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Le canon éthiopien des 81 livres

L'Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo dit recevoir 81 livres. Le chiffre est stable ; la liste ne l'est pas.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

L’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo dit recevoir 81 livres. Le chiffre est stable ; la liste ne l’est pas. Roger W. Cowley, qui a étudié la question sur place, ouvre son article de 1974 en constatant que les listes des manuscrits et des livres imprimés varient, et que les deux sources anciennes principales sont le Sinodos et le Fetha Nagast (« Loi des rois »). Les chercheurs occidentaux distinguent donc :

  • un canon étroit, proche des Bibles que l’on connaît, augmenté de livres propres à l’Éthiopie ;
  • un canon large, qui ajoute huit ou neuf livres d’ordre ecclésiastique (règles d’Église) au Nouveau Testament.

Les deux arrivent à 81 par des comptes différents.

Le canon étroit (selon le compte le plus répandu)

Ancien Testament (54 livres dans ce compte) :

  • Pentateuque, Josué, Juges, Ruth, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, 1-2 Chroniques (la Prière de Manassé est intégrée à 2 Chroniques).
  • Jubilés (Kufale) et Hénoch (Henok), placés dans la section historique.
  • 1 Esdras (Esdras hébreu), Néhémie, 3 Esdras (Esdras grec), Ezra Sutuel (4 Esdras, l’apocalypse d’Esdras).
  • Tobie, Judith, Esther.
  • 1, 2 et 3 Meqabyan.
  • Job, Psaumes, Messale (Proverbes 1-24) et Tagsas (Proverbes 25-31), Sagesse, Ecclésiaste, Cantique, Siracide.
  • Ésaïe, Jérémie, Baruch, Lamentations, Lettre de Jérémie, 4 Baruch (Paralipomènes de Jérémie, Teref Baruch), Ézéchiel, Daniel, les douze petits prophètes.

Nouveau Testament (27 livres) : les mêmes que dans toutes les Bibles.

L’autre compte : 46 + 35. La Bible orthodoxe en amharique de 1986 (voir Bible amharique de Haïlé Sélassié) et plusieurs présentations comptent 46 livres d’Ancien Testament (en regroupant certains livres) et 35 de Nouveau Testament (les 27 plus les livres du canon large). Ce double compte est une des sources de confusion ; le détail exact des regroupements est à vérifier dans Cowley.

Le canon large

Il ajoute, dans le Nouveau Testament :

LivreNombreCe que c’est
Sinodos4Recueil de canons d’Église, en quatre parties (Ser’ata Seyon, Te’ezaz, Gessew, Abtelis)
Livre de l’Alliance (Mäṣḥafä Kidan)2Apparenté au Testamentum Domini, ordonnance d’Église attribuée au Christ ressuscité
Clément éthiopien (Qalēmentos)1Révélations attribuées à Pierre et transmises à Clément ; ce n’est ni 1 ni 2 Clément
Didascalie éthiopienne (Didesqelya)1Ordonnance d’Église en 43 chapitres, distincte de la Didascalie des apôtres syriaque

Certaines listes y joignent le Josippon (Zena Ayhud, histoire des Juifs, adaptation médiévale tirée de Josèphe), ce qui donne neuf livres au lieu de huit ; selon les listes, il est rangé avec les livres d’ordre ecclésiastique ou dans l’Ancien Testament.

Livres propres à l’Éthiopie : ce qu’il faut savoir

  • Hénoch (1 Hénoch) : écrit en araméen entre le IIIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle ; cité par Jude 14-15 ; conservé en entier seulement en guèze. Voir Manuscrits d’Hénoch.
  • Jubilés : réécriture de la Genèse et du début de l’Exode, en hébreu (IIe siècle av. J.-C.), fragments retrouvés à Qumrân ; complet seulement en guèze. Voir Manuscrits de la mer Morte.
  • 1-3 Meqabyan : composés en guèze ; ils ne racontent pas la révolte des Maccabées. Le premier livre met en scène un roi idolâtre, Tsirutsaydan, et un juste nommé Meqabis et ses fils martyrs ; les deux autres sont surtout des exhortations sur la justice, la résurrection et le jugement. Selon la notice de référence, l’Église éthiopienne ne connaissait pas les livres grecs des Maccabées avant le XIVe siècle au moins, et les Meqabyan dateraient du Moyen Âge ; le Josippon a pu leur servir de source. Datation précise : débattue, à vérifier.
  • 4 Baruch (Paralipomènes de Jérémie) : écrit juif ou judéo-chrétien du début du IIe siècle (souvent daté entre 70 et 136 environ), sur Jérémie, Baruch et Abimélek après la chute de Jérusalem.
  • Ezra Sutuel (4 Esdras) : apocalypse juive de la fin du Ier siècle, connue aussi en latin (2 Esdras de la Vulgate en appendice).

Les sources des listes et leurs désaccords

Faits documentés.

  • Le Fetha Nagast (recueil juridique traduit de l’arabe, d’après le Nomocanon d’Ibn al-Assal, XIIIe siècle) annonce 81 livres, mais n’en énumère qu’environ 73 ; les commentateurs éthiopiens ont complété la liste, d’où, semble-t-il, le canon large.
  • Le Sinodos donne sa propre liste, qui ne coïncide pas entièrement.
  • Les listes divergent sur : le compte des Proverbes (un ou deux livres), le nombre et la place des Esdras, la place de Baruch et de la Lettre de Jérémie (séparés ou joints), la présence du Josippon, et la répartition entre Ancien et Nouveau Testament.
  • Les livres de 1 et 2 Maccabées grecs, les additions grecques d’Esther et de Daniel, et le Psaume 151 ne figurent pas dans les listes usuelles (leur présence dans des manuscrits est à vérifier).

Interprétation. Le chiffre 81 est une donnée de tradition, que les listes concrètes cherchent à remplir. Pour un lecteur occidental, la différence décisive n’est pas le nombre mais la présence d’Hénoch, des Jubilés et des Meqabyan au rang d’Écriture, et l’idée qu’une partie du « Nouveau Testament » comprend des règles d’Église.

Dans les Bibles imprimées

  • La Bible amharique d’Abu Rumi (1840), publiée par une société biblique protestante, ne donnait que les livres du canon protestant (à vérifier). Imprimée par Thomas Pell Platt pour la Société biblique britannique : Évangiles en 1824, Nouveau Testament en 1829, Bible complète en 1840.
  • La Bible amharique de Haïlé Sélassié (1962 ; préface datée de 1955 du calendrier éthiopien) donne 66 livres ; cinq livres du canon étroit (Hénoch, Jubilés, 1-3 Meqabyan) ont paru à part.
  • La Bible orthodoxe de 1986 donne les 81 livres selon le compte 46 + 35 (le contenu exact des livres du canon large imprimés est à vérifier).
  • Les éditions de la Société biblique d’Éthiopie (1987, 2005) n’ont que 66 livres.

Voir aussi

Sources

  • Roger W. Cowley, « The Biblical Canon of the Ethiopian Orthodox Church Today », Ostkirchliche Studien 23, 1974, p. 318-323.
  • Edward Ullendorff, Ethiopia and the Bible, Oxford, 1968.
  • Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament, Oxford, 1987, passage sur l’Église éthiopienne dans le chapitre sur le canon en Orient ; The Early Versions of the New Testament, Oxford, 1977.
  • Michael A. Knibb, Translating the Bible: The Ethiopic Version of the Old Testament, Oxford, 1999.
  • Paulos Tzadua (trad.), The Fetha Nagast: The Law of the Kings, Addis-Abeba, Haile Sellassie I University, 1968.
  • Encyclopaedia Aethiopica, articles « Canon », « Bible », « Mäqabyan », Wiesbaden, Harrassowitz (à consulter pour le détail).
  • Wikipédia (anglais), « Orthodox Tewahedo biblical canon » et « Meqabyan », consultés le 2026-10-27 (à recouper).