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Mouvement de critique textuelle

La critique textuelle cherche à retrouver le texte original de la Bible à partir des milliers de manuscrits qui diffèrent entre eux.

En bref

La critique textuelle cherche à retrouver le texte original de la Bible à partir des milliers de manuscrits qui diffèrent entre eux. Pour le Nouveau Testament, le mouvement moderne a remplacé le Textus Receptus (texte grec imprimé depuis Érasme, base de la King James 1611 et des Bibles réformées françaises jusqu’à la Bible d’Ostervald) par un texte « critique » qui donne un grand poids aux manuscrits anciens, surtout le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus. Ce texte, publié par Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort en 1881 puis, sous une forme révisée, par Nestle-Aland, est à la base de presque toutes les traductions modernes. Un courant minoritaire mais savant défend le texte traditionnel, soit sous la forme du Textus Receptus, soit sous celle du Texte majoritaire. Ce recueil présente les deux camps sans trancher.

Origine et généalogie

Faits documentés.

Les principes du texte critique

  • Les manuscrits se pèsent, ils ne se comptent pas : l’âge et la qualité d’un témoin comptent plus que le nombre de ses copies.
  • La leçon la plus courte (lectio brevior) et la plus difficile (lectio difficilior) sont en général préférées, les copistes ayant plus souvent ajouté ou facilité que retranché.
  • Familles de textes : alexandrin, occidental, césaréen (discuté), byzantin. Le texte byzantin, celui de la grande majorité des manuscrits, est jugé plus tardif et harmonisé.

Ce qui en résulte (passages témoins)

Le texte critique omet ou met entre crochets la finale de Marc (Mc 16:9-20), la femme adultère (Jn 7:53-8:11), la confession de l’eunuque (Ac 8:37) et la Comma Johanneum (1 Jn 5:7-8) ; il lit « celui qui a été manifesté » en 1 Tm 3:16, là où le texte byzantin et le Textus Receptus ont « Dieu ». En Ap 22:19, il lit « arbre de vie », avec la majorité des manuscrits grecs, contre le « livre de vie » du Textus Receptus (leçon venue de la Vulgate). Les deux camps ne se recoupent donc pas toujours : le texte majoritaire s’accorde ici avec le texte critique contre le Textus Receptus.

Arguments des partisans du texte critique

  • L’ancienneté : les papyrus du IIe-IIIe siècle (par exemple P75, très proche du Vaticanus) montrent que le type de texte alexandrin existait très tôt.
  • Les tendances des copistes : les ajouts explicatifs et les harmonisations entre Évangiles sont mieux expliqués dans le sens court vers long que l’inverse.
  • Les faiblesses du Textus Receptus : Érasme a travaillé vite (1516), sur quelques manuscrits tardifs, et a retraduit du latin les derniers versets de l’Apocalypse, absents de son manuscrit ; la Comma Johanneum n’apparaît dans aucun manuscrit grec avant le Moyen Âge tardif. Ces points sont documentés.
  • Aucune doctrine en jeu : selon ses défenseurs (Metzger, Aland), aucune doctrine chrétienne ne dépend d’une variante discutée ; « Dieu » en 1 Tm 3:16 ou le témoignage trinitaire de 1 Jn 5:7 sont attestés ailleurs dans l’Écriture.

Arguments des partisans du texte traditionnel

  • Le nombre et la diffusion : le texte byzantin est celui de la grande majorité des manuscrits et de l’usage des Églises grecques pendant plus de mille ans ; une leçon partout recopiée a, pour eux, de bonnes chances d’être ancienne.
  • La préservation providentielle (argument théologique, propre à Hills et aux défenseurs du Textus Receptus) : Dieu aurait gardé son texte dans l’usage de l’Église, non dans des manuscrits retrouvés au XIXe siècle.
  • Les limites des grands onciaux : le Sinaiticus et le Vaticanus divergent souvent entre eux, et tous deux viennent probablement d’Égypte ; Burgon y voyait des copies peu fiables, épargnées par l’usure parce que peu lues.
  • Les citations des Pères : Irénée cite Mc 16:19 (Contre les hérésies III, 10, 6), avant les plus anciens manuscrits qui omettent la finale.
  • Des leçons byzantines anciennes : Harry Sturz (The Byzantine Text-Type and New Testament Textual Criticism, 1984) relève des leçons byzantines dans des papyrus anciens, ce qui fragilise l’idée d’un texte byzantin purement tardif.
  • Les règles mécaniques : la préférence pour la leçon courte est contestée, y compris par des critiques modernes (James Royse a montré que des copistes de papyrus omettaient plus qu’ils n’ajoutaient).

Personnes et soupçons

Documenté : Westcott a cofondé à Cambridge une société d’étude des phénomènes surnaturels (la Ghost Club, vers 1851), que Hort a fréquentée ; Hort a écrit dans ses lettres son mépris du « vil » Textus Receptus et des sympathies pour certaines doctrines catholiques (Life and Letters of F. J. A. Hort, 1896). Allégué par des auteurs « King James seulement » (Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993 ; Peter Ruckman ; de nombreux sites) : que Westcott et Hort étaient spirites ou crypto-catholiques et que le Vatican dirige le texte critique. Non démontré : que ces opinions personnelles aient dicté leurs choix textuels ; la plupart de leurs décisions reposent sur des arguments publiés et vérifiables, et le texte actuel a été réexaminé par d’autres comités. Inversement, l’attachement confessionnel des défenseurs du Textus Receptus n’invalide pas non plus leurs arguments.

Financement et réseaux

  • Documenté : Tischendorf est soutenu par le tsar Alexandre II pour l’expédition de 1859 et la publication du Sinaiticus (1862) ; le Nestle-Aland est publié par la Deutsche Bibelgesellschaft et le GNT par l’Alliance biblique universelle, financées par les ventes et les dons (Sociétés bibliques). Les éditions du texte traditionnel sont publiées par des sociétés comme la Trinitarian Bible Society (Textus Receptus) ou des éditeurs privés.
  • Allégué : une direction occulte du texte critique (voir ci-dessus).
  • Non démontré : un financement visant à modifier le texte dans un sens doctrinal.

Voir aussi

Sources

  • Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford University Press, 2005 (texte critique).
  • Kurt et Barbara Aland, Der Text des Neuen Testaments, 1982 (texte critique).
  • Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994 (justification des choix du comité).
  • James R. Royse, Scribal Habits in Early Greek New Testament Papyri, Brill, 2008.
  • John William Burgon, The Revision Revised, 1883 (texte traditionnel).
  • Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956 (Textus Receptus).
  • Harry A. Sturz, The Byzantine Text-Type and New Testament Textual Criticism, Thomas Nelson, 1984.
  • Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, The New Testament in the Original Greek: Byzantine Textform, 2005 (texte majoritaire).
  • Arthur Fenton Hort, Life and Letters of Fenton John Anthony Hort, 1896.
  • Arthur Westcott, Life and Letters of Brooke Foss Westcott, 1903, t. I (la Ghost Club).
  • David Alan Black (dir.), Rethinking New Testament Textual Criticism, Baker, 2002 (contributions des deux camps).