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Bible de Lefèvre d'Étaples

Première Bible complète imprimée en français traduite d'un seul tenant par un humaniste, Jacques Lefèvre d'Étaples. Le Nouveau Testament paraît à Paris en 1523, l'Ancien en 1528, la Bible entière à Anvers en 1530 (dite « Bible d'Anvers »).

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Première Bible complète imprimée en français traduite d’un seul tenant par un humaniste, Jacques Lefèvre d’Étaples. Le Nouveau Testament paraît à Paris en 1523, l’Ancien en 1528, la Bible entière à Anvers en 1530 (dite « Bible d’Anvers »). Traduite de la Vulgate, elle sert de base à presque toutes les Bibles françaises du XVIe siècle, protestantes comme catholiques (Bible d’Olivétan, Bible de Louvain).

Histoire

Faits documentés. Lefèvre, vieux savant parisien déjà connu pour ses commentaires des Psaumes et des épîtres de Paul, rejoint vers 1521 l’évêque Guillaume Briçonnet à Meaux. Le « cercle de Meaux » veut rendre l’Écriture au peuple. Le Nouveau Testament sort en 1523 chez Simon de Colines à Paris, sans nom de traducteur. La Sorbonne condamne les traductions en langue vulgaire et, en 1525, pendant la captivité de François Ier, le cercle est dispersé ; Lefèvre s’enfuit à Strasbourg. Il revient sous la protection de Marguerite d’Angoulême (future reine de Navarre), sœur du roi.

Faute de pouvoir imprimer à Paris, la Bible complète paraît en 1530 à Anvers chez Martin Lempereur (Merten de Keyser), avec un privilège impérial de Charles Quint obtenu après examen par des théologiens de Louvain. Rééditée en 1534 et 1541, elle est mise à l’Index de Louvain en 1546.

Financement. Documenté : protection et soutien de Briçonnet, puis de Marguerite de Navarre ; impression commerciale par Lempereur sous privilège impérial. Allégué : rien de significatif. Non démontré : aucune source ne montre un commanditaire financier étranger au cercle évangélique.

Texte source et méthode

Traduction de la Vulgate, assez littérale, dans un français simple. Lefèvre connaissait le grec et corrige parfois le latin d’après lui (il avait publié en 1512 un commentaire de Paul où il discutait la Vulgate), mais la base reste latine. L’hébreu de l’Ancien Testament n’est pas consulté directement.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34Suit le latin generatio : « cette génération » (à vérifier sur l’édition de 1530).
Ap 1:1Suit le latin cito : « bientôt » ou « tôt » (à vérifier).
1 Jn 5:7-8Présent, comme dans les Vulgates imprimées de l’époque (à vérifier sur un exemplaire).
Mc 16:9-20Présent, sans signe.
1 Tm 3:16Suit le latin quod : le « mystère » qui a été manifesté, et non « Dieu » (à vérifier).
Ap 22:19Suit la Vulgate : « arbre de vie » ou « livre de vie » selon le latin utilisé (à vérifier).

Notes, livres et doctrine

Contient les livres deutérocanoniques, à leur place dans la Vulgate. Peu de notes ; les prologues et épîtres exhortatives insistent sur la lecture personnelle de l’Écriture, ce qui suffit à inquiéter la Sorbonne. Lefèvre reste catholique jusqu’à sa mort (1536), mais ses idées (salut par la grâce, primauté de l’Écriture) annoncent la Réforme.

Ce qu’on lui reproche

  • Avoir mis l’Écriture en français entre les mains des laïcs. C’est le reproche des théologiens conservateurs de la Sorbonne, dont le syndic Noël Béda, qui publie en 1526 un ouvrage contre les commentaires bibliques de Lefèvre et d’Érasme ; en 1525, pendant la captivité de François Ier, une commission du Parlement condamne des œuvres de Lefèvre. Passage : l’ensemble du Nouveau Testament de 1523 et surtout les Épîtres et Évangiles pour les cinquante-deux dimanches qui l’accompagnent (le détail des propositions censurées est à vérifier). Pourquoi ce choix : les épîtres liminaires de Lefèvre disent vouloir que chacun puisse lire l’Évangile dans sa langue. Réponse : à son retour, François Ier fait lever les mesures de 1525 ; la Bible complète obtient en 1530 un privilège impérial après examen par des théologiens de Louvain.
  • Sentir la Réforme. Reproche catholique qui aboutit à la mise à l’Index de Louvain (1546). Passage : les prologues, qui insistent sur la lecture personnelle de l’Écriture et sur la grâce. Pourquoi : l’idéal évangélique du cercle de Meaux. Réponse : Lefèvre est resté dans l’Église catholique jusqu’à sa mort ; ses défenseurs (Bedouelle) le présentent comme un réformateur catholique, non comme un protestant.
  • Traduire une traduction. Reproche des réformés, qui corrigent son Nouveau Testament sur le grec dès 1535 (Bible d’Olivétan), et des historiens protestants (Lortsch). Passage : toute la Bible, surtout l’Ancien Testament, non revu sur l’hébreu. Pourquoi : la Vulgate est le texte reçu de l’Église ; Lefèvre en corrige çà et là le latin d’après le grec. Réponse : à cette date, une Bible française catholique ne pouvait guère avoir d’autre base.

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Qualités : œuvre pionnière, faite au prix de l’exil, qui a mis l’Écriture entière dans les mains des francophones ; style sobre, sans doctrine imposée. Réserves : elle traduit une traduction (la Vulgate) ; même fidèle au latin, elle reste à deux pas de l’hébreu et du grec, et l’Ancien Testament n’est pas revu sur l’hébreu. Les leçons latines qu’elle suit (1 Tm 3:16, Ap 22:19) ne sont pas un défaut en soi : ce sont celles de son texte source, et la question de la meilleure leçon est traitée dans les fiches des textes sources. Critères retenus : fidélité à sa source (bonne), distance aux originaux (grande), notes (peu nombreuses, non doctrinales), indépendance (réelle, au prix de l’exil). 3/5. Pour l’homme, voir sa fiche ; son courage mérite davantage que la note de la traduction.

Voir aussi

Sources

  • Pierre-Maurice Bogaert (dir.), Les Bibles en français. Histoire illustrée du Moyen Âge à nos jours, Brepols, 1991.
  • Bettye Thomas Chambers, Bibliography of French Bibles, t. I, Droz, 1983.
  • Guy Bedouelle, Lefèvre d’Étaples et l’intelligence des Écritures, Droz, 1976.
  • Frédéric Delforge, La Bible en France et dans la francophonie, Publisud / Société biblique française, 1991.
  • Daniel Lortsch, Histoire de la Bible en France, Paris, Société biblique britannique et étrangère, 1910 (point de vue protestant, à croiser avec Bogaert).
  • Article « Traductions de la Bible en français », Wikipédia (consulté le 2026-10-27).
  • Noël Béda, Annotationum in Iacobum Fabrum Stapulensem libri duo, et in Desiderium Erasmum liber unus, Paris, 1526.
  • « Jacques Lefèvre d’Étaples », notices biographiques (wehd.com ; Schaff-Herzog, ccel.org), consultées le 2026-10-27, pour la condamnation de 1525 et sa levée.