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Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi

Grand commentaire latin, posthume, du jésuite sévillan Luis de Alcázar, dédié au pape Paul V : l'Apocalypse chante deux victoires de l'Église primitive, sur la Synagogue (Jérusalem réprouvée) puis sur la Rome païenne (convertie), avant une longue paix, une dernière persécution de l'Antichrist et le triomphe céleste ; Babylone y est la Rome païenne, non la papauté.

En bref

La Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi (« Recherche du sens caché dans l’Apocalypse ») est l’œuvre de toute une vie du jésuite Luis de Alcázar, professeur d’Écriture sainte dans la province jésuite de Bétique (Andalousie), parue à Anvers en 1614, l’année qui suit sa mort. Elle passe pour le premier commentaire qui lise l’Apocalypse de façon suivie comme une histoire accomplie : la victoire de l’Église sur la Synagogue, puis sur la Rome païenne. Elle compte dans le débat pour deux raisons opposées : les prétéristes y voient un précurseur, et les historicistes protestants, depuis le XVIIe siècle, y voient une parade de la Contre-Réforme à la lecture qui faisait du pape l’Antéchrist.

Éditions

  • 1614, Anvers : Rev. Patris Ludovici ab Alcasar Hispalensis, e Societate Iesu theologi, & in Provincia Baetica sacrae Scripturae professoris, Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi. Cum opusculo de sacris ponderibus ac mensuris. Antverpiae, apud Ioannem Keerbergium, 1614, « avec grâce et privilège du roi des Espagnes et des sérénissimes archiducs ». In-folio : [2], 3-1025 (en fait 1023), [1], 80, [70] p. et 2 planches gravées ; page de titre gravée avec le monogramme de la Compagnie de Jésus (notice de l’Université de Séville, qui nomme aussi Juan de Jáuregui y Aguilar et les graveurs Hendrik Aertssens et Geeraerd Wolschaten). Les illustrations sont faites d’après les dessins de Jáuregui (Wikipédia).
  • Pièces liminaires : l’autorisation d’imprimer du provincial de Castille, Gaspar de Vegas, donnée par délégation du général Claudio Acquaviva, est datée de Madrid, 5 avril 1612 ; la lettre-dédicace au pape Paul V est signée « à Séville, dans la maison de la Compagnie », le 1er mars 1612 (« Hispali in domo Societatis, prima die Martij, anni 1612 », p. 9). Un avis au lecteur (« Hetaerus Lectori », p. 10) explique pourquoi l’ouvrage, né à Séville, a été autorisé par la province de Castille et non par celle de Bétique, et dit sa dette envers le père Antonio Padilla (lecture faite sur l’image des pages).
  • 1618, Lyon : chez Antoine Pillehotte, « à l’enseigne de la Très Sainte Trinité », avec le même opuscule sur les poids et mesures sacrés (exemplaires numérisés de Florence, Rome et Naples).
  • Ouvrage complémentaire : In eas Veteris Testamenti partes quas respicit Apocalypsis (Lyon, 1631), sur les passages de l’Ancien Testament auxquels l’Apocalypse fait allusion.
  • Aucune traduction moderne n’a été repérée.

Plan

D’après la numérisation de 1614 (OCR du latin, imparfaite) :

  • Lettre-dédicace à Paul V, « Nuncius de Apocalypseos dedicatione », qui résume toute la thèse (voir plus bas).
  • Approbations et avis au lecteur.
  • Livre premier : des « notations préliminaires » (Notationes prooemiales), une vingtaine au moins : sur l’autorité canonique du livre, son auteur, le temps où il fut écrit, son titre, son obscurité, sa suite (acoluthia, résumée dans la septième notation, chapitre par chapitre), la réfutation des hérétiques, les indices donnés par Jean lui-même, le but et la raison de l’obscurité, la « perfection symbolique », la nouveauté de l’exposition, la pluralité du sens littéral d’un même passage.
  • Paraphrase et commentaire du texte, chapitre par chapitre. Alcázar explique dans son exorde qu’il veut une paraphrase brève, pour que l’on voie le fil continu du livre, et réserve les digressions érudites au commentaire.
  • Opuscule sur les poids et mesures sacrés.

Thèse et arguments

Le sens caché. La dédicace à Paul V expose la « persuasion » de l’auteur : l’Esprit a mis dans l’Apocalypse une énigme qui célèbre deux victoires de l’Église primitive. La première, déjà remportée, est la victoire sur Jérusalem ; elle s’achève par la réprobation de Jérusalem et du peuple juif. La seconde, promise, est la victoire sur l’ancienne Rome païenne ; elle s’achève par la conversion de Rome et des Gentils au Christ, par laquelle le siège de l’Empire passe au vicaire du Christ.

Jérusalem (ch. 4 ou 5 à 11). Les trompettes visent la Jérusalem rebelle. La « grande cité » d’Ap 11:8 est Jérusalem, puisque le texte précise, dans la traduction de Pierre Savignac : « là où leur Seigneur aussi fut crucifié ». Le triomphe du peuple chrétien s’y définit par la conversion d’un dixième, les neuf autres parts des Juifs restant aveuglées (lecture d’Ap 11:13, où « le dixième de la cité tomba »). Le chapitre 11 se termine ainsi sur l’endurcissement du peuple juif.

Rome païenne (ch. 12 à 19). Au chapitre 12, l’Église passe au « désert » de la gentilité ; l’Empire romain idolâtre lui oppose toute sa force ; Dieu combat pour les siens par les sept coupes. L’issue est la conversion de toute Rome, la ruine définitive des idoles et une paix de l’Église « presque éternelle ». Babylone désigne l’ancienne Rome, la « Babylone d’Occident » selon Augustin, comme dans la Première épître de Pierre.

La fin du livre (ch. 20 à 22). À la promesse de cette longue paix s’ajoutent un avertissement sur la persécution de l’Antichrist, la prophétie d’une victoire parfaite remportée sur lui par Rome, et enfin le triomphe éternel de Rome, « reine des Églises », dans la patrie céleste. L’Épouse de l’Agneau est la Rome nouvelle et fidèle ; la Jérusalem céleste figure la gloire de l’Église romaine au ciel.

La dédicace cachée. Alcázar va plus loin : Jean aurait lui-même dédié son livre au siège de Rome, non par une dédicace ouverte, qui aurait été dangereuse sous la persécution, mais en l’inscrivant dans la structure du livre, comme Phidias, dit-on, avait caché son portrait dans le bouclier de Minerve. Il en tire sept « titres » de l’Église romaine : l’enfant mâle d’Ap 12 est le peuple fidèle de Rome ; l’ange qui descend du ciel avec une grande autorité et illumine la terre (Ap 18:1) est Pierre, et Alcázar propose d’en faire l’inscription du fronton de Saint-Pierre du Vatican, alors en achèvement.

La date. D’après Moses Stuart, Alcázar place la rédaction sous Domitien, pendant l’exil de Jean, tout en appliquant les ch. 5-11 aux Juifs : le livre embrasse donc en partie le passé. Wikipédia résume de même que tout, sauf les trois derniers chapitres, viserait des événements déjà arrivés au moment où Jean écrit. La troisième notation préliminaire traite de cette question ; son contenu exact reste à lire.

La méthode. Selon Stuart, la nouveauté d’Alcázar fut de traiter l’Apocalypse comme une œuvre suivie, qui progresse du début à la fin selon un seul plan. L’idée de ce découpage avait été esquissée avant lui par Hentenius (préface à sa version latine d’Arethas, Paris, 1547) et par Salmerón, mais personne ne l’avait développée ainsi. Wikipédia ajoute qu’il combat le millénarisme, en particulier celui de Joachim de Flore, et qu’il tient 4 Esdras pour postérieur à l’Apocalypse et dépendant d’elle.

Réception

  • Dans le camp catholique : selon Stuart, l’ouvrage fut bien accueilli par les défenseurs de la papauté, puisqu’il délivrait l’Église romaine des attaques protestantes ; il est contemporain de la lecture futuriste de Francisco Ribera (1591) et de Bellarmin, qui renvoyait l’Antéchrist à l’avenir.
  • Réponse protestante : dès 1618, David Pareus publie un commentaire de l’Apocalypse conçu pour s’opposer à Alcázar et défendre l’application des ch. 13-19 à la papauté (Stuart).
  • Reprise protestante : Hugo Grotius en adopte l’essentiel au milieu du XVIIe siècle (les Juifs et la Rome païenne persécuteurs, puis l’état florissant de l’Église), avec des variantes, comme un millénium commençant avec Constantin ; Henry Hammond le suit en Angleterre. John Donne le cite dans un sermon (Wikipédia).
  • Historiens du XIXe et du XXe siècle : Moses Stuart le présente comme une étape majeure de l’exégèse de l’Apocalypse (Commentary on the Apocalypse (Stuart)). Les historicistes, H. Grattan Guinness (Romanism and the Reformation, 1887) et LeRoy E. Froom (The Prophetic Faith of Our Fathers, vol. 2, 1948), y voient une arme jésuite contre la Réforme, en couple avec le futurisme de Ribera (fiche Luis de Alcázar de ce recueil Histoire des Bibles).
  • Débat prétériste moderne : Charles E. Hill (dans When Shall These Things Be) fait naître le prétérisme de l’Apocalypse chez Alcázar ; Gentry lui répond que des Pères grecs (André et Aréthas de Césarée) lisaient déjà une partie de l’Apocalypse en fonction de 70 (fiche Les credo et les Pères après 70, où ce point est donné comme non lu directement).
  • Ce qu’il faut distinguer : Alcázar n’est pas prétériste au sens moderne. La chute de Jérusalem et celle de la Rome païenne sont pour lui accomplies, mais l’Antichrist, la victoire finale et la gloire céleste restent à venir, et sa Babylone est Rome, non Jérusalem. Sa lecture sert aussi l’apologétique de l’Église romaine ; l’origine jésuite d’une interprétation ne la rend ni vraie ni fausse, elle se juge sur le texte.

Ce qu’on en sait et comment

Lu en partie. Sur la numérisation de 1614 (archive.org, exemplaire de Rome, OCR latine de qualité médiocre) : la page de titre, la lettre-dédicace à Paul V en entier, l’autorisation du provincial, le début de l’avis au lecteur, l’exorde du livre premier et les titres des notations préliminaires. La description bibliographique vient de la notice de l’exemplaire de Séville et des notices des exemplaires de 1618. Le commentaire lui-même (environ mille pages in-folio) n’a pas été lu ; ce qui en est dit au-delà de la dédicace repose sur Moses Stuart (1845), Wikipédia et la fiche Luis de Alcázar de ce recueil Histoire des Bibles.

À vérifier

  • Le lieu de la mort d’Alcázar : Séville selon Chalmers et l’en-tête de Wikipédia en espagnol (14 juillet 1613), Rome selon le corps des articles de Wikipédia ; la fiche Histoire des Bibles donne Séville le 16 juin d’après Chalmers.
  • Le découpage exact selon Alcázar : ch. 4-11 ou 5-11 pour Jérusalem, 12-19 ou 13-19 pour Rome (Stuart écrit tantôt « v-xi » et « xi-xix », tantôt « xiii-xix »).
  • Sa date de l’Apocalypse (Domitien selon Stuart) sur le texte de la troisième notation.
  • Son interprétation du millénium : la « paix presque éternelle » après la conversion de Rome est-elle les mille ans d’Ap 20 ?
  • Ce que Before Jerusalem Fell dit d’Alcázar (la fiche Histoire des Bibles le cite comme source pour l’histoire de la datation, sans page).

Voir aussi

Sources