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Frederick Franz

Frederick Franz a été pendant plus d'un demi-siècle le principal théologien des Témoins de Jéhovah, puis leur quatrième président (1977-1992).

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Frederick Franz a été pendant plus d’un demi-siècle le principal théologien des Témoins de Jéhovah, puis leur quatrième président (1977-1992). Il est considéré comme le traducteur principal de la Traduction du monde nouveau (Nouveau Testament 1950, Bible complète 1961), publiée sans nom de traducteur. Il est aussi l’homme des calculs chronologiques qui ont fait attendre la fin du monde pour 1975.

Provenance et confession

Frederick William Franz naît le 12 septembre 1893 à Covington, dans le Kentucky, en face de Cincinnati, où sa famille s’installe en 1899. Son père, né en Allemagne, se dit luthérien et le fait baptiser dans l’Église luthérienne ; enfant, Franz assiste par commodité à des offices catholiques, puis fréquente l’Église presbytérienne, dans la perspective, selon son propre récit, d’en devenir ministre. Il sort de la Woodward High School de Cincinnati en 1911 et étudie à l’Université de Cincinnati, notamment le grec, jusqu’en mai 1914, sans diplôme. Entre-temps, en 1913, il rejoint les Étudiants de la Bible de Charles Taze Russell, qui deviendront les Témoins de Jéhovah ; il y reste jusqu’à sa mort. L’organisation n’a pas de clergé ordonné : Franz y est membre du siège (Béthel de Brooklyn) à partir de 1920, membre du Collège central, puis président. Son récit de vie a été publié par la Société elle-même (La Tour de Garde, 1987, numéro à vérifier). Aucune appartenance à une loge ou à un cercle n’est documentée.

Vie

Né à Covington (Kentucky) en 1893, Franz étudie à l’Université de Cincinnati, où il suit des cours de grec classique pendant environ deux ans, sans obtenir de diplôme. Il rejoint les Étudiants de la Bible de Charles Taze Russell en 1913 et entre au siège de Brooklyn en 1920. Il apprend l’espagnol, le portugais et, selon la Société, l’hébreu par lui-même. Vice-président de la Société en 1945, il en devient président en 1977 et meurt à Brooklyn en 1992.

Influence sur la Bible et la doctrine

Les faits.

  • La Traduction du monde nouveau est présentée comme l’œuvre d’un « Comité de traduction de la Bible du monde nouveau » anonyme. Son neveu Raymond Franz, ancien membre du Collège central, écrit dans Crisis of Conscience (1983) que le comité comprenait Frederick Franz, Nathan Knorr, Albert Schroeder et George Gangas, et que Frederick Franz était le seul à posséder une connaissance suffisante des langues pour traduire.
  • En 1954, au procès écossais Walsh contre Lord Advocate, Franz déclare sous serment connaître l’hébreu, mais décline l’invitation à traduire en hébreu un verset de la Genèse (Gn 2:4). L’épisode est rapporté à partir du procès-verbal ; sa portée exacte est discutée.
  • La traduction sert la doctrine de l’organisation, qui nie la Trinité : Jn 1:1 se lit « la Parole était un dieu » ; en Col 1:16-17, le mot « autres » est ajouté (« toutes les autres choses ») pour faire du Christ une créature ; le nom « Jéhovah » est inséré plus de deux cents fois dans le Nouveau Testament, alors qu’aucun manuscrit grec ne le porte.
  • Ces faits sont rapportés ici comme histoire ; la question de la christologie n’est pas tranchée dans cette fiche.
  • Selon Raymond Franz (Crisis of Conscience), Franz est l’auteur principal de la chronologie du livre Vie éternelle dans la liberté des fils de Dieu (1966), qui place la fin de six mille ans d’histoire humaine en automne 1975 et alimente une attente massive.
  • Sur Mt 24:34, l’organisation a enseigné pendant des décennies que « cette génération » était celle de 1914, qui ne passerait pas avant Armageddon ; la doctrine est modifiée en 1995 puis remplacée par celle des « générations qui se chevauchent » (2008-2010).

Interprétation. Le cas de Franz est l’exemple même du barème : un texte ajusté à une doctrine (« Jéhovah » inséré dans le Nouveau Testament sans manuscrit grec, mots ajoutés en Col 1:16-17). Son œuvre montre aussi le risque de toute lecture qui fixe des dates : l’organisation a dû redéfinir plusieurs fois « cette génération » (1914, puis 1995, puis les « générations qui se chevauchent ») à mesure que les échéances passaient. Ce qui est reprochable ici n’est pas une école eschatologique, mais des prédictions datées présentées comme certaines puis corrigées sans reconnaître l’erreur.

Financement et réseaux

  • Documenté : toute l’œuvre est financée et publiée par la Watch Tower Bible and Tract Society, grâce aux dons et au travail bénévole des Témoins.
  • Allégué : des sites affirment des liens de Charles Taze Russell ou de la Société avec la franc-maçonnerie ou avec des financiers ; ces allégations portent sur Russell, non sur Franz, et restent sans preuve directe.
  • Non démontré : aucun financement extérieur à l’organisation n’est connu pour la Traduction du monde nouveau.

Signaux d’alerte

  • 5. Texte affaibli ou modifié (documenté) : le nom « Jéhovah » est introduit plus de deux cents fois dans le Nouveau Testament de la Traduction du monde nouveau, alors qu’aucun manuscrit grec ne le porte ; les éditeurs le justifient par des versions hébraïques tardives (les « J-textes ») et le disent en annexe, mais le changement n’a pas de base manuscrite grecque. En Col 1:16-17, le mot « autres » est ajouté (entre crochets dans les éditions anciennes).
  • 1. Passé caché ou mensonger (allégué par des critiques des Témoins, à partir du procès-verbal du procès Walsh de 1954 et du livre de son neveu Raymond Franz, Crisis of Conscience, 1983) : la compétence en hébreu revendiquée serait exagérée, et l’anonymat du comité aurait caché l’absence de traducteurs qualifiés. L’anonymat, lui, était annoncé comme un choix d’humilité ; il n’y a pas de faux titre documenté.
  • 3. Société secrète (allégué par divers sites, au sujet de Charles Taze Russell et de la franc-maçonnerie) : l’allégation porte sur Russell, non sur Franz, et reste sans preuve directe.

Le signal 4 a été examiné : les lectures de Jn 1:1 (« un dieu ») ou de la chronologie de 1975 ne sont pas inconnues avant lui ou ont été présentées comme des interprétations ; c’est surtout l’insertion de « Jéhovah » qui fait entrer la doctrine dans le texte. Conclusion : un signal documenté et deux allégués ; le point qui mériterait une enquête plus poussée est la composition réelle du comité de traduction, que la Société n’a jamais publiée.

Pourquoi cette note

Une étoile : un homme intelligent et travailleur, d’une fidélité totale à son organisation, mais qui a mis son savoir au service d’une traduction ajustée à une doctrine, et de prédictions datées qui ont égaré des millions de personnes. C’est le cas le plus net de « texte modifié pour servir une doctrine » au XXe siècle.

Voir aussi

Sources

  • Raymond Franz, Crisis of Conscience, Atlanta, Commentary Press, 1983.
  • Procès Douglas Walsh v. The Right Honourable James Latham McDiarmid Clyde, M.P., P.C. (Court of Session, Édimbourg, novembre 1954), procès-verbal, contre-interrogatoire de F. W. Franz du 24 novembre 1954 (extraits publiés par le Christian Research Institute, equip.org).
  • Life Everlasting in Freedom of the Sons of God, Watch Tower Society, 1966.
  • La Tour de Garde, 1er novembre 1995 (nouvelle compréhension de « cette génération »).
  • « Pursuing the Grand Purpose of Life », récit de vie de F. W. Franz, The Watchtower, 1987 (famille, baptême luthérien, études ; titre et numéro exacts à vérifier sur wol.jw.org).
  • Jason BeDuhn, Truth in Translation, University Press of America, 2003 (évaluation critique, plutôt favorable sur certains points).