Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Kurt Aland est l’homme qui a fait du texte critique du Nouveau Testament un texte unique, commun aux protestants et aux catholiques. Fondateur de l’Institut für neutestamentliche Textforschung (INTF) à Münster, coéditeur du Greek New Testament des Sociétés bibliques unies (UBS) et du Nestle-Aland, il a obtenu qu’un même texte grec serve de base à presque toutes les traductions modernes. Il l’appelait lui-même le « texte standard ».
Provenance et confession
Kurt Aland naît le 28 mars 1915 à Steglitz, aux portes de Berlin ; ses parents se nomment Paul et Anna Aland ; les sources consultées ne disent rien de leur milieu. De langue allemande et de confession protestante (Église évangélique, de tradition luthérienne), il étudie la théologie évangélique à l’université Friedrich-Wilhelm de Berlin de 1933 à 1938. Étudiant, il écrit dans Junge Kirche, revue de l’Église confessante, le courant protestant qui refusait la mainmise nazie sur l’Église ; il passe sa licence en 1939, est déclaré inapte au service en 1940 à la suite d’une blessure de guerre, obtient son habilitation en 1941 et est ordonné pasteur en 1944. Après la guerre, il enseigne à Berlin puis à Halle, en Allemagne de l’Est, où il fonde en 1952 avec Konrad Onasch un institut d’étude des Églises orthodoxes (Institut für Konfessionskunde der orthodoxen Kirchen). Il reste protestant toute sa vie ; aucune appartenance à une société, une loge ou un cercle n’est documentée.
Vie
Né à Berlin-Steglitz en 1915, Aland étudie la théologie à Berlin. Pendant le nazisme, il est lié à l’Église confessante ; des démêlés avec la Gestapo sont parfois mentionnés, mais ni la biographie officielle de l’INTF ni la notice de Wikipédia allemande n’en parlent (non confirmé). Il passe son examen de théologie en 1938 devant le conseil fraternel (Bruderrat) de l’Église confessante. Après la guerre, il enseigne l’histoire de l’Église à Halle, en Allemagne de l’Est, où il entre en conflit avec le régime communiste ; en 1953, il passe trois mois en détention préventive, accusé d’avoir fait passer des montres en fraude à Berlin-Ouest (Wikipédia allemande, notice « Kurt Aland », à recouper avec une biographie imprimée). En 1958, il est licencié pour « entrave malveillante à la transformation socialiste des universités » et passe à Berlin-Ouest en septembre 1958. Professeur à Münster, il y fonde en 1959 l’INTF, qu’il dirige jusqu’en 1983. Il épouse en secondes noces, en 1972, Barbara Ehlers (Barbara Aland), qui lui succède à la direction de l’Institut. Il meurt à Münster le 13 avril 1994.
Influence sur la Bible et la doctrine
Les faits.
- À l’INTF, Aland organise l’inventaire de tous les manuscrits grecs connus (Kurzgefasste Liste, 1963) et lance leur collation systématique (Text und Textwert). C’est un travail immense et utile, que tous les chercheurs, y compris les défenseurs du Texte majoritaire, utilisent.
- À partir de 1955-1956, il siège au comité international du Greek New Testament des UBS (première édition 1966), avec Bruce Metzger, Matthew Black et Allen Wikgren ; le jésuite Carlo Maria Martini les rejoint pour la deuxième édition (1968).
- En 1979, la 26e édition du Nestle-Aland et la 3e édition des UBS impriment le même texte. Le comité décide les leçons par vote.
- Aland a écrit sur le canon (The Problem of the New Testament Canon, 1962), en posant la question de sa réduction à un « canon dans le canon » ; sa position exacte est à lire dans le texte avant d’en tirer des conclusions.
Interprétation. Aland jugeait la majorité des manuscrits byzantins de peu de valeur pour retrouver l’original ; c’est la position dominante de sa discipline, que contestent les défenseurs du Texte majoritaire et du Textus Receptus. En créant un texte « standard » adopté par les Sociétés bibliques, il a de fait concentré le choix du texte entre les mains d’un comité : la plupart des Bibles modernes (NIV, ESV, NRSV, TOB, Segond 21 en partie) reposent sur ses décisions. Après l’accord de 1968 entre les Sociétés bibliques et le Vatican sur la traduction interconfessionnelle, ce texte est devenu commun aux protestants et aux catholiques : ses partisans y voient un progrès scientifique et œcuménique, ses critiques une perte de diversité et d’indépendance. Il faut reconnaître qu’Aland n’a rien caché : son apparat montre les leçons écartées, et son inventaire des manuscrits sert aussi à ses critiques.
Financement et réseaux
- Documenté : l’INTF est financé par l’Université de Münster, les Églises protestantes allemandes, la Deutsche Forschungsgemeinschaft et la fondation Hermann Kunst (du nom de l’évêque Hermann Kunst, représentant de l’EKD auprès du gouvernement fédéral) ; les éditions sont publiées par la Deutsche Bibelgesellschaft et les UBS.
- Allégué : sur Internet circulent des affirmations selon lesquelles Aland aurait travaillé « pour le Vatican » ou pour des intérêts financiers. La présence de Martini au comité est un fait ; un mandat du Vatican sur Aland ne l’est pas.
- Non démontré : aucun financement par des banquiers (Rothschild, Rockefeller) n’est attesté dans les sources sur l’INTF.
Signaux d’alerte
- 8. Double allégeance (allégué par des sites et auteurs du courant « King James seule », sans titre précis vérifié) : Aland aurait travaillé « pour le Vatican ». Les faits documentés sont publics : un jésuite, Carlo Maria Martini, siège au comité à partir de 1968, et les Sociétés bibliques signent la même année un accord avec le Vatican. Aucune source ne montre qu’Aland ait reçu un mandat ou servi une autre fidélité que celle de son Église et de son université.
Le signal 5 (texte modifié) ne s’applique pas au sens du barème : les leçons qu’il retient reposent sur des manuscrits réels et sont signalées dans l’apparat, même si l’on peut contester son jugement sur leur valeur. Conclusion : rien de suspect sur l’homme ; le point qui mérite enquête est institutionnel (le fonctionnement du comité et ses votes, dont le détail n’est pas publié), non personnel.
Pourquoi cette note
Trois étoiles (note recalculée lors de la relecture de neutralité ; elle était de deux). Critères du barème : honnêteté et transparence bonnes (apparat complet, méthode publiée, aucun passé maquillé) ; indépendance institutionnelle (Université, Églises, fondation, Sociétés bibliques, tous connus) ; fidélité au texte discutée : le texte retenu repose sur les manuscrits les plus anciens, mais il a été fixé par vote d’un comité et rend la tradition byzantine secondaire, ce que contestent des savants sérieux. La collation des manuscrits est un vrai service rendu à tous, y compris à ses adversaires. Un apport réel mais mêlé, sans malhonnêteté personnelle démontrée.
Voir aussi
- Nestle-Aland · Eberhard Nestle · Bruce Metzger · Carlo Maria Martini
- Texte de Westcott et Hort · Texte majoritaire · Textus Receptus
- Mouvement de critique textuelle · Sociétés bibliques · Financements - documenté et allégué
Sources
- Kurt et Barbara Aland, Der Text des Neuen Testaments, Stuttgart, 1982 (trad. anglaise The Text of the New Testament, Eerdmans, 1987).
- Kurt Aland, Kurzgefasste Liste der griechischen Handschriften des Neuen Testaments, Berlin, 1963.
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, UBS, 1971 (préface sur le comité).
- Institut für neutestamentliche Textforschung (Université de Münster), page « Kurt Aland » (historique de l’Institut) : naissance, études, ordination en 1944, licenciement de 1958.
- Wikipédia allemande, notice « Kurt Aland » : parents, examen devant le Bruderrat (1938), institut de Halle (1952), détention de 1953, renvoi du 14 juillet 1958, mariage de 1972.
- Ennuis avec la Gestapo : à vérifier (absents de la biographie de l’INTF et de Wikipédia allemande).