Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
Critère de la note : valeur comme témoin du texte, avec les mêmes critères que pour tous les manuscrits : ancienneté, soin de la copie, étendue du contenu. Ici, c’est un témoin de la version guèze et, à travers elle, du grec qu’elle traduisait.
En bref
Le monastère d’Abba Garima, près d’Adwa dans le Tigray, garde des livres d’évangiles en guèze qui sont parmi les plus anciens manuscrits chrétiens enluminés du monde. Longtemps datés vers l’an 1000 ou plus tard par les savants occidentaux, ils ont été datés par le carbone 14, à Oxford, entre le IVe et le VIIe siècle. Ils sont aujourd’hui la base de toute étude de la Bible éthiopienne ancienne.
Histoire
Faits documentés.
- Tradition : le monastère attribue les livres à Abba Garima, l’un des Neuf Saints, venus de l’Empire romain à la fin du Ve siècle ; la date de son arrivée est couramment donnée comme 494. La légende dit qu’il copia et illustra les évangiles en un seul jour, Dieu retenant le soleil jusqu’à ce qu’il ait fini. Les chercheurs ne retiennent pas ce récit tel quel.
- Description : Garima 1 compte 348 pages et s’ouvre sur onze tables de canons enluminées ; Garima 2 compte 322 pages, avec quatre portraits d’évangélistes (Marc est peint assis sur le trône épiscopal d’Alexandrie). Les reliures de métal sont de dates différentes (cuivre doré pour Garima 1, peut-être contemporain ; argent pour Garima 2, Xe-XIIe siècle). Attention aux numéros : les ouvrages anciens appellent « Garima I » l’actuel Garima 1 et « Garima III » l’actuel Garima 2 ; « Garima II » désigne un livre d’évangiles du XIVe siècle autrefois relié avec Garima 2.
- Restauration : vers 2006-2007 (la date varie selon les sources), le relieur-restaurateur britannique Lester Capon répare et consolide les volumes sur place, dans le cadre de l’Ethiopian Heritage Fund.
- Datation : des fragments de parchemin prélevés par Jacques Mercier en 2000 sont analysés au carbone 14 à Oxford ; les résultats, rendus publics en 2010, donnent 330-540 (une page d’évangéliste de Garima 2) et 430-650 (une page de table des canons) ; les chiffres présentés par Mercier au colloque d’Oxford de 2013 sont vers 390-570 pour Garima 2 et vers 530-660 pour Garima 1. L’Ethiopian Heritage Fund résume : fin du Ve - début du VIIe siècle.
- Colloque : « Ethiopia and the Mediterranean World in Late Antiquity », Oxford, 2-3 novembre 2013, organisé par l’Ethiopian Heritage Fund.
- Publication : Judith S. McKenzie et Francis Watson, The Garima Gospels: Early Illuminated Gospel Books from Ethiopia, Oxford, Manar al-Athar, 2016, photographies et préface de Michael Gervers.
- Guerre du Tigray : fin novembre 2020, un moine (le père Gebretsadik) sort les évangiles du monastère pour les cacher, pour la première fois de mémoire connue. En 2021, la presse internationale craint leur perte (pillages dans la région). En octobre 2024, le père Gebretsadik dit à une journaliste qu’ils sont en sécurité, dans une cachette tenue secrète ; ils n’étaient pas revenus au monastère (reportage de Claire Wilmot, New Lines, 2 janvier 2025).
Texte
- Selon Rochus Zuurmond, les évangiles de Garima sont les témoins principaux du texte A, la plus ancienne forme de la version guèze, traduite d’un grec de type byzantin primitif ; ils s’accordent en plusieurs lieux avec le papyrus 66, surtout en Jean.
- Le texte n’a pas encore été révisé sur l’arabe : il est donc antérieur aux révisions médiévales qui marquent les manuscrits plus récents.
- Les passages témoins (finale de Marc, femme adultère) dans ces manuscrits précis : à vérifier dans l’édition de Zuurmond et dans McKenzie et Watson.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Ancienneté exceptionnelle pour une version : au plus tard au VIIe siècle, peut-être au Ve.
- Texte antérieur aux révisions arabes : il donne accès à la traduction aksoumite.
- Copie soignée, ornée, conservée dans son lieu d’origine pendant près de quinze siècles.
Réserves.
- Le carbone 14 date la mort de l’animal dont la peau a fait le parchemin, non la copie ; Alessandro Bausi rappelle que la paléographie et la langue ne permettent ni d’exclure ni de prouver une copie avant 650, et que les feuillets peints et les feuillets de texte peuvent avoir des histoires différentes.
- Les volumes ont été reliés et remaniés ; l’ordre et l’appartenance de certains feuillets sont discutés.
- C’est une traduction : pour le grec, elle ne vaut qu’indirectement.
- L’accès aux originaux est aujourd’hui impossible (cachette) ; les chercheurs travaillent sur photographies.
Financement
- Documenté : restauration et colloque soutenus par l’Ethiopian Heritage Fund (organisation caritative britannique) ; datation par l’Université d’Oxford ; publication par Manar al-Athar (Oxford).
- Allégué : aucune allégation connue.
- Non démontré : rien à signaler.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : le plus ancien témoin de la Bible guèze, enluminé et complet pour les évangiles, antérieur aux révisions médiévales, daté par une méthode physique. La note n’est pas de cinq parce qu’il s’agit d’une traduction, que la datation du texte (et non du parchemin) reste discutée, et que les manuscrits sont aujourd’hui inaccessibles.
Voir aussi
- L’Église éthiopienne et sa Bible · Bible éthiopienne (guèze) · Le canon éthiopien des 81 livres · Frumence d’Aksoum
- Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Washingtonianus · Bibles coptes · Texte majoritaire
Sources
- Judith S. McKenzie et Francis Watson, The Garima Gospels: Early Illuminated Gospel Books from Ethiopia, Oxford, Manar al-Athar, 2016.
- Alessandro Bausi, « The “True Story” of the Abba Gärima Gospels », Comparative Oriental Manuscript Studies Newsletter 1, janvier 2011, p. 17-19.
- Jacques Mercier, travaux sur la peinture éthiopienne et les évangiles d’Abba Garima (prélèvements de 2000 ; présentation au colloque d’Oxford de 2013 ; référence publiée exacte à vérifier) ; Mercier soutient une production éthiopienne du texte et des images.
- Rochus Zuurmond, Novum Testamentum Aethiopice: The Synoptic Gospels, Wiesbaden, Steiner, 1989.
- Lester Capon, « Extreme Bookbinding: A Fascinating Preservation Project in Ethiopia », Skin Deep (J. Hewit & Sons), automne 2008.
- Ethiopian Heritage Fund, page « The Garima Gospels in Context » (ethiopianheritagefund.org).
- « Garima Gospels found to be oldest surviving Christian illustrated manuscripts », medievalists.net, juillet 2010 ; The Art Newspaper, juin 2010.
- « Where are the Garima Gospels? In Ethiopia, scholars fear the worst for one of Christianity’s oldest manuscripts », The Globe and Mail, 10 mai 2021 (auteur à vérifier).
- Claire Wilmot, « In Search of Ethiopia’s Garima Gospels », New Lines Magazine, 2 janvier 2025.