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1 Timothée 3:16 : Dieu manifesté

« Dieu a été manifesté » ou « celui qui a été manifesté » : ΘΣ ou ΟΣ, une barre de différence.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

Paul cite ce qui ressemble à une hymne ancienne en six lignes.

  • Forme du Textus Receptus et du Texte majoritaire (Bible de Martin) : « Et sans contredit, le mystère de la piété est grand, savoir, que Dieu a été manifesté en chair, justifié en Esprit, vu des Anges, prêché aux Gentils, cru au monde, et élevé dans la gloire. » Grec : theos ephanerôthê en sarki, « Dieu fut manifesté en chair ».
  • Forme du texte critique (Segond 1910) : « … le mystère de la piété est grand : celui qui a été manifesté en chair, justifié par l’Esprit… » Grec : hos ephanerôthê en sarki, « qui fut manifesté en chair ».
  • Troisième forme : ho (« ce qui », neutre, accordé à « mystère »), surtout en latin : quod manifestatum est.

Dans les onciaux, « Dieu » s’écrit en abrégé ΘΣ, avec une barre au-dessus et une barre au milieu du Θ ; « qui » s’écrit ΟΣ. La différence tient à deux traits de plume.

Les témoins

Faits documentés (Metzger ; Robinson-Pierpont vérifié) :

  • hos (« qui ») : Codex Sinaiticus (première main), Codex Alexandrinus (première main, selon la plupart des examinateurs), Codex Ephraemi Rescriptus (première main, selon la plupart), F et G (IXe siècle), 33, 365, 442, 2127 ; versions syriaques (Peshitta et Harcléenne, qui ont un relatif), coptes sahidique et bohaïrique, gothique ; Origène (en latin), Épiphane, Jérôme (à vérifier pour chacun).
  • ho (« ce qui ») : D (Codex Claromontanus, première main), la Vetus Latina et la Vulgate ; des Pères latins (Ambrosiaster, Pélage, Augustin).
  • theos (« Dieu ») : des correcteurs du Sinaiticus (tardif), de l’Alexandrinus, de C et de D ; K, L, P, Ψ, 81, 1739 (à vérifier) et la masse des manuscrits byzantins ; des Pères grecs à partir de la fin du IVe siècle (Grégoire de Nysse, Didyme, Chrysostome, Théodoret ; à vérifier pour chacun).
  • Texte byzantin Robinson-Pierpont : theos (vérifié).
  • Bible éthiopienne : à vérifier.

Le cas de l’Alexandrinus. Le débat porte sur ce qu’a écrit la première main. Plusieurs savants des XVIIe et XVIIIe siècles (Patrick Young, puis Wettstein) ont discuté la barre du Θ ; Wettstein jugea qu’elle venait d’un trait de la page au verso, visible par transparence, et que l’abréviation avait été retouchée par une main plus récente. John William Burgon soutint au contraire que les traces montraient ΘΣ. Les éditeurs modernes, après examen du manuscrit, lisent ΟΣ en première main ; les défenseurs du texte reçu contestent cette lecture. Le même débat existe pour le Codex Ephraemi Rescriptus, palimpseste difficile à lire.

D’où vient la différence

  • Explication du texte critique (Metzger, cote {A}) : hos est la leçon la plus difficile, grammaticalement (un masculin après le neutre « mystère ») et doctrinalement (pas de sujet exprimé). Les copistes l’auraient corrigée de deux façons : en ho, pour l’accorder à « mystère », ou en theos, pour donner un sujet clair et une affirmation explicite de la divinité du Christ. Le passage de ΟΣ à ΘΣ demande seulement l’ajout de deux traits. Le relatif est fréquent au début des hymnes christologiques (Ph 2:6, Col 1:15).
  • Explication des défenseurs : theos est la leçon originale, et ΘΣ est devenu ΟΣ quand la barre s’est effacée ou a été mal lue, accident facile sur un manuscrit usé. La leçon hos ferait une phrase sans antécédent, grammaticalement impossible ; les versions qui ont un relatif peuvent refléter la traduction plutôt que le grec. Certains ont vu dans le changement une correction volontaire par des copistes hostiles à la divinité du Christ (Burgon parle d’altérations doctrinales) ; c’est une hypothèse.

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611« God was manifest in the flesh »
Bible de Martin« Dieu a été manifesté en chair »
Bible d’Ostervald« Dieu a été manifesté en chair » (édition de 1811 vérifiée)
Bible Segond 1910« celui qui a été manifesté en chair »
Bible Darby« Dieu a été manifesté en chair »
Bible de Jérusalemà vérifier
Traduction œcuménique de la Bibleà vérifier
Segond 21« Dieu » (« Dieu est apparu comme un homme »)
Bible du Semeur« Christ… s’est révélé comme un être humain » (le nom du Christ est explicité)
New International Version« He appeared in the flesh » (« il »)
English Standard Version« He was manifested in the flesh » (« il »)
Bible éthiopienne (guèze)à vérifier

La Nouvelle Édition de Genève (1979) revient à « Dieu a été manifesté en chair ». La Darby, qui suit souvent le texte critique, garde ici « Dieu ». La Crampon (1923) et la Synodale (1921) ont « celui qui ».

Ce qu’en disent les deux camps

Défenseurs du texte reçu ou majoritaire. John William Burgon a consacré à ce verset une longue dissertation dans The Revision Revised (1883), contre la Revised Version qui avait adopté « He who ». Il y invoque la masse des manuscrits, les Pères grecs, et son propre examen de l’Alexandrinus. Edward F. Hills et les défenseurs du texte majoritaire (Hodges et Farstad ; Robinson) gardent theos. Ce verset est l’un des rares où le texte reçu, le texte majoritaire et la Darby s’accordent contre le texte critique.

Partisans du texte critique. Bruce Metzger (Textual Commentary, cote {A}) : aucun oncial ancien de première main n’a theos ; la leçon apparaît d’abord chez des correcteurs et des Pères de la fin du IVe siècle. Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort avaient déjà retenu hos (1881). Ce n’est pas Hort mais l’évêque Charles Ellicott, président de la compagnie de révision du Nouveau Testament, qui défendit publiquement le texte de la révision ; la dissertation de Burgon sur 1 Tm 3:16 fait partie de sa réponse à Ellicott. Frederick Henry Ambrose Scrivener, de son côté, défendait theos comme Burgon, tout en admettant que l’état de l’Alexandrinus rend la lecture de la première main difficile (à vérifier pour la formulation dans sa Plain Introduction).

Enjeu

Avec theos, le verset est une affirmation directe de l’incarnation de Dieu. Avec hos, il parle du Christ (« celui qui a été manifesté en chair »), ce qui suppose sa préexistence sans le nommer Dieu. La divinité du Christ reste affirmée dans d’autres passages de tous les manuscrits ; ce verset a surtout pesé dans les débats sur la Revised Version de 1881 et sur les Bibles modernes.

Voir aussi

Codex Alexandrinus · Codex Sinaiticus · Codex Ephraemi Rescriptus · Textus Receptus · Texte majoritaire · Texte byzantin Robinson-Pierpont · Texte de Westcott et Hort · Revised Version · John William Burgon · Brooke Foss Westcott · Fenton John Anthony Hort · Frederick Henry Ambrose Scrivener · Bruce Metzger · Edward F. Hills · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur 1 Tm 3:16.
  • John W. Burgon, The Revision Revised, Londres, John Murray, 1883, réponse à l’évêque Ellicott, avec la dissertation sur 1 Tm 3:16.
  • B. F. Westcott et F. J. A. Hort, The New Testament in the Original Greek, vol. 2, Introduction and Appendix, Cambridge, 1881, « Notes on Select Readings ».
  • F. H. A. Scrivener, A Plain Introduction to the Criticism of the New Testament, 4e éd., 1894.
  • Johann Jakob Wettstein, Novum Testamentum Graecum, Amsterdam, 1751-1752, apparat sur 1 Tm 3:16.
  • Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, The New Testament in the Original Greek: Byzantine Textform, 2018.
  • Textes français vérifiés en ligne : Martin, Ostervald 1811, Darby, Segond 1910, Segond 21, NEG 1979, Semeur, Sacy, Crampon 1923, Synodale 1921, NIV, ESV.