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Bible d'Olivétan

Première Bible protestante en français, et première traduite de l'hébreu pour l'Ancien Testament. Imprimée à Serrières, près de Neuchâtel, et achevée le 4 juin 1535. Payée en grande partie par les Vaudois des vallées alpines.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Première Bible protestante en français, et première traduite de l’hébreu pour l’Ancien Testament. Imprimée à Serrières, près de Neuchâtel, et achevée le 4 juin 1535. Payée en grande partie par les Vaudois des vallées alpines. C’est la mère de toutes les Bibles réformées françaises : Bible de Genève française, Bible de Martin, Bible d’Ostervald, et jusqu’à la Bible Segond 1910.

Histoire

Faits documentés. En septembre 1532, au synode vaudois de Chanforan (val d’Angrogne), Guillaume Farel et d’autres réformateurs rencontrent les Vaudois, héritiers de Pierre Valdo, qui décident d’adhérer à la Réforme et de financer une Bible en français. Farel confie le travail à Pierre Robert Olivétan, cousin de Jean Calvin, helléniste et hébraïsant. Olivétan travaille environ deux ans, en partie dans les vallées vaudoises. L’impression est faite par Pierre de Wingle, dit Pirot Picard, imprimeur chassé de Lyon et installé à Serrières. Calvin signe une préface latine et une épître en français (sa première publication réformée connue).

Financement. Documenté : les Vaudois ont fourni l’essentiel de la somme, transmise notamment par le barbe Martin Gonin. Les chiffres varient selon les sources : 500 écus d’or sur un coût total d’environ 800 selon l’Église vaudoise ; d’autres textes parlent d’une promesse de 1 500 écus (chiffre non retrouvé, à vérifier). La même page vaudoise rapporte qu’en 1561 les invendus servirent à rembourser les « 800 écus » de l’impression. Allégué : rien de notable. Non démontré : aucun lien avec des banquiers ou des princes ; c’est une Bible payée par une petite Église persécutée.

Texte source et méthode

L’Ancien Testament est traduit de l’hébreu (Olivétan utilise aussi la Bible latine de Pagnini, 1528, comme aide). Le Nouveau Testament est une révision de celui de Jacques Lefèvre d’Étaples corrigée sur le grec d’Érasme, c’est-à-dire sur le futur Textus Receptus. Méthode littérale, langue parfois rude ; Olivétan s’excuse lui-même d’être un « humble et petit translateur ».

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« cette génération » (à vérifier sur le fac-similé de 1535).
Ap 1:1« bientôt » ou équivalent (à vérifier).
1 Jn 5:7-8Présent, conforme au grec d’Érasme de 1522 et suivantes (à vérifier).
Mc 16:9-20Présent.
1 Tm 3:16Probablement « Dieu », selon le grec d’Érasme (à vérifier).
Ap 22:19Probablement « livre de vie », leçon d’Érasme (à vérifier).

Notes, livres et doctrine

Les livres apocryphes sont présents mais placés à part, avec une préface qui dit qu’ils ne font pas autorité pour la doctrine. Notes marginales brèves, surtout philologiques (variantes, sens des mots hébreux). Olivétan emploie « l’Éternel » ou des tournures proches pour le nom divin, choix repris par la tradition réformée.

Ce qu’on lui reproche

  • Une langue rude et hâtive. Le reproche vient d’abord de son propre camp : Calvin révise le Nouveau Testament dès 1546, puis la Compagnie des pasteurs de Genève jusqu’en 1588 ; Olivétan lui-même se dit « humble et petit translateur ». Passage : l’ensemble. Pourquoi : environ deux ans de travail, en partie dans les vallées vaudoises, avec un imprimeur pressé. Réponse : ses défenseurs (colloque de Noyon, 1985, publié par Casalis et Roussel) soulignent que c’est la première traduction française de l’Ancien Testament faite sur l’hébreu.
  • La dépendance à l’égard d’autres traductions. Reproche des historiens modernes, non des contemporains : le Nouveau Testament reprend celui de Jacques Lefèvre d’Étaples, et l’Ancien Testament s’aide de la Bible latine de Pagnini (1528). Pourquoi : Olivétan corrige plus qu’il ne refait, faute de temps. Réponse : la correction sur le grec d’Érasme et sur l’hébreu est réelle et change beaucoup de passages.
  • Les apocryphes mis à part avec un avertissement. Reproche catholique, surtout après le concile de Trente (1546), qui tient ces livres pour canoniques. Passage : Tobie, Judith, Sagesse, Ecclésiastique, Maccabées, etc. Pourquoi : la préface s’appuie sur la distinction de Jérôme entre livres hébreux et livres grecs. Réponse : les protestants invoquent ce même Jérôme ; les catholiques, l’usage ancien de l’Église.
  • Un vocabulaire réformé. Les controversistes catholiques reprochent aux Bibles genevoises, qui descendent d’Olivétan, d’orienter les mots vers la doctrine réformée ; le grand réquisitoire (Pierre Coton, 1618) vise les révisions de Genève plus qu’Olivétan lui-même : voir Bible de Genève française.

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Qualités : retour aux langues originales (l’hébreu pour la première fois en français), meilleur texte grec imprimé disponible en 1535, notes surtout philologiques, financement par les fidèles eux-mêmes, indépendance totale à l’égard du pouvoir. Réserves : œuvre faite vite, au français souvent maladroit, aussitôt révisée par Calvin et ses successeurs ; dépendance partielle à Lefèvre et à Pagnini. Une très bonne Bible fondatrice : 4/5.

Voir aussi

Sources

  • Église évangélique vaudoise, « The Olivetan Bible », waldensian.org (consulté le 2026-10-27).
  • Georges Casalis et Bernard Roussel (dir.), Olivétan, traducteur de la Bible, Cerf, 1987 (actes du colloque de Noyon, 1985).
  • P.-M. Bogaert (dir.), Les Bibles en français, Brepols, 1991.
  • B. T. Chambers, Bibliography of French Bibles, t. I, Droz, 1983.
  • Frédéric Delforge, La Bible en France et dans la francophonie, Publisud / Société biblique française, 1991.
  • Daniel Lortsch, Histoire de la Bible en France, Paris, Société biblique britannique et étrangère, 1910.