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Nouveau Testament de Tyndale

Le Nouveau Testament de William Tyndale est le premier NT anglais traduit du grec et le premier imprimé. Il fut fait en exil, en dépit de l'interdiction de traduire l'Écriture en anglais (Constitutions d'Oxford, 1409).

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Le Nouveau Testament de William Tyndale est le premier NT anglais traduit du grec et le premier imprimé. Il fut fait en exil, en dépit de l’interdiction de traduire l’Écriture en anglais (Constitutions d’Oxford, 1409). Les exemplaires furent brûlés à Londres, et Tyndale lui-même fut étranglé et brûlé en 1536. Environ 80 à 90 % de son texte passe dans la King James 1611.

Histoire

Documenté :

  • Tyndale, prêtre formé à Oxford et Cambridge, demande en 1523 l’appui de l’évêque de Londres Cuthbert Tunstall, qui le refuse. Il part pour l’Allemagne en 1524.
  • Financement : le drapier londonien Humphrey Monmouth l’héberge six mois à Londres et lui donne dix livres sterling ; Monmouth le déclare lui-même dans sa requête de 1528, après son arrestation pour hérésie. D’autres marchands anglais d’Anvers l’ont soutenu ensuite (attesté en termes généraux, noms incertains).
  • 1525 : l’impression commence à Cologne ; le doyen Johann Cochlaeus la fait interrompre. Il reste un fragment (Matthieu 1-22), dit « fragment de Cologne » (British Library).
  • 1526 : édition complète in-octavo à Worms, chez Peter Schöffer le Jeune, 3 000 à 6 000 exemplaires selon les estimations (le chiffre de 3 000 vient de Cochlaeus et concerne d’abord l’impression de Cologne). Introduite en Angleterre dans des balles de tissu.
  • Octobre 1526 : Tunstall fait brûler des exemplaires à Saint-Paul. Le chroniqueur Edward Hall rapporte que l’évêque fit acheter les exemplaires à Anvers par le marchand Augustine Packington pour les détruire, et que l’argent servit à Tyndale pour une édition corrigée (récit rapporté par Hall, non vérifiable).
  • Thomas More attaque la traduction dans son Dialogue concerning Heresies (1529) ; Tyndale répond (1531).
  • 1534 : édition révisée à Anvers (Martin de Keyser), avec prologues et notes.
  • Trahi par Henry Phillips, Tyndale est arrêté à Anvers en 1535, emprisonné à Vilvorde, étranglé et brûlé le 6 octobre 1536. Selon John Foxe, ses derniers mots furent une prière pour que le Seigneur ouvre les yeux du roi d’Angleterre.

Texte source et méthode

Grec d’Érasme (3e édition, 1522), avec l’aide de la traduction latine d’Érasme et de la Bible de Luther. Langue simple, phrases courtes, mots anglais d’origine saxonne. Il traduit aussi de l’hébreu le Pentateuque (1530) et Jonas (1531), et laisse en manuscrit Josué à 2 Chroniques, publiés dans la Bible de Matthew.

Choix de vocabulaire (documentés, et attaqués par More) : congregation au lieu de church, elder (« ancien ») au lieu de priest, love au lieu de charity, repent au lieu de do penance. Ces choix sont lexicalement défendables (ekklesia, presbyteros, agape, metanoeo) ; ils ont aussi une portée confessionnelle, puisqu’ils retirent l’appui du vocabulaire aux institutions de l’Église romaine (interprétation, déjà formulée par More) ; la King James 1611 reviendra à church sur ordre (règle 3 de Bancroft) et à charity en 1 Corinthiens 13.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« this generacion shall not passe » (« cette génération »)
Ap 1:1« shortly » (« bientôt »)
1 Jn 5:7-8présente (Érasme 1522) ; mise en forme dans les éditions de 1526 et 1534 à vérifier
Mc 16:9-20présente
1 Tm 3:16« God was shewed in the flesshe » (« Dieu »)
Ap 22:19« boke of lyfe » (« livre de vie »), d’après Érasme
Ac 8:37présent

Notes, livres et doctrine

L’édition de 1526 n’a presque pas de notes. Celle de 1534 ajoute des prologues (Romains, d’après Luther) et des notes marginales, dont certaines contre les pratiques romaines. NT seul.

Ce qu’on lui reproche

  • Des mots changés pour servir l’hérésie (Thomas More, Dialogue Concerning Heresies, 1529, et Confutation of Tyndale’s Answer, 1532-1533) : congregation pour church, senior puis elder pour priest, love pour charity, repent pour do penance, favour pour grace, knowledge pour confession. More écrit qu’y chercher des fautes serait chercher de l’eau dans la mer. L’évêque Tunstall, en brûlant les exemplaires, parla de plus de deux mille erreurs. Pourquoi ces choix : Tyndale répond (An Answer unto Sir Thomas More’s Dialogue, 1531) que ce sont les sens exacts du grec ekklesia, presbyteros, agapè, metanoeo, et qu’Érasme les avait déjà défendus.
  • Un disciple de Luther (More, Cochlaeus) : la traduction serait luthérienne. Réponse des historiens (David Daniell, 1994) : Tyndale suit le grec et ne reprend de Luther que des prologues (Romains) et quelques tournures ; son anglais est indépendant.
  • Des notes polémiques (catholiques, puis Henri VIII) : l’édition de 1534 ajoute des notes marginales contre le pape et les pratiques romaines. Pourquoi : Tyndale disait vouloir aider le lecteur simple à voir le sens ; c’est son projet de « garçon de charrue » (ploughboy) rapporté par Foxe.
  • La querelle de la « résurrection » (Tyndale contre George Joye, 1534-1535) : Joye publia sans permission une révision qui remplaçait souvent « résurrection » par « la vie après cette vie ». Tyndale protesta dans un second avis au lecteur (1534). Ce n’est pas un reproche fait à Tyndale, mais il montre qu’il défendait le mot du texte contre une interprétation.
  • « Easter » : Tyndale emploie ester pour la Pâque juive (par ex. Ac 12:4 ; Mt 26:2 « shalbe ester » ; Mc 14:12 « ester lambe »). Le mot, gardé par la King James en Ac 12:4 seulement, est aujourd’hui reproché comme anachronisme. Pourquoi : au XVIe siècle, Easter désignait en anglais aussi la Pâque juive ; Tyndale forgea ensuite passover dans son Pentateuque (1530).

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Interprétation : traduction des langues originales, simple, exacte, sans doctrine imposée dans le texte, faite au prix de la vie du traducteur. C’est l’exemple même de la note 5 dans le barème. Réserves honnêtes : texte grec d’Érasme avec ses faiblesses (fin de l’Apocalypse, Comma en 1522), choix de vocabulaire à portée confessionnelle, et notes polémiques en 1534 (moins nombreuses que celles de Matthew ou de Genève) : la note 5 vaut surtout pour l’édition de 1526.

Voir aussi

William Tyndale · Érasme · Novum Instrumentum d’Érasme · Textus Receptus · Bible de Luther · Bible de Coverdale · Bible de Matthew · John Rogers · Miles Coverdale · King James 1611 · Bible de Wycliffe

Sources

  • David Daniell, William Tyndale: A Biography, Yale University Press, 1994.
  • David Daniell (éd.), Tyndale’s New Testament (1534, orthographe modernisée), Yale University Press, 1989.
  • Alfred W. Pollard, Records of the English Bible, Oxford University Press, 1911 (requête de Monmouth, 1528).
  • John Foxe, Actes and Monuments (1563).
  • Edward Hall, Chronicle (1548), année 1529.
  • Thomas More, A Dialogue Concerning Heresies, 1529 ; The Confutation of Tyndale’s Answer, 1532-1533.
  • William Tyndale, An Answer unto Sir Thomas More’s Dialogue, 1531 ; « William Tyndale yet once more to the Christian reader » (contre George Joye), dans le NT de 1534.