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Pierre Valdo

Riche marchand de Lyon, Valdès (le prénom « Pierre » n'apparaît que dans des sources plus tardives) a fait traduire, vers 1170, des parties de la Bible dans la langue parlée de sa région, puis a tout donné pour prêcher l'Évangile dans la pauvreté.

En bref

Riche marchand de Lyon, Valdès (le prénom « Pierre » n’apparaît que dans des sources plus tardives) a fait traduire, vers 1170, des parties de la Bible dans la langue parlée de sa région, puis a tout donné pour prêcher l’Évangile dans la pauvreté. Excommunié, il est à l’origine des Vaudois, ce peuple des Alpes qui, trois siècles et demi plus tard, financera la Bible d’Olivétan.

Provenance et confession

On ne connaît ni la date ni le lieu exacts de sa naissance ; les sources le montrent à Lyon, riche bourgeois enrichi dans le commerce, et peut-être dans le prêt à intérêt selon la Chronique de Laon. Il est marié et père de deux filles, qu’il place à l’abbaye de Fontevraud au moment de sa conversion. Sa langue est le franco-provençal ; il ne lit pas le latin avec aisance, puisqu’il fait traduire l’Écriture. Né et resté catholique, laïc sans ordination ni formation cléricale, il ne quitte pas l’Église de lui-même : c’est l’interdit de prêcher, puis la condamnation de 1184, qui le placent hors de l’Église romaine. Le groupe qu’il fonde, les « Pauvres de Lyon », est une fraternité de prédicateurs pauvres, connue publiquement et décrite par ses adversaires mêmes ; ce n’est pas une société secrète.

Vie

  • Marchand aisé de Lyon, il se convertit vers 1173 (récit de la Chronique de Laon : la chanson de saint Alexis, puis la parole « si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as »).
  • Il pourvoit sa femme, place ses filles, distribue le reste aux pauvres et commence à prêcher avec des disciples, les « Pauvres de Lyon ».
  • 1179, troisième concile du Latran : le pape Alexandre III approuve son vœu de pauvreté mais interdit la prédication sans l’autorisation des évêques (récit de Walter Map, témoin).
  • Valdès et les siens continuent de prêcher. En 1184, la décrétale Ad abolendam de Lucius III (Vérone) les condamne avec d’autres groupes.
  • Il meurt vers 1205-1207 (date incertaine). Le mouvement se répand en Provence, en Lombardie, dans les Alpes du Piémont et du Dauphiné, jusqu’en Bohême.

Influence sur la Bible et la doctrine

Faits documentés. Le dominicain Étienne de Bourbon (mort vers 1261), qui dit tenir l’information de témoins, rapporte que Valdès paya deux clercs : Étienne d’Anse, qui traduisit, et Bernard Ydros, qui écrivit sous sa dictée, pour mettre en langue vulgaire (franco-provençale) plusieurs livres de la Bible et des recueils de « sentences » des Pères. Ces traductions n’ont pas survécu sous leur forme première ; les manuscrits vaudois occitans plus tardifs (XIVe-XVe siècles) en sont peut-être des descendants, ce qui reste discuté.

Le mouvement vaudois a fait de la mémorisation et de la récitation de l’Écriture en langue commune une pratique centrale, ce que leurs inquisiteurs ont noté avec étonnement (Bernard Gui, Manuel de l’inquisiteur, vers 1323).

Interprétation. Valdès a posé, quatre siècles avant la Réforme, le principe que le peuple doit entendre la Parole dans sa langue et que l’appel de l’Évangile passe avant la permission d’un évêque. Ce n’était pas un théologien ni un traducteur : son apport est d’avoir payé, prêché et persévéré. Rien ne permet de lui attribuer une eschatologie précise.

Financement et réseaux

  • Documenté : la traduction a été payée par Valdès lui-même, avec sa fortune de marchand, selon Étienne de Bourbon. Il a ensuite renoncé à ses biens.
  • Allégué : la tradition vaudoise tardive a fait remonter le mouvement aux apôtres ou à l’époque de Constantin ; cette filiation n’est pas prouvée par les sources.
  • Non démontré : aucun commanditaire extérieur, ni ecclésiastique ni princier.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. La traduction a été payée par sa propre fortune, son parcours est connu par des témoins hostiles comme favorables, et aucune source ne le relie à un pouvoir politique ou à un cercle caché.

Pourquoi cette note

Quatre étoiles : fidélité à l’Écriture comme règle de vie, traduction en langue du peuple payée de sa poche, prix payé (excommunication, dispersion, puis persécutions séculaires de ses héritiers). Pas cinq, parce que son œuvre de traduction est perdue et connue seulement par ouï-dire, et qu’il n’a pas laissé de texte qui permette de juger sa fidélité.

Voir aussi

Sources

  • Étienne de Bourbon, Tractatus de diversis materiis praedicabilibus (éd. A. Lecoy de la Marche, Anecdotes historiques, Paris, 1877).
  • Walter Map, De nugis curialium, dist. I, 31.
  • Gabriel Audisio, Les Vaudois : histoire d’une dissidence, XIIe-XVIe siècle, Paris, Fayard, 1998.
  • Euan Cameron, Waldenses: Rejections of Holy Church in Medieval Europe, Oxford, Blackwell, 2000.
  • Chronique de Laon (Chronicon universale anonymi Laudunensis), récit de la conversion de Valdès.