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Deutéronome 32:8 : fils d'Israël ou fils de Dieu

Les nations réparties selon les « fils d'Israël » (massorétique) ou les « fils de Dieu » (Qumrân).

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

Le cantique de Moïse dit que le Très-Haut a fixé les limites des peuples d’après un certain nombre. Le Texte massorétique lit lᵉmispar bᵉnê yiśrāʾēl, « selon le nombre des fils d’Israël ».

  • Segond 1910 : « Il fixa les limites des peuples D’après le nombre des enfants d’Israël. »
  • King James : « he set the bounds of the people according to the number of the children of Israel. »

Un manuscrit de Qumrân lit bᵉnê ʾĕlōhîm, « fils de Dieu » (ou « fils des dieux »). La Septante a, dans la plupart de ses manuscrits, angelōn theou, « des anges de Dieu », et dans quelques autres huiōn theou, « des fils de Dieu ».

Le verset 9 poursuit : « Car la portion de l’Éternel, c’est son peuple » (Segond 1910). Selon la leçon choisie, les nations sont réparties selon le nombre d’Israël, ou confiées à des êtres célestes, tandis qu’Israël reste la part de Dieu lui-même.

Les témoins

  • Texte massorétique : « fils d’Israël », dans le Codex de Leningrad et le Codex d’Alep (qui conserve cette partie du Deutéronome).
  • Manuscrits de la mer Morte : 4QDeut j (4Q37) lit bny ʾlwhym, « fils de Dieu ». Un second fragment, 4QDeut q, est parfois cité comme appuyant une leçon semblable (bny ʾl… ; à vérifier, le fragment est très lacunaire). Le premier signalement de la leçon de Qumrân vient de Patrick Skehan (1954).
  • Septante : la majorité des manuscrits ont « anges de Dieu » ; quelques témoins ont « fils de Dieu ». L’édition critique de Göttingen (John W. Wevers, 1977) retient huiōn theou, « fils de Dieu ».
  • Pentateuque samaritain, Vulgate (filiorum Israhel), Peshitta : « fils d’Israël ».
  • Targoums : Onkelos suit l’hébreu massorétique ; le Targoum du Pseudo-Jonathan parle des soixante-dix anges qui président aux nations, ce qui montre que la lecture « céleste » était connue dans la tradition juive.
  • Bible éthiopienne (guèze) : traduite sur la Septante, elle a probablement « anges de Dieu » (à vérifier).

D’où vient le changement

Lecture 1 : une correction théologique dans l’hébreu. Pour beaucoup de critiques (Ronald Hendel, Emanuel Tov, Michael Heiser), « fils de Dieu » est la leçon primitive : elle s’accorde avec les « fils de Dieu » du livre de Job (1:6 ; 38:7) et avec le Psaume 82. Des scribes auraient remplacé l’expression par « fils d’Israël » pour écarter toute idée d’êtres divins gouvernant les nations. La Septante « anges de Dieu » serait une interprétation du même texte primitif.

Lecture 2 : le texte massorétique est primitif. La tradition juive rapproche les soixante-dix nations de Genèse 10 et les soixante-dix âmes de la famille de Jacob descendue en Égypte (Genèse 46:27 ; Deutéronome 10:22) : le nombre d’Israël a servi de mesure aux nations (Rashi). Dans ce cas, « fils de Dieu » et « anges de Dieu » seraient des relectures plus tardives, nées dans un milieu où l’angélologie se développait.

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611« children of Israel »
Bible de Martin« enfants d’Israël »
Bible d’OstervaldÀ vérifier
Bible Segond 1910« enfants d’Israël »
Bible Darby« fils d’Israël »
Bible de Jérusalem« fils de Dieu », d’après Qumrân et le grec (à vérifier dans l’édition consultée)
Traduction œcuménique de la BibleÀ vérifier
Segond 21À vérifier
Bible du SemeurÀ vérifier
New International Version« sons of Israel », note donnant « sons of God » d’après Qumrân et le grec (édition 2011, à vérifier)
English Standard Version« sons of God », note sur l’hébreu massorétique
New Revised Standard Version« gods », note
Bible éthiopienne (guèze)Probablement « anges de Dieu » (à vérifier)

Ce qu’en disent les deux camps

Pour le texte massorétique. Le texte transmis par les massorètes est le texte reçu de la Synagogue et de la Réforme ; une leçon unique d’un fragment de Qumrân ne suffit pas à le corriger. « Fils d’Israël » a un sens clair dans le contexte (Israël au centre du plan divin pour les nations).

Pour la leçon de Qumrân. Deux familles indépendantes (un manuscrit hébreu antérieur à notre ère et la Septante) attestent un texte « céleste » ; la leçon massorétique s’explique comme une correction, l’inverse est plus difficile à expliquer. La leçon dite « difficile » est ici « fils de Dieu ».

Enjeu

Le verset ne touche aucun dogme central, mais il nourrit aujourd’hui la discussion sur le « conseil divin » et les puissances qui gouvernent les nations (Daniel 10:13, 20 ; Psaume 82). Selon la leçon, le verset parle d’Israël comme mesure des peuples, ou de puissances célestes établies sur eux.

Voir aussi

Manuscrits de la mer Morte · Septante · Texte massorétique · Codex d’Alep · Targoums · English Standard Version · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • Patrick W. Skehan, « A Fragment of the “Song of Moses” (Deut. 32) from Qumran », Bulletin of the American Schools of Oriental Research 136 (1954).
  • Eugene Ulrich et al., Qumran Cave 4. IX: Deuteronomy, Joshua, Judges, Kings, Discoveries in the Judaean Desert 14, Oxford, Clarendon, 1995.
  • John W. Wevers (éd.), Deuteronomium, Septuaginta Göttingen III,2, 1977 ; Notes on the Greek Text of Deuteronomy, 1995.
  • Michael S. Heiser, « Deuteronomy 32:8 and the Sons of God », Bibliotheca Sacra 158 (2001), p. 52-74.
  • Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., 2012.
  • Rashi, commentaire sur Deutéronome 32:8.