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Charles Taze Russell

Commerçant de Pittsburgh devenu prédicateur, Russell a fondé la revue Zion's Watch Tower (1879) et le mouvement des Étudiants de la Bible, d'où sont sortis les Témoins de Jéhovah.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Commerçant de Pittsburgh devenu prédicateur, Russell a fondé la revue Zion’s Watch Tower (1879) et le mouvement des Étudiants de la Bible, d’où sont sortis les Témoins de Jéhovah. Il a bâti une chronologie qui annonçait pour 1914 la fin des « temps des nations ». Son mouvement a ensuite produit sa propre traduction, la Traduction du monde nouveau (1950-1961), après sa mort.

Provenance et confession

Russell naît en 1852 à Allegheny (aujourd’hui Pittsburgh), fils de Joseph Lytel Russell et d’Ann Eliza Birney, presbytériens d’ascendance écossaise et irlandaise ; la famille tient des magasins de vêtements, où il travaille très jeune. Anglophone, il reçoit une instruction élémentaire et n’a suivi aucune formation théologique ni appris les langues bibliques. Élevé dans le presbytérianisme, il passe à l’Église congrégationaliste, traverse une crise de foi, puis reçoit l’influence de prédicateurs adventistes (Jonas Wendell, George Storrs, Nelson Barbour) avant de fonder son propre mouvement, les Étudiants de la Bible. Il n’a été ordonné par aucune Église établie : il est élu « pasteur » par ses congrégations (à partir de 1876). Aucune appartenance à une loge n’est documentée : les grandes loges de Pennsylvanie, d’Irlande et d’Angleterre n’ont pas de trace de lui, et il a déclaré n’avoir jamais été maçon.

Vie

Faits documentés. Né à Allegheny (Pittsburgh) le 16 février 1852, il fait fortune avec son père dans une chaîne de magasins de vêtements. Ébranlé dans sa foi presbytérienne puis congrégationaliste par la doctrine du tourment éternel, il étudie la Bible avec un petit groupe à partir de 1870, reçoit l’influence d’adventistes (Jonas Wendell, George Storrs, puis Nelson Barbour, avec qui il publie Three Worlds en 1877). Il lance Zion’s Watch Tower and Herald of Christ’s Presence en juillet 1879 et fonde en 1881 la Zion’s Watch Tower Tract Society (constituée en 1884). Il publie les six volumes des Études des Écritures (Millennial Dawn, 1886-1904). Sa femme, Maria, obtient la séparation (1906-1908). L’affaire du « blé miracle » (1911-1913) et un procès en diffamation qu’il perd en 1913 nuisent à sa réputation. Il meurt dans un train au Texas le 31 octobre 1916.

Influence sur la Bible et la doctrine

Faits doctrinaux (décrits sans prise de position).

  • Chronologie. Russell enseigne que la « présence » (parousia) invisible du Christ a commencé en 1874 et que les temps des nations finiront en 1914. Les années 1914-1918 n’apportant pas la fin attendue, son successeur Joseph Rutherford réinterprète les dates. On remarquera que Russell, comme les prétéristes, parlait d’une venue invisible ; mais il la plaçait au XIXe siècle et non au Ier.
  • Christologie et autres doctrines. Russell rejetait la Trinité, l’immortalité naturelle de l’âme et l’enfer éternel ; il voyait dans le Christ préexistant une créature (identifiée à l’archange Michel). Ce sont des faits historiques ; la fiche les décrit sans prendre position.
  • Bibles. Russell n’a pas traduit. Il utilisait surtout la King James et diffusait des éditions existantes : la société acquiert en 1902 les droits de l’Emphatic Diaglott de Benjamin Wilson (interlinéaire grec-anglais), et publie en 1907 une « Bible Students’ Edition » de la King James avec des renvois à ses écrits (détail à vérifier). La Traduction du monde nouveau (comité anonyme, autour de Frederick Franz) vient après lui.
  • Sionisme. Russell prêche le retour des Juifs en Palestine comme signe prophétique ; en 1910, il s’adresse à un large public juif à l’Hippodrome de New York sur « le sionisme dans la prophétie ».

Financement et réseaux

  • Documenté : Russell a financé ses débuts avec sa propre fortune commerciale, puis la société a vécu de dons et de la vente de ses publications par les colporteurs.
  • Allégué : Fritz Springmeier (The Watchtower & the Masons, 1990) et d’autres affirment des liens de Russell avec la franc-maçonnerie et la finance juive, en s’appuyant sur des symboles et sur ses discours sionistes. Ce qui est documenté sur ces symboles : la croix et couronne a orné la couverture de The Watch Tower d’environ 1891 au début des années 1930 ; c’est un emblème chrétien courant à l’époque (utilisé aussi, entre autres, par les Templiers maçonniques et par la Science chrétienne). La pyramide du cimetière de Rosemont United (Ross Township, Pittsburgh) n’est pas sa tombe : elle a été élevée en 1921, après sa mort, par la société sous la présidence de Joseph Rutherford, sur un plan de John A. Bohnet, aux proportions de la Grande Pyramide, que Russell interprétait comme un « témoin » biblique (Études des Écritures, vol. 3). En 1913, Russell parle dans une salle maçonnique de San Francisco et y dit, en image, être « franc-maçon » au sens spirituel ; il a déclaré par ailleurs n’avoir jamais été maçon, et aucune grande loge n’a de trace de son appartenance.
  • Non démontré : aucun document ne montre un financement de Russell par les Rothschild ou d’autres banquiers.

Signaux d’alerte

  • 4. Nouveauté présentée comme le texte (documenté) : The Watch Tower du 15 septembre 1910 affirme que celui qui lit les Études des Écritures sans la Bible reste dans la lumière, tandis que celui qui les laisse de côté pour lire la Bible seule « va dans les ténèbres » dans les deux ans ; ses écrits sont ainsi présentés comme la clé nécessaire du texte. Sa chronologie (1874, 1914) est enseignée comme établie par l’Écriture.
  • 1. Passé caché ou mensonger (allégué par le pasteur baptiste J. J. Ross, Some Facts and More Facts about the Self-Styled « Pastor » Charles T. Russell, 1912-1913) : lors de l’audience de Hamilton (Ontario, 17 mars 1913), Russell aurait admis sous serment ne pas connaître le grec et n’avoir reçu aucune ordination, après avoir laissé entendre le contraire ; la plainte en diffamation de Russell contre Ross n’a pas abouti. Les sources de la Watch Tower contestent la version de Ross ; aucune transcription complète n’est publiée. Le procès perdu contre le Brooklyn Daily Eagle (1913) sur le « blé miracle » est documenté.
  • 3. Société secrète (allégué par Fritz Springmeier, The Watchtower & the Masons, 1990) : voir « Financement et réseaux » ; aucune appartenance documentée.
  • 6. Ascension inexpliquée (allégué par J. J. Ross) : titre de « pasteur » sans ordination ni formation. Le fait est exact, mais Russell avait été élu par ses congrégations, ce qui est une forme d’appel reconnue dans plusieurs traditions congrégationalistes.

Conclusion : un signal documenté (4) et un faisceau d’allégations. Le point qui mérite une enquête plus poussée est le témoignage de Hamilton (1913), à vérifier sur les pièces d’archives plutôt que sur les brochures des deux camps.

Pourquoi cette note

Critères neutres ; sa christologie et son eschatologie n’entrent pas dans la note. Texte : Russell n’a pas traduit ni modifié le texte ; la Traduction du monde nouveau est postérieure à sa mort et se juge dans sa propre fiche. Transparence : il a présenté ses écrits comme la clé nécessaire de l’Écriture et sa chronologie comme établie par elle (signal 4), et ses dates (1874, 1914) n’ont pas eu l’accomplissement annoncé. Honnêteté : procès perdu contre le Brooklyn Daily Eagle (blé miracle) et témoignage contesté de Hamilton. Indépendance : fortune personnelle, puis dons et ventes, sans financement caché démontré. 2/5.

Voir aussi

Sources

  • M. James Penton, Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah’s Witnesses, 3e éd., 2015.
  • Charles T. Russell, Studies in the Scriptures, 6 vol., 1886-1904.
  • Fritz Springmeier, The Watchtower & the Masons, 1990 (source d’allégations, non vérifiée).
  • Zion’s Watch Tower, 1879-1916 (dont le numéro du 15 septembre 1910).
  • J. J. Ross, Some Facts and More Facts about the Self-Styled « Pastor » Charles T. Russell, 1913 (source polémique).
  • Grand Lodge of British Columbia and Yukon, notice « Charles Taze Russell » (freemasonry.bcy.ca), consultée en 2026.
  • Notice sur le monument pyramidal, Rosemont United Cemetery (pittsburghcemeteries.com), consultée en 2026.