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Cyrille et Méthode

Deux frères de Thessalonique, Constantin (qui prend en mourant le nom de moine Cyrille) et Méthode, ont donné l'Écriture aux Slaves.

En bref

Deux frères de Thessalonique, Constantin (qui prend en mourant le nom de moine Cyrille) et Méthode, ont donné l’Écriture aux Slaves. Envoyés en Grande-Moravie en 863, ils créent l’alphabet glagolitique, traduisent les Évangiles, le Psautier et la liturgie en vieux slave, puis Méthode traduit presque toute la Bible. Ils ont défendu, contre le clergé franc, le droit de prier et de lire l’Écriture dans la langue du peuple. Méthode a été emprisonné pour cela. Fiche collective.

Provenance et confession

Les deux frères naissent à Thessalonique (Grèce), Méthode vers 815, Constantin en 826 ou 827, dans une famille de fonctionnaires byzantins ; leur père, Léon, est drongaire, officier de l’administration militaire de la ville. Thessalonique est grecque, mais entourée de populations slaves : ils parlent les deux langues depuis l’enfance. Constantin étudie à Constantinople, où la tradition le met à l’école de Léon le Mathématicien et de Photius ; il devient bibliothécaire et professeur, et part en ambassade chez les Arabes et les Khazars. Méthode suit d’abord une carrière d’administrateur dans une province slave, puis se fait moine au mont Olympe de Bithynie. Leur confession est l’Église byzantine du IXe siècle, encore unie à Rome. Constantin, clerc, prend l’habit de moine sous le nom de Cyrille à Rome peu avant sa mort (869). Méthode est ordonné prêtre à Rome, puis consacré archevêque de Sirmium et légat du pape pour les Slaves (Vie de Méthode 6-8 ; détails discutés). Aucune appartenance à une société n’est connue.

Vie

  • Faits documentés : les deux Vies slavonnes (Vie de Constantin et Vie de Méthode, écrites par leurs disciples à la fin du IXe siècle) et des lettres pontificales. Fils d’un officier byzantin de Thessalonique, ville où l’on parlait aussi slave. Constantin, savant (on l’appelle « le Philosophe »), enseigne à Constantinople et mène des missions auprès des Arabes et des Khazars. Méthode, ancien administrateur, s’est fait moine.
  • 862-863 : le prince Rastislav de Moravie demande à l’empereur Michel III des maîtres qui enseignent la foi dans la langue des Slaves, en partie pour se libérer de l’influence franque. L’empereur et le patriarche Photius envoient les deux frères.
  • 867-869 : accusés par le clergé franc (qui tient que seules l’hébreu, le grec et le latin conviennent à la liturgie : « l’hérésie trilingue », dit la Vie de Constantin), ils vont à Rome. Le pape Adrien II approuve les livres slaves et les fait déposer à Sainte-Marie-Majeure. Constantin meurt à Rome en 869 sous le nom de Cyrille.
  • 870-873 : Méthode, consacré archevêque de Sirmium (Pannonie), est arrêté par les évêques bavarois, jugé, et emprisonné environ deux ans et demi en Souabe, jusqu’à l’intervention du pape Jean VIII.
  • 885 : Méthode meurt. Son successeur latin, Wiching, fait chasser ses disciples. Clément et Naum se réfugient en Bulgarie (Ohrid, Preslav), où l’œuvre se poursuit et où naît l’alphabet cyrillique, appelé ainsi en l’honneur de Cyrille.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • L’alphabet glagolitique : création originale de Constantin, adaptée aux sons slaves. Le cyrillique, plus proche du grec, l’a remplacé ensuite.
  • La traduction : d’abord un évangéliaire (lectures liturgiques) commençant, selon la tradition, par Jean 1:1 ; puis, selon la Vie de Méthode (ch. 15), Méthode traduit avec deux prêtres, en huit mois, « tous les livres » sauf les Maccabées. Faite sur le grec byzantin : pour le Nouveau Testament, un texte proche du Texte majoritaire ; pour l’Ancien, la Septante.
  • Postérité : la Bible slavonne complète n’est réunie qu’en 1499 à Novgorod (Bible de Gennade), avec des compléments traduits du latin. Le slavon reste la langue liturgique des orthodoxes russes, serbes, bulgares.
  • Interprétation : leur combat contre ceux qui réservaient l’Écriture aux langues sacrées annonce de six siècles celui de Wycliffe et de Tyndale.

Financement et réseaux

  • Documenté : mission envoyée et financée par l’empereur Michel III et le patriarche Photius, à la demande de Rastislav ; protection des papes Adrien II et Jean VIII. La mission avait une dimension politique (rivalité entre Byzance, Rome et l’Empire franc).
  • Allégué : aucune allégation de financement occulte connue.
  • Non démontré : l’étendue exacte de la traduction de Méthode ; aucun manuscrit de sa main ne subsiste.

Signaux d’alerte

  • 7. Pouvoir politique servi (documenté) : la mission est envoyée par l’empereur Michel III et répond à la demande de Rastislav, qui veut se libérer de l’influence franque ; Constantin a déjà mené des ambassades impériales chez les Arabes et les Khazars (Vie de Constantin). Leur action sert donc aussi la politique byzantine, puis romaine, en Europe centrale. Ce lien est déclaré dans leurs propres Vies, et rien n’indique qu’il ait pesé sur la traduction.
  • 6. Ascension inexpliquée (allégué, par les évêques bavarois et le clergé franc, dans la Conversio Bagoariorum et Carantanorum, vers 870) : Méthode aurait usurpé une juridiction épiscopale en Pannonie. Le pape a confirmé son titre, et la querelle porte sur des territoires d’Église.

Conclusion : un signal documenté, inséparable de toute mission de ce temps ; il mérite d’être gardé en vue pour comprendre la rivalité entre Byzance, Rome et l’Empire franc, non comme indice d’une manœuvre sur le texte.

Pourquoi cette note

Ils ont donné aux Slaves l’Écriture dans leur langue, sur un texte grec sûr, et Méthode a payé ce travail de sa liberté. La note 5 se défendrait. Réserves : une mission liée aux intérêts de l’empire byzantin et de la papauté, et une Bible complète réunie seulement six siècles plus tard, en partie à partir du latin. 4/5.

Voir aussi

Sources

  • Vie de Constantin-Cyrille et Vie de Méthode (trad. française dans F. Dvorník, Les Légendes de Constantin et de Méthode vues de Byzance, Prague, 1933).
  • Francis Dvorník, Byzantine Missions among the Slavs, Rutgers, 1970.
  • Conversio Bagoariorum et Carantanorum (vers 870).
  • Encyclopédie catholique (Catholic Encyclopedia), « Sts. Cyril and Methodius », 1908 (pour les traditions sur les ordinations, divergentes).
  • Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Oxford, 1977.