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Revised Version

Première révision officielle de la King James 1611, commandée par l'Église d'Angleterre.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Première révision officielle de la King James 1611, commandée par l’Église d’Angleterre. Elle a gardé le style ancien de la KJV, mais elle a changé le texte grec sous-jacent : c’est le moment où le Texte de Westcott et Hort entre dans une Bible anglaise. Toutes les grandes versions modernes (ASV, RSV, NASB, NIV, ESV) descendent de ce choix.

Histoire

Documenté. Le 6 mai 1870, la Convocation de Canterbury vote une révision de la version autorisée. Deux comités britanniques sont formés (Ancien et Nouveau Testament), avec un comité américain associé présidé par Philip Schaff. Le comité du Nouveau Testament, présidé par l’évêque Charles Ellicott, compte Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort, qui remettent à leurs collègues, sous le sceau de la confidentialité, les épreuves de leur propre texte grec, publié le même mois que la RV (mai 1881). Frederick Henry Ambrose Scrivener, défenseur d’un texte plus traditionnel, siège aussi et perd la plupart des votes. Dès la première séance (juin 1870), une communion à l’abbaye de Westminster à laquelle participe le réviseur unitarien George Vance Smith provoque un scandale.

Le Nouveau Testament paraît le 17 mai 1881, l’Ancien Testament en 1885, les apocryphes en 1895. L’accueil est d’abord enthousiaste, puis la critique se lève, menée par John William Burgon dans The Revision Revised (1883).

Texte source et méthode

Méthode formelle, mot à mot, encore plus littérale que la KJV, avec un anglais archaïsant volontaire. Le mandat de 1870 demandait des changements « aussi peu nombreux que possible » ; le comité a pourtant modifié le texte grec en des milliers d’endroits, en suivant surtout le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus. Interprétation : c’est le grief central de Burgon, qui accusait le comité d’avoir excédé son mandat.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« This generation shall not pass away, till all these things be accomplished » : rendu mot à mot, sans note.
Ap 1:1« must shortly come to pass ».
1 Jn 5:7-8Comma Johanneum retiré du texte.
Mc 16:9-20Gardé, mais séparé par un espace et accompagné d’une note marginale sur son absence dans les plus anciens manuscrits. Jn 7:53-8:11 mis entre crochets.
1 Tm 3:16« He who was manifested in the flesh » au lieu de « God ».
Ap 22:19« the tree of life ».
Ac 8:37Retiré du texte, signalé en marge.

Notes, livres et doctrine

Pas de notes doctrinales ; les marges donnent des leçons variantes et des traductions possibles. Apocryphes publiés à part (1895). La RV n’impose aucune lecture eschatologique dans ses marges.

Financements

  • Documenté : les réviseurs ont travaillé sans salaire ; les dépenses du comité britannique ont été payées par les presses universitaires d’Oxford et de Cambridge, qui ont publié l’ouvrage et en ont tiré le droit d’impression ; les dépenses du comité américain ont été couvertes par des dons privés gérés par un comité des finances (préface de l’édition américaine, Schaff).
  • Allégué : certains auteurs du courant « King James seulement » présentent la RV comme le fruit d’un complot (Westcott et Hort occultistes, jésuites). Ces affirmations reposent sur des lectures des lettres de Westcott et Hort, non sur des preuves de financement.
  • Non démontré : aucun financement bancaire ou catholique de la révision n’est documenté. Voir Financements - documenté et allégué.

Ce qu’on lui reproche

  • Le reproche : avoir changé le texte grec au lieu de réviser l’anglais. John William Burgon, doyen de Chichester, dans trois articles de la Quarterly Review réunis en 1883 (The Revision Revised), accuse le comité d’avoir excédé le mandat de 1870 (changements « aussi peu nombreux que possible ») et d’avoir adopté un texte grec nouveau fondé sur deux manuscrits, le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus, qu’il jugeait corrompus. Frederick Henry Ambrose Scrivener, membre du comité, partageait une partie de ces réserves. Passage : l’ensemble du Nouveau Testament (Burgon parle de milliers de changements). Pourquoi ce choix : la préface de 1881 explique que la révision de l’anglais supposait de fixer d’abord le texte, et que le texte de 1611 reposait sur des éditions imprimées tardives ; Westcott et Hort exposent leur méthode dans leur Introduction (1881). Réponse : Westcott, Hort et l’évêque Ellicott défendent le choix des plus anciens témoins ; Ellicott répond à Burgon dans un opuscule anonyme de 1882 (The Revisers and the Greek Text of the New Testament, « par deux membres de la compagnie du Nouveau Testament »), que les catalogues attribuent à Ellicott (Princeton Theological Seminary) ; Burgon y répond en appendice de The Revision Revised.
  • Le reproche : le secret du texte de Westcott et Hort. Burgon, puis tout le courant « King James seulement » (Benjamin Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, 1930 ; D. A. Waite ; Gail Riplinger), reprochent que les deux savants aient remis à leurs collègues les épreuves confidentielles de leur propre texte, et citent les lettres de Hort (Life and Letters, 1896) où il qualifie le Textus Receptus de « vile » (lettre de 1851). Pourquoi : la confidentialité était une règle du comité pour tous les travaux en cours. Réponse : les historiens (Metzger, Norton) notent que le comité votait chaque leçon à la majorité des deux tiers et que le texte final de la RV ne coïncide pas partout avec celui de Westcott et Hort ; les accusations d’occultisme tirées des lettres reposent sur des lectures contestées (voir Texte de Westcott et Hort).
  • Le reproche : un unitarien parmi les réviseurs. Des membres du clergé et des évêques protestent en 1870 contre la communion donnée à George Vance Smith, qui niait la divinité du Christ ; la Chambre haute de la Convocation de Canterbury adopte une résolution selon laquelle nul qui nie la divinité du Christ ne devrait prendre part à la révision (date exacte à vérifier). Smith reste néanmoins dans le comité. Pourquoi : la révision voulait associer toutes les confessions savantes de Grande-Bretagne. Réponse : le doyen Arthur Stanley défend la cérémonie ; on ne relève pas de passage où Smith aurait imposé une leçon unitarienne.
  • Le reproche : affaiblir la divinité du Christ. Burgon consacre une longue étude à 1 Tm 3:16 (« He who » au lieu de « God ») ; d’autres signalent la note marginale sur Rm 9:5. Pourquoi : les plus anciens manuscrits grecs ont le pronom (ΟΣ) et non l’abréviation de « Dieu » (ΘΣ). Réponse : les défenseurs rappellent que la RV garde la divinité du Christ dans d’autres passages (Jn 1:1, Jn 20:28).
  • Le reproche : affaiblir l’inspiration. Des conservateurs reprochent la traduction de 2 Tm 3:16, « Every scripture inspired of God is also profitable », qui semble laisser entendre que toute Écriture n’est pas inspirée. Pourquoi : la construction grecque, sans verbe, permet les deux lectures ; la marge donne l’autre (« Every scripture is inspired of God, and profitable »). Réponse : le choix est grammatical, non doctrinal ; la plupart des versions suivantes sont revenues à la lecture de 1611.
  • Le reproche : un anglais de pédants. Des critiques littéraires (et Charles Spurgeon, qui juge les réviseurs « strong in Greek, but weak in English », cité par bible-researcher.com ; source primaire non retrouvée) reprochent un mot à mot raide qui a fait perdre la musique de 1611. Pourquoi : la règle de rendre le même mot grec par le même mot anglais. Réponse : pour l’étude, cette précision est une qualité (Norton).

Versets ajoutés ou retirés

Premier grand changement de la Bible anglaise : 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique retirée ; Actes 8-37 - la confession de l’eunuque en marge ; Marc 16-9-20 - la finale de Marc gardée mais séparée, avec note ; Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère entre crochets ; 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté « He who » ; Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie « tree of life » ; Matthieu 6-13 - la doxologie du Notre Père retirée du texte, en marge. Les autres omissions du texte critique (Matthieu 17-21 - jeûne et prière, Matthieu 18-11 - sauver ce qui était perdu, Matthieu 23-14 - les maisons des veuves, Marc 7-16, 9-44 et 11-26, Colossiens 1-14 - par son sang) sont retirées du texte et, pour la plupart, signalées en marge (présence de chaque note marginale à vérifier sur l’édition de 1881).

Pourquoi cette note

Traduction honnête, très littérale, sans notes qui imposent une doctrine, et transparente : les leçons écartées (Mc 16, Jn 8, Ac 8:37) sont signalées en marge. Le passage au texte critique (1 Tm 3:16, 1 Jn 5:7) est un choix de critique textuelle, discuté (Burgon) mais assumé et visible ; il n’est pas compté ici comme une faute. Réserves : le comité a dépassé son mandat de changements « aussi peu nombreux que possible », il a travaillé sur un texte grec de deux de ses membres communiqué sous le sceau du secret, et son anglais archaïsant a vieilli dès sa parution. D’où 4/5 (3/5 dans la première version de cette fiche, qui comptait le texte critique comme un défaut).

Voir aussi

American Standard Version · Revised Standard Version · Mouvement de critique textuelle · Texte de Westcott et Hort · Textus Receptus · Codex Vaticanus · Codex Sinaiticus · Constantin von Tischendorf · Samuel Prideaux Tregelles

Sources

  • The New Testament… Revised A.D. 1881, Oxford et Cambridge, University Presses, 1881 (préfaces).
  • John William Burgon, The Revision Revised, Londres, John Murray, 1883.
  • Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort, The New Testament in the Original Greek, vol. 2, Introduction and Appendix, Cambridge et Londres, Macmillan, 1881.
  • [Charles John Ellicott], The Revisers and the Greek Text of the New Testament, by Two Members of the New Testament Company, Londres, Macmillan, 1882 (attribué à Ellicott par les catalogues).
  • Arthur Fenton Hort (éd.), Life and Letters of Fenton John Anthony Hort, Londres, Macmillan, 1896.
  • Benjamin G. Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, Washington, 1930 (critique « King James seulement »).
  • Philip Schaff, A Companion to the Greek Testament and the English Version, New York, Harper, 1883.
  • Matthew Brown Riddle, The Story of the Revised New Testament, American Standard Edition, Philadelphie, Sunday School Times, 1908.
  • Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption, and Restoration, 4e éd., Oxford University Press, 2005.
  • David Norton, A History of the English Bible as Literature, Cambridge University Press, 2000.