Ressources · Financiers et mécènes

John D. Rockefeller Jr.

Fils unique du fondateur de la Standard Oil, baptiste pratiquant, Rockefeller Jr. a consacré une grande part de sa philanthropie (environ 72 millions de dollars selon la Philanthropy Roundtable) aux Églises et aux causes religieuses.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Cette fiche porte sur l’influence de Rockefeller Jr. sur la transmission de la Parole et la doctrine de l’Église, non sur sa personne.

En bref

Fils unique du fondateur de la Standard Oil, baptiste pratiquant, Rockefeller Jr. a consacré une grande part de sa philanthropie (environ 72 millions de dollars selon la Philanthropy Roundtable) aux Églises et aux causes religieuses. Il a été le grand mécène du protestantisme libéral et œcuménique américain : Federal Council of Churches, Interchurch World Movement, Union Theological Seminary, Riverside Church, Interchurch Center. C’est le cas le mieux documenté d’un financier qui a pesé sur l’orientation doctrinale des Églises, mais dans le sens libéral, non dispensationaliste.

Vie

Faits documentés. Né à Cleveland le 29 janvier 1874, diplômé de Brown (1897), il entre au bureau de son père et se consacre surtout, après le massacre de Ludlow (1914), à la philanthropie : Rockefeller Foundation, Colonial Williamsburg, terrain du siège de l’ONU, Rockefeller Center. Il enseigne longtemps une classe biblique à l’église baptiste de la Cinquième Avenue. Il meurt le 11 mai 1960.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • Federal Council of Churches (FCC, 1908). Rockefeller Jr. en est l’un des principaux donateurs dans les années 1920-1930 (montants précis à vérifier dans Schenkel). Le FCC fusionne en 1950 avec d’autres organismes, dont l’International Council of Religious Education, pour former le Conseil national des Églises (NCC).
  • Interchurch World Movement (1919-1920). Projet d’union de toutes les dénominations protestantes, financé massivement par lui ; quand la campagne échoue, il couvre une grande partie du déficit (Charles E. Harvey, Church History, 1982).
  • Harry Emerson Fosdick. Il soutient le prédicateur libéral au cœur de la controverse fondamentaliste ; le sermon « Shall the Fundamentalists Win? » (1922) est diffusé à grande échelle par Ivy Lee, conseiller en relations publiques de Rockefeller (financement à vérifier dans Robert Moats Miller). Il fait ensuite construire pour Fosdick la Riverside Church (ouverte en 1930), à laquelle il donne au total environ 32 millions de dollars (32 462 187 $ selon une lettre à la New York Review of Books, 2004 ; la Philanthropy Roundtable donne ailleurs 10 millions pour la seule construction).
  • Union Theological Seminary. Il soutient ce séminaire de New York, foyer du libéralisme théologique et de la critique historique, voisin de Riverside (montants à vérifier).
  • Missions. Il finance la Laymen’s Foreign Missions Inquiry (1930-1932), dont le rapport Re-Thinking Missions propose de remplacer l’évangélisation par la coopération avec les autres religions.
  • Interchurch Center (1958). Il donne le terrain et une part du financement de l’immeuble du 475 Riverside Drive, siège du NCC.

Le lien avec la RSV. Documenté : le droit d’auteur de la Revised Standard Version (NT 1946, Bible 1952) appartenait à l’International Council of Religious Education, puis au NCC, qui le détient encore (comme celui de la NRSV). Non démontré : un financement de la traduction elle-même par Rockefeller. Les sources disponibles indiquent que le travail a été financé à partir de 1936 par un contrat avec l’éditeur Thomas Nelson & Sons (droits exclusifs pour dix ans, avances sur redevances). Le lien Rockefeller-RSV est donc indirect : il a financé l’organisme œcuménique qui allait détenir la RSV et l’immeuble qui l’abritait, non les traducteurs.

L’autre camp. Le pétrole a aussi payé l’autre côté : Lyman Stewart (Union Oil) et son frère Milton financent The Fundamentals (1910-1915, douze volumes, environ trois millions d’exemplaires distribués gratuitement), le Bible Institute of Los Angeles (Biola, 1908), la Bible Scofield (1 000 $) et la diffusion de Jesus Is Coming de William Eugene Blackstone. La guerre entre libéralisme et fondamentalisme a donc été, en partie, une guerre de mécènes.

Financement et réseaux

  • Documenté : FCC, Interchurch World Movement, Riverside Church, Union Theological Seminary, Laymen’s Inquiry, Interchurch Center (Albert F. Schenkel, The Rich Man and the Kingdom, 1995 ; Harvey, 1982). Son père, John D. Rockefeller, avait fondé l’Université de Chicago (1890), dont la faculté de théologie fut un centre du modernisme ; il figure aussi parmi les signataires du mémorial Blackstone (1891).
  • Allégué : des auteurs (notamment dans les milieux « King James Only », par exemple Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993, à vérifier) présentent Rockefeller comme le commanditaire des traductions modernes (RSV, NRSV) et du texte critique. On lit aussi qu’il aurait financé Scofield ou le dispensationalisme : aucune source ne le montre, et son œuvre va dans la direction opposée.
  • Non démontré : aucun versement de Rockefeller aux traducteurs de la RSV ni aux éditeurs du texte grec (Westcott-Hort, Nestle-Aland) n’est documenté.

Pourquoi cette note

L’influence de Rockefeller Jr. sur l’Église est réelle et documentée : il a donné au protestantisme libéral ses institutions, son siège et ses chaires, et a soutenu l’organisme qui possède la RSV. Il n’a pas modifié le texte biblique lui-même. 2/5 : alliance de l’argent et de la doctrine, mais sans corruption démontrée du texte.

Voir aussi

Sources

  • Albert F. Schenkel, The Rich Man and the Kingdom: John D. Rockefeller, Jr., and the Protestant Establishment, 1995.
  • Charles E. Harvey, « John D. Rockefeller, Jr., and the Interchurch World Movement of 1919-1920 », Church History 51/2, 1982.
  • Raymond B. Fosdick, John D. Rockefeller, Jr.: A Portrait, 1956.
  • Robert Moats Miller, Harry Emerson Fosdick: Preacher, Pastor, Prophet, 1985.
  • Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism, 1970 (pour Lyman Stewart).