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Francisco Jiménez de Cisneros

Moine franciscain austère devenu l'homme le plus puissant de Castille après les rois, Cisneros a fondé l'université d'Alcalá de Henares et financé la Polyglotte d'Alcalá (Biblia Complutensis), première Bible imprimée en hébreu, araméen, grec et latin.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Moine franciscain austère devenu l’homme le plus puissant de Castille après les rois, Cisneros a fondé l’université d’Alcalá de Henares et financé la Polyglotte d’Alcalá (Biblia Complutensis), première Bible imprimée en hébreu, araméen, grec et latin. Le même homme a dirigé l’Inquisition, imposé des conversions forcées aux musulmans de Grenade et fait brûler des livres arabes. Un grand serviteur du texte et un persécuteur.

Provenance et confession

Gonzalo Jiménez de Cisneros (il prend le nom de Francisco en entrant chez les franciscains) naît en 1436 à Torrelaguna, dans une famille d’hidalgos sans fortune ; son père perçoit des dîmes pour la Couronne. Sa langue est le castillan ; il apprend le latin, puis l’hébreu et le chaldéen à un âge avancé. Il étudie à Alcalá, puis le droit à Salamanque, et passe plusieurs années à Rome. Prêtre séculier, il obtient une bulle pontificale pour l’archiprêtré d’Uceda, ce qui l’oppose à l’archevêque Carrillo, qui le fait emprisonner plusieurs années. Vers 1484, il entre chez les franciscains de l’Observance et mène une vie d’ermite, avant d’être choisi comme confesseur par Isabelle la Catholique (1492). Toute sa carrière se fait dans l’Église catholique, sans changement de confession, mais au cœur de l’État : archevêque, inquisiteur général, régent.

Vie

  • Né en 1436 à Torrelaguna (Castille), études à Alcalá, Salamanque et Rome.
  • Entré chez les franciscains observants vers 1484, il devient en 1492 confesseur de la reine Isabelle la Catholique.
  • 1495 : archevêque de Tolède, primat d’Espagne, le siège le plus riche d’Europe après Rome.
  • 1499-1500 : à Grenade, il remplace la politique de persuasion de l’archevêque Talavera par des baptêmes de masse et fait brûler des manuscrits arabes ; révolte de l’Albaicín (1499).
  • 1499-1508 : fondation de l’université d’Alcalá (Complutum), ouverte en 1508, avec un collège trilingue.
  • 1507 : cardinal et inquisiteur général de Castille. Régent de Castille en 1506-1507 et en 1516-1517. Il meurt le 8 novembre 1517, quelques jours après les thèses de Martin Luther.

Influence sur la Bible et la doctrine

Faits documentés. Cisneros réunit à Alcalá une équipe : les hellénistes Diego López de Zúñiga (Stunica), Hernán Núñez (le Pincianus), Juan de Vergara et le Crétois Démétrios Doukas ; les hébraïsants Alfonso de Zamora, Pablo Coronel et Alfonso de Alcalá, trois juifs convertis. La Polyglotte compte six volumes :

  • le Nouveau Testament (vol. 5) est achevé d’imprimer le 10 janvier 1514, deux ans avant le Novum Instrumentum d’Érasme, mais n’est pas mis en vente ;
  • l’Ancien Testament (vol. 1-4) et le vocabulaire (vol. 6) sont achevés en 1517 ;
  • l’approbation du pape Léon X date de 1520 ; la diffusion réelle commence vers 1521-1522. Tirage : 600 exemplaires.

Dans l’Ancien Testament, la Vulgate est placée au centre, entre l’hébreu et la Septante ; le prologue compare cette disposition au Christ crucifié entre deux larrons, l’hébreu figurant la Synagogue et le grec l’Église d’Orient. Le Nouveau Testament contient la Comma Johanneum en grec (1 Jn 5:7), avec une note qui justifie sa présence par l’autorité latine (Thomas d’Aquin) : la plupart des spécialistes y voient une rétroversion du latin vers le grec. Les manuscrits grecs utilisés, en partie prêtés par la bibliothèque du Vatican, ne sont pas tous identifiés.

Interprétation. La Polyglotte est un travail plus soigné que la première édition d’Érasme, et elle a servi aux éditions ultérieures (Érasme 1527, Robert Estienne 1550, et le Textus Receptus en général). Mais l’ensemble reste soumis à la Vulgate : le latin officiel juge l’original, et non l’inverse.

Financement et réseaux

  • Documenté : Cisneros paya l’ouvrage sur les revenus de l’archevêché de Tolède. Son biographe Alvar Gómez de Castro (De rebus gestis, 1569) avance un coût d’environ 50 000 ducats ; ce chiffre est traditionnel et invérifiable dans le détail. Le prix de vente fixé aurait été de six ducats et demi l’ensemble des six volumes (montant à vérifier).
  • Allégué : rien de sérieux au-delà de ce patronage épiscopal.
  • Non démontré : on ne sait pas exactement quels manuscrits grecs le Vatican a prêtés ni ce qu’ils sont devenus.

Signaux d’alerte

  • 5. Texte affaibli ou modifié (documenté) : le Nouveau Testament de la Polyglotte imprime la Comma Johanneum en grec alors qu’aucun manuscrit grec connu des éditeurs ne la contenait ; la note marginale la justifie par l’autorité latine, et la plupart des spécialistes y voient une rétroversion du latin. La note l’avoue à demi, ce qui atténue le défaut de transparence.
  • 7. Pouvoir politique servi (documenté) : Cisneros a mis l’Église au service de l’unité religieuse voulue par la Couronne de Castille (baptêmes forcés de Grenade, Inquisition, régence).

Conclusion : deux signaux réels, mais connus de tous et assumés : Cisneros n’a rien caché de son pouvoir. Le point qui mérite une enquête plus poussée est philologique : l’identité des manuscrits grecs prêtés par le Vatican, qui permettrait de juger la Comma et les autres leçons de la Polyglotte.

Pourquoi cette note

Trois étoiles : la Polyglotte est un monument de philologie qui a remis le texte hébreu et grec entre les mains des savants. Mais Cisneros était grand inquisiteur, il a forcé des conversions et brûlé des livres, et son édition reste subordonnée à la Vulgate, avec une Comma rétroversée en grec. Apport réel, mêlé de persécution.

Voir aussi

Sources

  • Julián Martín Abad, « Cisneros y Brocar. Una lectura tipobibliográfica de la Políglota Complutense », dans Ignacio Carbajosa et Andrés García Serrano (dir.), Una Biblia a varias voces. Estudio textual de la Biblia Políglota Complutense, Madrid, Universidad San Dámaso, 2014, p. 45-90.
  • Basil Hall, The Great Polyglot Bibles, San Francisco, Book Club of California, 1966.
  • Jerry H. Bentley, Humanists and Holy Writ: New Testament Scholarship in the Renaissance, Princeton, 1983.
  • Joseph Pérez, Cisneros, el cardenal de España, Madrid, Taurus, 2014.
  • Erika Rummel, Jiménez de Cisneros: On the Threshold of Spain’s Golden Age, Tempe, 1999.