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Commentary on the Apocalypse (Stuart)

Commentaire philologique en deux volumes, nourri de l'exégèse allemande : l'Apocalypse, écrite sous Néron avant juin 68, décrit trois « catastrophes », la chute de Jérusalem (ch. 6-11), celle de Néron puis de la Rome païenne persécutrice (ch. 12-19), et, après un long millénium encore à venir, la défaite finale de Gog et Magog, suivie de la résurrection et du jugement.

En bref

Le Commentary on the Apocalypse de Moses Stuart, professeur au séminaire d’Andover, est le premier grand commentaire américain qui lit l’Apocalypse en fonction de son temps : Jean écrivait pour des lecteurs persécutés, sur des événements proches. Stuart date le livre sous Néron et y voit d’abord la chute de Jérusalem, puis celle de la Rome païenne persécutrice. Il n’est pas prétériste au sens moderne : pour lui, le millénium et la fin de l’histoire sont encore à venir. Son importance dans le débat vient de son autorité de philologue et de son plan en trois « catastrophes », que reprennent ou combattent les auteurs suivants, de J. Stuart Russell à Milton S. Terry.

Éditions

  • 1845 : Andover, Allen, Morrill and Wardwell ; New York, M. H. Newman ; deux volumes, enregistrés par Stuart au greffe du district du Massachusetts. Le volume 1 contient la préface et l’introduction générale, le volume 2 le texte traduit, le commentaire, six excursus et un appendice. Numérisation de l’exemplaire de Princeton Theological Seminary sur archive.org (commentaryonapoc01stua, commentaryonapoc02stua) et sur Theological Commons ; d’autres scans Google existent (acommentaryonap01stuagoog, etc.).
  • 1851 : New York, Van Nostrand & Terrett, deux volumes, avec la mention « Second thousand » (notice archive.org).
  • Aucune réédition moderne n’a été repérée pour cette fiche.

Plan

Volume 1, Introduction (29 paragraphes) : remarques générales ; comparaison avec les autres prophéties ; le style apocalyptique ; les apocalypses apocryphes perdues et conservées (Ascension d’Ésaïe, livre d’Hénoch, 4 Esdras, Oracles sibyllins, Testaments des douze patriarches, Pasteur d’Hermas), avec des extraits en appendice ; la forme du livre et le symbolisme des nombres (trichotomie, heptades) ; l’Apocalypse est-elle un drame ? ; l’objet et l’« économie » du livre ; ses principes d’interprétation ; ses premiers lecteurs ; sa langue ; le lieu et la date (§ 16) ; l’auteur, avec un long examen des témoignages anciens et des objections de style (§ 17-24) ; l’unité du livre ; son rang canonique ; une histoire de l’exégèse (§ 27) ; deux questions finales : le livre était-il destiné à l’Église de tous les âges, et son plan comporte-t-il des anachronismes ?

Volume 2, Commentaire : traduction et commentaire verset par verset, avec des dissertations insérées (les sept esprits, les Nicolaïtes, le Temple mesuré d’Ap 11:1-2, les deux témoins, la bête de la mer, le culte des empereurs, Gog et Magog, la résurrection des martyrs). Excursus : I. angélologie ; II. usage symbolique des nombres ; III. la tête blessée de la bête (13:3) et le sixième roi (17:10) ; IV. le nombre de la bête ; V. les indications de temps ; VI. la résurrection millénaire. Appendice : Herder sur l’Apocalypse.

Thèse et arguments

Le principe. La préface dit d’où vient le livre : Stuart refusa longtemps d’enseigner l’Apocalypse, s’imposa dix ans d’étude des prophètes hébreux, puis la commenta plusieurs fois en cours. Son principe est celui qu’il applique à tout livre : l’auteur avait un objet présent et immédiat et parlait intelligiblement à ses destinataires ; il faut donc l’éclairer par l’idiome, l’époque et les événements alors en cours ou imminents. Tant qu’on lira l’Apocalypse comme un abrégé de l’histoire civile et ecclésiastique, juge-t-il, aucun accord ne sera possible entre interprètes.

Le thème. L’Introduction résume ainsi le livre : le triomphe du christianisme sur tous ses ennemis. Un ennemi sanglant après l’autre est vaincu ; vient une longue période de paix ; les puissances des ténèbres reprennent l’assaut, mais sont abattues ; puis la résurrection et le jugement ouvrent un ordre parfait et sans fin.

La date. Au § 16, Stuart soutient que le livre a été écrit sous Néron, pendant la persécution (64 à juin 68), avant sa mort : les martyrs qui crient vengeance (Ap 6:9-11) supposent une persécution en cours, que la mort de Néron arrêta. Il compte les sept rois d’Ap 17:10 depuis Jules César, ce qui fait de Néron le sixième, « celui qui est », et rejette la date sous Galba de Lücke et d’Ewald. Il juge que l’opinion d’Irénée sur Domitien vient de sa propre lecture d’Ap 1:9, et que les auteurs postérieurs ne font que dépendre de lui. Voir Date de l’Apocalypse.

Les trois catastrophes. Le corps du livre suit une « trichotomie » : (1) la chute de Jérusalem et des Juifs persécuteurs (ch. 6-11) ; (2) la chute de Néron, puis de la Rome païenne persécutrice (ch. 12-19) ; (3) après une longue paix, l’assaut de Gog et Magog, un ennemi distinct de Rome, situé dans un avenir lointain et seulement esquissé (ch. 20-22). Babylone est Rome, surtout la Rome de Néron, désignée à mots couverts ; la bête est l’Empire, manifesté dans l’empereur régnant, et son nombre est celui de Néron César (excursus IV). Mais Stuart distingue : la mort de Néron (la septième coupe) arrête la persécution pour un temps, puis la bête « remonte », et le conflit se prolonge jusqu’à Constantin, quand Rome cesse d’être païenne et persécutrice. Une fois Néron sorti de son champ, dit-il, l’auteur ne parle plus que de façon générique, comme les prophètes hébreux quand ils regardent loin.

La proximité. Sur Ap 1:1, dans un passage que Russell cite, Stuart juge que la partie du livre qui vise un temps lointain est si petite, et celle qui s’accomplit vite si grande, que le « bientôt » ne fait pas difficulté. Le verset dit, dans la traduction de Pierre Savignac : « ce qui doit arriver bientôt » (Ap 1:1). Voir Apocalypse 1.1-3.

Le millénium. Pour Stuart, le millénium est encore à venir. La troisième catastrophe commence par la chute de Satan dans l’abîme, pour mille ans de prospérité de l’Église ; et l’aube millénaire ne viendra qu’après la fin du long conflit contre le paganisme, quand le Christ aura vaincu. Il termine ses remarques sur les ch. 13-19 en disant voir des signes que ce jour approche. La grande bataille d’Ap 19 n’est pas, à ses yeux, une bataille littérale, mais l’image de la victoire complète et certaine sur le paganisme.

L’histoire de l’exégèse. Le § 27 situe Stuart dans une lignée : il présente la Vestigatio de Luis de Alcázar (1614) comme la première à traiter l’Apocalypse comme une œuvre suivie et progressive, et rappelle que Grotius en a repris l’essentiel. Voir Vestigatio arcani sensus in Apocalypsi.

Réception

  • Russell : J. Stuart Russell cite Stuart sur Ap 1:1, sur le millénium et sur le nombre de la bête (« voir Stuart, excursus IV ») dans The Parousia, et suit son principe des limites de temps ; il s’en sépare en voyant Jérusalem, et non Rome, dans la prostituée. La note B de son appendice reproche à J. M. Macdonald de suivre Stuart « de près » pour la fin du livre.
  • Spurgeon range Stuart parmi les commentateurs qui voient la plupart des prophéties accomplies dans la destruction de Jérusalem et la chute de la Rome païenne (fiche Moses Stuart).
  • Enoch Pond (Bangor), Review of Professor Stuart on the Apocalypse (1871) : il date le livre sous Domitien, environ trente ans plus tard, ce qui ôte toute référence à Néron et à Jérusalem ; il juge le plan « emprunté surtout aux Allemands » et fondé sur une fausse prémisse ; il ne trouve pas la chute de Jérusalem au ch. 11 ; il reproche à Stuart de prendre à la lettre des symboles (les 144 000, le Temple mesuré) et de sauter la longue histoire de l’Église ; il conteste la tête blessée identifiée à Néron et la femme d’Ap 12 lue comme Marie. Il note que les interprètes allemands et catholiques adoptent en général cette théorie.
  • Postérité : le plan de Stuart (Jérusalem puis Rome) se retrouve chez les prétéristes partiels modernes qui lisent Babylone comme Rome ; d’autres, comme Milton S. Terry et Kenneth L. Gentry, y voient Jérusalem (voir Who Is This Babylon).

Ce qu’on en sait et comment

Lu en partie, sur les volumes numérisés de Princeton (archive.org) : la préface du volume 1, sa table des matières, le début de l’Introduction (§ 1), la fin du § 9 et le début du § 10, la fin du § 16 sur la date (p. 263-282), le § 27 sur Alcázar et ses successeurs (p. 463-466) ; dans le volume 2, la table des matières, les remarques finales sur les ch. 13-19 (p. 350-352), l’ouverture de la troisième catastrophe (p. 353) et les pages sur Babylone (p. 295-296). Le reste du commentaire et les excursus n’ont été vus que par leurs titres. Le compte rendu de Pond est connu par sa reprise en ligne.

À vérifier

  • La lecture que fait Stuart du discours du mont des Oliviers (Mt 24) et de la seconde venue en dehors de l’Apocalypse ; son Hints on the Interpretation of Prophecy (1842) serait à lire.
  • Le contenu exact de l’excursus VI sur la « résurrection millénaire » (résurrection littérale des martyrs ou non).
  • Si la femme d’Ap 12 est bien Marie chez Stuart (affirmation de Pond, non contrôlée sur le texte).
  • S’il existe des réimpressions postérieures à 1851.

Voir aussi

Sources