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En bref
L’arianisme, du nom du prêtre alexandrin Arius, enseigne que le Fils de Dieu est la première et la plus haute des créatures, créé par le Père avant les siècles et par qui tout le reste a été fait, mais qu’il n’est pas éternel ni de même substance que le Père : « il fut un temps où il n’était pas ». Condamné à Nicée (325), il a pourtant été, sous la forme modérée de l’homéisme (« le Fils est semblable au Père selon les Écritures »), la confession officielle de l’Empire sous Constance II et Valens, puis celle des Goths, des Vandales et des Lombards. Le mot est aujourd’hui employé, souvent comme reproche, pour toute christologie qui fait du Fils un être créé.
Origine et généalogie
Première attestation documentée. Arius (vers 256-336), prêtre de l’église de Baucalis à Alexandrie, entre en conflit avec son évêque Alexandre vers 318-320 (date discutée). Ses propres textes conservés sont rares : la lettre à Eusèbe de Nicomédie (vers 318, citée par Épiphane, Panarion 69, 6, et Théodoret, Histoire ecclésiastique I, 5), où il dit que le Fils « n’est pas inengendré » et « avant d’être engendré, il n’était pas » ; la profession de foi adressée à Alexandre (vers 320) ; et des fragments de la Thalie, poème connu par Athanase (Discours contre les ariens I, 5-6 ; Des synodes 15).
Précurseurs revendiqués. Arius et ses alliés se disaient « collucianistes », disciples de Lucien d’Antioche (mort martyr en 312) ; la filiation est attestée par la lettre d’Arius, mais la doctrine propre de Lucien reste discutée. Ils invoquaient aussi la subordination du Fils chez Origène et chez Denys d’Alexandrie. Contesté : les nicéens répondaient qu’Origène affirmait la génération éternelle du Fils.
Diffusion.
- Synode d’Alexandrie (vers 320-321) : Alexandre excommunie Arius ; Eusèbe de Nicomédie et Eusèbe de Césarée le soutiennent.
- Concile de Nicée (325) : Arius est condamné et exilé ; le symbole anathématise ceux qui disent « il fut un temps où il n’était pas ».
- Retour en faveur : Constantin Ier rappelle Arius (vers 327-335) ; Athanase est exilé (335) ; Arius meurt en 336 à Constantinople. Constantin est baptisé sur son lit de mort (337) par Eusèbe de Nicomédie.
- Constance II (337-361) favorise les anti-nicéens. Les partis se divisent : anoméens (Aèce, Eunome : le Fils « dissemblable »), homéousiens (Basile d’Ancyre : « de substance semblable ») et homéens (Acace de Césarée, Eudoxe : « semblable selon les Écritures », sans parler de substance). La « seconde formule de Sirmium » (357) interdit les mots ousia et homoousios. Les conciles de Rimini et de Séleucie (359) et de Constantinople (360) imposent l’homéisme : Jérôme écrira que « le monde gémit et s’étonna d’être arien » (Dialogue contre les lucifériens 19).
- Ulfila, consacré évêque des Goths vers 341 par Eusèbe de Nicomédie, professe l’homéisme et traduit la Bible en gothique (Bible gothique) ; son credo est conservé par son disciple Auxence de Durostorum. Les Goths, puis les Vandales, Burgondes et Lombards, adoptent cette confession.
- Fin : Théodose Ier et le concile de Constantinople (381) rétablissent Nicée dans l’Empire ; les royaumes germaniques restent homéens : conversion des Wisigoths d’Espagne sous Reccared (Tolède III, 589), des Lombards au VIIe siècle.
- Reprises modernes : Isaac Newton (antitrinitaire en privé), William Whiston (Primitive Christianity Reviv’d, 1711-1712), Samuel Clarke (The Scripture-Doctrine of the Trinity, 1712, souvent dit « semi-arien ») ; au XIXe siècle, Charles Taze Russell, dont les héritiers (Témoins de Jéhovah) tiennent le Fils pour la première création de Dieu, tout en refusant l’étiquette « ariens » (ils ne suivent pas Arius sur d’autres points).
Chronologie.
- vers 318-320 : lettre d’Arius à Eusèbe de Nicomédie ; conflit avec Alexandre.
- 325 : concile de Nicée.
- 336 : mort d’Arius.
- vers 341 : Ulfila évêque des Goths.
- 357 : seconde formule de Sirmium.
- 359-360 : Rimini, Séleucie, Constantinople : l’homéisme officiel.
- 381 : concile de Constantinople.
- 589 : conversion des Wisigoths (Tolède III).
Ce que dit la doctrine
- Dieu (le Père) est seul inengendré, sans commencement, unique vrai Dieu.
- Le Fils a été produit par la volonté du Père, « avant les temps », de rien ; il est créature parfaite, non comme les autres créatures.
- Par lui Dieu a tout créé ; il peut être appelé « Dieu » par grâce et participation.
- Il est inférieur au Père en nature ; l’Esprit est inférieur au Fils.
- L’homéisme modéré évite ces formules tranchées et se limite à dire le Fils « semblable » au Père.
Arguments de ses partisans
- Proverbes 8:22 dans la Septante : « le Seigneur m’a créée (ektisen) au commencement de ses voies » ; la Sagesse y était lue comme le Christ, par les nicéens comme par les ariens.
- Les titres de subordination : « premier-né de toute la création » (Col 1:15) ; « le commencement de la création de Dieu » (Ap 3:14) ; « le Père est plus grand que moi » (Jn 14:28) ; « le seul vrai Dieu » (Jn 17:3) ; le Fils ignore le jour (Mc 13:32) ; il se soumettra au Père (1 Co 15:28).
- Le sens de « Fils » : un père précède son fils ; « engendré » implique un commencement.
- La simplicité de Dieu : une substance divine partagée diviserait Dieu.
Critiques de ses opposants
- Athanase : si le Fils est créature, l’adorer est idolâtrie ; et une créature ne peut diviniser les hommes (Sur l’Incarnation 54).
- Jn 1:1-3 : le Verbe était « au commencement », et « rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle » ; il n’est donc pas lui-même fait.
- La génération éternelle : « engendré » ne signifie pas « créé » ; Pr 8:22 est lu comme portant sur l’incarnation ou sur la Sagesse en tant que principe.
- « Premier-né » désigne un rang (Ps 89:28), non une origine.
- Les textes de divinité : Jn 20:28 ; Rm 9:5 ; Tt 2:13 ; He 1:8 ; Ph 2:6.
- L’histoire politique : les critiques de l’arianisme soulignent le rôle de Constance II dans les conciles homéens ; ceux de Nicée, le rôle de Constantin et de Théodose. Les deux camps ont eu l’appui d’un empereur.
Textes clés
Pr 8:22-31 ; Mc 13:32 ; Jn 1:1-3, 14, 18 ; 3:16 ; 14:28 ; 17:3 ; 20:28 ; 1 Co 8:6 ; 15:24-28 ; Ph 2:6-11 ; Col 1:15-18 ; He 1:2-8 ; Ap 3:14.
Dans les traductions
- Pr 8:22 : qanani est rendu « m’a créée » dans la Septante ; « m’a possédée » (Bible de Martin, King James 1611 possessed me) ; « m’a créée » (Bible Segond 1910) ; « m’a acquise » ou « m’a engendrée » ailleurs (relevé par traduction à vérifier). Le verbe hébreu peut signifier « acquérir » ou « créer ».
- Jn 1:1 : « un dieu » dans la Traduction du monde nouveau (voir sa fiche et Trinité).
- Jn 1:18 : voir Jean 1-18 - le Fils unique ou Dieu unique.
- Col 1:16-17 : ajout de « autres » (« toutes les autres choses ») dans la Traduction du monde nouveau.
- Ph 2:6 : harpagmos : « une proie à arracher » (Segond 1910), robbery (KJV : il ne tenait pas pour une usurpation d’être égal à Dieu), « une usurpation, à savoir être égal à Dieu » (Traduction du monde nouveau), « un butin à garder » ou « un privilège à exploiter » (traductions modernes). Le sens du mot est discuté chez tous les exégètes.
- Bible gothique : la traduction d’Ulfila est réputée fidèle ; le seul passage souvent cité comme coloré par sa christologie est Ph 2:6, rendu galeiko guda, « semblable à Dieu », plutôt qu’« égal » (texte gothique de l’édition de Wilhelm Streitberg, Die gotische Bibel, 1908-1910) ; la portée doctrinale de ce choix est discutée.
Financement et réseaux
Documenté : soutien impérial sous Constance II et Valens ; protection des rois germaniques homéens. Allégué : rien de spécifique. Non démontré : aucun financement occulte.
Voir aussi
- Trinité · Adoptianisme · Unitarisme · Modalisme
- Lucien d’Antioche · Eusèbe de Césarée · Constantin Ier · Ulfila · Bible gothique · Charles Taze Russell · Traduction du monde nouveau
Sources
- Arius, Lettre à Eusèbe de Nicomédie (Épiphane, Panarion 69, 6 ; Théodoret, HE I, 5) ; Profession de foi à Alexandre (Athanase, Des synodes 16).
- Athanase, Discours contre les ariens ; Des synodes ; Sur l’Incarnation du Verbe.
- Hans-Georg Opitz, Urkunden zur Geschichte des arianischen Streites, 1934 (documents de la crise).
- Jérôme, Dialogue contre les lucifériens 19.
- Auxence de Durostorum, lettre sur Ulfila (dans les Scolies ariennes sur le concile d’Aquilée, 381).
- Rowan Williams, Arius: Heresy and Tradition, 2e éd., SCM, 2001.
- R. P. C. Hanson, The Search for the Christian Doctrine of God, T&T Clark, 1988.
- Lewis Ayres, Nicaea and its Legacy, Oxford, 2004.
- Peter Heather et John Matthews, The Goths in the Fourth Century, Liverpool, 1991.