Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Géorgie (royaume d’Ibérie, puis de Kartli) devient chrétienne au IVe siècle. Une première traduction de la Bible y est faite au Ve siècle, peu après l’arménienne. Elle est ensuite révisée à plusieurs reprises pour la rapprocher du grec, surtout par les moines géorgiens du mont Athos aux Xe-XIe siècles. La Bible géorgienne est donc une version en couches : une ancienne traduction, puis une « vulgate » géorgienne alignée sur le texte byzantin.
Histoire
Documenté :
- Ve siècle : premières traductions (évangiles, psautier, puis le reste). Il en reste des fragments palimpsestes dits khanmeti (d’après un préfixe grammatical archaïque), dont des fragments de Jérémie venus de la Genizah du Caire, effacés et recouverts d’un texte hébreu (Oxford, Bodleian, acquis en 1894 ; Cambridge, publiés par Robert P. Blake en 1932). L’origine de cette première version (sur l’arménien, sur le syriaque ou sur le grec) est discutée ; Metzger expose les deux thèses sans trancher.
- 897 : les Évangiles d’Adych, copiés par le scribe Michel au monastère de Chatberdi (Tao-Klarjéthie, aujourd’hui en Turquie) ; ils témoignent de l’ancienne version. Ils sont conservés au musée de Mestia (Svanétie) et ont été publiés en fac-similé par Takaïchvili (1916), puis édités par Robert P. Blake et Maurice Brière (Patrologia Orientalis, 1928-1955).
- 978 : la Bible d’Oshki (Athos, Iviron géorg. 1), grand manuscrit de l’Ancien Testament copié au monastère d’Oshki en Tao, puis apporté à l’Athos. Elle contient les livres « non canoniques » de la Septante, sauf les Maccabées. Commanditaire : Ioane-Tornike (le général Tornike Eristavi, devenu moine, cofondateur d’Iviron), qui la fit copier à Oshki, dans la principauté de David III Kouropalate de Tao (d’après le colophon tel que le rapportent les études géorgiennes ; texte du colophon à lire).
- Fin Xe-XIe siècle : au monastère d’Iviron (Athos), fondé par des nobles géorgiens et soutenu par l’empereur byzantin, Euthyme l’Athonite (mort en 1028) traduit l’Apocalypse et d’autres textes du grec ; Georges l’Athonite (1009-1065) révise les évangiles, les Actes, les épîtres et le psautier d’après les manuscrits grecs byzantins de son temps. Sa révision devient le texte reçu de l’Église de Géorgie.
- XIe-XIIe siècle : Ephrem Mtsiré (monastère de la Montagne Noire, près d’Antioche) prône une traduction très proche du grec ; au XIIe siècle, la révision dite de Gélati, faite dans ce même esprit, est plus littérale encore.
- XVIIe-XVIIIe siècle : la Bible de Mtskheta (manuscrit A-51, Institut des manuscrits de Tbilissi), copiée pour le prince Vakhtang VI ; elle contient aussi les livres « non canoniques ». Soulkhan-Saba Orbeliani est associé à la révision du texte, en partie sur le slavon (à vérifier).
- 1743 : première Bible géorgienne imprimée, à Moscou, aux frais du prince Bakar (fils de Vakhtang VI, alors exilé en Russie) avec son frère Vakhouchti : la « Bible de Bakar ». Des livres manquants (Maccabées) y sont traduits pour l’occasion, d’après le slavon selon une étude géorgienne.
Financement : documenté, par des monastères, des princes géorgiens et (pour Iviron) la cour byzantine ; en 1743, par le prince Bakar. Allégué : rien. Non démontré : sans objet.
Texte source et méthode
La première version a pu passer par l’arménien ; les révisions de l’Athos et de Gélati la rapprochent mot à mot du grec byzantin. L’Ancien Testament suit la Septante. Méthode formelle, de plus en plus littérale.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | à vérifier (géorgien natesavi, « génération, lignée », à confirmer) |
| Ap 1:1 et 22:10 | l’Apocalypse n’entre en géorgien qu’avec Euthyme (vers 978) ; formulation à vérifier |
| 1 Jn 5:7-8 | absente des manuscrits anciens ; présence dans l’édition de 1743 à vérifier |
| Mc 16:9-20 | absent des deux plus anciens manuscrits (Adych 897 et Opiza 913), selon Metzger ; présent dans la révision de Georges l’Athonite |
| Jn 7:53-8:11 | absent des Évangiles d’Adych ; ajouté plus tard (à vérifier quand) |
| 1 Tm 3:16 | à vérifier |
| Ap 22:19 | à vérifier |
| Ac 8:37 | à vérifier |
Notes, livres et doctrine
Pas de notes doctrinales dans les manuscrits bibliques. Les livres de la Septante en plus du canon hébreu sont présents dans Oshki et Mtskheta (voir Le canon orthodoxe).
Ce qu’on lui reproche
- Une version de seconde main (critiques textuels modernes, Conybeare, Blake) : la première version aurait été faite sur l’arménien, non sur le grec. Pourquoi : l’Église géorgienne naît en lien étroit avec l’arménienne. Réponse : d’autres savants (Garitte, Vööbus) défendent un fond syriaque ou grec ; le débat reste ouvert.
- Un texte retouché par les révisions (critiques textuels) : les révisions de l’Athos ont effacé une partie du témoignage ancien (texte dit « césaréen » selon Blake et Lake) au profit du texte byzantin. Pourquoi les réviseurs l’ont fait : selon les colophons de Georges l’Athonite, pour corriger la traduction d’après les « bons manuscrits grecs ». Réponse : pour l’Église de Géorgie, c’est précisément l’accord avec le grec reçu qui garantit la fidélité.
- Influence slavonne tardive (philologues géorgiens) : la Bible de 1743, imprimée à Moscou, aurait emprunté au slavon pour combler des lacunes. À vérifier livre par livre.
Versets ajoutés ou retirés
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : absente des manuscrits de 897 et 913 ; présente après les révisions.
- Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère : absente des Évangiles d’Adych.
- Ancien Testament : livres « non canoniques » de la Septante présents (Oshki, Mtskheta) ; Maccabées absents d’Oshki, ajoutés en 1743.
Pourquoi cette note
Interprétation : une des plus anciennes versions de la Bible, faite pour le peuple dans sa langue, puis patiemment rapprochée du grec par des moines qui ont laissé leurs noms et leurs raisons. Les réserves : origine discutée de la première version, couches de révision, édition imprimée tardive et mal étudiée. Note 4.
Voir aussi
Bible arménienne · Mesrop Machtots · Bible slavonne · Septante · Texte majoritaire · Le canon orthodoxe · Bruce Metzger
Sources
- Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon Press, 1977, chapitre sur la version géorgienne.
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 1971, sur Mc 16:9-20.
- Robert P. Blake et Maurice Brière (éd.), The Old Georgian Version of the Gospels, Patrologia Orientalis 20 (Marc, 1928), 24 (Matthieu, 1933), 26 (Jean, 1950), 27 (Luc, 1955).
- Ekvtime Takaïchvili, fac-similé des Évangiles d’Adych, 1916.
- Gérard Garitte, L’ancienne version géorgienne des Actes des Apôtres d’après deux manuscrits du Sinaï, Louvain, 1955.
- Robert P. Blake, « Khanmeti Palimpsest Fragments of the Old Georgian Version of Jeremiah », Harvard Theological Review 25, 1932.
- Encyclopédie géorgienne en ligne (georgianencyclopedia.ge), articles « Adysh Gospels » et « Bakar Batonishvili », consultés le 2026-10-27.
- Article sur les Maccabées géorgiens, revue Kartvelologist (Tbilissi), consulté le 2026-10-27.
- Étude de l’Université d’État de Tbilissi sur le manuscrit des évangiles d’Oshki (Athos 62) et les corrections de Georges l’Athonite (dspace.tsu.ge), consultée le 2026-10-27.