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Fenton John Anthony Hort

Théologien de Cambridge, né à Dublin, Fenton John Anthony Hort est le théoricien du Texte de Westcott et Hort (1881).

En bref

Théologien de Cambridge, né à Dublin, Fenton John Anthony Hort est le théoricien du Texte de Westcott et Hort (1881). C’est lui qui rédige l’Introduction où sont exposés les principes qui gouvernent encore la critique textuelle : généalogie des manuscrits, texte « neutre » des grands onciaux, texte « syrien » (byzantin) jugé tardif et artificiel. Membre du comité de révision, il est, avec Brooke Foss Westcott, l’artisan du texte grec de la Revised Version.

Provenance et confession

Fenton John Anthony Hort naît à Dublin le 23 avril 1828 dans une famille anglo-irlandaise de propriétaires, anglicane et de langue anglaise ; elle descend de Josiah Hort, archevêque de Tuam au XVIIIe siècle, ancien non-conformiste rallié à l’Église d’Angleterre. La famille s’installe en Angleterre (Cheltenham) pendant son enfance. Élevé dans un milieu évangélique, il étudie à Rugby sous Thomas Arnold, puis à Trinity College, Cambridge, où l’influence de Frederick Denison Maurice et de Coleridge l’éloigne de l’évangélisme de sa jeunesse vers un anglicanisme « large ». Il est ordonné diacre au carême de 1854, avec l’accord de l’évêque d’Oxford (Samuel Wilberforce), puis prêtre à Ely en 1856. Appartenances documentées par la biographie de son fils : en juin 1851, il entre chez les « Apôtres » (Cambridge Conversazione Society), société de discussion secrète, dont il rédige en grande partie le serment de silence ; la même année, il est l’un des animateurs de la « Ghostly Guild » (voir Brooke Foss Westcott), d’une société chorale et d’une société shakespearienne. Aucune loge maçonnique n’est documentée.

Vie

  • Né à Dublin en 1828. Élève de Rugby sous Thomas Arnold, puis de Trinity College, Cambridge, dont il devient fellow.
  • Marqué par Frederick Denison Maurice et par Coleridge ; membre de la société des « Apôtres » de Cambridge.
  • Vicaire de St Ippolyts (Hertfordshire) de 1857 à 1872, puis de retour à Cambridge : professeur hulséen (1878), puis Lady Margaret’s Professor (1887).
  • Travaille aussi sur la botanique, sur Clément d’Alexandrie et sur les premiers chrétiens (Judaistic Christianity, The Christian Ecclesia, posthumes). Meurt en 1892.

Influence sur la Bible et la doctrine

La théorie (faits). Dans l’Introduction (1881), Hort distingue quatre types de texte : « neutre » (Vaticanus et Sinaiticus), « alexandrin », « occidental » et « syrien ». Il soutient que le texte syrien, c’est-à-dire le texte de la grande majorité des manuscrits et du Textus Receptus, résulte d’une recension officielle faite à Antioche vers le IVe siècle (il pense à Lucien d’Antioche) et qu’il ne contient aucune leçon originale qui ne soit attestée ailleurs. Aucune trace historique de cette recension n’a été trouvée ; même des critiques favorables à son texte l’ont abandonnée.

Le comité (faits). Membre du comité du Nouveau Testament (1870-1880), il y défend les choix du texte qu’il prépare avec Westcott ; Scrivener lui répond souvent, et perd généralement les votes. Le résultat est la Revised Version, puis l’American Standard Version.

Ses lettres (faits, d’après la biographie de son fils). Life and Letters of Fenton John Anthony Hort (1896), publiée par Arthur Fenton Hort, contient des lettres souvent citées :

  • en décembre 1851, à 23 ans, il parle du « méchant » (villainous) puis du « vil » (vile) Textus Receptus, « entièrement appuyé sur des manuscrits tardifs », tout en reconnaissant n’avoir « aucune idée jusqu’aux dernières semaines de l’importance des textes » (vol. 1, p. 211) ;
  • en 1860, à propos de Darwin, il écrit avoir le sentiment « fort que la théorie est irréfutable » (unanswerable), avant de dire plus tard y voir d’« immenses difficultés » (vol. 1, p. 416 et suiv.) ;
  • dans une lettre à Westcott (octobre 1860), il qualifie « la doctrine populaire de la substitution » de « contrefaçon immorale et matérielle » de l’union du chrétien avec le Christ (vol. 1, p. 430) ;
  • en septembre 1864, il rappelle à Westcott l’avoir choqué, avec Lightfoot, en disant que le « protestantisme » n’est que « parenthétique et temporaire », et juge l’anglicanisme « pauvre et mutilé » à côté de « la grande Rome » à l’intérieur du système de Newman (vol. 2, p. 30-31) ;
  • en octobre 1865, il écrit que le « culte de Marie » et le culte de « Jésus » (entre guillemets dans le texte, au sens d’une dévotion populaire) ont « beaucoup en commun dans leurs causes et leurs résultats », deux déformations selon lui de l’idée de médiation, et que les protestants doivent désapprendre leur « horreur folle de l’idée de sacerdoce » (vol. 2, p. 50-51). La lettre critique les deux dévotions ; elle n’exprime pas de sympathie pour le culte marial, contrairement à la lecture qu’en font souvent les auteurs « King James Only » ;
  • il est membre fondateur de la « Ghostly Guild » de 1851 (voir Brooke Foss Westcott) ; son fils écrit qu’il en fut, avec la société chorale, « l’esprit moteur », et que le club, surnommé le « Bogie Club », « était apparemment né trop tôt » ; Hort écrit lui-même en décembre 1851 que les fondateurs étaient « tous disposés à croire que de telles choses existent réellement » et qu’il fallait les distinguer des canulars et des illusions (vol. 1, p. 211).

Ces lettres sont réelles. Il faut toutefois les lire en entier : ce sont des réflexions privées d’un homme jeune et inquiet, dans le milieu libéral de Cambridge, et non des programmes. Elles montrent une théologie éloignée de l’évangélisme et une prévention précoce contre le texte reçu ; elles ne montrent ni occultisme pratiqué ni complot.

Sur l’Apocalypse (fait notable). Le commentaire posthume de Hort sur Apocalypse 1-3 (1908) date le livre de la fin du règne de Néron ou peu après, avant la chute de Jérusalem. Les prétéristes s’appuient souvent sur cette datation.

Financement et réseaux

  • Documenté : Cambridge, Église d’Angleterre ; les « Apôtres » de Cambridge ; la révision commandée par la Convocation de Canterbury.
  • Allégué : des auteurs « King James Only » (Riplinger, Waite, et d’autres) font de Hort un occultiste, un catholique caché ou un agent d’une conspiration contre la Bible.
  • Non démontré : toute appartenance à un réseau occulte organisé ou un financement extérieur. Ce qui est démontré, ce sont ses idées, telles que ses lettres les exposent.

Signaux d’alerte

  • 3. Société secrète ou occulte (documenté, au sens strict de « société secrète ») : Hort entre en 1851 chez les « Apôtres » de Cambridge, cercle de discussion lié par un serment de silence dont il est, selon son fils, « principalement responsable de la formulation » ; il est aussi l’un des animateurs de la « Ghostly Guild », dont l’objet était de « recueillir et classer » des cas authentifiés de phénomènes psychiques (Life and Letters, vol. 1, p. 170-172). En proportion : les Apôtres sont un club intellectuel d’étudiants et d’anciens (sujets de débat publiés par son fils : « Le pouvoir fait-il le droit ? », « La logique peut-elle prouver quelque chose ? »), sans rite ni doctrine ésotérique ; la Ghostly Guild diffusait ouvertement un questionnaire et ne pratiquait pas le spiritisme d’après les sources. Le signal est coché parce que le secret est documenté, non parce qu’un occultisme le serait.
  • 5. Texte affaibli ou modifié (allégué par J. W. Burgon, The Revision Revised, 1883, et les auteurs « King James Only ») : ses choix reposent sur des manuscrits réels ; ce qui manque de base, c’est sa théorie d’une recension « syrienne » officielle, une hypothèse historique et non une modification du texte.
  • 8. Double allégeance (allégué par Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993, D. A. Waite et d’autres, qui en font un catholique caché ou un occultiste) : ses lettres montrent des sympathies et des doutes privés, non une fidélité cachée.

Conclusion : un signal documenté, de portée limitée ; les lettres et les sociétés de jeunesse de Hort sont réelles et doivent être lues en entier, mais elles ne montrent ni pratique occulte ni plan concerté. La procédure du comité de révision reste le point qui mérite une enquête plus poussée.

Pourquoi cette note

★★★☆☆ selon les critères neutres du barème. Fidélité au texte : un texte fondé sur des manuscrits réels, mais une théorie de la recension « syrienne » sans preuve historique, qui a déclassé la masse des manuscrits et que même des critiques favorables à son texte ont abandonnée. Honnêteté : il travaillait avec probité selon ses principes, et ses lettres, publiées par sa famille, ne cachent rien. Transparence : réserve réelle sur le comité de révision, où un texte communiqué confidentiellement a conduit à des changements au-delà du mandat. Apport réel (l’Introduction reste un monument de méthode) mêlé de ces réserves. La note initiale de 2/5 tranchait le débat entre écoles textuelles ; elle a été revue.

Voir aussi

Sources

  • B. F. Westcott et F. J. A. Hort, The New Testament in the Original Greek, vol. 2, Introduction and Appendix, 1881.
  • Arthur Fenton Hort, Life and Letters of Fenton John Anthony Hort, 2 vol., Londres, 1896.
  • F. J. A. Hort, The Apocalypse of St John I-III, Londres, 1908.
  • John William Burgon, The Revision Revised, Londres, 1883.
  • Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, The New Testament in the Original Greek: Byzantine Textform, 2005 (introduction critique de la théorie de Hort).
  • Arthur Fenton Hort, Life and Letters, vol. 1, p. 1-2 (Josiah Hort), p. 170-172 (Apôtres, serment, Ghostly Guild), et récit de l’ordination sacerdotale à Ely (1856) ; texte consulté sur archive.org.
  • Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993 (accusations ; ouvrage polémique).