Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Archiprêtre et professeur d’hébreu à Saint-Pétersbourg, Gérasime Pavski est le premier grand traducteur de l’Ancien Testament de l’hébreu en russe. Il traduit pour la Société biblique russe l’Octateuque publié en 1825, puis brûlé. Après la fermeture de la Société, ses étudiants lithographient sans son accord sa traduction des livres poétiques et prophétiques (1838-1841) ; une dénonciation anonyme l’accuse d’avoir effacé le Christ des prophéties, les exemplaires sont saisis et il est jugé par le Synode. Son travail passera pourtant en partie dans la Bible synodale russe.
Provenance et confession
Né le 4 (15) mars 1787 à Pavski Pogost (gouvernement de Saint-Pétersbourg ; aujourd’hui Pavy, oblast de Pskov), fils du prêtre du lieu, Piotr Makarievitch, Pavski fait toute sa formation dans les écoles ecclésiastiques de Saint-Pétersbourg : séminaire Alexandre-Nevski, puis académie de théologie, dont il sort premier en 1814 avec le grade de magistre (sujet de sa thèse à vérifier). Orthodoxe toute sa vie, prêtre marié, il devient archiprêtre. Il travaille comme traducteur pour la Société biblique russe, appartenance documentée (le titre de directeur à partir de 1814, donné par une notice, est à vérifier). Il est aussi membre du comité de censure ecclésiastique de Saint-Pétersbourg (1818-1827) et, en 1858, élu académicien ordinaire de l’Académie des sciences, surtout pour ses Observations philologiques sur la composition de la langue russe.
Vie
- Après 1814 : professeur d’hébreu à l’académie de théologie et, à partir de 1818, à l’université de Saint-Pétersbourg, où il enseigne aussi la théologie dès 1819 ; docteur en théologie en 1821 ; auteur d’une grammaire hébraïque.
- 1816-1825 : traducteur pour la Société biblique (Évangile de Matthieu, puis surtout l’Ancien Testament). L’Octateuque paraît en 1825 ; ses adversaires en font brûler le tirage.
- 1826-1835 : précepteur de religion du tsarévitch Alexandre (futur Alexandre II de Russie). Il perd cette charge en 1835 ; son enseignement était jugé trop proche du protestantisme par ses critiques (motif exact à vérifier).
- 1838-1841 : des étudiants de l’académie lithographient, sans son accord ni sa révision, la traduction qu’il dictait en cours (livres historiques, poétiques et prophétiques ; 150 exemplaires par la promotion de 1838-1839, environ 300 en tout selon les notices russes).
- 1841-1844 : un moine, Agathange (Soloviov), adresse anonymement aux trois métropolites du Synode une dénonciation : la traduction tairait le nom du Christ dans les prophéties messianiques. Enquête (1842), interrogatoire de Pavski, saisie et destruction de la plupart des exemplaires (date du décret 1842 à 1844 selon les sources). Pavski n’est pas privé de sa prêtrise : l’affaire, instruite à l’initiative du procureur général du Synode, le comte Nikolaï Protassov, se termine par une admonestation privée ; plusieurs professeurs de l’académie sont renvoyés.
- Il meurt le 7 (19) avril 1863 à Saint-Pétersbourg, quinze ans après le lancement de la traduction synodale qu’il avait préparée.
Influence sur la Bible et la doctrine
- Texte : il traduit de l’hébreu massorétique et non de la Septante ; c’est le fond du conflit. Là où l’hébreu et le grec diffèrent sur un passage messianique, il suit l’hébreu, ce que ses accusateurs lisent comme un refus du Christ.
- Postérité : sa traduction est reprise et corrigée par les commissions de la Bible synodale (1860-1876) ; il figure parmi les auteurs dont elle s’inspire.
- Interprétation : son cas montre que le choix d’un texte de base (hébreu ou grec) pouvait être perçu comme un choix de foi.
Financement et réseaux
- Documenté : traitement de professeur ; travaux payés par la Société biblique russe (elle-même aidée par la couronne et la Société biblique britannique) ; charge de précepteur à la cour.
- Allégué : sympathies protestantes (accusations de ses adversaires, années 1830-1840).
- Non démontré : aucun financement étranger personnel.
Signaux d’alerte
- 5. Texte affaibli ou modifié (allégué, par le moine Agathange Soloviov, dénonciation anonyme de 1841) : il aurait affaibli les prophéties sur le Christ. Le fait documenté est autre : il traduit l’hébreu tel qu’il est, au lieu de la Septante ; c’est un choix de texte de base, ouvertement assumé, non une altération.
Conclusion : aucun signal documenté ; l’accusation portée contre lui relève d’un désaccord sur le texte de base, que le Synode lui-même a tranché en sa faveur en 1858.
Pourquoi cette note
Fidèle au texte hébreu, compétent, persécuté pour sa traduction, sans argent ni appartenance cachés. Réserves : une traduction jamais publiée sous sa forme revue, et des positions théologiques jugées proches du protestantisme par une partie de son Église (ce qui n’entre pas dans la note). 4/5.
Voir aussi
- Bible synodale russe · Société biblique russe · Macaire Gloukharev · Philarète de Moscou · Alexandre II de Russie
- Texte massorétique · Septante · L’Église orthodoxe russe et sa Bible
Sources
- Stephen K. Batalden, Russian Bible Wars: Modern Scriptural Translation and Cultural Authority, Cambridge University Press, 2013 (chapitres sur l’affaire Pavski).
- Stephen K. Batalden, « Gerasim Pavskii’s Clandestine Old Testament: The Politics of Nineteenth-Century Russian Biblical Translation », Church History 57/4, 1988, p. 486-498 (revue et pages à vérifier).
- Ilia A. Tchistovitch, Istoria perevoda Biblii na rousski iazyk, Saint-Pétersbourg, 1873.
- Alexandre Men, Bibliologitcheski slovar, t. 2, Moscou, 2002.
- Rousski biografitcheski slovar, article « Pavski, Guerassim Petrovitch » (booksite.ru).
- Université de Saint-Pétersbourg, notice « Pavskij Gerasim Petrovič » (relstud-hist.spbu.ru) ; azbyka.ru, notice « Protoïereï Guerassim Pavski », consultées le 2026-10-27.