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Le texte
- Avec le verset (Segond 1910) : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous ! Amen ! » Grec : hê charis tou kuriou hêmôn Iêsou Christou meta pantôn humôn. amên, mot à mot « la grâce du Seigneur de nous Jésus-Christ avec tous vous. Amen ».
- Sans le verset : les salutations de 16:21-23 (Timothée, Tertius, Gaïus, Éraste, Quartus) sont suivies directement de la doxologie « À celui qui peut vous affermir… » (16:25-27).
Une bénédiction presque identique existe déjà en 16:20b : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous ! »
La question de la doxologie
Le v. 24 ne se comprend qu’avec la doxologie de 16:25-27, dont la place varie dans les manuscrits. C’est un des problèmes les plus complexes de l’épître.
Faits documentés (Metzger ; Robinson-Pierpont vérifié) :
- après 16:23 : P61, Codex Sinaiticus, Codex Vaticanus, C, D, 81, 1739, la Vulgate, la Peshitta, les versions coptes ;
- après 14:23 : la masse des manuscrits byzantins, L, Ψ ; le Texte byzantin Robinson-Pierpont la place ainsi (numérotée 14:24-26), et garde ensuite 16:24 ;
- après 14:23 et après 16:23 : Codex Alexandrinus, P, 33, 104 ;
- après 15:33 : P46 (Papyrus Chester Beatty, vers 200) ;
- absente : F, G, et, selon Origène, l’édition de Marcion.
Les manuscrits qui n’ont pas la doxologie à la fin ont souvent la bénédiction du v. 24, comme conclusion de la lettre ; ceux qui ont la doxologie à la fin n’ont souvent pas le v. 24.
Les témoins du verset
- Avec 16:24 : D (Codex Claromontanus, VIe siècle), F, G, Ψ, la masse des manuscrits byzantins, des manuscrits latins anciens, l’Harcléenne. Certains manuscrits (P, 33, 104) placent la bénédiction après 16:27.
- Sans 16:24 : P46, P61, Codex Sinaiticus, Codex Alexandrinus, Codex Vaticanus, Codex Ephraemi Rescriptus, 81, 1739, la Vulgate (meilleurs manuscrits), les versions coptes.
- Texte byzantin Robinson-Pierpont : présent (vérifié), avec la doxologie après 14:23.
- Bible éthiopienne : à vérifier.
Le Codex Claromontanus (D 06) est un manuscrit des épîtres de Paul que possédait Théodore de Bèze ; il ne faut pas le confondre avec le Codex Bezae (D 05) des Évangiles et des Actes.
D’où vient l’ajout, ou pourquoi le retrait
- Explication du texte critique (Metzger, cote {A}) : dans les manuscrits où la doxologie avait été déplacée après 14:23 ou était absente, la lettre se terminait par des salutations sans conclusion. Des copistes ont alors répété la bénédiction de 16:20b, sur le modèle des fins des autres épîtres, pour clore la lettre. Le verset est donc une conséquence du déplacement de la doxologie.
- Explication des défenseurs : Paul termine plusieurs lettres par une bénédiction ; une seconde bénédiction après des salutations ajoutées par Tertius (le secrétaire, 16:22) est naturelle. Les copistes qui avaient la doxologie à la fin auraient retiré le v. 24, qui leur semblait faire double emploi avec 16:20b. La masse byzantine, unie, plaide pour le verset (Robinson).
Dans les traductions
| Traduction | Traitement |
|---|---|
| King James 1611 | texte |
| Bible de Martin | texte |
| Bible d’Ostervald | texte (édition de 1811 vérifiée) |
| Bible Segond 1910 | texte |
| Bible Darby | texte |
| Bible de Jérusalem | à vérifier |
| Traduction œcuménique de la Bible | à vérifier |
| Segond 21 | texte entre crochets |
| Bible du Semeur | absent (le texte passe du v. 23 au v. 25) |
| New International Version | numéro entre crochets, texte en note |
| English Standard Version | absent |
| Bible éthiopienne (guèze) | à vérifier |
La Nouvelle Édition de Genève (1979) garde le verset sans crochets ; la Crampon de 1923 le met entre crochets. La place de la doxologie n’est pas changée dans ces traductions : toutes la mettent en 16:25-27, y compris la King James, qui suit ici le texte reçu et non la masse byzantine.
Ce qu’en disent les deux camps
Défenseurs du texte reçu ou majoritaire. Ils gardent le verset, présent dans la grande majorité des manuscrits grecs et dans des témoins occidentaux anciens. Maurice Robinson et les éditeurs du texte majoritaire suivent la masse byzantine jusque dans la place de la doxologie, ce qui les distingue du texte reçu imprimé. Edward F. Hills défend le texte reçu tel qu’il est.
Partisans du texte critique. Bruce Metzger et le comité de l’UBS omettent le verset en suivant les plus anciens témoins (P46, P61, Sinaiticus, Alexandrinus, Vaticanus), et expliquent son apparition par l’histoire de la doxologie. Harry Gamble (The Textual History of the Letter to the Romans, 1977) a étudié en détail les formes courtes de l’épître (à 14 ou 15 chapitres) qui expliqueraient ces déplacements.
Enjeu
Aucun : la bénédiction est déjà en 16:20b, et la grâce du Christ est une formule fréquente de Paul. L’intérêt du verset est historique : il témoigne de formes anciennes de l’épître aux Romains, peut-être plus courtes, et des efforts des copistes pour leur donner une conclusion.
Voir aussi
Papyrus Chester Beatty · Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Alexandrinus · Textus Receptus · Texte majoritaire · Texte byzantin Robinson-Pierpont · Théodore de Bèze · Marcion de Sinope · Bruce Metzger · Edward F. Hills · Versets disputés - vue d’ensemble
Sources
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Rm 14:23, 16:20, 16:24 et 16:25-27.
- Harry Y. Gamble, The Textual History of the Letter to the Romans, Grand Rapids, Eerdmans, 1977 (Studies and Documents 42).
- Nestle-Aland 28e éd., apparat sur Rm 16:24-27.
- Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, The New Testament in the Original Greek: Byzantine Textform, 2018.
- Origène, Commentaire sur l’épître aux Romains (traduction latine de Rufin), sur Rm 16:25.
- Textes français vérifiés en ligne : Martin, Ostervald 1811, Darby, Segond 1910, Segond 21, NEG 1979, Semeur, Crampon 1923, NIV, ESV.