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Brooke Foss Westcott

Professeur à Cambridge puis évêque de Durham, Brooke Foss Westcott a établi avec son ami Fenton John Anthony Hort le Texte de Westcott et Hort, The New Testament in the Original Greek (1881), fruit de vingt-huit ans de travail.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Professeur à Cambridge puis évêque de Durham, Brooke Foss Westcott a établi avec son ami Fenton John Anthony Hort le Texte de Westcott et Hort, The New Testament in the Original Greek (1881), fruit de vingt-huit ans de travail. Membre du comité de révision du Nouveau Testament, il a fait passer une grande partie de ce texte dans la Revised Version de 1881. C’est la base de presque toutes les éditions critiques et traductions modernes.

Provenance et confession

Brooke Foss Westcott naît le 12 janvier 1825 à Birmingham, fils de Frederick Brooke Westcott, botaniste et secrétaire d’une société savante locale. Le milieu est celui de la classe moyenne anglaise instruite, anglicane, de langue anglaise. Il étudie à la King Edward’s School de Birmingham sous James Prince Lee, avec J. B. Lightfoot et E. W. Benson, puis entre en 1844 à Trinity College, Cambridge. Il est ordonné diacre le 15 juin 1851 puis prêtre la même année par Prince Lee, devenu évêque de Manchester. Anglican toute sa vie, sans conversion ni rupture, il appartient à la tendance large de l’Église d’Angleterre, marquée par la théologie de l’incarnation et l’engagement social. Appartenances documentées : la « Ghostlie Guild » de Cambridge (1851), qu’il fonde avec Benson et dont il rédige le questionnaire ; plus tard, la Christian Social Union, qu’il préside à partir de 1889. Wikipédia indique qu’il fut invité à rejoindre les « Apôtres » de Cambridge, société de discussion secrète ; son appartenance effective est à vérifier. Aucune loge maçonnique n’est documentée.

Vie

  • Né en 1825 à Birmingham. Études au King Edward’s School (élève de James Prince Lee, avec J. B. Lightfoot et E. W. Benson), puis à Trinity College, Cambridge.
  • Maître à Harrow (1852-1869), chanoine de Peterborough (1869), professeur royal (Regius) de théologie à Cambridge (1870-1890).
  • Évêque de Durham de 1890 à sa mort ; actif dans les questions sociales (médiation dans la grève des mineurs de Durham en 1892, présidence de la Christian Social Union).
  • Commentaires sur l’évangile de Jean (1880), les épîtres de Jean (1883), l’épître aux Hébreux (1889) ; A General Survey of the History of the Canon of the New Testament (1855). Meurt en 1901.

Influence sur la Bible et la doctrine

Le texte (faits). Westcott et Hort commencent leur travail en 1853. Ils fondent leur texte principalement sur le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus, qu’ils appellent le texte « neutre », et tiennent le texte byzantin (majoritaire) pour une recension tardive. La théorie est exposée par Hort dans l’Introduction (1881). Le texte omet ou met entre crochets, entre autres, Mc 16:9-20 et Jn 7:53-8:11, et lit « celui qui a été manifesté » en 1 Tm 3:16.

La Revised Version (faits). La Convocation de Canterbury lance en 1870 une révision de la King James 1611 qui ne devait faire que des changements « aussi peu nombreux que possible ». Westcott et Hort siègent au comité du Nouveau Testament (1870-1880) et lui remettent leur texte, sous forme confidentielle, au fil des séances. Le comité adopte des milliers de changements au texte grec. Le Nouveau Testament révisé paraît en mai 1881, quelques jours après leur propre édition grecque. Frederick Henry Ambrose Scrivener, membre du même comité, défend souvent le texte reçu et perd les votes.

La « Ghostly Guild » (faits). En 1851, à Cambridge, Westcott fonde avec Benson et d’autres une société pour enquêter sur les apparitions et phénomènes surnaturels, appelée par ses membres « Ghostlie Guild ». Ce qu’en disent les deux biographies familiales :

  • Life and Letters of Brooke Foss Westcott (1903, vol. 1, p. 117-120) : la Guild comptait parmi ses membres A. Barry, E. W. Benson, H. Bradshaw, l’Hon. A. Gordon, F. J. A. Hort, H. Luard et C. B. Scott ; elle était « établie pour l’investigation de toutes les apparitions et effets surnaturels ». Westcott y joue un rôle de premier plan et rédige le questionnaire (« ghostlie circular »). Ce texte, reproduit en entier, part du constat que les uns attribuent ces phénomènes à des causes naturelles, à l’illusion ou à la fraude, et les autres à de possibles manifestations du monde invisible ; il propose de rassembler des témoignages signés et vérifiés, y compris ceux qui se sont révélés naturels. Les railleurs l’appelaient le « Cock and Bull Club ». Son fils ajoute qu’il ignore ce que devint la Guild, et que son père cessa de s’intéresser à ces questions, « non pas tout à fait, je crois, par manque de foi » dans ce qu’il faut appeler faute de mieux le spiritualisme, mais parce qu’il était « sérieusement convaincu que de telles investigations ne menaient à rien de bon ».
  • Life and Letters of F. J. A. Hort (1896, vol. 1, p. 171-172) : la Guild avait pour objet de « recueillir et classer » des cas authentifiés de ce qu’on appelle aujourd’hui les phénomènes psychiques, au moyen d’un questionnaire détaillé ; surnommée le « Bogie Club », elle suscita moqueries et « quelque alarme ». Une lettre de Hort à John Ellerton (décembre 1851, vol. 1, p. 211) ajoute que les fondateurs étaient « tous disposés à croire que de telles choses existent réellement », mais qu’il fallait les distinguer des « canulars » et des illusions subjectives ; Westcott préparait le questionnaire.

En résumé : un club d’enquête d’étudiants et de jeunes diplômés, qui diffusait ouvertement un questionnaire, souvent présenté comme un précurseur de la Society for Psychical Research (1882). Les sources ne montrent ni séance spirite, ni rite, ni pratique occulte ; elles montrent une curiosité sérieuse pour le surnaturel et une disposition, déclarée par Hort, à croire à la réalité de ces apparitions, que Westcott abandonna ensuite comme stérile.

Autres traits (faits). Des lettres publiées par son fils montrent une sensibilité aux formes de piété catholiques (lettre de 1847 : devant une Pietà, la Vierge et le Christ mort, dans un oratoire près d’un monastère, il écrit que, seul, il aurait pu « s’agenouiller là des heures », tout en parlant dans la même lettre du « zèle même dans l’erreur » de l’Église romaine et en regrettant la « superstition » du crucifix ; Life and Letters, vol. 1, p. 81) et une théologie de l’incarnation qui tend à minimiser les controverses doctrinales. À noter aussi : Westcott, comme Hort et Lightfoot, plaçait la rédaction de l’Apocalypse avant 70 (datation « haute »), position que les prétéristes citent volontiers.

Interprétation. Westcott était un homme pieux et un grand commentateur de Jean. Ses critiques (John William Burgon, Frederick Henry Ambrose Scrivener) lui reprochent d’avoir fait de deux manuscrits, le Vaticanus et le Sinaiticus, l’étalon du texte, et d’avoir fait adopter ce texte, communiqué confidentiellement, par une commission chargée de changements minimes. Ses défenseurs répondent que la méthode était publiée et que l’ancienneté de ces manuscrits justifiait leur poids. Le débat de méthode est décrit ici sans être tranché ; le point de procédure (un mandat dépassé, un texte remis sous le sceau du secret) est, lui, documenté. Les accusations d’occultisme qui circulent sur Internet exagèrent beaucoup ce que montrent les lettres.

Financement et réseaux

  • Documenté : Cambridge (Trinity College), Église d’Angleterre ; la révision est commandée par la Convocation de Canterbury et publiée par les presses d’Oxford et de Cambridge, qui en ont acheté les droits.
  • Allégué : des auteurs « King James Only » (Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993 ; D. A. Waite) présentent Westcott comme occultiste et agent d’un plan contre la Bible.
  • Non démontré : un financement occulte, une pratique spirite, un plan concerté avec Rome. Ce qui est démontré : la Ghostly Guild, les lettres citées, le rôle dans le comité.

Signaux d’alerte

  • 3. Société secrète ou occulte (allégué par Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993, D. A. Waite et d’autres auteurs « King James Only », qui en font un occultiste ou un spirite) : l’appartenance à la Ghostlie Guild est documentée, mais elle ne remplit pas la définition du signal. La Guild n’était pas secrète (elle diffusait son questionnaire), n’avait ni rite ni doctrine ésotérique, et ne pratiquait pas le spiritisme d’après les sources : c’était une enquête sur des témoignages, ouverte à l’hypothèse surnaturelle comme à l’explication naturelle. Westcott s’en détourna en jugeant ces recherches stériles. Le fait mérite d’être connu ; il ne prouve pas l’occultisme. Les mêmes auteurs citent aussi le club « Hermes » : d’après Life and Letters (vol. 1, p. 47), c’était une société d’étudiants fondée en mai 1845 sous le nom de « Philological Society », où l’on lisait des essais (Westcott y parla des Étrusques, des jeux romains, de la théologie d’Aristote) ; rien n’y indique un caractère occulte.
  • 5. Texte affaibli ou modifié (allégué par J. W. Burgon, The Revision Revised, 1883, et ses successeurs) : ses changements reposent sur des manuscrits réels et anciens, ce qui exclut le signal tel qu’il est défini ; le désaccord porte sur le poids à leur donner.
  • 8. Double allégeance (allégué par les mêmes auteurs « King James Only », qui le disent catholique de cœur) : ses lettres montrent une sensibilité à certaines formes de piété catholique, non une fidélité cachée à Rome.

Aucun signal documenté. Le point qui mérite une enquête plus poussée n’est pas dans la grille : la procédure du comité de révision (texte confidentiel, mandat dépassé), documentée par Burgon et par les comptes rendus.

Pourquoi cette note

★★★☆☆ selon les critères neutres du barème. Fidélité au texte : un texte établi sur des manuscrits anciens réels, selon une méthode publiée, mais dont le principe (le privilège quasi exclusif de deux manuscrits) reste contesté. Honnêteté : aucun passé caché ni argent obscur ; la Ghostlie Guild est un fait, non une preuve d’occultisme. Indépendance : aucun commanditaire. Transparence : réserve réelle sur sa conduite au comité de révision, où un texte communiqué confidentiellement a conduit à des changements bien au-delà du mandat. Apport réel (texte, commentaires de grande valeur) mêlé de ce compromis. La note initiale de 2/5 tranchait le débat entre écoles textuelles ; elle a été revue.

Voir aussi

Sources

  • B. F. Westcott et F. J. A. Hort, The New Testament in the Original Greek, 2 vol., Cambridge et Londres, 1881.
  • Arthur Westcott, Life and Letters of Brooke Foss Westcott, 2 vol., Londres, 1903.
  • Arthur Fenton Hort, Life and Letters of Fenton John Anthony Hort, 2 vol., Londres, 1896.
  • John William Burgon, The Revision Revised, Londres, 1883.
  • Graham A. Patrick, The Miners’ Bishop: Brooke Foss Westcott of Durham, 2e éd., Peterborough, Epworth, 2004.
  • Kenneth L. Gentry Jr., Before Jerusalem Fell, 1989 (sur la datation haute de l’Apocalypse chez Westcott et Hort).
  • Arthur Westcott, Life and Letters of Brooke Foss Westcott, vol. 1, p. 117-120 (Ghostlie Guild, questionnaire, abandon de ces recherches) et chap. sur l’ordination (1851) ; texte consulté sur archive.org.
  • Gail Riplinger, New Age Bible Versions, 1993 (accusations d’occultisme ; ouvrage polémique).
  • Wikipédia (anglais), « Brooke Foss Westcott » et « Edward White Benson » (Cambridge Association for Spiritual Inquiry, Westcott secrétaire jusqu’en 1860).