Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
Bibliste irlandais, enseignant à Oxford puis archidiacre de Westminster, R. H. Charles est l’éditeur et traducteur de référence du Livre d’Hénoch au XXe siècle (traduction 1893, texte guèze 1906, traduction révisée 1912) et le maître d’œuvre de la grande collection The Apocrypha and Pseudepigrapha of the Old Testament (1913). Il est aussi l’auteur d’un commentaire de l’Apocalypse qui a fait autorité (1920). Grand philologue, il n’hésitait pas à réarranger les textes selon ses hypothèses.
Provenance et confession
Robert Henry Charles naît le 6 août 1855 à Cookstown, dans le comté de Tyrone (Ulster), cinquième des sept fils de David Hughes Charles, médecin réputé, et d’Annie Allen. Le milieu est celui de la bourgeoisie professionnelle protestante d’Ulster, de langue anglaise. Il étudie à la Belfast Academy, au Queen’s College de Belfast, puis à Trinity College, Dublin, avant des séjours d’étude en Allemagne. Ordonné diacre en 1883 et prêtre en 1884 dans l’Église d’Angleterre, il exerce d’abord dans des paroisses de Londres, puis se consacre à la recherche pour raisons de santé. La confession de sa famille d’origine n’est pas précisée par les notices consultées (à vérifier) ; lui-même reste anglican jusqu’à sa mort, chanoine puis archidiacre de Westminster. Appartenance documentée : la British Academy, institution savante publique. Aucune loge ni cercle n’est rapporté.
Vie
- Né en 1855 à Cookstown (comté de Tyrone, Irlande du Nord) ; la mention de Cork, donnée par la première version de cette fiche, était une erreur. Études à Queen’s College Belfast et Trinity College Dublin ; études en Allemagne.
- Ordonné dans l’Église d’Angleterre ; ministère à Londres, puis retour aux études pour raisons de santé.
- Enseigne à Oxford (Exeter College) ; professeur de grec biblique à Trinity College Dublin (1898-1906).
- Chanoine (1913) puis archidiacre de Westminster (1919) ; membre de la British Academy.
- Meurt le 30 janvier 1931 dans sa maison de l’enceinte de l’abbaye de Westminster.
Influence sur la Bible et la doctrine
Hénoch (faits). The Book of Enoch, Oxford, 1893 (traduction à partir de manuscrits plus nombreux que ceux de Dillmann) ; The Ethiopic Version of the Book of Enoch, Oxford, 1906 (texte guèze établi, selon la page de titre, sur vingt-trois manuscrits, avec les fragments grecs et latins) ; The Book of Enoch, éd. révisée, 1912. C’est la traduction anglaise la plus diffusée jusqu’à la fin du XXe siècle (domaine public).
Les pseudépigraphes (faits). Charles édite et traduit Jubilés (1895, 1902), l’Ascension d’Isaïe (1900), l’Apocalypse de Baruch, les Testaments des douze patriarches (1908) et dirige The Apocrypha and Pseudepigrapha of the Old Testament in English (2 vol., 1913). Il en tire une thèse sur l’eschatologie juive (Eschatology: Hebrew, Jewish and Christian, 1899).
L’Apocalypse (faits). A Critical and Exegetical Commentary on the Revelation of St. John (International Critical Commentary, 2 vol., 1920). Charles date le livre de la fin du règne de Domitien (vers 95), contre la datation haute de Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort. Il soutient que Jean est mort avant d’achever son livre et qu’un éditeur maladroit a mis en désordre les chapitres 20 à 22 ; il réordonne donc le texte et considère certains versets comme des interpolations.
Interprétation. Pour Hénoch, Charles a fait un travail immense dont tout le monde dépend encore. Mais sa méthode, sur Hénoch comme sur l’Apocalypse, consiste à corriger, déplacer et attribuer à des « interpolateurs » ce qui ne cadre pas avec ses hypothèses, sans appui dans les manuscrits ; son réarrangement des chapitres 20 à 22 de l’Apocalypse n’a pas été suivi par la plupart des commentateurs ultérieurs. Sa datation tardive de l’Apocalypse est, elle, une position d’historien partagée par beaucoup et contestée par d’autres : elle est décrite ici sans être jugée.
Financement et réseaux
- Documenté : Oxford University Press (Clarendon Press) ; Église d’Angleterre ; British Academy.
- Allégué : rien de notable.
- Non démontré : aucun commanditaire particulier.
Signaux d’alerte
- 5. Texte affaibli ou modifié (documenté) : dans son commentaire de l’Apocalypse (1920), Charles réordonne les chapitres 20 à 22 et tient certains versets pour des interpolations, sans base manuscrite ; il procède de même par conjectures dans ses éditions de textes juifs anciens. En proportion : il le fait ouvertement, dans un commentaire savant qui expose ses raisons, et non dans une Bible destinée aux fidèles ; c’est une méthode d’époque (la critique conjecturale), non une falsification cachée.
Conclusion : un signal documenté, qui appelle la prudence dans l’usage de ses textes réarrangés ; rien, dans sa vie ou son financement, ne justifie une enquête plus poussée sur l’homme.
Pourquoi cette note
★★★☆☆ : apport réel et considérable (texte et traduction d’Hénoch, collection des pseudépigraphes), mais une méthode qui réécrit le texte selon les hypothèses du savant, au-delà de ce que montrent les manuscrits. La note ne dépend pas de sa datation de l’Apocalypse.
Voir aussi
- James Bruce · Richard Laurence · August Dillmann
- Bible éthiopienne (guèze) · Manuscrits de la mer Morte · Prétérisme
Sources
- R. H. Charles, The Book of Enoch, Oxford, 1893 ; éd. révisée, 1912.
- R. H. Charles, The Ethiopic Version of the Book of Enoch, Oxford, 1906.
- R. H. Charles (dir.), The Apocrypha and Pseudepigrapha of the Old Testament in English, 2 vol., Oxford, 1913.
- R. H. Charles, A Critical and Exegetical Commentary on the Revelation of St. John, 2 vol., ICC, Édimbourg, 1920.
- Kenneth L. Gentry Jr., Before Jerusalem Fell, 1989 (discussion de la datation).
- Westminster Abbey, notice commémorative « Robert Henry Charles » (naissance à Cookstown, parents, ordination 1883) ; R. H. Charles: A Biography, Oxford Academic (père David Hughes Charles, cinquième de sept fils).