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En bref
La Bible slavonne est la Bible des peuples slaves orthodoxes (Bulgares, Serbes, Russes, Ukrainiens). Elle commence avec la mission des frères Cyrille et Méthode, envoyés en Moravie en 863 ; ils créent l’alphabet glagolitique et traduisent les lectures de la liturgie. Elle reste aujourd’hui la Bible liturgique de l’Église russe, dans sa forme dite « élisabéthaine » de 1751.
Histoire
Documenté :
- En 862, le prince Rastislav de Moravie demande à l’empereur byzantin Michel III des missionnaires qui enseignent dans la langue du peuple. L’empereur et le patriarche Photius envoient Constantin (le futur Cyrille) et Méthode, Grecs de Thessalonique qui parlaient le slave. La mission est donc commandée et entretenue par Byzance.
- Constantin crée l’alphabet glagolitique et traduit d’abord l’évangéliaire, l’apôtre (épîtres) et le psautier. À Rome, en 867-868, le pape Adrien II approuve la liturgie slave. Selon la Vie de Méthode, Méthode, avec deux disciples, aurait traduit presque toute la Bible en quelques mois (sauf les Maccabées) ; l’ampleur réelle de ce travail est discutée.
- Le clergé franc et latin s’y oppose ; après la mort de Méthode (885), ses disciples sont chassés de Moravie et passent en Bulgarie, où naît l’alphabet cyrillique.
- 1499 : l’archevêque Gennade de Novgorod réunit la première Bible slavonne complète. Faute de textes slaves pour certains livres (Chroniques, Esdras, Sagesse, Maccabées), ils sont traduits de la Vulgate par le moine dominicain Benjamin.
- 1581 : Bible d’Ostrog, première Bible slavonne complète imprimée (Ivan Fedorov, sous le prince Constantin d’Ostrog).
- 1751 : Bible élisabéthaine, révisée d’après la Septante, commandée par l’impératrice Élisabeth.
Texte source et méthode
Traduction formelle, qui calque souvent la syntaxe grecque. Le slavon d’Église est né de cette traduction. Le NT suit le texte byzantin (Texte majoritaire) ; l’AT la Septante.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « ce genre (rod) ne passera pas » : le mot rod veut dire à la fois « génération » et « race, lignée », comme le grec genea ; rendu littéral ; élisabéthaine : « не мимоидетъ родъ сей, дондеже вся сия будутъ » |
| Ap 1:1 | l’Apocalypse est traduite tardivement (pas avant le XIIe siècle) et n’est pas lue dans la liturgie orthodoxe |
| 1 Jn 5:7-8 | absente des manuscrits anciens ; présente dans l’élisabéthaine (« Отецъ, Слово и Святый Духъ ») ; dans l’édition d’Ostrog, à vérifier |
| Mc 16:9-20 | présente |
| 1 Tm 3:16 | « Богъ явися во плоти » (« Dieu s’est manifesté dans la chair », texte byzantin) |
| Ap 22:19 | inconnu |
Notes, livres et doctrine
Pas de notes. Les deutérocanoniques de la Septante sont inclus, ainsi que 3 Esdras ; dans l’édition de 1499, des livres viennent du latin.
Ce qu’on lui reproche
- Traduire en langue vulgaire (clergé franc et latin du IXe siècle, qualifiés de « trilingues » par leurs adversaires) : seules l’hébreu, le grec et le latin, langues du titre de la croix, seraient dignes de l’Écriture. Pourquoi Constantin a traduit : selon la Vie de Constantin (ch. 16), il répondit à Venise par 1 Co 14 et le Ps 117, « louez l’Éternel, vous toutes les nations ». Le pape Jean VIII autorisa la liturgie slave (lettre Industriae tuae, 880), puis Étienne V l’interdit (885).
- Des livres traduits du latin (orthodoxes russes et critiques modernes) : la Bible de Gennade (1499) prit à la Vulgate, par l’intermédiaire du dominicain Benjamin, les livres qui manquaient en slavon. Pourquoi : faute de manuscrits slaves de ces livres à Novgorod, et sur le modèle des Bibles latines complètes, en pleine lutte contre l’hérésie des « judaïsants ». Les révisions de 1663 et 1751 ont rapproché ces livres de la Septante.
- Les « corrections » de Nikon (vieux-croyants, après 1653) : le patriarche Nikon fit corriger les livres liturgiques d’après des éditions grecques imprimées à Venise ; les vieux-croyants (l’archiprêtre Avvakoum) y virent une falsification (par ex. la graphie Iisous au lieu d’Isous, des mots du Credo). Réponse des réformateurs : rétablir le grec contre les fautes des copistes russes. Le schisme (raskol) dure encore ; il touche les livres liturgiques plus que le texte biblique lui-même.
- Une langue que le peuple ne comprend plus (Société biblique russe, 1812-1826 ; métropolite Philarète de Moscou) : au XIXe siècle, le slavon d’Église n’était plus compris. Réponse des opposants (amiral Chichkov, archimandrite Photius) : la langue sacrée ne doit pas être remplacée ; la Société fut fermée en 1826 et des exemplaires du Pentateuque russe furent brûlés. La Bible synodale russe ne parut qu’en 1876, sans supplanter le slavon dans la liturgie.
Versets ajoutés ou retirés
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : présente.
- Matthieu 6-13 - la doxologie du Notre Père : présente (texte byzantin).
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : absente des manuscrits anciens ; présente dans l’élisabéthaine (Ostrog à vérifier).
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : « Богъ » (« Dieu »), selon le texte byzantin.
- Psaume 145-13 - le verset nun : présent, selon la Septante.
Pourquoi cette note
Interprétation : la mission de Cyrille et Méthode est l’exemple même d’une traduction faite pour donner la Parole au peuple dans sa langue, contre la règle des « trois langues sacrées » (hébreu, grec, latin) que défendaient leurs adversaires. Le texte suit la tradition byzantine. Les réserves : histoire composite, livres repris de la Vulgate en 1499, révisions successives, et un texte longtemps fixé par l’autorité impériale (1751). Note 4.
Voir aussi
Cyrille et Méthode · Septante · Texte majoritaire · Vulgate · Bible arménienne
Dossier Russie orthodoxe (8 - Russie orthodoxe/) : L’Église orthodoxe russe et sa Bible · Le canon orthodoxe · Bible de Gennade (1499) · Bible d’Ostrog (1581) · Bible élisabéthaine (1751) · Bible synodale russe · La réforme de Nikon et les Vieux-Croyants
Sources
- Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon Press, 1977, ch. 9 (« The Old Church Slavonic Version »).
- Texte slavon actuel (élisabéthain) : azbyka.ru/biblia (Mt 24:34, 1 Tm 3:16, 1 Jn 5:7).
- Francis Dvornik, Byzantine Missions among the Slavs, Rutgers University Press, 1970.
- Vie de Constantin et Vie de Méthode (vieux-slave, IXe siècle), trad. dans F. Dvornik, Les légendes de Constantin et de Méthode vues de Byzance, Prague, 1933.
- Vie de Constantin, ch. 16 (dispute de Venise contre les « trilingues ») ; Jean VIII, lettre Industriae tuae, 880.
- Stephen K. Batalden, Russian Bible Wars: Modern Scriptural Translation and Cultural Authority, Cambridge University Press, 2013.
- Pierre Pascal, Avvakum et les débuts du Raskol, Paris, 1938.