Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire largeur de la base manuscrite, transparence (un apparat qui montre les leçons écartées), stabilité du texte, indépendance du comité.
En bref
Le Novum Testamentum Graece, appelé « Nestle-Aland » (NA), est l’édition de poche du Nouveau Testament grec utilisée dans presque toutes les facultés de théologie. Depuis 1979, il imprime le même texte que le Greek New Testament des Sociétés bibliques unies (UBS). C’est sur ce texte que reposent, à quelques différences près, la New International Version, l’English Standard Version, la New Revised Standard Version, la Traduction œcuménique de la Bible et la plupart des Bibles françaises récentes.
Histoire
Faits documentés.
- 1898 : Eberhard Nestle publie à Stuttgart un texte obtenu en retenant la majorité de trois éditions critiques (Tischendorf, Westcott-Hort, Weymouth puis Weiss).
- 1927 : son fils Erwin Nestle ajoute un apparat critique développé (13e édition).
- Dès 1952 (21e édition), Kurt Aland collabore ; son nom figure sur la couverture à partir de la 25e édition (1963).
- 1966 : première édition du Greek New Testament des UBS, préparée par un comité international (Kurt Aland, Matthew Black, Bruce Metzger, Allen Wikgren) ; le jésuite Carlo Maria Martini le rejoint en 1968.
- 1979 : NA26 et UBS3 impriment le même texte. Le comité décide par vote, et le Textual Commentary de Metzger explique les choix.
- 1993 : NA27 (même texte, apparat revu).
- 2012 : NA28 introduit dans les épîtres catholiques les résultats de l’Editio Critica Maior de l’INTF de Münster, établis par la « méthode généalogique fondée sur la cohérence » (CBGM) de Gerd Mink : une trentaine de changements. En 2 P 3:10, le texte adopte une leçon négative (« ne sera pas trouvée ») qui n’est attestée par aucun manuscrit grec connu, seulement par des versions anciennes.
- Le texte du SBLGNT (Michael Holmes, 2010), autre édition critique récente, diffère du NA28 en quelques centaines d’endroits, presque tous mineurs.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Base manuscrite très large, apparat complet : le lecteur voit les leçons écartées, y compris celles du texte byzantin et du Textus Receptus. C’est une édition transparente.
- Les éditeurs utilisent tous les papyrus découverts au XXe siècle, que Westcott et Hort ne connaissaient pas.
- Le texte est stable : de NA26 à NA27, aucun changement ; les changements de NA28 sont limités et motivés.
Contre.
- La méthode reste fondée sur la préférence pour le Codex Vaticanus, le Codex Sinaiticus et les papyrus égyptiens ; le texte est très proche de celui de Westcott et Hort.
- Un comité qui vote, et dont un membre était un jésuite, Carlo Maria Martini (devenu cardinal en 1983), a pris la place de la tradition de lecture de l’Église : c’est l’objection de fond des défenseurs du texte traditionnel.
- Le texte change avec les éditions (NA28, éditions futures de l’Editio Critica Maior) : le traducteur n’a pas un texte reçu, mais un texte provisoire.
- Le choix d’une conjecture en 2 P 3:10 contre tous les manuscrits grecs montre jusqu’où la méthode peut aller.
Passages témoins (NA28)
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « cette génération » |
| Ap 1:1 et 22:10 | « bientôt », « le temps est proche » |
| 1 Jn 5:7-8 | Comma absente (dans l’apparat) |
| Mc 16:9-20 | entre doubles crochets (jugé secondaire) |
| Jn 7:53-8:11 | entre doubles crochets, à sa place |
| 1 Tm 3:16 | « celui qui a été manifesté » (hos) |
| Ap 22:19 | « arbre de vie » |
| Ac 8:37 | absent (dans l’apparat) |
Financement
- Documenté : édité et vendu par la Deutsche Bibelgesellschaft (Stuttgart) et les Sociétés bibliques unies ; l’INTF est financé par l’Université de Münster, les Églises protestantes allemandes, la Deutsche Forschungsgemeinschaft, l’Académie des sciences et des arts de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (programme des académies, pour l’Editio Critica Maior, depuis 2008) et la fondation Hermann Kunst (depuis 1964).
- Allégué : des sites affirment que le texte est dirigé par le Vatican ou financé par de grandes fortunes. La présence de Martini est un fait public ; le reste n’est pas démontré.
- Non démontré : un financement par des banquiers ou une intervention du Vatican sur des leçons précises.
Pourquoi cette note
Harmonisation (2026-10-27). Les éditions imprimées du Nouveau Testament grec sont maintenant notées avec une même règle : les éditions du Textus Receptus (Érasme, Stephanus, Bèze, Elzevir, Scrivener) ont 3/5, parce qu’elles reposent sur un petit nombre de manuscrits tardifs et gardent quelques leçons sans aucun manuscrit grec connu (Ap 22:16-21 retraduit du latin par Érasme, conjecture de Bèze en Ap 16:5) ; les éditions modernes à apparat complet, critiques ou byzantine (Nestle-Aland, UBS, SBLGNT, Tyndale House, Robinson-Pierpont), ont 4/5. Cette règle porte sur la base manuscrite et la transparence, pas sur le choix entre les deux familles de textes : Pierre reste libre de la changer.
Quatre étoiles. Qualités : édition transparente et techniquement remarquable ; base manuscrite très large (papyrus compris) ; apparat qui montre au lecteur les leçons écartées, y compris byzantines et du texte reçu ; méthode et choix expliqués (Textual Commentary de Metzger). Réserves : texte décidé par un comité, qui change d’une édition à l’autre ; au moins une conjecture sans appui grec (2 P 3:10) ; poids donné aux témoins alexandrins. Les deux lectures : pour les partisans du texte critique, c’est le meilleur état actuel de la recherche ; pour les défenseurs du texte traditionnel, il met en doute des passages lus par l’Église depuis des siècles et repose trop sur des manuscrits d’Égypte. La note ne tranche pas ce débat. Changement : la note de départ (3/5) comptait comme défaut le fait de mettre en doute des passages du texte reçu, critère qui suppose déjà la réponse au débat ; il n’est plus retenu.
Voir aussi
- Eberhard Nestle · Kurt Aland · Bruce Metzger · Carlo Maria Martini
- Texte de Westcott et Hort · Textus Receptus · Texte majoritaire · Codex Vaticanus · Codex Sinaiticus
- Sociétés bibliques · Mouvement de critique textuelle · New International Version · English Standard Version
Sources
- Novum Testamentum Graece, 28e éd., Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2012 (introduction).
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., UBS, 1994.
- Kurt et Barbara Aland, The Text of the New Testament, Eerdmans, 1987.
- Michael W. Holmes (dir.), The Greek New Testament: SBL Edition, Atlanta, SBL et Logos, 2010.
- Tommy Wasserman et Peter Gurry, A New Approach to Textual Criticism: An Introduction to the Coherence-Based Genealogical Method, SBL Press, 2017.