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Le texte
Le cantique de Moïse dit que le Très-Haut a fixé les limites des peuples d’après un certain nombre. Le Texte massorétique lit lᵉmispar bᵉnê yiśrāʾēl, « selon le nombre des fils d’Israël ».
- Segond 1910 : « Il fixa les limites des peuples D’après le nombre des enfants d’Israël. »
- King James : « he set the bounds of the people according to the number of the children of Israel. »
Un manuscrit de Qumrân lit bᵉnê ʾĕlōhîm, « fils de Dieu » (ou « fils des dieux »). La Septante a, dans la plupart de ses manuscrits, angelōn theou, « des anges de Dieu », et dans quelques autres huiōn theou, « des fils de Dieu ».
Le verset 9 poursuit : « Car la portion de l’Éternel, c’est son peuple » (Segond 1910). Selon la leçon choisie, les nations sont réparties selon le nombre d’Israël, ou confiées à des êtres célestes, tandis qu’Israël reste la part de Dieu lui-même.
Les témoins
- Texte massorétique : « fils d’Israël », dans le Codex de Leningrad et le Codex d’Alep (qui conserve cette partie du Deutéronome).
- Manuscrits de la mer Morte : 4QDeut j (4Q37) lit bny ʾlwhym, « fils de Dieu ». Un second fragment, 4QDeut q, est parfois cité comme appuyant une leçon semblable (bny ʾl… ; à vérifier, le fragment est très lacunaire). Le premier signalement de la leçon de Qumrân vient de Patrick Skehan (1954).
- Septante : la majorité des manuscrits ont « anges de Dieu » ; quelques témoins ont « fils de Dieu ». L’édition critique de Göttingen (John W. Wevers, 1977) retient huiōn theou, « fils de Dieu ».
- Pentateuque samaritain, Vulgate (filiorum Israhel), Peshitta : « fils d’Israël ».
- Targoums : Onkelos suit l’hébreu massorétique ; le Targoum du Pseudo-Jonathan parle des soixante-dix anges qui président aux nations, ce qui montre que la lecture « céleste » était connue dans la tradition juive.
- Bible éthiopienne (guèze) : traduite sur la Septante, elle a probablement « anges de Dieu » (à vérifier).
D’où vient le changement
Lecture 1 : une correction théologique dans l’hébreu. Pour beaucoup de critiques (Ronald Hendel, Emanuel Tov, Michael Heiser), « fils de Dieu » est la leçon primitive : elle s’accorde avec les « fils de Dieu » du livre de Job (1:6 ; 38:7) et avec le Psaume 82. Des scribes auraient remplacé l’expression par « fils d’Israël » pour écarter toute idée d’êtres divins gouvernant les nations. La Septante « anges de Dieu » serait une interprétation du même texte primitif.
Lecture 2 : le texte massorétique est primitif. La tradition juive rapproche les soixante-dix nations de Genèse 10 et les soixante-dix âmes de la famille de Jacob descendue en Égypte (Genèse 46:27 ; Deutéronome 10:22) : le nombre d’Israël a servi de mesure aux nations (Rashi). Dans ce cas, « fils de Dieu » et « anges de Dieu » seraient des relectures plus tardives, nées dans un milieu où l’angélologie se développait.
Dans les traductions
| Traduction | Traitement |
|---|---|
| King James 1611 | « children of Israel » |
| Bible de Martin | « enfants d’Israël » |
| Bible d’Ostervald | À vérifier |
| Bible Segond 1910 | « enfants d’Israël » |
| Bible Darby | « fils d’Israël » |
| Bible de Jérusalem | « fils de Dieu », d’après Qumrân et le grec (à vérifier dans l’édition consultée) |
| Traduction œcuménique de la Bible | À vérifier |
| Segond 21 | À vérifier |
| Bible du Semeur | À vérifier |
| New International Version | « sons of Israel », note donnant « sons of God » d’après Qumrân et le grec (édition 2011, à vérifier) |
| English Standard Version | « sons of God », note sur l’hébreu massorétique |
| New Revised Standard Version | « gods », note |
| Bible éthiopienne (guèze) | Probablement « anges de Dieu » (à vérifier) |
Ce qu’en disent les deux camps
Pour le texte massorétique. Le texte transmis par les massorètes est le texte reçu de la Synagogue et de la Réforme ; une leçon unique d’un fragment de Qumrân ne suffit pas à le corriger. « Fils d’Israël » a un sens clair dans le contexte (Israël au centre du plan divin pour les nations).
Pour la leçon de Qumrân. Deux familles indépendantes (un manuscrit hébreu antérieur à notre ère et la Septante) attestent un texte « céleste » ; la leçon massorétique s’explique comme une correction, l’inverse est plus difficile à expliquer. La leçon dite « difficile » est ici « fils de Dieu ».
Enjeu
Le verset ne touche aucun dogme central, mais il nourrit aujourd’hui la discussion sur le « conseil divin » et les puissances qui gouvernent les nations (Daniel 10:13, 20 ; Psaume 82). Selon la leçon, le verset parle d’Israël comme mesure des peuples, ou de puissances célestes établies sur eux.
Voir aussi
Manuscrits de la mer Morte · Septante · Texte massorétique · Codex d’Alep · Targoums · English Standard Version · Versets disputés - vue d’ensemble
Sources
- Patrick W. Skehan, « A Fragment of the “Song of Moses” (Deut. 32) from Qumran », Bulletin of the American Schools of Oriental Research 136 (1954).
- Eugene Ulrich et al., Qumran Cave 4. IX: Deuteronomy, Joshua, Judges, Kings, Discoveries in the Judaean Desert 14, Oxford, Clarendon, 1995.
- John W. Wevers (éd.), Deuteronomium, Septuaginta Göttingen III,2, 1977 ; Notes on the Greek Text of Deuteronomy, 1995.
- Michael S. Heiser, « Deuteronomy 32:8 and the Sons of God », Bibliotheca Sacra 158 (2001), p. 52-74.
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., 2012.
- Rashi, commentaire sur Deutéronome 32:8.