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Le texte
Avec la doxologie (Textus Receptus, Texte byzantin Robinson-Pierpont) : hoti sou estin hê basileia kai hê dunamis kai hê doxa eis tous aiônas. Amên, mot à mot « car à toi est le règne et la puissance et la gloire pour les siècles. Amen ».
Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! (Segond 1910, fin du verset)
Sans la doxologie (Nestle-Aland) : la prière s’arrête sur « mais délivre-nous du mal (ou du Malin) ».
Les témoins
- Sans doxologie : Codex Sinaiticus, Codex Vaticanus, Codex Bezae, Codex Dublinensis (Z), 0170, famille 1 ; la plupart des manuscrits de la Vetus Latina et la Vulgate ; une partie du copte bohaïrique. Les commentaires du Notre Père par Origène, Tertullien et Cyprien (IIIe siècle), Cyrille de Jérusalem et Grégoire de Nysse (IVe siècle) s’arrêtent à « délivre-nous du mal ».
- Avec doxologie (sous plusieurs formes) : Codex Washingtonianus, Codex Koridethi, L, Δ, Σ, famille 13 et la grande majorité des manuscrits byzantins ; Peshitta ; Ancienne syriaque curetonienne (forme sans « la puissance », à vérifier) ; copte sahidique (forme sans « le règne », à vérifier) ; le manuscrit vieux-latin k (Bobbiensis) : « car à toi est la puissance pour les siècles des siècles » ; Jean Chrysostome (fin du IVe siècle) la commente.
- La Didachè (8:2, fin du Ier ou début du IIe siècle) donne le Notre Père avec une doxologie courte : « car à toi est la puissance et la gloire pour les siècles », sans « le règne ». Les Constitutions apostoliques (IVe siècle) ont une forme longue.
- Le palimpseste syriaque du Sinaï est lacunaire à cet endroit (Mt 6:10-8:3), comme le Codex Ephraemi Rescriptus (Mt 5:15-7:5).
- Version éthiopienne : à vérifier.
D’où vient l’ajout, ou pourquoi le retrait
Explication du texte critique. La doxologie serait un ajout liturgique : la prière, récitée en assemblée, se terminait par une louange, sur le modèle de 1 Chroniques 29:11 (« À toi, Éternel, la grandeur, la force et la magnificence… »). La diversité des formes (deux, trois ou quatre éléments, avec ou sans « Amen ») est vue comme le signe d’une formule liturgique entrée progressivement dans le texte. Luc 11:2-4, dans tous les manuscrits anciens, n’a pas de doxologie. Le comité UBS donne à l’omission le degré {A}.
Explication du texte traditionnel. La doxologie est ancienne (la Didachè l’atteste dans une forme voisine), elle est dans la masse des manuscrits et dans les versions syriaques. Son absence en Occident s’expliquerait par l’usage liturgique latin, où la doxologie était dite par le prêtre et non par l’assemblée, ce qui aurait conduit les copistes à la retirer du texte.
Érasme l’a imprimée dès 1516 en signalant son absence des manuscrits latins ; elle est passée de là dans le Textus Receptus.
Dans les traductions
| Traduction | Traitement |
|---|---|
| King James 1611 | dans le texte |
| Bible de Martin | dans le texte |
| Bible d’Ostervald | dans le texte |
| Bible Segond 1910 | dans le texte |
| Bible Darby | absente du texte |
| Bible de Jérusalem | absente du texte, en note (à vérifier) |
| Traduction œcuménique de la Bible | absente du texte, en note (à vérifier) |
| Segond 21 | dans le texte, entre crochets |
| Bible du Semeur | dans le texte, entre crochets, avec note |
| Nouvelle Bible Segond | absente du texte |
| New International Version | absente du texte, en note |
| English Standard Version | absente du texte, en note |
| Vulgate clémentine | absente (la messe latine la place après l’embolisme) |
| Bible éthiopienne (guèze) | à vérifier |
Ce qu’en disent les deux camps
Défenseurs du texte traditionnel. Frederick Henry Ambrose Scrivener, pourtant critique de Westcott et Hort, doutait de son authenticité (Plain Introduction, à vérifier pour la formulation), ce qui montre que les défenseurs du texte traditionnel n’étaient pas unanimes ; John William Burgon, lui, défendait la doxologie (référence exacte à vérifier). Edward F. Hills (1956) invoque la Didachè, la Peshitta et l’usage liturgique pour soutenir qu’elle est authentique et que les Latins l’ont omise. Les éditeurs du Texte majoritaire (Robinson-Pierpont, Hodges-Farstad) l’impriment.
Partisans du texte critique. Bruce Metzger et la plupart des commentateurs (y compris des commentateurs conservateurs) jugent que l’accord des plus anciens témoins de plusieurs régions (Égypte, Occident, commentaires des Pères grecs et latins) contre la doxologie est décisif, et que la Didachè montre justement un usage liturgique encore fluide.
Enjeu
Aucune doctrine ne dépend de la doxologie : elle est un écho de 1 Chroniques 29:11. Elle compte beaucoup dans la pratique : les Églises protestantes et orthodoxes la récitent, la messe catholique la dit séparément (« Car c’est à toi qu’appartiennent… »), après une prière intermédiaire.
Voir aussi
Textus Receptus · Texte majoritaire · Novum Instrumentum d’Érasme · Érasme · Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Bezae · Peshitta · Vulgate · Bruce Metzger · John William Burgon · Edward F. Hills · Versets disputés - vue d’ensemble
Sources
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Mt 6:13.
- Nestle-Aland 28 et UBS5, apparats.
- Wieland Willker, A Textual Commentary on the Greek Gospels, vol. 1, Matthew, 12e éd., Brême, 2015 (en ligne), sur ce verset.
- Didachè 8:2 ; Tertullien, De oratione ; Cyprien, De dominica oratione ; Origène, De oratione.
- Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956.
- F. H. A. Scrivener, A Plain Introduction to the Criticism of the New Testament, 4e éd., 1894.
- Textes comparés : Segond 1910, Martin, Darby, King James, Ostervald, Segond 21, Semeur, NBS, ESV (getbible.net, bolls.life, emcitv.com), consultés en 2026.