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Reina-Valera

La Reina-Valera est la Bible protestante de langue espagnole.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La Reina-Valera est la Bible protestante de langue espagnole. Casiodoro de Reina, moine hiéronymite de Séville devenu protestant et fugitif, la publia à Bâle en 1569 : on l’appelle la Biblia del Oso (« Bible de l’Ours ») à cause de la gravure de la page de titre, un ours cherchant le miel d’une ruche. Cipriano de Valera, un autre ancien moine du même couvent, la révisa en 1602. Ses révisions successives restent aujourd’hui la Bible la plus lue des protestants hispanophones.

Histoire

Documenté :

  • Au monastère hiéronymite de San Isidoro del Campo (Séville), un groupe de moines lit en secret des livres réformés dans les années 1550. Menacés par l’Inquisition, une douzaine s’enfuient en 1557, dont Reina et Valera. L’Inquisition brûle Reina en effigie à Séville en 1562.
  • Reina passe par Genève, Londres (pasteur des réfugiés espagnols), Anvers, Francfort, Strasbourg ; il travaille douze ans à sa Bible.
  • 1569 : impression à Bâle chez Thomas Guarin (2 600 exemplaires). Le nom de Reina n’est indiqué que par ses initiales dans la préface.
  • Financement : Reina paie l’impression avec des fonds réunis auprès de soutiens ; une partie viendrait d’un legs de Juan Pérez de Pineda, réformateur espagnol mort en 1566, qui avait laissé de l’argent pour une Bible espagnole (rapporté par les biographes, dont A. Gordon Kinder ; détails à vérifier). Aucun commanditaire officiel.
  • 1602 : Cipriano de Valera publie à Amsterdam (Lorenz Jacobi) une révision, après vingt ans de travail.
  • Révisions modernes : 1862, 1909, puis 1960, sous les Sociétés bibliques unies (Sociétés bibliques). La révision de 1960 retouche le texte et remplace parfois des leçons du Textus Receptus ; certains milieux attachés au texte reçu la critiquent pour cela (le détail des changements est à vérifier sur le texte).

Texte source et méthode

Reina traduit sur l’hébreu et le grec, en s’aidant de la Bible de Ferrare (1553, AT juif en espagnol très littéral), de la traduction latine de Santes Pagnino, du NT de Francisco de Enzinas (1543) et de celui de Juan Pérez de Pineda (1556). Pour le NT, le grec d’Érasme, d’Estienne et de Bèze.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:341569 : « no pasará esta edad » (« cet âge ») ; 1909 et 1960 : « esta generación »
Ap 1:11569 : « las cosas que conviene que sean hechas presto » (« bientôt »)
1 Jn 5:7-8présente
Mc 16:9-20présente
1 Tm 3:161569 : « Dios se ha manifestado en carne » ; 1909 : « Dios ha sido manifestado en carne » (« Dieu »)
Ap 22:19« libro de la vida » (« livre de vie »)
Ac 8:37présent

Notes, livres et doctrine

L’édition de 1569 contient les apocryphes, répartis dans l’AT selon l’ordre de la Vulgate. Valera, en 1602, les regroupe entre les deux Testaments, comme les Bibles protestantes de son temps. Les éditions modernes les omettent. Notes marginales brèves (variantes, sens des mots).

Ce qu’on lui reproche

  • Une Bible d’hérétiques (Inquisition espagnole) : Reina et Valera sont des moines apostats ; leurs Bibles sont mises à l’Index et Reina brûlé en effigie (1562). Pourquoi ils ont traduit : l’Amonestación al lector (1569) explique que l’interdiction des Bibles en langue vulgaire prive le peuple de la Parole, et que la traduction ne suit aucune secte.
  • Un traducteur suspect aux yeux des calvinistes : à Londres, Reina fut accusé (1563-1564) de sympathies pour Servet et d’autres fautes, et s’enfuit ; Genève et les réformés français se méfièrent de lui. Réponse : une commission réunie à Londres le blanchit en 1579 (à vérifier), et il finit pasteur luthérien à Francfort. Le texte de sa Bible ne porte pas trace de ces accusations.
  • Le nom « Iehova » (critiques, et plus tard des hébraïsants) : Reina écrit le nom divin Iehova au lieu de « Seigneur ». Pourquoi : il s’en explique dans l’Amonestación : ne pas cacher le nom propre de Dieu, que la tradition juive évitait de prononcer. Les révisions jusqu’en 1960 gardent « Jehová » ; d’autres versions espagnoles mettent « el Señor ».
  • Les apocryphes en 1569 (protestants) : Reina les laisse à leur place dans l’AT. Pourquoi : il suivait l’ordre de la Vulgate pour ne pas heurter les lecteurs espagnols. Valera les regroupe à part en 1602, et les Sociétés bibliques les retirent au XIXe siècle.
  • La révision de 1960 accusée de céder au texte critique (milieux du Textus Receptus hispanophones, Sociedad Bíblica Trinitaria) : la révision des Sociétés bibliques unies, avec Eugene Nida comme conseiller, aurait introduit des leçons du texte critique en quelques endroits. Réponse des Sociétés bibliques : la base reste le texte reçu et les passages disputés sont conservés ; la liste exacte des changements reste à vérifier.

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Interprétation : traduction fidèle, faite sur les originaux par des hommes pourchassés par l’Inquisition, au prix de l’exil ; elle a donné l’Écriture à tout un monde de langue espagnole. Réserves : texte original difficile à atteindre aujourd’hui, car le nom « Reina-Valera » couvre des révisions successives (1602, 1862, 1909, 1960) qui ne suivent pas toutes les mêmes choix textuels, ce qu’elles ne signalent pas toujours au lecteur. L’inclusion des deutérocanoniques en 1569 est un choix de canon, décrit plus haut, non une question de fidélité. Note 4.

Voir aussi

Casiodoro de Reina · Cipriano de Valera · Textus Receptus · Texte massorétique · Sociétés bibliques · Eugene Nida · Bible de Diodati

Sources

  • A. Gordon Kinder, Casiodoro de Reina: Spanish Reformer of the Sixteenth Century, Tamesis, 1975.
  • Casiodoro de Reina, Amonestación al lector, préface de la Biblia del Oso, Bâle, 1569.
  • Texte de 1569 (orthographe modernisée) : Sagradas Escrituras 1569, sur bibliaparalela.com ; texte de 1909 : textusreceptus.thekingsbible.com.
  • Jorge González (éd.), Casiodoro de Reina: Traductor de la Biblia en español, Sociedades Bíblicas Unidas, 1969.
  • Casiodoro de Reina, Amonestación al lector (1569), passages sur le nom Iehova et sur l’ordre des livres.
  • Cipriano de Valera, Exhortación al cristiano lector, préface de 1602.