Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Fils de paysans devenu patriarche de Moscou (1652-1666), Nikon fait corriger les livres liturgiques russes, et les textes bibliques qu’ils contiennent, d’après les livres grecs de son temps. Ces corrections, imposées par l’anathème et la force de l’État, provoquent le grand schisme russe des Vieux-Croyants (voir La réforme de Nikon et les Vieux-Croyants). Il voulait aussi placer l’Église au-dessus du tsar ; il y perd son siège, déposé en 1666 par le concile qui confirme pourtant sa réforme.
Provenance et confession
Né Nikita Minov (ou Minine) en mai 1605 au village de Veldemanovo, près de Nijni Novgorod, dans une famille paysanne ; certaines biographies donnent à son père une origine mordve (à vérifier). Il apprend à lire au monastère de Jeltyé Vody, devient prêtre marié, puis, après la mort de ses enfants, se fait moine vers 1635, sa femme devenant moniale. Ermite à Anzer (archipel des Solovki), higoumène de Kojeozero, il rencontre en 1646 le jeune tsar Alexis, qui le fait archimandrite du monastère Novospasski de Moscou. Il appartient alors au cercle des « zélateurs de la piété » (avec Ivan Néronov et Avvakoum), groupe documenté de prêtres réformateurs. Métropolite de Novgorod en 1649, patriarche en 1652. Orthodoxe toute sa vie, sans formation universitaire.
Vie
- 1652 : élu patriarche, il exige du tsar et des boyards le serment de lui obéir dans les affaires de l’Église ; il reçoit le titre de « grand souverain ».
- 1653-1656 : réforme des livres et des rites (signe de croix, nom de Jésus, Credo, alléluia). Ses anciens amis zélateurs, Avvakoum en tête, s’y opposent et sont exilés.
- 1654-1655 : il fait rapporter de l’Athos et d’Orient des centaines de manuscrits grecs (mission d’Arsène Soukhanov) ; les historiens montrent que les correcteurs se sont pourtant surtout servis d’éditions grecques imprimées à Venise (Meyendorff, 1991).
- 1658 : brouillé avec le tsar, il quitte Moscou pour son monastère de la Nouvelle-Jérusalem (Istra), sans abdiquer.
- 1666 : le Grand concile de Moscou, avec deux patriarches orientaux, le dépose le 12 décembre et le réduit à l’état de simple moine ; il est exilé au monastère de Ferapontov, puis de Kirillov.
- 1681 : autorisé à revenir, il meurt en route, près de Iaroslavl ; il est enterré à la Nouvelle-Jérusalem.
Influence sur la Bible et la doctrine
- Textes changés : psautier, missels, livres d’heures, Credo ; dans le Credo, le retrait du mot « véritable » (article 8) et le futur « n’aura pas de fin » (article 7) rétablissent le grec de 381 ; d’autres corrections (deux doigts, double alléluia) remplaçaient des usages byzantins plus anciens par des usages grecs récents. Détail : La réforme de Nikon et les Vieux-Croyants.
- La Bible : la Bible de Moscou (1663), imprimée après son départ, reprend celle d’Ostrog avec des corrections ; elle conduit à la Bible élisabéthaine (1751).
- Interprétation : son but déclaré était l’unité avec l’Église grecque et la correction des fautes ; la méthode (autorité, rapidité, édition récente au lieu des manuscrits anciens) a transformé une révision en schisme.
Financement et réseaux
- Documenté : les revenus considérables du Patriarcat et des monastères qu’il fonde (Nouvelle-Jérusalem, Valdaï, Kiy) ; la faveur personnelle du tsar Alexis jusqu’en 1658 ; l’appui des patriarches orientaux (Macaire d’Antioche, Païsios d’Alexandrie), eux-mêmes bénéficiaires d’aumônes russes.
- Allégué : les Vieux-Croyants l’accusent d’être un « latiniseur » et un précurseur de l’Antichrist ; ses ennemis de cour l’accusent d’orgueil et d’ambition temporelle.
- Non démontré : un lien avec Rome ou avec un intérêt étranger.
Signaux d’alerte
- 5. Texte affaibli ou modifié (documenté) : il a modifié des textes de prière et de lecture en annonçant une base manuscrite ancienne, alors que la base réelle était en grande partie imprimée et récente (Meyendorff). Une partie des corrections avait une base solide (Credo), une autre non.
- 7. Pouvoir politique servi (documenté) : la réforme s’inscrit dans le projet d’Alexis de faire de Moscou le protecteur de tous les orthodoxes (rattachement de l’Ukraine en 1654) et elle est imposée par l’État. Mais Nikon s’est aussi opposé au tsar et l’a payé de son siège.
- 8. Double allégeance (allégué, par Avvakoum et les écrits des Vieux-Croyants) : il aurait servi les Grecs « latinisés » plutôt que l’Église russe. Rien ne l’établit ; il servait sa conception de l’unité orthodoxe.
Conclusion : deux signaux documentés ; le point qui mérite une enquête n’est pas une infiltration, mais l’écart entre la base annoncée des corrections et leur base réelle.
Pourquoi cette note
Apport mêlé. Une partie de ses corrections rapproche les textes russes du grec original ; mais il a imposé des changements par la force, sur une base qu’il présentait comme ancienne sans qu’elle le soit toujours, et provoqué un schisme sanglant. Il a aussi défendu l’indépendance de l’Église face au tsar. 3/5.
Voir aussi
- La réforme de Nikon et les Vieux-Croyants · L’Église orthodoxe russe et sa Bible · Bible élisabéthaine (1751) · Bible d’Ostrog (1581)
- Signaux d’alerte · Provenance et confessions
Sources
- Nikolaï F. Kapterev, Patriarkh Nikon i tsar Alekseï Mikhaïlovitch, 2 vol., Serguiev Possad, 1909-1912.
- William Palmer, The Patriarch and the Tsar, 6 vol., Londres, Trübner, 1871-1876.
- Pierre Pascal, Avvakum et les débuts du raskol, Paris, 1938.
- Paul Meyendorff, Russia, Ritual, and Reform: The Liturgical Reforms of Nikon in the 17th Century, St Vladimir’s Seminary Press, 1991.
- Robert O. Crummey, Old Believers in a Changing World, Northern Illinois University Press, 2011.
- OrthodoxWiki, « Nikon of Moscow » ; Christian Post, « This week in Christian history » (déposition de 1666), consultés le 2026-10-27.