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Vulgate

La Vulgate (« répandue, commune ») est la traduction latine de la Bible due pour l'essentiel à Jérôme de Stridon, à la fin du IVe siècle. Pendant plus de mille ans, elle a été la Bible de l'Occident.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La Vulgate (« répandue, commune ») est la traduction latine de la Bible due pour l’essentiel à Jérôme de Stridon, à la fin du IVe siècle. Pendant plus de mille ans, elle a été la Bible de l’Occident. Le concile de Trente (1546) l’a déclarée « authentique » pour l’Église catholique, et presque toutes les traductions catholiques jusqu’au XXe siècle ont été faites à partir d’elle.

Histoire

Documenté :

  • En 382, le pape Damase demande à Jérôme, son secrétaire, de réviser les Évangiles latins (Vetus Latina). La révision paraît vers 384. Damase est donc le commanditaire ; Jérôme est entretenu à Rome, puis à Bethléem par de riches patriciennes, notamment Paula et sa fille Eustochium, qui financent son monastère.
  • À Bethléem (386-420), Jérôme traduit l’Ancien Testament directement de l’hébreu (vers 390-405), ce qui lui vaut des critiques, dont celles d’Augustin d’Hippone, qui préférait la Septante.
  • Le reste du NT (Actes, épîtres, Apocalypse) a été révisé par d’autres, peut-être Rufin le Syrien ; c’est la thèse dominante.
  • Le texte s’est corrompu au fil des copies ; Alcuin d’York en fit une révision pour Charlemagne (vers 800). Le Codex Amiatinus (vers 700) est le meilleur manuscrit complet.
  • Trente la déclare authentique (1546) ; l’édition sixtine (1590) est vite retirée ; l’édition clémentine (1592) devient le texte officiel jusqu’en 1979 (Néo-Vulgate).
  • La Bible de Gutenberg (vers 1455) est une Vulgate.

Texte source et méthode

L’AT hébreu de Jérôme est proche du Texte massorétique. Les Psaumes en usage liturgique sont pourtant le « psautier gallican », révisé d’après la Septante, et non sa traduction de l’hébreu. Le NT est une révision du latin ancien d’après des manuscrits grecs.

Choix discutés : paenitentiam agite (Mt 3:2 ; 4:17), lu au Moyen Âge comme « faites pénitence » (le sacrement), alors que le grec dit « changez d’esprit » ; Érasme et Martin Luther l’attaquèrent. En Gn 3:15, ipsa conteret (« elle t’écrasera ») a nourri la lecture mariale ; l’hébreu a un masculin ou neutre.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34non praeteribit generatio haec (« cette génération »)
Ap 1:1quae oportet fieri cito (« bientôt ») ; Ap 22:10 tempus enim prope est
1 Jn 5:7-8absente des meilleurs manuscrits anciens (Amiatinus, Fuldensis) ; le prologue des épîtres catholiques attribué à Jérôme reproche aux traducteurs de l’avoir omise ; présente dans la Clémentine (1592)
Mc 16:9-20présente
Jn 7:53-8:11présente
1 Tm 3:16quod manifestatum est (« ce qui a été manifesté »), sans « Dieu »
Ap 22:19de libro vitae (« livre de vie ») ; c’est la source probable de la leçon du Textus Receptus, qu’Érasme retraduisit du latin
Ac 8:37absent des meilleurs manuscrits anciens ; présent dans la Clémentine

Notes, livres et doctrine

Les deutérocanoniques sont inclus. Jérôme les distinguait des livres hébreux (préfaces, dont le Prologus galeatus) ; l’Église ne l’a pas suivi. La Clémentine ajoute en appendice la prière de Manassé et 3-4 Esdras.

Ce qu’on lui reproche

  • Abandonner la Septante des apôtres et suivre les Juifs (Augustin d’Hippone, Lettres 71 et 82, 403-405 ; Rufin d’Aquilée, Apologie contre Jérôme, vers 401) : Augustin craint de diviser les Églises latines et grecques ; il raconte qu’à Oea (Tripoli), le peuple s’émut quand on lut en Jonas 4:6 « lierre » (hedera) au lieu de la « courge » habituelle. Rufin accuse Jérôme de judaïser. Pourquoi : Jérôme (préfaces, Prologus galeatus, Lettre 112) répond que seul l’hébreu fait foi contre les Juifs qui rejettent la Septante, et qu’il a consulté des maîtres juifs pour cela.
  • Des mots qui ont porté une doctrine (Érasme, Annotationes 1516 ; Luther ; puis les protestants) : paenitentiam agite (Mt 4:17) lu « faites pénitence » ; gratia plena (Lc 1:28) pour kecharitômenè (Érasme proposait gratiosa) ; sacramentum pour mystèrion en Ep 5:32, cité pour le mariage-sacrement ; ipsa conteret en Gn 3:15. Réponse catholique : ces mots ne créent pas la doctrine, qui s’appuie sur la tradition ; ipsa est une leçon de copistes, l’hébreu de Jérôme lui-même (Questions hébraïques) ayant le masculin ; le concile de Trente ne s’appuie pas sur ces seuls mots.
  • Une traduction placée au-dessus des originaux (protestants, dès Calvin, Acta synodi Tridentinae cum antidoto, 1547) : Trente (1546) déclare la Vulgate « authentique ». Réponse catholique : « authentique » veut dire juridiquement sûre en matière de foi, non supérieure à l’hébreu et au grec ; Pie XII le précise dans Divino afflante Spiritu (1943).
  • La Sixtine et ses milliers de corrections : le protestant Thomas James (Bellum papale, 1600) relève environ deux mille différences entre l’édition de Sixte V (1590), déclarée définitive sous peine d’excommunication, et celle de Clément VIII (1592), pour montrer que les papes se contredisent. Réponse : la préface de la Clémentine (attribuée à Robert Bellarmin) attribue les fautes aux imprimeurs ; c’est contesté par les historiens.
  • Moïse « cornu » (Ex 34:29, cornuta) : critique moderne d’un contresens, à l’origine des cornes du Moïse de Michel-Ange. Pourquoi : l’hébreu qaran est de la même racine que « corne » ; Jérôme, dans son commentaire sur Amos, l’entend comme une image de la gloire. Les deux lectures sont défendues.
  • Une Bible du papisme (courant King James seulement : Benjamin G. Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, 1930) : Jérôme aurait suivi les manuscrits d’Origène et d’Eusèbe, contre une « Itala » pure gardée par les Vaudois. Réponse des historiens : l’Itala d’Augustin est une version latine du IVe siècle, et les Vaudois lisaient des traductions faites sur la Vulgate.

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Interprétation : œuvre savante, traduite pour l’AT sur l’hébreu, d’une grande qualité pour l’époque, et sans notes. Réserves sur le texte : le NT n’est qu’une révision du latin ancien, le psautier liturgique vient de la Septante, quelques rendus ont ensuite porté des lectures doctrinales (paenitentiam agite lu comme « faites pénitence » ; ipsa en Gn 3:15, leçon dont l’attribution à Jérôme est discutée), et le texte s’est altéré au fil des copies, au point que des leçons latines (Comma, Ap 22:19) sont entrées dans le grec imprimé. L’usage exclusif qu’en a fait l’Église latine, puis le décret de Trente, relèvent de la politique ecclésiastique plutôt que de la qualité de la traduction : ils sont décrits plus haut mais ne comptent pas dans la note. 4/5 (3/5 dans la première version de cette fiche, qui comptait ce monopole).

Voir aussi

Jérôme de Stridon · Vetus Latina · Alcuin d’York · Bible de Gutenberg · Polyglotte d’Alcalá · Bible de Wycliffe · Bible de Douai-Reims · Textus Receptus · Novum Instrumentum d’Érasme

Sources

  • Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon Press, 1977, ch. 7 (« The Latin Versions », qui traite aussi de la Vulgate ; le ch. 8 est la version gothique).
  • Pierre-Maurice Bogaert, « La Bible latine des origines au Moyen Âge », Revue théologique de Louvain 19, 1988.
  • H. A. G. Houghton, The Latin New Testament, Oxford University Press, 2016.
  • Pierre Nautin, art. « Hieronymus », Theologische Realenzyklopädie 15, 1986.
  • Robert Weber et Roger Gryson, Biblia Sacra iuxta Vulgatam Versionem, Deutsche Bibelgesellschaft, 5e éd. 2007.
  • Augustin, Lettres 71 et 82 ; Jérôme, Lettre 112 et Prologus galeatus ; Rufin, Apologia contra Hieronymum.
  • Érasme, Annotationes in Novum Testamentum, Bâle, 1516 (Mt 4:17 ; Lc 1:28 ; Ep 5:32).
  • Concile de Trente, session IV, décret Insuper (8 avril 1546) ; Jean Calvin, Acta synodi Tridentinae cum antidoto, 1547.
  • Thomas James, Bellum papale, sive Concordia discors Sixti Quinti et Clementis Octavi, Londres, 1600.
  • Pie XII, encyclique Divino afflante Spiritu, 1943.
  • Benjamin G. Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, Washington, 1930.