Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Cousin de Jean Calvin, Olivétan a donné en 1535 la première Bible protestante en français, traduite de l’hébreu pour l’Ancien Testament et révisée sur le grec pour le Nouveau (Bible d’Olivétan). Elle a été payée par les Vaudois des Alpes, héritiers de Pierre Valdo, qui avaient décidé au synode de Chanforan (1532) de mettre l’Écriture en français. Toutes les Bibles protestantes françaises, de la Bible de Genève française à la Bible de Martin, à la Bible d’Ostervald et à la Bible Segond 1910, descendent de son travail.
Provenance et confession
Pierre Robert, dit Olivétan, naît vers 1506 à Noyon, en Picardie, dans une famille bourgeoise apparentée à celle de Jean Calvin, son cousin. Sa langue est le français ; il apprend le latin, puis le grec et l’hébreu. Il étudie à Paris et à Orléans, où il fréquente des cercles évangéliques ; menacé, il se réfugie à Strasbourg en 1528 et s’y forme aux langues bibliques auprès de Martin Bucer et de Wolfgang Capiton. Né catholique, il passe à la Réforme à la fin des années 1520 ; il n’est ni prêtre ni pasteur en titre, mais précepteur et maître d’école. Son lien avec les Vaudois du Piémont est un lien de mission et d’enseignement, non une appartenance à une société.
Vie
- Né vers 1506 à Noyon (Picardie), de la même famille que Calvin (son aîné de trois ans environ). Le surnom « Olivétan » viendrait de l’huile de lampe qu’il brûlait à l’étude (explication traditionnelle, non prouvée).
- Études à Paris, puis à Orléans. Converti aux idées évangéliques, il s’enfuit en 1528 à Strasbourg, où il étudie l’hébreu et le grec auprès de Martin Bucer et Wolfgang Capiton.
- 1531-1532 : précepteur à Neuchâtel et à Genève, proche de Guillaume Farel.
- Il est envoyé chez les Vaudois du Piémont après Chanforan et y enseigne ; il traduit dans les vallées.
- Après 1535, maître d’école à Genève (1536-1537 environ) ; il révise lui-même son travail (éditions de 1536, 1537 et 1538 selon les historiens de la Bible d’Ostervald ; contenu exact à vérifier) et une Instruction des enfants.
- Il meurt en 1538, probablement en Italie (Rome ou Ferrare). Une tradition dit qu’il fut empoisonné à Rome ; elle n’est pas prouvée.
Influence sur la Bible et la doctrine
Faits documentés.
- La Bible est achevée d’imprimer le 4 juin 1535 à Serrières, près de Neuchâtel, par Pierre de Vingle (ou de Wingle), imprimeur réfugié de Lyon, en un grand in-folio.
- Ancien Testament : traduit de l’hébreu, avec l’aide du latin de Sanctes Pagnino (1528). Olivétan, dans son Apologie du translateur, explique ses choix et dit avoir travaillé seul, vite, dans des conditions difficiles.
- Nouveau Testament : essentiellement le texte de Jacques Lefèvre d’Étaples, révisé sur le grec d’Érasme.
- Pièces liminaires : une préface latine de Calvin adressée aux empereurs, rois, princes et peuples (Ioannes Calvinus Caesaribus, regibus, principibus, gentibusque omnibus…), et la préface française À tous amateurs de Jésus-Christ et de son Évangile, attribuée à Calvin et souvent tenue pour sa première œuvre imprimée en français (attribution discutée par Frans Pieter van Stam, le texte n’étant pas signé).
- Fondé sur le grec d’Érasme, le Nouveau Testament contient la Comma Johanneum et le « livre de vie » d’Ap 22:19 (à confirmer sur l’exemplaire, la tradition Lefèvre et la tradition érasmienne concordant sur ces deux points).
- Olivétan emploie souvent « l’Éternel » pour rendre le tétragramme, usage que la tradition protestante française a gardé (étendue exacte dans l’édition de 1535 à vérifier).
Interprétation. Olivétan a été le premier à faire pour le français ce que William Tyndale avait fait pour l’anglais : traduire depuis l’hébreu pour le peuple, contre l’autorité de la Sorbonne. Son travail a été hâtif (moins de trois ans) et inégal, ce que Calvin et les pasteurs genevois ont corrigé pendant trente ans. Mais le principe et la base sont les siens.
Financement et réseaux
- Documenté :
- Au synode de Chanforan (val d’Angrogne, Piémont), en septembre 1532 (le 12 septembre selon plusieurs auteurs), les barbes (prédicateurs) vaudois, en présence de Guillaume Farel et d’Antoine Saunier venus de Suisse romande, décident d’adhérer à la Réforme et de financer une Bible en français.
- La Bible elle-même en porte la preuve. Au dernier feuillet, un poème acrostiche donne, par les initiales de ses mots : « Les Vaudois, peuple évangélique, ont mis ce thrésor en publique ». Un autre acrostiche latin donne le nom du traducteur, Petrus Robertus Olivetanus.
- Le barbe Martin Gonin est désigné comme intermédiaire du versement.
- Montant (sources divergentes) : la tradition, reprise par la plupart des histoires, parle de 800 écus d’or ; d’autres sources parlent de 500 pièces d’or versées par Gonin ; une étude mentionne une promesse initiale de 1 500 écus. Un document de 1561 évoque la vente des livres restés chez de Vingle, après sa mort, pour rembourser les « 800 écus » payés par les « bonnes gens ». Le montant exact reste donc à vérifier aux archives ; le fait du financement vaudois, lui, est certain.
- Allégué : on a dit que Farel a tout organisé ; les sources montrent plutôt Saunier, Gonin, Olivétan et de Vingle au cœur du projet.
- Non démontré : aucun financement princier ou bancaire. Ce sont des paysans pauvres, persécutés depuis trois siècles, qui ont payé.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Son financement est inscrit dans le livre même (acrostiche des Vaudois) ; son nom figure dans un autre acrostiche, ce qui est une discrétion de prudence et non un masque. Rien de suspect. Les circonstances de sa mort (1538) restent obscures et mériteraient une recherche d’archives.
Pourquoi cette note
Cinq étoiles : traduction de l’hébreu pour le peuple, indépendance complète (payée par une Église pauvre et persécutée), fruit durable dans toutes les Bibles protestantes françaises, vie consacrée à l’œuvre et morte jeune dans des circonstances obscures. Réserves : travail hâtif, Nouveau Testament dépendant de Lefèvre et d’Érasme.
Voir aussi
- Bible d’Olivétan
- Pierre Valdo
- Jean Calvin
- Jacques Lefèvre d’Étaples
- Bible de Genève française
- Théodore de Bèze
Sources
- La Bible qui est toute la Saincte escripture, Neuchâtel, Pierre de Vingle, 1535 (acrostiches du dernier feuillet ; exemplaires à la Morgan Library, à la Folger, à la BnF).
- Gabriel Audisio, Les Vaudois : histoire d’une dissidence, Fayard, 1998, et Les Vaudois du Luberon, 1984.
- Bettye Thomas Chambers, Bibliography of French Bibles, Genève, Droz, 1983.
- Jean Jalla, Histoire des Vaudois des Alpes et de leurs colonies, Pignerol, 1904.
- Olivétan, traducteur de la Bible (actes du colloque de Noyon, 1985), Paris, 1987.
- Site de l’American Waldensian Society, « The Olivetan Bible » (waldensian.org), pour les deux versions du récit de Chanforan.