Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire soin de la copie, état de conservation et de lisibilité, accord avec les autres témoins anciens et avec la tradition de l’Église.
En bref
Le Codex Ephraemi Rescriptus est une Bible grecque du Ve siècle dont le texte a été gratté au XIIe siècle pour réutiliser le parchemin : on y a recopié, en grec, des traités d’Éphrem le Syrien (d’où son nom, « Éphrem récrit »). Le texte biblique, en dessous, reste partiellement lisible. Il a perdu une grande partie de ses feuillets, mais contient des fragments de presque tous les livres du Nouveau Testament. Avec l’Alexandrinus, c’est un des meilleurs témoins anciens de l’Apocalypse.
Histoire
Faits documentés.
- Copié au Ve siècle, probablement en Égypte ou en Palestine ; corrigé au VIe et au IXe siècle.
- Au XIIe siècle, à Constantinople selon toute vraisemblance, il est démonté, gratté et récrit.
- Il est apporté à Florence au XVIe siècle et entre dans la bibliothèque de Catherine de Médicis, qui le fait venir en France ; il est à la Bibliothèque royale, puis nationale.
- Fin du XVIIe siècle : Pierre Allix remarque l’écriture biblique sous le texte d’Éphrem ; Johann Jakob Wettstein en relève des leçons (1716).
- 1834 : un réactif chimique (la teinture dite de Giobert) est appliqué pour raviver l’écriture effacée ; il a laissé des taches qui gênent la lecture.
- 1840-1843 : Constantin von Tischendorf déchiffre le Nouveau Testament (publié en 1843) puis l’Ancien (1845) ; Robert W. Lyon publie en 1959 des corrections à son travail. La Bibliothèque nationale de France l’a numérisé (Gallica) ; l’imagerie multispectrale permet aujourd’hui de nouvelles lectures.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Témoin ancien, copié avec soin, qui contient des parties de presque tout le Nouveau Testament.
- Son texte mêlé montre que les leçons byzantines étaient déjà présentes au Ve siècle dans les Évangiles, ce que relèvent les défenseurs du texte traditionnel ; les éditeurs critiques soulignent son accord avec les témoins alexandrins ailleurs. Il intéresse ainsi les deux écoles.
- Dans l’Apocalypse, son accord avec l’Alexandrinus forme le groupe que les éditeurs critiques jugent le plus sûr.
Réserves.
- Palimpseste : de nombreuses lectures sont incertaines ; les éditeurs ne s’accordent pas toujours sur ce qui est écrit.
- Environ trois cinquièmes du Nouveau Testament seulement sont conservés (145 feuillets du Nouveau Testament sur 209 feuillets subsistants) ; de nombreux passages manquent.
- Les corrections de plusieurs mains rendent parfois difficile de connaître la leçon d’origine.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | lacune (Mt 24:10-45 manque) |
| Ap 1:1 et 22:10 | lacunes (Ap 1:1-2 et 19:5 à la fin manquent) |
| 1 Jn 5:7-8 | lacune (1 Jn 4:3 à la fin manque) |
| Mc 16:9-20 | présent |
| Jn 7:53-8:11 | lacune ; le calcul de l’espace manquant fait penser que le passage était absent (estimation, non lecture) |
| 1 Tm 3:16 | lecture débattue : hos sous un « Dieu » (abrégé) de correcteur selon Tischendorf ; d’autres lecteurs ont jugé la première main incertaine |
| Ap 22:19 | lacune (Ap 19:5 à la fin manque) |
| Ac 8:37 | absent |
Financement
- Documenté : collections royales françaises ; déchiffrement de Tischendorf soutenu par le gouvernement saxon ; numérisation par la Bibliothèque nationale de France.
- Allégué : aucune allégation sérieuse.
- Non démontré : sans objet.
Pourquoi cette note
Trois étoiles : un grand témoin ancien, utile aux deux écoles par son texte mêlé, mais lacunaire, difficile à lire et abîmé ; on s’en sert pour juger des leçons, non comme base continue.
Voir aussi
- Codex Alexandrinus · Codex Vaticanus · Codex Sinaiticus · Codex Washingtonianus · Constantin von Tischendorf
- Texte de Tischendorf · SBLGNT · Texte majoritaire · Mouvement de critique textuelle
Sources
- Bibliothèque nationale de France, ms. Grec 9, numérisé sur Gallica (gallica.bnf.fr).
- Constantin von Tischendorf (éd.), Codex Ephraemi Syri rescriptus sive fragmenta Novi Testamenti, Leipzig, Tauchnitz, 1843 ; Fragmenta Veteris Testamenti, 1845.
- Robert W. Lyon, « A Re-examination of Codex Ephraemi Rescriptus », New Testament Studies 5, 1958-1959.
- F. H. A. Scrivener, A Plain Introduction to the Criticism of the New Testament, 4e éd., 1894, t. 1.
- Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford University Press, 2005, ch. 2.
- Kurt et Barbara Aland, The Text of the New Testament, Eerdmans, 1989 (catégorie et description du manuscrit).
- Josef Schmid, Studien zur Geschichte des griechischen Apokalypse-Textes, Munich, Zink, 1955-1956 (texte de l’Apocalypse).