Ressources · Financiers et mécènes

Martin Bodmer

Bibliophile zurichois, Martin Bodmer veut réunir une « bibliothèque de la littérature mondiale ».

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Cette fiche porte sur l’influence de Bodmer sur la transmission de la Bible, non sur sa personne.

En bref

Bibliophile zurichois, Martin Bodmer veut réunir une « bibliothèque de la littérature mondiale ». Dans les années 1950, il achète une partie d’une trouvaille faite en Haute-Égypte (région de Dishna, 1952) : les Papyrus Bodmer, dont P66 (Évangile de Jean, vers 200) et P75 (Luc et Jean, début du IIIe siècle), parmi les plus anciens témoins du Nouveau Testament. Il les fait éditer dans sa propre collection, à Cologny près de Genève.

Provenance et confession

Né le 13 novembre 1899 à Zurich, cadet des cinq enfants de Hans Conrad Bodmer, industriel (consul de Belgique selon certaines notices, à vérifier), et de Mathilde Zoelly, qui tient un salon littéraire ; la famille doit sa fortune à l’industrie de la soie (à vérifier dans le détail). Germanophone. Il étudie la littérature allemande à Zurich (1918) et passe un semestre à Heidelberg, puis abandonne ses études pour la collection. Réformé (Dictionnaire historique de la Suisse) ; sa pratique religieuse personnelle n’est pas documentée par les sources consultées. Aucune ordination ; aucune appartenance à une loge ou à un cercle documentée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se consacre au Comité international de la Croix-Rouge, dont il devient vice-président.

Vie

Faits documentés. Collectionneur dès 16 ans, il fonde en 1921 le prix Gottfried Keller et en 1930 la revue Corona. Après la guerre, il installe sa bibliothèque à Cologny (environ 150 000 pièces en quatre-vingts langues), aujourd’hui Fondation Martin Bodmer (Bibliotheca Bodmeriana), musée ouvert en 2003. Il meurt à Genève le 22 mars 1971 (Dictionnaire historique de la Suisse).

Ce qu’il a financé

BénéficiaireMontantDateSourceNiveau de preuve
Achat des papyrus de Dishna, rassemblés au Caire par le marchand chypriote Phokion Tano et sortis vers la Suisseprix inconnuvers 1955-1956 pour P66 (dates discutées)James M. Robinson, The Story of the Bodmer Papyri, 2011 ; Wikipédia, « Dishna Papers »documenté pour l’achat ; prix et circuit exact à vérifier
Édition des papyrus dans la série Papyrus Bodmer (Victor Martin, Rodolphe Kasser, Michel Testuz) : P66 en 1956-1962, P75 en 1961, P72 (Jude, 1-2 Pierre) en 1959inconnu1954-1969éditions de la Bibliotheca Bodmerianadocumenté
Fondation et bibliothèque de Colognyinconnuaprès 1945Fondation Martin Bodmerdocumenté

Après sa mort. P75 (Papyrus Bodmer XIV-XV) est vendu par la fondation à l’homme d’affaires américain Frank Hanna III, qui l’offre à la Bibliothèque vaticane (annonce en janvier-mars 2007 ; certaines notices datent la transaction de novembre 2006). Le prix n’a pas été publié. Ce n’est pas un acte de Bodmer lui-même.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • Documenté : P66 et P75 comptent parmi les témoins les plus anciens et les plus étudiés du Mouvement de critique textuelle ; la proximité de P75 avec le Codex Vaticanus a beaucoup pesé dans l’évaluation du Texte de Westcott et Hort et des éditions Nestle-Aland.
  • Documenté : P66 et P75 ne contiennent pas le passage de la femme adultère (Jn 7:53-8:11), fait qui entre dans les débats sur ce passage.
  • Interprétation : la portée de ces témoins face au Textus Receptus et au Texte majoritaire est discutée par les tenants des deux écoles ; Bodmer, collectionneur de littérature, n’a pris aucune position.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. Fortune familiale connue, action privée, aucune fonction dans une Église. Un point mérite enquête, hors grille : le circuit d’acquisition (trouvaille dispersée, sortie d’Égypte que James M. Robinson décrit comme clandestine), qui obscurcit le contexte archéologique des manuscrits.

Pourquoi cette note

Argent transparent, indépendance totale, publication rapide et savante, accès des chercheurs. Il a servi la transmission en conservant des témoins anciens sans toucher au texte. Réserve : l’achat sur un marché d’antiquités opaque. 4/5.

Voir aussi

Sources

  • James M. Robinson, The Story of the Bodmer Papyri: From the First Monastery’s Library in Upper Egypt to Geneva and Dublin, Eugene (Oregon), Cascade Books, 2011.
  • Victor Martin (éd.), Papyrus Bodmer II : Évangile de Jean, chap. 1-14, Cologny-Genève, Bibliotheca Bodmeriana, 1956 ; supplément 1958 ; nouvelle éd. 1962.
  • Victor Martin et Rodolphe Kasser (éd.), Papyrus Bodmer XIV-XV, Cologny-Genève, Bibliotheca Bodmeriana, 1961.
  • Brent Nongbri, « The Bodmer Papyri: An Inventory of P.Bodmer Items », blog Variant Readings, 2017 ; et God’s Library: The Archaeology of the Earliest Christian Manuscripts, Yale University Press, 2018.
  • Notices « Martin Bodmer », « Bodmer Papyri », « Dishna Papers », Wikipédia (anglais), consultées en 2026.
  • Dictionnaire historique de la Suisse, « Martin Bodmer » (hls-dhs-dss.ch).