Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bible russe de référence depuis 1876, publiée avec l’autorisation du Saint-Synode, d’où son nom. Elle est lue par les orthodoxes hors de la liturgie et par la plupart des protestants russes. Elle est née après soixante ans de lutte (1816-1876) entre partisans et adversaires d’une Bible en russe (voir Société biblique russe et L’Église orthodoxe russe et sa Bible). Son Ancien Testament traduit l’hébreu, mais garde, entre crochets, des passages de la Septante : un compromis assumé.
Histoire
Faits documentés.
- 1816-1825 : premiers essais de la Société biblique russe (Évangiles 1818, Nouveau Testament 1821, Psautier 1822, Octateuque 1825, ce dernier brûlé par ses adversaires).
- 1826-1856 : interdiction de fait ; travaux clandestins de Gérasime Pavski et de Macaire Gloukharev.
- 1856-1858 : après la mort de Nicolas Ier, Philarète de Moscou obtient du Synode, contre l’opposition du métropolite Philarète (Amfiteatrov) de Kiev et du procureur A. P. Tolstoï, une traduction officielle. Alexandre II l’approuve en 1858. Règle fixée : traduire l’Ancien Testament de l’hébreu massorétique, « en tenant compte » du grec et du slavon.
- Le Nouveau Testament est réparti en 1859 entre les quatre académies (Matthieu à Saint-Pétersbourg, Marc à Moscou, Luc à Kazan, Jean à Kiev). Évangiles en 1860, Apôtre en 1862, Nouveau Testament complet en 1862-1863.
- Ancien Testament : Pentateuque 1868, livres historiques 1869, Psautier 1871, Bible complète en un volume en 1876 (sous Alexandre II de Russie).
- Éditions suivantes : 1917 ; 1956 (Patriarcat de Moscou, orthographe moderne et retouches) ; 1968 ; 1988 ; corrections orthographiques en 2008.
Texte source et méthode
- Ancien Testament : l’hébreu massorétique. Mais beaucoup de choix suivent la Septante ou le slavon (par exemple Ps 21:17 « ils ont percé »), et les passages propres à la Septante sont souvent ajoutés entre crochets dans le texte. Les chercheurs ne s’accordent pas sur le chemin de cette influence : pour Andreï Desnitski (2005), la Septante a été utilisée directement ; pour John Elwolde (2010), elle vient surtout à travers le slavon, et les ajouts grecs absents du slavon n’ont pas été repris. L’ordre des livres et la numérotation des Psaumes sont ceux de la Septante.
- Nouveau Testament : l’édition grecque byzantine de Christian Friedrich Matthaei (faite sur des manuscrits de Moscou), complétée par d’autres éditions imprimées (Alexandre Men) ; on la range couramment dans la famille du Textus Receptus (la notice Wikipédia indique le texte reçu des Elzevir ; à vérifier).
- Méthode : formelle, langue russe du milieu du XIXe siècle, teintée de slavon.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « ne prideïot rod sei » (cette race / génération ne passera pas) ; littéral |
| Ap 1:1 | « ce qui doit arriver bientôt » |
| 1 Jn 5:7-8 | Comma présente, sans marque |
| Mc 16:9-20 | présente, sans marque |
| 1 Tm 3:16 | « Dieu est apparu dans la chair » |
| Ap 22:19 | « livre de vie » (comme le Textus Receptus) |
| Ac 8:37 | présent |
| Jn 7:53-8:11 | présente |
Versets ajoutés ou retirés
- Ajoutés à l’hébreu (entre crochets) : passages de la Septante, par exemple en Gn 4:8 « allons aux champs » (voir Genèse 4-8 - allons aux champs) et, dans les Proverbes, de nombreux versets grecs (liste complète à vérifier dans Elwolde).
- Choix de la Septante sans crochets : Ps 21:17 (22:17) « ils ont percé » ; Es 7:14 « la Vierge ».
- Choix de l’hébreu contre le slavon : Dt 32:8 « selon le nombre des fils d’Israël » (le slavon a « des anges de Dieu »).
- Nouveau Testament : aucun retranchement ; tous les versets du Textus Receptus sont présents.
Ce qu’on lui reproche
- Le mélange des textes : Ivan Evseev, spécialiste russe de la Bible slave, et d’autres après lui, ont jugé arbitraire la combinaison de l’hébreu et du grec, source d’inégalités d’un livre à l’autre (Men, Dictionnaire bibliologique).
- Pour les traditionalistes : avoir préféré l’hébreu des massorètes à la Septante de l’Église ancienne.
- Pour les savants modernes : une base grecque du Nouveau Testament dépassée, et une langue vieillie, parfois obscure.
- Défense : elle est fidèle, formelle, sans notes doctrinales, et les crochets montrent au lecteur ce qui vient du grec.
Notes, livres et doctrine
Pas de notes doctrinales. Les éditions orthodoxes contiennent les livres non canoniques (2 et 3 Esdras, Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Baruch, Lettre de Jérémie, 1-3 Maccabées) ; les éditions protestantes et celles de la Société biblique britannique les omettent souvent. Voir Le canon orthodoxe.
Pourquoi cette note
Interprétation : une traduction fidèle, formelle, faite par des spécialistes nommés, sous une autorité connue, et qui montre ses compromis. La réserve tient à la méthode : deux textes de base mêlés sans règle constante pour l’Ancien Testament, et un Nouveau Testament fondé sur des éditions imprimées anciennes (choix que les uns jugent un avantage, les autres un défaut, et qui n’entre pas dans la note). 4/5.
Voir aussi
Philarète de Moscou · Gérasime Pavski · Macaire Gloukharev · Société biblique russe · Bible élisabéthaine (1751) · Traduction russe moderne (2011) · Texte massorétique · Septante · Textus Receptus · Alexandre II de Russie · L’Église orthodoxe russe et sa Bible · Le canon orthodoxe
Sources
- Stephen K. Batalden, Russian Bible Wars: Modern Scriptural Translation and Cultural Authority, Cambridge University Press, 2013.
- Alexandre Men, Bibliologitcheski slovar, t. 2, Moscou, 2002, article « Traductions de la Bible en russe ».
- Ilia A. Tchistovitch, Istoria perevoda Biblii na rousski iazyk, Saint-Pétersbourg, 1873 (2e éd. 1899).
- Andreï Desnitski, « The Septuagint as a Base Text for Bible Translations in Russia », The Bible Translator 56, 2005, p. 245-252.
- John F. Elwolde, « Relationships among the Russian Synodal Bible, the Slavonic Text, and the Septuagint: Some Introductory Comments », Folia Orientalia 47, 2010, p. 229-244.
- I. E. Evseev, Sobor i Biblia (Le concile et la Bible), Petrograd, 1917.
- Wikipédia (anglais), « Russian Synodal Bible », consulté le 2026-10-27.