Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Les Frères (en anglais Plymouth Brethren, eux-mêmes refusant tout nom) sont un mouvement né à Dublin à la fin des années 1820 parmi des protestants, souvent anglicans aisés, qui rompent avec les Églises établies pour se réunir simplement autour de la Cène, sans clergé. Le groupe de Plymouth (1831) donne son nom au mouvement. C’est dans ce milieu que John Nelson Darby élabore le Dispensationalisme et l’Enlèvement prétribulationnel.
Histoire
- Dublin, 1827-1829 : Anthony Norris Groves (dentiste, futur missionnaire à Bagdad et en Inde), Edward Cronin, John Gifford Bellett et Darby rompent le pain ensemble hors de l’Église d’Irlande.
- Powerscourt, 1831-1833 : Lady Theodosia Powerscourt accueille dans son domaine du comté de Wicklow des conférences consacrées à la prophétie, où Darby expose la séparation entre Israël et l’Église et le départ de l’Église avant les jugements.
- Plymouth, 1831 : Benjamin Wills Newton et George Wigram fondent l’assemblée de Plymouth, qui devient la plus importante.
- Rupture de 1848 : conflit entre Darby et Newton (sur la prophétie puis la christologie de Newton), puis affaire de l’assemblée de Bethesda à Bristol (George Müller et Henry Craik). Le mouvement se divise en Frères « larges » (Open Brethren), autonomes, et Frères « exclusifs » (Exclusive Brethren), qui suivent Darby et se divisent encore à plusieurs reprises (1881, 1890, et plus tard la branche Raven-Taylor).
- Monde francophone : Darby séjourne en Suisse romande et en France à partir de 1838-1840, profite du Réveil et de la crise des Églises libres vaudoises (1845) ; les « assemblées de frères » s’implantent en Suisse, dans le Midi de la France et au Canada français.
Influence sur la Bible et la doctrine
- Traductions : la Bible Darby (Nouveau Testament français 1859, Bible complète 1885), avec des versions allemande (Elberfelder, 1855-1871) et anglaise. Traductions littérales et soignées, faites sur le grec avec les éditions critiques de l’époque, ce que l’on oublie souvent.
- Doctrine : le Dispensationalisme, la distinction Israël/Église, l’Enlèvement prétribulationnel, l’Église « en ruine ». Ces doctrines sont décrites, avec leurs arguments et leurs critiques, dans leurs propres fiches ; elles n’entrent pas dans la note. Tous les Frères ne les ont pas suivies (Newton, puis Tregelles, ont rejeté l’enlèvement avant la tribulation). Par James H. Brookes, Dwight L. Moody et Cyrus Ingerson Scofield, qui ne sont pas des Frères mais lisent Darby, ces doctrines passent dans l’évangélisme américain.
- Autres figures : William Kelly (éditeur des œuvres de Darby), Charles Henry Mackintosh, Samuel Prideaux Tregelles (Frère « large » de la première heure, devenu un grand critique textuel : voir Samuel Prideaux Tregelles), George Müller (orphelinats de Bristol, vivant de la foi), Henry Craik.
Financement et réseaux
- Documenté : le mouvement a d’abord été porté par des membres fortunés de la gentry anglo-irlandaise et anglaise (Lady Powerscourt, Wigram, Newton, Darby lui-même, issu d’une famille aisée). Les publications étaient financées par les membres et diffusées par des dépôts de publications tenus par les assemblées (en français, en Suisse romande ; lieux et dates à vérifier). Müller documentait en détail les dons reçus pour ses orphelinats (A Narrative of Some of the Lord’s Dealings with George Müller).
- Allégué : des sites affirment que Darby ou les Frères auraient été soutenus par les jésuites ou par des banquiers. Non démontré : aucune pièce ne l’établit. La filiation jésuite du futurisme est doctrinale (Manuel Lacunza, par Edward Irving), pas financière.
Pourquoi cette note
Critères neutres (voir Méthode et barème, « Neutralité ») : fidélité de ce qu’ils ont publié : traductions très littérales, qui signalent les variantes et les mots ajoutés (Bible Darby, Elberfelder) ; un Frère, Tregelles, a donné une édition critique du grec de premier ordre. Indépendance : mouvement financé par ses propres membres, sans mécène extérieur connu. Transparence : doctrines exposées ouvertement comme des interprétations, dans des écrits signés et débattus ; Müller a publié le détail de ses dons. Réserves : divisions répétées, et fonctionnement fermé de certaines branches exclusives, dont la gouvernance et les finances sont peu accessibles aux observateurs (à documenter branche par branche). Changement : la note de départ (2/5) reposait sur le jugement porté sur le dispensationalisme et l’enlèvement prétribulationnel ; ce critère n’est plus retenu. 4/5.
Voir aussi
- John Nelson Darby · Bible Darby · Dispensationalisme · Enlèvement prétribulationnel
- Conférences prophétiques de Niagara · Edward Irving
Sources
- Harold H. Rowdon, The Origins of the Brethren, 1825-1850, 1967.
- F. Roy Coad, A History of the Brethren Movement, 1968.
- Tim Grass, Gathering to His Name: The Story of Open Brethren in Britain and Ireland, 2006.
- Max S. Weremchuk, John Nelson Darby, 1992.
- George Müller, A Narrative of Some of the Lord’s Dealings with George Müller, 1837 et suiv.
- Neil T. R. Dickson et Tim Grass (dir.), The Growth of the Brethren Movement: National and International Experiences. Essays in Honour of Harold H. Rowdon, Milton Keynes, Paternoster, 2006.
- Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism, 1970, chap. 2-3.