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Sola scriptura

Sola scriptura (« par l'Écriture seule ») est le principe selon lequel l'Écriture sainte est la seule règle infaillible de la foi et de la vie chrétienne, à laquelle toute tradition, tout concile et tout docteur doivent être soumis.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Sola scriptura (« par l’Écriture seule ») est le principe selon lequel l’Écriture sainte est la seule règle infaillible de la foi et de la vie chrétienne, à laquelle toute tradition, tout concile et tout docteur doivent être soumis. C’est l’un des « principes » de la Réforme protestante, avec la Justification par la foi seule. Les protestants ne rejettent pas toute tradition : ils la tiennent pour une autorité subordonnée et faillible. Les catholiques et les orthodoxes lui opposent l’autorité conjointe de l’Écriture et de la Tradition apostolique, interprétées par l’Église.

Origine et généalogie

Première attestation documentée. Le principe prend forme chez Martin Luther dans la dispute de Leipzig contre Johann Eck (juillet 1519), où Luther affirme que des conciles ont erré, puis devant la diète de Worms (18 avril 1521) : il refuse de se rétracter « à moins d’être convaincu par le témoignage de l’Écriture ou par une raison évidente », car il ne croit « ni au pape ni aux conciles seuls ». La formule latine sola scriptura comme slogan est surtout un résumé postérieur (XIXe-XXe siècle) ; Luther emploie des tournures proches (scriptura sola, solae scripturae), par exemple dans l’Assertio omnium articulorum (1520) (passage exact à vérifier).

Formules confessionnelles. La Formule de concorde luthérienne (1577, Épitomé, « De la règle ») fait de l’Écriture « l’unique règle et norme » de toute doctrine. Les Trente-Neuf Articles anglicans (art. 6, 1563/1571) disent que rien ne doit être exigé comme article de foi qui ne s’y lise ou ne s’en prouve. La Confession de Westminster (1646, chap. I, 6 et 10) en donne la forme réformée la plus citée.

Précurseurs revendiqués. Les protestants invoquent :

  • des Pères qui placent l’Écriture au-dessus de tout : Athanase (Lettre festale 39, 367, sur le canon), Cyrille de Jérusalem (Catéchèses IV, 17 : ne rien croire sans preuve des Écritures), Augustin d’Hippone (De unitate ecclesiae et Lettre 82 sur l’autorité unique des livres canoniques) ;
  • John Wycliffe, De veritate sacrae scripturae (1378), et Jan Hus.

Cette revendication est contestée : les mêmes Pères en appellent aussi à la tradition et à la succession des évêques (Irénée, Basile). Heiko Oberman (The Harvest of Medieval Theology, 1963) distingue une « Tradition I » (l’Écriture interprétée dans l’Église, position qu’il juge majoritaire chez les Pères) et une « Tradition II » (une seconde source orale), ce qui place la Réforme plutôt dans le prolongement de la première.

Diffusion. Les Bibles en langue vulgaire en sont le véhicule principal : Bible de Luther (NT 1522), Nouveau Testament de Tyndale (1526), Bible d’Olivétan (1535), Bible de Genève anglaise (1560). Jean Calvin la systématise dans l’Institution (I, 6-9). Le concile de Trente lui répond (session IV, 8 avril 1546), et Robert Bellarmin la combat dans les Controverses (1586-1593).

Chronologie

  • 1378 : Wycliffe, De veritate sacrae scripturae.
  • 1519 : dispute de Leipzig.
  • 1521 : Luther à Worms.
  • 1546 : Trente, session IV, décret sur les Écritures et les traditions.
  • 1577 : Formule de concorde.
  • 1646 : Confession de Westminster, chap. I.
  • 2001 : Keith Mathison, The Shape of Sola Scriptura (distinction sola / solo scriptura).

Ce que dit la doctrine

  • L’Écriture est inspirée et donc la norme suprême (norma normans) ; les confessions et les traditions sont des normes dérivées (norma normata).
  • Elle est suffisante : tout ce qui est nécessaire au salut y est enseigné expressément ou s’en déduit.
  • Elle est claire (perspicuité) dans ses enseignements essentiels, et s’interprète par elle-même (Scriptura sui ipsius interpres).
  • Cela n’interdit ni les credo, ni les commentaires, ni les conciles, mais les soumet au jugement de l’Écriture. Des protestants distinguent cette position de l’individualisme qui rejette toute tradition (« solo scriptura », selon Mathison).

Arguments de ses partisans

  • Suffisance : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (2 Tm 3:16, Segond 1910), afin que l’homme de Dieu soit « accompli » (v. 17).
  • Jugement des traditions : Jésus reproche d’annuler la parole de Dieu par la tradition (Mc 7:8-13) ; les Béréens examinent les Écritures pour vérifier Paul (Ac 17:11) ; défense d’ajouter ou de retrancher (Dt 4:2 ; Ap 22:18-19).
  • Faillibilité des conciles : des conciles se sont contredits (Constantinople 754 et Nicée II 787 sur les images, par exemple) ; seule une norme inspirée peut juger.
  • Histoire : selon eux, les abus médiévaux (indulgences, purgatoire) ont prospéré faute de soumission à l’Écriture.

Critiques de ses opposants

  • Catholiques : Paul demande de retenir les instructions reçues « soit par notre parole, soit par notre lettre » (2 Th 2:15, Segond 1910) ; l’Église est « la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tm 3:15). Le canon lui-même n’est pas donné par l’Écriture mais reçu de l’Église ; sola scriptura ne serait donc pas enseignée par l’Écriture seule.
  • Orthodoxes : l’Écriture est le cœur de la Tradition vivante de l’Église ; l’en isoler revient à la lire hors de la communauté qui l’a reçue.
  • Argument historique : la multiplication des confessions protestantes montrerait que l’Écriture seule ne suffit pas à trancher les désaccords (argument déjà développé par Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, 1688).
  • Critiques internes : des protestants reconnaissent que la pratique a souvent glissé vers une lecture individuelle sans tradition (Mathison, 2001).

Textes clés

Dt 4:2 ; Es 8:20 ; Mt 15:3-9 ; Mc 7:8-13 ; Jn 20:31 ; Ac 17:11 ; 1 Co 4:6 ; 2 Tm 3:15-17 ; 2 P 1:19-21 ; Ap 22:18-19. En sens contraire : 1 Co 11:2 ; 2 Th 2:15 ; 3:6 ; 1 Tm 3:15 ; Jn 21:25.

Bibles qui la portent : les préfaces des Bibles de la Réforme (préface de Calvin à la Bible d’Olivétan, 1535 ; Bible de Genève anglaise, 1560) et des Bibles protestantes françaises (Bible de Martin, Bible d’Ostervald) présentent l’Écriture comme règle unique. La Bible de Douai-Reims (NT 1582) défend au contraire, dans ses notes, l’autorité de la tradition.

Voir aussi

Sources

  • Martin Luther, discours de Worms, 18 avril 1521 (Weimarer Ausgabe, t. 7, p. 838).
  • Formule de concorde (1577), Épitomé, « De la règle et norme » ; Trente-Neuf Articles, art. 6 ; Confession de Westminster (1646), chap. I.
  • Concile de Trente, session IV (8 avril 1546), Decretum de canonicis Scripturis.
  • Robert Bellarmin, Disputationes de controversiis, « De verbo Dei » (1586).
  • Heiko A. Oberman, The Harvest of Medieval Theology, 1963.
  • Keith A. Mathison, The Shape of Sola Scriptura, Canon Press, 2001 (défense).
  • Jacques-Bénigne Bossuet, Histoire des variations des Églises protestantes, 1688 (critique).
  • Yves Congar, La Tradition et les traditions, 2 vol., 1960-1963 (point de vue catholique).