En bref
La doctrine de la Trinité affirme qu’il y a un seul Dieu en trois personnes (Père, Fils et Saint-Esprit), égales, coéternelles et de même substance. C’est la confession commune des Églises catholique, orthodoxes et des grandes Églises protestantes, formulée aux conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381). Ses défenseurs la tiennent pour la synthèse fidèle de ce que l’Écriture dit du Père, du Fils et de l’Esprit ; ses critiques (unitariens, ariens, modalistes, unicitaires) y voient une construction postérieure au Nouveau Testament, marquée par la philosophie grecque et la politique impériale.
Origine et généalogie
Formules anciennes (documentées). Le Nouveau Testament contient des formules à trois termes : « baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28:19, Segond 1910) ; 2 Co 13:13 ; 1 Co 12:4-6 ; Ép 4:4-6 ; 1 P 1:2. La Didachè 7 (fin du Ier ou début du IIe siècle) reprend la formule baptismale ; Ignace d’Antioche (vers 110) et Justin (Première Apologie 13, vers 155) associent le Père, le Fils et l’Esprit prophétique dans le culte. Contesté : pour les critiques, ces formules ne disent pas l’égalité ni l’unité de substance ; pour les partisans, elles en sont la matière.
Première attestation du mot. Théophile d’Antioche, À Autolycus II, 15 (vers 180), parle de la trias « de Dieu, de son Verbe et de sa Sagesse » à propos des trois premiers jours de la création. Tertullien, Contre Praxéas (vers 213), emploie trinitas et donne la formule qui restera en Occident : une seule « substance » en trois « personnes » (Adversus Praxean 2 ; 11-12 ; 25), contre le Modalisme de Praxéas. Origène développe la distinction des trois hypostases (Des principes I, 2-3), avec une subordination du Fils que les ariens invoqueront.
Diffusion et définition.
- Crise arienne (voir Arianisme) : le concile de Nicée (325), convoqué par Constantin Ier, déclare le Fils « engendré, non créé, consubstantiel (homoousios) au Père ». Eusèbe de Césarée signe avec réserves.
- Athanase d’Alexandrie défend Nicée pendant un demi-siècle (Discours contre les ariens, vers 339-345 ; Sur les décrets de Nicée, vers 350), cinq fois exilé.
- Les Cappadociens (Basile de Césarée, Sur le Saint-Esprit, 375 ; Grégoire de Nazianze, Discours théologiques, 380 ; Grégoire de Nysse) distinguent ousia (substance commune) et hypostasis (personne).
- Concile de Constantinople (381) : symbole dit de Nicée-Constantinople, qui confesse l’Esprit « Seigneur et vivifiant », « adoré et glorifié avec le Père et le Fils ». L’édit de Thessalonique (380, Théodose Ier) fait de la foi nicéenne la religion de l’Empire.
- Augustin d’Hippone, De Trinitate (vers 400-420), et le symbole Quicumque (dit d’Athanase, latin, Ve-VIe siècle).
- Filioque : ajouté en Espagne (Tolède III, 589), cause durable de division entre Orient et Occident.
- Réforme : les réformateurs gardent la doctrine ; Jean Calvin fait condamner Michel Servet (1553) ; voir Unitarisme.
Chronologie.
- vers 100 : Didachè 7.
- vers 180 : Théophile, À Autolycus II, 15, trias.
- vers 213 : Tertullien, Contre Praxéas, trinitas.
- 325 : concile de Nicée, homoousios.
- 381 : concile de Constantinople.
- vers 400-420 : Augustin, De Trinitate.
- 589 : Tolède III, Filioque.
Ce que dit la doctrine
- Il n’y a qu’un seul Dieu (Dt 6:4).
- Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont chacun pleinement Dieu, et ne sont pas trois dieux.
- Ils sont réellement distincts : le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas l’Esprit (contre le modalisme).
- Le Fils est éternellement engendré du Père, non créé (contre l’arianisme) ; l’Esprit procède du Père (et du Fils, selon l’Occident).
Arguments de ses partisans
- La divinité du Fils : « la Parole était Dieu » (Jn 1:1) ; « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20:28) ; Ph 2:6 ; Col 2:9 ; He 1:8 ; les attributs et le culte rendus au Christ (Jn 5:23 ; Ap 5:13).
- La personnalité de l’Esprit : il enseigne, intercède, peut être attristé (Jn 14:26 ; Rm 8:26 ; Ép 4:30) ; mentir à l’Esprit, c’est mentir à Dieu (Ac 5:3-4).
- La distinction : baptême de Jésus (Mt 3:16-17), prière du Fils au Père (Jn 17), envoi de l’Esprit par le Père et le Fils (Jn 14:16 ; 15:26).
- Le monothéisme maintenu : Dt 6:4 et 1 Co 8:6.
- La continuité : le mot est nouveau, la foi ancienne ; les conciles ont défini contre des nouveautés (Arius, Sabellius).
Critiques de ses opposants
- Le mot et la formule ne sont pas dans la Bible ; homoousios vient du vocabulaire philosophique (critique unitarienne et témoin).
- Les textes de subordination : « le Père est plus grand que moi » (Jn 14:28) ; le Fils ignore le jour (Mc 13:32) ; « premier-né de toute la création » (Col 1:15) ; « le seul vrai Dieu » (Jn 17:3) ; « un seul Dieu, le Père » (1 Co 8:6).
- L’histoire : la thèse de l’« hellénisation » du christianisme (Adolf von Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 1886-1890) ; le rôle de l’empereur à Nicée.
- Les versets ajoutés : la Comma johannique (1 Jn 5:7) était le seul énoncé explicite d’une trinité dans le texte et elle est absente des manuscrits grecs anciens (voir ci-dessous).
- La cohérence logique : trois personnes, un seul Dieu serait contradictoire (critique de Socin, de Priestley, de l’islam).
Textes clés
Dt 6:4 ; Es 9:5-6 ; 48:16 ; Mt 3:16-17 ; 28:19 ; Jn 1:1-18 ; 5:18-23 ; 8:58 ; 10:30 ; 14:9-28 ; 15:26 ; 17:3 ; 20:28 ; Ac 5:3-4 ; 20:28 ; Rm 9:5 ; 1 Co 8:6 ; 2 Co 13:13 ; Ph 2:5-11 ; Col 1:15-20 ; 2:9 ; Tt 2:13 ; He 1:1-13 ; 2 P 1:1 ; 1 Jn 5:7-8, 20.
Dans les traductions
- 1 Jn 5:7 : la Comma johannique, introduite dans le texte grec d’Érasme en 1522 et présente dans le Textus Receptus, la King James 1611, la Bible de Martin et la Bible d’Ostervald ; absente ou entre crochets ailleurs. Voir 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique.
- Jn 1:1 : « la Parole était Dieu » (presque toutes) ; « la Parole était un dieu » (Traduction du monde nouveau) ; the Logos was divine (James Moffatt, NT 1913) et the Word was divine (Edgar Goodspeed, NT 1923).
- Jn 1:18 : « le Fils unique » ou « Dieu Fils unique » selon le texte grec suivi ; voir Jean 1-18 - le Fils unique ou Dieu unique.
- 1 Tm 3:16 : « Dieu a été manifesté » ou « celui qui a été manifesté » ; voir 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté.
- Rm 9:5 : la ponctuation décide si « Dieu béni éternellement » s’applique au Christ (Segond 1910, KJV, New International Version, English Standard Version) ou forme une doxologie au Père (Revised Standard Version 1952, Traduction du monde nouveau). Les manuscrits anciens ne sont pas ponctués.
- Tt 2:13 et 2 P 1:1 : « notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » (une personne : RV, NIV, ESV, selon la règle de Granville Sharp, 1798) ou « du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ » (deux personnes possibles : KJV, Segond 1910).
- Ac 20:28 : « l’Église de Dieu » ou « l’Église du Seigneur », et « son propre sang » ou « le sang de son propre (Fils) » : variantes et traductions divergentes.
- He 1:8 : « Ton trône, ô Dieu » ou « Dieu est ton trône » (Traduction du monde nouveau, note de la RSV).
- Mt 28:19 : texte stable dans tous les manuscrits ; la forme courte « en mon nom » est tirée de citations d’Eusèbe de Césarée (thèse de F. C. Conybeare, 1901, contestée).
Financement et réseaux
Documenté : le soutien impérial à Nicée (Constantin) et à Constantinople (Théodose Ier). Ce soutien est documenté, mais il a aussi profité aux partis ariens sous Constance II et Valens. Allégué : que la doctrine aurait été « inventée » par Constantin (thèse répandue en ligne et dans Da Vinci Code, 2003) : non démontré, le mot et les débats sont antérieurs de plus d’un siècle.
Voir aussi
- Arianisme · Modalisme · Unitarisme · Unicité pentecôtiste · Adoptianisme
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique · Jean 1-18 - le Fils unique ou Dieu unique · 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté
- Constantin Ier · Eusèbe de Césarée · Origène · Augustin d’Hippone
Sources
- Didachè 7 ; Justin, Première Apologie 13 et 61.
- Théophile d’Antioche, À Autolycus II, 15, éd. G. Bardy, Sources chrétiennes 20, 1948.
- Tertullien, Adversus Praxean, éd. E. Evans, Londres, 1948.
- Athanase, Discours contre les ariens ; De decretis Nicaenae synodi.
- Basile de Césarée, Sur le Saint-Esprit, Sources chrétiennes 17 bis.
- Symboles de Nicée (325) et de Constantinople (381) ; Denzinger-Hünermann n° 125-126 et 150.
- Augustin, De Trinitate.
- Granville Sharp, Remarks on the Uses of the Definitive Article in the Greek Text of the New Testament, 1798.
- J. N. D. Kelly, Early Christian Doctrines, 5e éd., 1977.
- R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God: The Arian Controversy 318-381, T&T Clark, 1988.
- Lewis Ayres, Nicaea and its Legacy, Oxford, 2004.
- Murray J. Harris, Jesus as God: The New Testament Use of Theos in Reference to Jesus, Baker, 1992 (Rm 9:5, Tt 2:13, He 1:8).