Ressources · Les personnes

Joseph Smith

Fondateur du mouvement des saints des derniers jours (mormons), Joseph Smith a publié le Livre de Mormon (1830), présenté comme la traduction d'annales gravées sur des plaques d'or, et a entrepris une « nouvelle traduction » de la Bible par révélation, sans manuscrit : la Traduction de Joseph Smith.

En bref

Fondateur du mouvement des saints des derniers jours (mormons), Joseph Smith a publié le Livre de Mormon (1830), présenté comme la traduction d’annales gravées sur des plaques d’or, et a entrepris une « nouvelle traduction » de la Bible par révélation, sans manuscrit : la Traduction de Joseph Smith. C’est le cas le plus net, dans l’histoire américaine, d’un texte biblique modifié par ajouts revendiqués comme inspirés.

Provenance et confession

Smith naît en 1805 à Sharon (Vermont), l’un des aînés des enfants de Joseph Smith Sr. et de Lucy Mack Smith, fermiers pauvres qui déménagent souvent avant de s’établir près de Palmyra (État de New York). Le milieu religieux familial est mêlé : le père et le grand-père Asael penchent vers l’universalisme et restent hors des Églises, la mère et plusieurs enfants rejoignent l’Église presbytérienne vers 1824 ; Joseph lui-même fréquente brièvement une classe méthodiste (1828). Anglophone, il n’a qu’une scolarité élémentaire et ne connaît ni le grec ni l’hébreu (il prend quelques leçons d’hébreu à Kirtland en 1836). Il ne reçoit aucune ordination d’une Église existante : il fonde la sienne en 1830 et s’y déclare prophète. Appartenance documentée : la franc-maçonnerie, où il est initié et élevé maître « à vue » par le grand maître Abraham Jonas à Nauvoo, les 15 et 16 mars 1842.

Vie

Faits documentés. Né à Sharon (Vermont) le 23 décembre 1805, il grandit dans l’ouest de l’État de New York, région de réveils religieux. Il raconte une vision vers 1820 et la visite d’un ange (Moroni) qui lui révèle des plaques d’or en 1823. Le Livre de Mormon paraît à Palmyra en mars 1830 ; l’Église est fondée le 6 avril 1830. Le mouvement s’établit à Kirtland (Ohio), au Missouri, puis à Nauvoo (Illinois). Smith y devient franc-maçon (1842), maire et chef de milice ; il pratique et enseigne la polygamie en privé. Après la destruction d’un journal d’opposition, il est emprisonné à Carthage, où une foule l’assassine le 27 juin 1844.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • La « traduction » de la Bible (1830-1833). Smith reprend la King James et la corrige par révélation, sans recourir à l’hébreu ni au grec. Il ajoute des passages entiers (dont une longue section sur Moïse et Hénoch en tête de la Genèse, devenue le Livre de Moïse), et modifie des milliers de versets. Le travail n’est publié qu’en 1867 par l’Église réorganisée (RLDS), sous le titre Inspired Version ; l’Église de Salt Lake en cite des extraits dans ses éditions.
  • Mt 24 (passage témoin). La version de Smith réécrit tout le discours sur le mont des Oliviers (Joseph Smith, Matthieu, dans la Perle de grand prix) : elle sépare plus nettement la destruction de Jérusalem et une venue future, et fait porter « cette génération » sur la génération où ces choses seront manifestées. Une interprétation est ainsi introduite directement dans le texte, sans base manuscrite.
  • Doctrines (faits, sans prise de position). Smith enseigne une Église restaurée avec apôtres et prophètes, de nouvelles Écritures (Doctrine et Alliances, Perle de grand prix), et, dans le sermon de King Follett (1844), que Dieu fut un homme exalté et que l’homme peut devenir dieu. Ces doctrines s’écartent des confessions de foi chrétiennes historiques ; la fiche les décrit sans prendre position.
  • Hénoch. Ses ajouts sur Hénoch n’ont aucun rapport textuel avec le Livre d’Hénoch éthiopien, que Richard Laurence avait traduit en anglais en 1821.

Financement et réseaux

  • Documenté : l’Église vivait des dons et de la consécration des biens des fidèles. La Kirtland Safety Society, banque fondée par Smith et ses associés en 1836-1837 sans charte d’État, fait faillite en 1837, ruinant de nombreux membres. Son appartenance à la franc-maçonnerie (1842) et les parallèles entre le rituel maçonnique et la cérémonie du temple (1842) sont documentés.
  • Allégué : des auteurs relient son mouvement à des sociétés secrètes ou à des financiers ; rien au-delà de l’appartenance maçonnique n’est établi.
  • Non démontré : aucun financement extérieur connu.

Signaux d’alerte

  • 5. Texte affaibli ou modifié (documenté) : la « nouvelle traduction » de 1830-1833 modifie des milliers de versets de la King James et ajoute des chapitres entiers (Livre de Moïse, Mt 24 réécrit) sans aucune base manuscrite (Inspired Version, 1867).
  • 4. Nouveauté présentée comme le texte (documenté) : ces ajouts sont imprimés comme le texte biblique restauré, non comme un commentaire.
  • 3. Société secrète (documenté) : initié franc-maçon à Nauvoo en mars 1842 ; la cérémonie du temple (« endowment »), instituée quelques semaines plus tard, reprend des éléments du rituel maçonnique, ce que reconnaissent aussi des historiens saints des derniers jours.
  • 1. Passé caché ou mensonger (documenté) : jugé en 1826 à South Bainbridge (New York) comme « glass looker » (chercheur de trésors à la pierre), selon la note de frais du juge Albert Neely retrouvée en 1971 ; et, en mai 1844, il nie publiquement pratiquer la polygamie, alors qu’il avait épousé plusieurs femmes en secret (documenté par l’Église elle-même dans ses essais de Gospel Topics).

Conclusion : quatre signaux documentés ; c’est l’un des cas les plus nets, dans ce recueil, d’un texte biblique modifié. Le jugement porte sur ces faits, non sur sa foi ni sur la sincérité de ses fidèles.

Pourquoi cette note

Critères neutres ; sa christologie n’entre pas dans la note. Fidélité au texte : Smith a modifié et augmenté le texte biblique sans base manuscrite et l’a présenté comme le texte restauré (signaux 4 et 5) ; c’est exactement le cas « texte modifié pour servir une doctrine » du barème. Honnêteté : dénégation publique de la polygamie, passé de chercheur de trésors (signal 1), faillite de la Kirtland Safety Society. Transparence : appartenance maçonnique déclarée, mais reprise de rites dans un culte présenté comme révélé. Il faut reconnaître le grand dévouement et le sens communautaire réel qu’il a suscités chez ses fidèles. 1/5.

Voir aussi

Sources

  • Richard Lyman Bushman, Joseph Smith: Rough Stone Rolling, 2005.
  • Fawn M. Brodie, No Man Knows My History, 1945 (biographie critique).
  • Robert J. Matthews, « A Plainer Translation »: Joseph Smith’s Translation of the Bible, 1975.
  • The Holy Scriptures, Inspired Version, RLDS, 1867.
  • Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, essais Gospel Topics : « Plural Marriage in Kirtland and Nauvoo », 2014.
  • Wesley P. Walters, « Joseph Smith’s Bainbridge, N.Y., Court Trials », Westminster Theological Journal 36, 1974.