVe et le VIIe siècle), mis en avant par Grant Jeffrey puis par Timothy Demy et Thomas Ice (Bibliotheca Sacra 152, 1995), qui y lisent un rassemblement des saints avant la tribulation ; (2) l’essai du pasteur baptiste Morgan Edwards, rédigé vers 1744 au Bristol Baptist College et publié à Philadelphie en 1788 (Two Academical Exercises on Subjects Bearing the Following Titles: Millennium, Last-Novelties), qui place l’enlèvement des saints environ trois ans et demi avant le millénaire (Thomas Ice, « Morgan Edwards: Another Pre-Darby Rapturist »). Ces lectures sont contestées : Robert Gundry (First the Antichrist, 1997) et Dave MacPherson jugent que le sermon ne sépare pas clairement un enlèvement du retour ; John Bray conteste la lecture d’Edwards, dont l’intervalle de trois ans et demi ne correspond pas au schéma de sept ans. Certains auteurs citent aussi le jésuite Manuel Lacunza, traduit par Irving en 1827 ; la portée de son schéma sur ce point est disputée.
- Le milieu irvingien : Edward Irving et son entourage, à partir de 1827, attendent un retour imminent ; les manifestations charismatiques de 1830 en Écosse en font partie. Samuel Prideaux Tregelles affirme en 1864 que l’enlèvement secret fut d’abord donné comme « parole » prophétique dans l’Église d’Irving (témoignage d’un adversaire de Darby).
- Margaret MacDonald (Port Glasgow, printemps 1830) a une vision rapportée plus tard par Robert Norton (1840, 1861). Allégué par Dave MacPherson (The Incredible Cover-Up, 1975 ; The Rapture Plot, 1994) : elle serait la source de la doctrine, reprise par Darby. Contesté : le texte de la vision parle d’une épreuve que les croyants traversent ; plusieurs historiens, y compris des critiques du dispensationalisme, jugent qu’elle n’enseigne pas clairement un enlèvement avant la tribulation. Darby a visité la région en 1830 (documenté) ; la filiation directe ne l’est pas.
- John Nelson Darby formule la doctrine entre 1830 et 1833 (conférences de Powerscourt) à partir de sa distinction Israël/Église, que ses défenseurs font remonter à 1827 ; c’est de lui que la doctrine descend de manière vérifiable.
- Diffusion : Les Frères de Plymouth ; les Conférences prophétiques de Niagara, où la question provoque une rupture dans les années 1890 ; Dwight L. Moody ; William Eugene Blackstone (Jesus Is Coming, 1878) ; la Scofield Reference Bible (1909) ; le Dallas Theological Seminary (John Walvoord, The Rapture Question, 1957) ; Hal Lindsey (The Late Great Planet Earth, 1970) ; la série Left Behind (Tim LaHaye et Jerry Jenkins, à partir de 1995).
Ce que dit la doctrine
- 1 Th 4:16-17 (« enlevés ensemble avec eux sur des nuées ») décrit un événement distinct de la venue en gloire de Mt 24:30.
- La venue pour l’Église est imminente : aucun signe ne doit la précéder.
- Pendant la tribulation, Dieu reprend son programme avec Israël ; les « saints de la tribulation » sont des croyants venus à la foi après l’enlèvement.
Arguments de ses partisans
- La promesse d’être gardé : « je te garderai aussi à l’heure de la tentation qui va venir sur le monde entier » (Ap 3:10, Segond 1910) ; l’Église n’est « pas destinée à la colère » (1 Th 1:10 ; 5:9).
- L’imminence : les croyants sont appelés à attendre le Christ à tout moment (Tt 2:13 ; Jc 5:8 ; Jn 14:2-3), ce qui serait impossible si sept ans de signes devaient précéder.
- L’absence de l’Église : le mot ekklesia n’apparaît plus dans l’Apocalypse entre le chapitre 4 et le chapitre 22.
- Deux aspects distincts : la venue « pour » les saints (1 Th 4) et la venue « avec » les saints (1 Th 3:13 ; Jude 14 ; Ap 19:14).
- La distinction Israël/Église : la 70e semaine de Daniel concerne « ton peuple » (Dn 9:24), Israël.
Critiques de ses opposants
- Posttribulationnistes (George Eldon Ladd, The Blessed Hope, 1956 ; Robert Gundry, The Church and the Tribulation, 1973) : Mt 24:29-31 place le rassemblement des élus et la trompette « aussitôt après ces jours de détresse » ; 2 Th 2:1-3 dit que le rassemblement auprès du Christ ne viendra pas avant l’apostasie et la manifestation de l’homme de péché ; aucun verset n’enseigne deux venues séparées par sept ans ; 1 Th 4:16 (cri, voix d’archange, trompette) ne décrit pas un événement secret.
- Position « avant la colère » (Marvin Rosenthal, The Pre-Wrath Rapture of the Church, 1990) : l’Église traverse une partie de la tribulation mais est épargnée par la colère finale.
- Prétéristes : la grande détresse de Mt 24:21 est celle de la génération qui voit la ruine du Temple (Mt 24:34) ; une tribulation future de sept ans suppose la parenthèse entre la 69e et la 70e semaine de Daniel.
- Amillénaristes et théologiens de l’alliance : un seul retour, une seule résurrection générale et un seul jugement (Jn 5:28-29 ; Mt 25:31-46).
- La nouveauté historique : aucun témoin clair et indiscuté avant le XIXe siècle ; ses partisans répondent par les textes de Pseudo-Éphrem et de Morgan Edwards, dont la lecture reste disputée.
- Effets pratiques (critique, interprétation) : attente de fuite plutôt qu’engagement dans l’histoire, lecture de l’actualité comme compte à rebours. Ses défenseurs répondent que l’imminence a au contraire porté un grand élan missionnaire.
Textes clés
Jn 14:1-3 ; 1 Co 15:51-52 ; 1 Th 1:10 ; 4:13-18 ; 5:1-11 ; 2 Th 2:1-12 ; Tt 2:13 ; Mt 24:21-31, 36-42 ; Dn 9:24-27 ; Ap 3:10 ; 19:11-21.
Financement et réseaux
Documenté : aucun financement propre à la doctrine ; sa diffusion suit celle du Dispensationalisme (voir sa fiche et Financements - documenté et allégué). Allégué : rien de spécifique. Non démontré : aucun commanditaire.
Voir aussi
- Dispensationalisme · Futurisme · Prétérisme · Historicisme
- John Nelson Darby · Margaret MacDonald · Edward Irving
Sources
- John F. Walvoord, The Rapture Question, 1957 (défense).
- Gleason L. Archer, Paul D. Feinberg, Douglas J. Moo et Richard R. Reiter, Three Views on the Rapture: Pre-, Mid-, or Post-Tribulation, Zondervan, 1984 (débat contradictoire).
- George Eldon Ladd, The Blessed Hope, Eerdmans, 1956 (critique posttribulationniste).
- Robert H. Gundry, The Church and the Tribulation, Zondervan, 1973 (critique posttribulationniste).
- Dave MacPherson, The Unbelievable Pre-Trib Origin, 1973 ; The Incredible Cover-Up, 1975 ; The Rapture Plot, 1994 (thèse MacDonald, contestée).
- Timothy J. Demy et Thomas D. Ice, « The Rapture and an Early Medieval Citation », Bibliotheca Sacra 152 (1995) (Pseudo-Éphrem, défense).
- Thomas Ice, « Morgan Edwards: Another Pre-Darby Rapturist », Pre-Trib Research Center (en ligne).
- Robert H. Gundry, First the Antichrist, Baker, 1997 (critique).
- Robert Norton, Memoirs of James and George Macdonald, of Port-Glasgow, 1840.
- Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism, 1970.
- Timothy P. Weber, Living in the Shadow of the Second Coming, 1979 (éd. augmentée 1983).